‹ Esquisse de Rome chretienne (volume 2)Chapitre 57 sur 70 · PROMISIT ISTE DAT KRISTVS OMNIA TIBI · texte numérisé non relu

PROMISIT ISTE DAT KRISTVS OMNIA TIBI

QVI ALIVM PARAVIT THEATRV IN CELO '.

Les inductions que l'on peut tirer de cette épitaphe ne seraient pas dépourvues de valeur, si son authenticité était à l'abri de toute contestation. Voici, en effet, quelques indices qu'elle semble fournir.

D'abord ce Gaudentius a été l'architecte d'un édifice destiné aux spectacles. Il y avait, chez les Romains, les théâtres proprement dits et les théâtres doubles ou amphithéâtres ^. Quoique le nom de

1 Roma siibterranœa, t. I, p. 602.

2 Theatrum, quod est hemisphterium, grsece dictus amphitheatrum, quasi ia unum juucta duo visoria, recte constat

théâtre figure vers la fin de l'inscription, on ne peut pas en conclure que l'édifice dont il s'agit appartienne à cette classe spéciale. Les amphithéâtres étant des lieux de combats et de mort, l'auteur de l'épitaphe ne pouvait pas choisir ce nom pour caractériser le point de comparaison qu'il plaçait dans le ciel, séjour de paix et de gloire. Il a donc dû employer le mot de théâtre, dans la seconde partie de l'inscription, quel qu'ait été d'ailleurs le genre de monument théâtral auquel la première partie se rapporte.

On voit, en second lieu, que l'édifice en question a dû être quelque chose de magnifique. Il est dit de son architecte, qu'il a été l'auteur de la gloire de la ville : Civitas gloriœ tuœ autori. Or, parmi les édifices destinés aux spectacles, il n'y a eu, du temps de Vespasien, que le Cotisée dont la construction ait pu donner lieu à un éloge aussi pompeux.

D'après ces conjectures, le chef-d'œuvre de Rome païenne aurait eu pour architecte ce Gaudentius, lequel aurait été ensuite mis à mort comme chrétien, au lieu de recevoir les récompenses promises.

On objecte que Vespasien n'a pas été persécuteur des chrétiens ; cette difficulté peut recevoir, ce semble, plusieurs réponses. Premièrement, cet empereur a fait rechercher et exécuter les Juifs qui se disaient fils de David*, plusieurs d'entre eux pouesse nominatum. Ovi specie ejus arenam concludens, ut concurrentibus aptum daretur spatium, et spectantes omxiia facilius vidèrent, dum quaedam prolixa rotunditas universa coUegerat. (Cassiodor., Variar., lib. V,ep. xlii.)

1 Euseb. Hist. Eccl., lib. III, c. xv

vaient avoir embrassé le Christianisme. Le Martyrologe romain cite le martyre de saint Apollinaire, à Ravenne, sous Vespasien*. Enfin, on sait que sous les empereurs qui n'ont pas ordonné de persécutions, il y a eu des martyrs, lorsque les édits antérieurs n'avaient pas été formellement révoqués, et ces exécutions pouvaient être imputées, comme le fait cette épitaphe, aux empereurs eux-mêmes, puisqu'elles avaient lieu au nom de l'autorité publique.

Les inductions que nous venons de résumer permettraient d'expliquer l'étrange silence que les auteurs contemporains ont gardé sur l'architecte du Golisée. Les noms des chrétiens convaincus et condamnés, les noms de ces ennemis de l'empire, de ces contempteurs des dieux, étaient infâmes. L'opinion publique défendait de célébrer, d'honorer leur mémoire. Cette terrible jurisprudence semblait infliger la peine de mort jusque dans le souvenir des hommes.

Ces raisonnements ont pu paraître plausibles aux antiquaires qui ont admis l'authenticité de l'inscription que nous avons rapportée; mais est-elle réellement authentique? Je laisse aux juges compétents cette question d'épigraphie, et je reviens au Colisée. S'il n'a pas été bâti par un martyr, ce sont toujours les martyrs qui l'ont consacré : ils en ont fait leur monument. Les amphithéâtres, si nombreux dans l'empire romain, sont les édifices qui re-

1 Sub Vespasiano Cœsare gloriosum martyrium consummavit. {Marlyrol. rowtm., die 23 mlii.)

présentent éminemment la persécution des trois premiers siècles, et ils n'étaient tous" que des Colisées amoindris. Il a été le chef-lieu des amphithéâtres, comme le Panthéon a été le chef-lieu des temples. La sombre et glorieuse histoire de cette époque vient donc directement et indirectement se réfléchir sur ses murs. C'est pour cela que nous nous arrêterons assez longtemps devant lui; mais, pour mieux tracer le tableau de ce qui a été, nous devons d'abord jeter un coup d'oeil sur ses alentours, sur les monuments qui s'y trouvaient placés , et qui avaient quelques rapports avec lui.

Il y avait, à une petite distance de l'amphithéâtre, un édifice qui a été souvent une espèce de succursale du Colisée pour le supplice des martyrs : c'était le temple de la Terre. D'après les indices recueillis sur sa situation, on a conclu qu'il se trouvait entre la place dclle Carette et la voie Alexandrine, à l'endroit où nous voyons une ruine du moyen âge, les restes de la tour des Gonti*. Des fouilles y ont fait découvrir les antiques fondements d'un temple : on y a trouvé quelques sculptures symbohques, faisant allusion à la fécondité de la nature. Ce lieu si négligé aujourd'hui doit être réhabilité : il a été témoin de g-lorieuses scènes. Beaucoup de chrétiens y ont été conduits avant d'entrer dans l'amphithéâtre, ou battus avec des verges, ou mis à mort. Les Actes des martyrs nomment, entre autres, les papes Sixte et Corneille, et les martyrs persans Abdon et Sennen^. Le sénateur Julius y

1 Consti'uite en 1208 par Innocent III.

2 Ils nomment aussi Marcel diacre, Cyriaque, Largus, Sma

comparut, nu et chargé de chaînes, devant le tribunal d'un magistrat. Il expira dans le supplice de la flagellation, et son corps fut jeté devant Tamphithéàtre. Pourquoi les martyrs ont-ils été souvent amenés en cet endroit? je ne saurais le dire avec certitude. C'est probablement parce que ce temple de la Terre, qui servait de temps en temps à des assemblées du sénat, était propre à être le siège d'un tribunal, d'un prétoire, et que ce tribunal se trouvait être très-voisin du Cotisée. Quoi qu'il en soit, les chrétiens, conduits là, ont dû souvent remarquer, en levant les yeux sur cet édifice, un contraste que le nom même de ce temple leur suggérait. Parmi les divinités païennes, une de celles qui étaient le plus antipathiques à ces citoyens du ciel, c'était assurément la divinité de la terre.

En se rapprochant du Colisée, on rencontrait un lieu désigné sous le nom de Lac du Pasteur. C'était probablement une fontaine avec un large bassin, ainsi nommée, soit parce qu'elle avait été construite par quelque famille romaine portant le surnom de Pasteur, soit parce que l'image sculptée ou peinte d'un berger lui servait d'ornement. Cette fontaine devait être située entre l'amphithéâtre et le pied du monticule où s'élève la basilique de Saint-Pierre es Liens ^ . Elle faisait ainsi le pendant

ragdus, Grescentius, Sempronius, Olympe, Exupère, Théodule, Pontien, Vincent, Eusèbe, Peregrin, etc.

1 Lacus Pastoris non inepte dici possit fons fuisse, ut plurimi alii , cum labro l'eceptrice ac retentrice aquarum perpétue. Nomen ipsi forsan a sculptura picturave pastorem exhibeute adhtesit .., nisi forte id uoraiuis ab aliqua familia

COLISEE.

de l'autre fontaine , la Meta siidans, dont nous voyons encore les restes près de l'arc de Constantin. Ce Lac du Pasteur figure à diverses reprises dans les annales des martyrs.

Ils étaient amenés en cet endroit pour y comparaître devant un monument dont le nom lugubre se rattache aux usag'es de la justice criminelle chez les Romains 1. Là se trouvait une pierre, sur laquelle montait le héraut chargé de proclamer les supplices qui allaient être infligés, les noms des condamnés et les crimes qu'on leur imputait 2. De là le nom de Pierre Criminelle, Petra Scelerata. Le héraut proclamait aussi, du haut de cette pierre, les supplices réservés aux cadavres, les supplices d'outre-mort : il annonçait qu'il était défendu de recueillir ces corps pour leur donner la sépulture. Ils restaient gisants et abandonnés, pendant un ou plusieurs jours, devant l'amphithéâtre^.

Les condamnés, particulièrement les chrétiens,

accepit Romana, cui hoc cognomen fuerit... Qui cum in tertia l'egione fuerit, necesse est ut inter Amphitlieatrum et radiées montis S. Pétri in vincula fuerit, cum ab altéra parte intei Amphitheatrum et arcum Constantini alius fons fuerit, cui Metœ sudantis nomen. (Famiani Nardini, Roma vêtus, lib. III,

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