‹ Esquisse de la morale de Stendhal d'apres sa vie et ses œuvresChapitre 25 sur 40 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les tempéraments de cette morale. Diffférences entre

l'œuvre et la vie

A ces principes négatifs ou positifs, Beyle reste fidèle dans la seconde partie de sa vie, comme il leur avait été fidèle dans la première, et ses vingt dernières années ne furent que la suite logi(iue de celles qui les avaient précédées.

Son athéisme persiste sans diminuer, ni augmenter ; même en face de la mort, Beyle reste tel qu'il avait été toujours. Nous avons déjà cité sa phrase célèbre : c Je viens de me colleter avec le néant. » D'ailleurs tout son roman de /.««?/e/ n'est-il pas une critique directe des croyances religieuses?. le n'en citerai, comme exemple, que le début, où il raconte un sermon fait sur l'enfer, avec accompagneïaent de feux de bengale, pour impressionner davantage les auditeurs naïfs. Un testament de 1832, disait qu'il mourrait protestant luthérien. C'est qu'à cette époque, il était consul à Givita Yecchia, dans les Etats du Pape et qu'à ce titre,

étant resté soi-disant catholique, il n'aurait pu ôtre enterré civilement, comme il le désirait.

Il eut la mort qu'il avait souhaitée (1). Le 22 mars 1842, il tomba frappé d'apoplexie, dans une vue de Paris et mourut le lendemain, sans avoir repris connaissance; mais on lui fit néanmoins des obsèques religieuses h l'Assomption.

De même à l'égard des devoirs traditionnels, Beyle les méconnaît toujours jusque dans leur existence. 11 suffit d'examiner son roman de Lamiel qui donne bien la conception morale de Beyle dans la dernière partie de sa vie ; l'héroïne recueillie, élevée, soignée d'abord par les Hautemare, puis par les Miossens, ne se sent tenue d'aucune obligation envers ses bienfaiteurs. On peut retrouver cette disposition chez Beyle lui-même. 11 ne craignait pas de demander à M™" Azur un appui et des conseils pour obtenir des faveurs politiques et la traitait ensuite de « catin à la du Barry ».

Quant aux principes positifs de sa morale, Beyle leur reste plus fidèle encore. Il admire toujours l'énergie dans toutes ses manifestations. 11 applaudit à la révolution de 1830, comme, prétendait-il, il avait, malgré son jeune âge, applaudi à la mort de Louis XVI. Ayant assisté en Italie à l'assassinat d'une fille dans la rue in Lucina. il se complut à regarder cet acte d'énergie sauvage et à recueilllir l'impression rare que lui procurait la vue du sang coulant sur des bas très fins (2). S'il n'eut plus l'occasion de s'exposer au danger, comme au temps de sa vie de guerre, du moins resta-t-il aussi aventureux et aussi intrépide.

Son instinct de domination eut encore à s'exercer. Si de 1821 à 1830, il ne s'occupa guère que de littérature et de plaisirs, c'est qu'il ne se sentait aucun goût pour se mettre au service de la Restauration. Ce ne fut pas d'ailleurs sans lui causer une certaine amertume, qu'il laisse entrevoir dans le Rouge et le Noir. Aussi lorsque Louis-Philippe eut remplacé Charles X, Beyle sollicita-t-il une place deconsul. On lui accorda, dès 1830, celle de

(1) Correspondance inédite, tome II, p. 217.

(2) idem, tome II, p. 211.

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Triesle, piiiï» McUeniicli lui ayant ivlusé rexcqualur. les Tracy lui firent obtenir celle de Civila-Veccliia, quil devait garder juqu'à la mort. S'il ne s'y plut qu'à de bien rares intervalles, du moins a-l-il senti sa vanité satisfaite, (juoique incomplètement. C'est que, tout autour de lui, Beyle se représentait les obstacles qui l'avaient embarrassé et l'embarrasseraient encore dans son désir de parvenir. La lutte qu'il avait soutenue contre les convenances et les préjugés et aussi contre les institutions, il la soutint jusqu'au dernier jour. Lucien Leuwen. un de ses romans tardifs, n'est que la satire du gouvernement de juillet, comme le Rouge et le Noir avait été celle de la Restauration. Les convenances, il les blesse toujours, ou du moins il se fait un plaisir de penser qu'il les blesse : « Quand j'écris ou parle à des Français, dit- il, je vois toujours que j'ai blessé une des deux mille convenances qui régnent despotiquement à Paris, à St- Denis même (1) ». Son goût pour la France, à cause du nombre des convenances qui y régnent, a encore diminué. « Votre politesse parisienne est devenue un jeu d'échecs qui demande une attention continue, etlesFrançais ne sontpasassez amusants pour être admis dans lessalons de Madame la Duchessedu Maine, à Sceaux (1710). A la bonne heure, il y avait là de l'esprit et de l'amour. Dans l'absence de ces deux aimables façons de passer la soirée, le jeu ne vaut pas la chandelle (2) ». On sent ici combien sa haine des préjugés avait persisté.

Aussi continua-t-il encore d'aimer l'Italie qui n'en avait pas. De 1821 à 1830, il y fit plusieurs voyages, toujours avec le même plaisir, et il ne fallut rien moins que les ennuyeuses fonctions de consul et le fastidieux séjour de Civita-Vecchia pour l'en dégoûter.

Il ne se dégoûta jamais au contraire des jouissances et fut toujours un homme amoureux. Nous avons parlé de son aventure échevelée avec Menta (1824-182G), et de sa consolante et

(1) Correspondance inédite, tome II, p. 183.

(2) hlpm. p. 184.

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