‹ Esquisse de Rome chretienne (volume 2)Chapitre 58 sur 70 · C. IX · texte numérisé non relu

C. IX

1 Ducti ad petram Sceleratamjuxta Amphitheatrum ad Lacum Pastoris itidem decoUati sunt. {Aci. S. Euseb. Presbyt. et soc.)

2 Ducti ad petram Scelex"atam sub voce Prseconis introducti sunt in Tellure. [Act. SS. Pontiani, Vincentii.)

3 In voce Praeconis dictum est ut nullus corpora eorum attingere praesumat; corpora vero sanctorum per triduum ante Amphitheatrum jacuerunt. (IbiJ.)

étaient souvent flagellés avant d'être livrés aux spectacles duColisée. On n'avait à faire que quelques pas pour se procurer les instruments de ce supplice préparatoire. Dans la plaine, entre les monts Cœlius et Esquilin, vers l'endroit où est située la basilique de Saint-Clément, se trouvait la tête du quartier appelé la Subarra, et un groupe de maisons qu'on nommait la Tabernola. C'est là, suivant Martial, qu'on achetait les fouets pour châtier les esclaves ^

Dans l'espace où nous voyons le couvent des Quatre-Coiironnés, et l'arc de Dolabella, il y avait des casernes. Celle qui était située dans l'endroit qu'occupe aujourd'hui la villa Mattei, avait un rapport particulier avec le Colisée. C'était la caserne de la cinquième cohorte des soldats pompiers, cohors viifilum. Les arceaux de l'amphithéâtre, construits en pierre, n'avaient nul besoin de ce voisinage. Mais les sièges en bois, placés comme nous le verrons dans la partie supérieure, l'immense tenture qui couvrait l'arène et l'assemblée, les cordes qui la re tenaient, les mâts auxquels ces cordes étaient atta chées, les machines que l'on faisait jouer dans les spectacles, n'étaient pas à l'abri du feu.

Il paraît aussi qu'il y avait, dans le même quar tier, un autre endroit qui avait une relation encore

* Goncludenduraque Tabernolam in planitie illa inter Am phitheatrum Titi et ecclesiam S. démentis, Suburrœ caput incidisse, ubi Martialis flagella ad csedendos servos venalia fuisse ait. (Nardin., Rom. velus, lib. III, c. vi.)

Tonstris Suburrœ faucibus sedet primis Cruenta pendent qua flagella tortorum.

(Martial., lib. II, Epig. xvii, v 1.^

plus directe avec l'amphithéâtre. L'ancienne topographie de Rome, par Publius Victor, signale sur le mont Cœlius un local qu'elle nomme Jeu matinal, Ludus matutinus^.hes Romains donnaient le nom àe jeu aux lieux où on se livrait à divers exercices de l'esprit ou du corps. Ce nom désignait particulièrement les manèges dans lesquels les malheureux, destinés à figurer dans les combats de l'arène, s'exerçaient à leur terrible rôle. Tout près de l'amphithéâtre on trouvait le grand jeu, Indus magnm^ . Il était probablement réservé aux acteurs du premier rang, aux gladiateurs distingués, à ceux qui devaient se battre homme contre homme. Ceux qui devaient lutter contre les bêtes avaient un rang infime. Comme ce second genre de combats avait ordinairement lieu dans la matinée, on en a conclu que ce nom de jeu matinal signifie l'emplacement où l'on s'y préparait^. D'après les indications fournies par les écrivains régionnaires, c'est vers la plaine du Cœlius, et non loin de la caserne des soldats vigiles ou pompiers, dont nous venons de parler, que devait se trouver le triste réduit de ces pauvres gens. Le nom qu'on leur donnait, et qui

1 Ludus matutinus, Gallicas cohortes V vigilum, (P. Vict. Région, ii.)

2 Araphitheatrum Flavii, Ludus magnus. (Velus Riif. Topogr.)

3 Ludus matutinus apud P. Victorem in II regione, ubi putera bestiarios asservatos; in V inscrip. procurator ludimatutini, medicus ludi matutini. In eo cellas arbitror fuisse, ut et gladiatoribus apud Quintilianum in gladiatore : commorabar rnter homicidas, inclusus turpiore cuslodia, et sordido cellarum silu. (Bulengerus, de Venation. Cire, xxxiv.)

était lui-même un supplice^, était surtout infligé aux chrétiens destinés à l'amphithéâtre, pour lesquels on avait un souverain mépris. Ils n'avaient pas même, aux yeux de la société romaine, l'honneur d'être les adversaires des bêtes, ils étaient seulement leur pâture. La postérité a vu en eux des anges ; les Romains d'alors les nommaient les Bestiaires.

L'emplacement sanctifié aujourd'hui par le vénérable monastère des Passionistes renfermait une dépendance du Colisée. C'est là que s'élevait le temple de Claude, érigé en son honneur par sa femme Agrippine, détruit par Néron, et magnifiquement rebâti par Yespasien. Il paraît que dans la partie inférieure de cet édifice, il y avait un vivier, vivarium, qu'on suppose avoir été construit par Domitien. On désignait sous ce nom les ménageries ^1 il y en avait sur plusieurs points, notamment près de la Porte Prénestine ^. Celui qu'on croit avoir existé dans le lieu que nous venons d'iudiquer

1 Bestiarii, ©y.pîoaay.vj;. (Vide Soc, 1. VII, c. xxii. — Bestiariis... adeo delectabatur. (Sueton., in Claud., c. xxxiv.) — Unum e Bestiariis. (Senec, de Benef., lib. II, c. ix.) — Nuper iu Ludo Bestiariorura, unus e Germanis, cum ad spectacula matutina prsepararetur, etc. (Senec, Epist., lxx.) — Bestiariis supremam cœnantibus. (TertuU., Apolog., c. xui.)

2 Vivaria animalium... primus togati generis invenit Fulvius Lupinus, qui in Tarquiniensi feras pascere instituit Nec diu imitatores defuere L. Lucullus et L. Hortensius. (Plia., Hist. natur., lib. VIII, c lxxviii, 2.)

3 Belisarius acie instructa circa Prsenestinam portam ad eam mûri partem, quam Romani vivarium dicunt, etc. (Procop., de Bello Golhico, lib. I.)

doit avoir été très-considérable. Sous les grandes voûtes que nous y voyons encore, et dans le chemin souterrain qui conduisait de là au Colisée, on a trouvé des ossements d'animaux étrangers. Les restes de quelques ours de la Libye et de quelques lions de l'Inde se sont conservés plus longtemps que les cendres des empereurs qui les avaient fait venir, quoique ceux-ci se fussent bâtis des tombeaux gigantesques pour assurer l'immortalité de leur poussière. En continuant de tourner autour du Colisée, nous rencontrons la résidence des ordonnateurs de ces fêtes, le grand palais des Césars, sur le Palatin, et plus loin celui des empereurs qui ont habité au pied de l'Esquilin. Entre ces deux sites, le temple de Vénus et de Rome, dont on voit encore de si beaux restes, veut ici une mention. Le célèbre architecte Apollodore, consulté par Adrien sur la construction de cet édifice, lui conseilla d'y pratiquer un souterrain, afin qu'on pût y préparer les machines pour les jeux publics, et les transporter à l'improviste dans l'amphithéâtre *. Ce plan semble supposer que ce souterrain aurait dû communiquer par un chemin couvert avec les souterrains du Cohsée, dans lesquels on introduisait les machines à produire des surprises. Si le conseil d'Apollodore. n'a pas été suivi, il nous donne au moins quelque idée du système théâtral des Romains.

1 Sublime illud et concavum fieri oportere, ut ex loco superior ia Sacram usque viam insignior prospectus esset, et tnagis conspicaus ; concava ad excipiendas ludorum machilas, quae in eo latenter compingi, et item ex occulto in thea- ;rum duci possint. (Dio, iu Hadrian., c. iv.)

En descendant du temple de Vénus et de Rome vers le Colisée, nous apercevons, à quelques pas de l'amphithéâtre, les restes d'un énorme piédestal : c'était celui de la statue colossale de Néron. Dès les premiers temps du Colisée, sa statue n'était plus devant le vestibule de sa maison dorée. Vespasien l'avait fait transporter sur la sommité du monticule qui domine la voie Sacrée, à l'endroit marqué aujourd'hui par la double ruine du temple de Vénus et de Rome. Lorsque l'empereur Adrien voulut ériger ce temple, le colosse dut encore changer de place, il vint se poser à l'endroit marqué par le piédestal. Là il se trouvait placé entre cette fontaine, aujourd'hui tarie, connue sous le nom de borne suante, et le lac du Pasteur, qui devait être situé, comme nous l'avons dit, de l'autre côté, au bas de l'Esquilin. Pour effacer le souvenir de Néron, sa statue avait été dédiée au soleil. Les Actes des martyrs nous parlent de plusieurs chrétiens traînés ou exécutés devant la statue du soleil, qui faisait face à l'amphithéâtre.

Tels étaient les alentours du Colisée. Les palais des empereurs, les casernes de leurs soldats, les maisons des gladiateurs, les viviers des animaux, les quartiers où l'on achetait les fouets pour les supplices, un temple, précédé d'un prétoire, devant lequel comparaissent les chrétiens, la Pierre Scélérate, d'où l'on proclamait leur arrêt de mort, et presque à la porte de l'amphithéâtre le génie de Néron, personnifié dans sa statue colossale qui restait debout, comme pour présider à cette persécution de trois

siècles dont il avait donné le signal ; voilà quel était l'entourage de ce grand forum des plaisirs.

Nous devons maintenant décrire ces spectacles. Commençons par nous représenter ce qui se serait passé sous nos yeux si nous nous étions placés au coin de la voie Sacrée, de bon matin, un jour où l'amphithéâtre devait avoir une de ses grandes fêtes.

Le soleil qui se lève sur les monts de Préneste, dore la face orientale du Colisée. Ses rayons, pénétrant dans l'enceinte par les ouvertures de l'attique, y découpent, sur la teinte grise et terne des murs, quelques carrés de lumière. Dans l'intérieur, tout est encore solitaire et silencieux ; mais les alentours commencent à s'animer. Des esclaves conduisent, avec des cordons de pourpre, plusieurs animaux, doux par nature ou apprivoisés, qui doivent paraître dans l'arène*. D'autres animaux plus dangereux, venus des pays lointains, arrivent sur des chariots : ils y sont emprisonnés dans des cages ornées de fleurs peintes ^. Des gardiens, à la face noire ^, aux cheveux crépus, escortent quelques-uns de ces chariots. Voilà qu'arrivent les soldats qui doivent faire le service du Colisée, revêtus de leurs chlamydes blanches. Vers le piédestal du colosse de Néron, autour de la Borne suante, et des éléphants d'airain de

1 Paret purpuriis aper capistris.

(Mart., lib. lEpig.,cy, 7.)

2 Instar circumforaneae domus floridee pictura, décora futures venationis receptacula. (Apul., Asm., lib. IV.)

i» Nigra bellua nil negat magistro.

(Mart., lib. lEjiij., cv, 10.)

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