‹ Esquisse de Rome chretienne (volume 2)Chapitre 37 sur 70 · VI. INVOCATION DES SAINTS · texte numérisé non relu

VI. INVOCATION DES SAINTS

L'Eglise croyait alors, comme aujourd'hui, que les âmes justes reçues dans le ciel y continuent par leur intercession le ministère de charité qu'elles ont exercé par leurs prières en ce monde. Tout cœur chrétien prie pour ses frères et désire qu'ils prient pour lui : les Apôtres nous ont appris à nous recommander à cet égard les uns aux autres. Ce don mutuel est, dans le monde des âmes, celte même loi de charité qui fait qui; nous nous cntr'aidons pour les besoins matériels de cette vie. Les âmes d'élite sont les riches dans cette communauté spirituelle ; elles se répandent continuellement en prières pour le salut des autres, et leur aumône est grande de toute la grandeur de leur amour pour Dieu. Lorsqu'uiie

de ces âmes quitte la terre pour le ciel, croyez-vous que sa charité soit glacée à jamais, parce que son cœur de chair et de sang est refroidi par la mort? croyez-vous qu elle ait exhalé pour jamais tous ses vœux pour vous dans le dernier souffle que vous avez recueilli sur ses lèvres? Le glaive qui faisait tomber la tête des martyrs tranchait-il du même coup les liens de leur fraternité divine avec nous? Vous figurez-vous que le ciel soit quelque chose qui étouffe dans un éternel égoïsme la piété de l'amour fraternel? ou bien vous semble-t-il qu'une âme est moins puissante parce qu'elle est transfigurée, que ses prières cessent d'être agréables à Dieu, du moment qu'elle est fixée à jamais dans son amitié? Si la prière est la toute-puissance de la créature, suffit-il de monter au ciel pour perdre ce pouvoir? Est-on destitué parce qu'on est couronné? Je vous tourmente de ces questions, si votre cœur est étranger à cette consolante foi de la communication des âmes. J'oubliais que je dois me borner à vous faire lire cette foi sur les tombeaux du Christianisme naissant.

La première chose qui frappe dans les images des saints que nous voyons encore dans les Catacombes, c'est l'attitude qui leur est donnée. Nous avons déjà remarqué qu'en général, lorsqu'ils ne sont pas représentés dans quelque circonstance ou action qui exige une autre position du corps, ils sont figurés les bras étendus et un peu soulevés : c'était, comme on le disait, V attitude de la prière^. On dira peut-être

• Saint Paul, dans sa V^ épît. à Timothée, avait fait cette recommandation : « Volo ergo vires orare in omni loco, le-

que dans ces tableaux elle sig-nifie seulement que les saints ont prié durant leur vie terrestre, sans marquer qu'ils prient encore dans le sein de l'éternelle vie. Mais si l'Eglise eût cru que la foi à l'intercession des saints fait injure à l'efficacité de la Rédemption, n'aurait-elle pas eu soin décarter un genre de lablcaux qui pouvait jeter quelque confusion dans l'esprit des néophytes? Nous avons vu précédemment quelles précautions elle a prises, à quelles réserves elle a assujetti la peinture sacrée, pour ne pas troubler leurs idées en matière de foi. Aurait-elle démenti ces règles de prudence dans le cas présent? Au surplus, les inscriptions vont nous expliquer claireinent le sens de ces tableaux.

Les deux épitaphes suivantes ont été trouvées dans les catacombes de Saint-Thrason, sur la voie Salare, parmi des tombeaux qui renfermaient des médailles antérieures au iv® siècle :

Sut. I. prie

A. pour nous

afin que nous soyons sauvés 1.

« vantes pu ras maiius » (c. ii, v. S). — TertuUien, décrivant les usages des premiers chrétiens : « Non attollimus tantum sed « etiam expandimus; » et plus bas : « Ne ipsis quidem maui- « bus sublimius elatis, sed temperate et probe, » etc. (De Oration., c. XIV et xvii.)

* SVT. I. PETE

A. \>nO NOS VT SALVI SIMVS.

(Marangoni, de cœmet. SS. Saturn. et Thrason., p. 60.)

Aurélius Agapitus et Aurélia

Félicissima à leur élève Félicité

très-digne, qui a vécu

XXX ans et vi

et prie pour Ceisnianus ton époux *.

Une colombe portant une palme ou une fleur figurait près de cette autre épitaphe :

Atticus ton esprit

(est ou soit) dans le bien; prie pour tes

parents 2.

Sabbatius, douce

âme, demande et prie

pour tes frères et

tes amis 3.

Au-dessous de cette épitaphe il y a une palme et une couronne.

AVREUVS AGAPITVS ET AVBELTA

FELICISSIMA ALVMNE FELICITATI

DIGNISSIMAE QVAE VICSIT

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