‹ Esquisse de la morale de Stendhal d'apres sa vie et ses œuvresChapitre 9 sur 40 · S ESQUISSE DE LA MOU A LE DL STENDHAL · texte numérisé non relu

S ESQUISSE DE LA MOU A LE DL STENDHAL

Lors(|iril so rési^Mia l'iirin à rapix'lcr |{(>ylo à l*aris, ce doriiier ne se l'il pas |U'i('r(l). Di's le 10 juillcl ISOli, il s'rlail irinslallé dans la capitale cl se reprenait à y vivre de sa vie liabiluelle, eu alLeudaiil la place désirée.

Après bien des jours d'angoisse, où il se sent malheureux par le manque d'un étal (2) et qui sont remplis de la crainte de rester bourgeois à Paris tout l'hiver, il reçoit enfin, le 29 octobre, l'ordre de se rendre à Brunswick, avec le titre d'adjoint provisoire aux commissaires des guerres, titre qu'il devait, le 11 juillet 1807, échanger contre cplui d'adjoint titulaire.

Les trois années de vie militaire qu'il passa en Allemagne, sont intéressantes au point de vue de sa formation morale. Exerçant pour la première fois une fonction officielle importante, très flatté, très respecté, à cause de sa situation et de sa parenté avec Darn. il conçut de lui-même une idée plus haute. Ce premier échelon lui faisait entrevoir comme plus facilement réalisables les rêves d'ambition qui l'avaient toujours charmé. C'est à celte époque qu'il adjoignit à son nom une particule, et qu'il se fil envoyer de Crenoble un cachet aux armes de son père. On voit ainsi nettement se manifester chez lui les tendances aristocratiques qui ne feront que se développer et se préciser par la suite et sembleront toujours en contradiction avec son mépris des convenances et des traditions.

A Brunswick, il s'appli([ua do toute son àme h étudier la psychologie des allemandes. Gomme il ne pouvait jamais cesser d'être amoureux, il se mil à faire une cour sans importance et sans suite à la fille du général commandant ki ville, Minna de Griesheim (3).

Elle lui servit surtout de sujet d'observations et lui permit de comprendre la mentalité des femmes du Nord. Dans l'amour, il nous déclare qu'elles l'ennuient en général, car

(1) Journal, p. 31 i.

(2) Idem, p. 336.

'^ Lettres iniklites de Steudhnl, p. 300.

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elles n'ont rien do l'imprévu, ni de l;i violence dans la passion, qui faisait à ses yeux le charme des Italiennes.

Deux événements plus importants sont à noter, pendant son séjour à Mranswick. l.c premier, plus ou moins authentique, inconnu daillcurs de son ami Colomb, et diverscmont interprété, fut la défense héroïque, commandée par Reyle, pour sauver l'hôpital attatiué par des insurgés. Si ranccdote était certaine, nous aurions une preuve intéressante de son initiative audacieuse et de son courage en temps de guerre.

Le second, reconnu faux, qu'il conta à Mérimée, fut son rôle dans la levée d'un impôt de cinq millions à BrunsAvick. Il en aurait, soi-disant, fait rentrer sept au risque d'être assommé par la population. Cette action brillante lui aurait mérité un éloge flatteur de la part de Napoléon (1). En réalité, c'était Martial qui avait été chargé de cette tâche et qui l'avait remplie sans aucune difficulté. Ce récit est néanmoins fort curieux, car il nous montre le degré de vanité, auquel Beyle est parvenu en même temps que sa propension à s'attribuer les actions des autres, manifestation de son impétueux désir de parvenir à tout prix.

Lorsque nous le retrouvons parcourant l'Allemagne du Sud (2), avec seize ou dix-sept commissaires des guerres, il souffre de son isolement. Il se rend compte que ses camarades ne l'aiment point (3), et que les sots lui trouvent l'air ironique. De son côté, il éprouve de l'éloignement pour ses compagnons ; il sent « un mur d'airain entre son intelligence et la leur». Il leur reproche leurs mœurs basses, leur ambition vulgaire, leur manque d'éducation. Il a conscience de la distance qui les sépare de lui et la vie commune avec de tels êtres ne peut lui causer que de l'horreur. En môme temps, il commence à penser, comme le fera plus tard son héros Lucien Leu\\^en, que précisément « l'horreur du vulgaire est la marque d'un esprit distingué (4) ».

(1) MÉRIMÉE. Note en tête de la Correspondance de Stendhal, p. 22.

(2) Journal, p. 335 et suivantes.

(3) Idem, p . 338.

(4) Lucien Leuwen.

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