‹ Esquisse de la morale de Stendhal d'apres sa vie et ses œuvresChapitre 8 sur 40 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Beyle de 1806 à 1821

Après ce dénouement banal de sa liaison avec Mélanie, Beyle se trouva comme désemparé. La situation qu'il occupait à Marseille l'humiliait et l'ennuyait et son ambition ne pouvait qu'en souffrir. Il partit pour Grenoble afin d'essayer encore une fois de la vie de famille qui ne risquait pas de le «; mener moins loin que la vie de Marseille » (1).

Il sentit même qu'il pourrait y être heureux. « Mon père s'est rapproché de moi, écrit-il, cela m'a fait plaisir ; avec plus de franchise de sa part, nous vivrions bien ensemble, nous nous rendrions heureux » (2) . Un rien suffisait, mais il n'a pas la patience d'attendre. Il ne veut même pas l'avoir, car il se croit appelé à une destinée plus brillante « que celle de végéter bourgoisement en province », comme il le dit lui-même. « Il me faut, pour être heureux, un travail oi!i l'esprit travaille et qui tende à un avancement : auditeur avec des rapports à faire, des moyens de se distinguer m'allait à merveille » (3). Il cherche, avant tout, un moyen de se distinguer et c'est dans ce but qu'il écrit aux Daru pour leur demander une place.

Pierre Daru n'avait guère lieu d'être satisfait de son jeune cousin, qui n'avait pas craint de lui déplaire en donnant sa démission de sous-lieutenant en 1802. Aussi fallut-il plusieurs lettres de Chérubin et du docteur, appuyées par l'aimable insistance de Martial, pour le décider à s'occuper de nouveau de cette mauvaise tête.

(1) Journal, p. 310.

(2) Idem, p. 312. — (3) Idem, p. 308.

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