‹ Esquisse de la morale de Stendhal d'apres sa vie et ses œuvresChapitre 28 sur 40 · BSQIJISSB DE LA MORALE !»E STENDHAL · texte numérisé non relu

BSQIJISSB DE LA MORALE !»E STENDHAL

(lue le jeutii, pour gagner le paradis; autant il estime le général Carnot « qui, dans un Age avancé, supporte les rigueurs de l'exil dans une petite ville du Nord, plutôt (pie de faire une bassesse (1) >.

Ainsi donc, on peut dire que Heyle fut le premier à mettre des tempéraments à sa morale. Il en mit, en effet, surtout par sa vie propre. S'il fut énergique, il ne le fut pas sauvagement; il nous avoue même que dans sa vie de guerre, il avait peine à contenir son émotion, et qu'il prenait une attitude impassible, parce qu'elle était plus facile à tenir. Son ambition fut infiniment plus modérée que celle de ses héros ; naturellement il n'accomplit aucun de leurs exploits. Il n'assassina personne, ne passa sur aucun cadavre pour parvenir, et se contenta seulement d'être souvent ingrat. S'il aima les jouissances, il ne se distingua que par la manière esthétique avec laquelle il sut s'y livrer. Comme nous l'avons dit, partout il entrait en lui une si folle dose d'art, qu'elle relevait les plaisirs qu'il goûtait en les spiritualisant dans la volupté même, ainsi qu'en usaient un Catulle ou un Horace. Enfin comme amateur d'imprévu, il le fut presque sans excès, et ne nuisit en cela qu'à sa situation matérielle. Mais ce goût lui permit du moins de passer à travers toutes choses, de puiser à toutes les sources et de composer une œuvre infiniment variée et profonde.

Comment se fait-il que Stendhal n'ait pas été jugé tel, du moins par ceux qui le connaissaient de très près ? Car, ainsi que l'écrit Sainte-Beuve, dans les « Nouveaux lundis », « cet homme qui passait pour un méchant auprès de ceux qui le connaissaient peu était aimé de ses amis (2). » C'est que Beyle, dans tout, a voulu se donner les airs d'un monstre d'immoralité. Il y trouvait une sorte de « malin plaisir », au dire de Mérimée (3).

C'est ainsi que dans la Vie de Henri Brùlard, il nous dit que sa mère a été son premier amour (4). Cette autobiographie est

(1) L'Amour, p. 202.

(2) Sainte-Beuve. Nouveaux lundis, tome III. Article sur Delécluze.

(3) MÉRIMÉE. Notice en tète de la Correspondance, p. viii.

(4) \ie de Henri Brùlurd.

faite dans un sens tout pessimiste. L'auteur s'est efforcé de se représenter à nous, avec les plus fâcheux instincts, détestant ses parents, haïssant les prêtres, prédisposé à commettre les plus grands crimes. Plus tard, il se flattait d'être l'original de Julien Sorel (1). Il n'est donc pas étonnant, qu'après de telles déclarations, la postérité ait un peu trop noirci l'homme qui aimait tant à se noircir lui-même. Si l'on cherche pourquoi il aima tant à paraître vicieux, on voit que sa laideur physique y a contribué beaucoup. A cause d'elle, il s'efforça davantage de prendre les allures d'un Don Juan, et de lui donner ainsi un démenti. Sa défiance naturelle n'y fut pas non plus étrangère. Redoutant de paraître dupe, il eut « cet endurcissement factice, cette analyse désespérante des mobiles bas de toutes les actions généreuses, cette résistance aux premiers mouvements du cœur beaucoup plus affectée que réelle, à ce qu'il semble (2). »

(1) Correspondance inédite, tome II, p. 118.

(2) MÉRIMÉE. Notice en tête de la Correspondance, p. vu.

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