‹ Esquisse de Rome chretienne (volume 3)Chapitre 20 sur 24 · I. ii · texte numérisé non relu

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sépulcrales, pour retirer de la maison des morts quelques charretées de sable pour les maisons des vivants. Vanité de tout ce qui est l'ouvrage de l'homme! Ces souterrains, protégés à la fois par la majesté de leurs tombes et par l'obscurité de leurs labyrinthes, ont été dévastés par des soldats maraudeurs et par des manœuvres, qui y cherchaient, les uns un peu d'or, les autres un peu de terre.

Malgré ces ravages, un nombre assez considérable de ces premières créations de l'art chrétien s'est perpétué jusqu'à nous, les unes encore visibles sur les murs mêmes des catacombes, les autres reproduites par la gravure. Nous en parlerons dans d'autres parties de ce livre, lorsqu'il sera question du caractère dogmatique des anciens monuments, h aussi lorsque nous aurons à traiter du symbolisme chrétien. Nous ne les rappellerons ici que comme un accessoire des catacombes. Ces tableaux, qui exprimaient sous des formes variées deux idées principales, celle de la lutte et celle de la délivrance, étaient, pour les soldats du Christ, ce que sont les chants de guerre avec lesquels on conduit une armée au combat. Les peintres étaient à leur manière des Tyrtées chrétiens : ce chœur d'artistes formait une troupe d'utiles auxiliaires dans le siège que le Christianisme livrait à la métropole païenne, du fond de ces retranchements souterrains.

Récapitulons maintenant les principales circonstances qui peuvent nous fournir un aperçu, en quelque sorte pittoresque, de ce siège unique en son genre. Les catacombes traçaient autour de Rome deux lignes qui allaient du nord au sud, l'une parl'oc

cident, l'autre par l'orient. Dans la première, le tombeau de saint Pierre faisait face au cirque de Néron ; le cimetière des martyrs Pancrace et Calepodius, au' champ de Mars d'un côté, et au pont d'Horatius Coclès de l'autre ; les grottes Pontiennes à des jardins voluptueux qui bordaient le Tibre ; la crypte de Saint-Paul à la pyramide de Cestius. Dans l'autre ligne, au mausolée d'Auguste était opposé le petit cimetière de Saint- Valentin; au temple de l'Honneur, le camp souterrain qui portait le nom de Sainte-Priscille; au temple de Diane, le caveau de Sainte-Agnès; à la chaussée de Tullius, à l'amphithéâtre Castrense, à la région du Colisée, les cimetières des voies Tiburtine, Prénestine, Labicane et Latine; enfin, à la porte Gapène, au palais des Césars, au Capitole, les grandes Catacombes. Les retranchements des assiégeants et ceux dos assiégés offraient aussi, sous d'autres rapports, les plus vifs contrastes. Les assiégés traçaient sur les murs de leurs casernes et sur leurs étendards les portraits de

leurs généraux; les assiégeants dessinaient, dans leurs galeries souterraines, quelques placides figures de justes souffrants et de femmes en prière. D'un côté, l'aigle des légions, de l'autre, la colombe du Jourdain ; d'un côté, la louve romaine, de l'autre, l'agneau. Sur les monuments, sur les tombeaux païens, étaient placés des trophées, les images, les dépouilles des nations vaincues : les chrétiens renfermaient dans les tombeaux de leurs soldats des tenailles et des clous teints de leur sang, et quelquefois d'autres objets, humbles instruments de leur chanté envers les pauvres. Dans leurs évolu-

tions, les troupes païennes passaient sous des arcs de triomphe, la milice chrétienne entrait ou sortait par les trous des carrières. Quelquefois les païens faisaient irruption dans les retranchements des catacombes, et ils ravageaient : d'autres fois, les chrétiens s'avançaient, tête haute, sur les places publiques, et ils mouraient. Mais, plus ils avaient de morts, plus nombreuses étaient les recrues qui arrivaient pour miner la citadelle de l'idolâtrie : leurs rangs étaient d'autant plus pressés que les cimetières s'élargissaient. Ces assauts présentent le spectacle inverse de celui que le Tasse décrit, lorsqu'il nous montre au-dessus des bataillons des croisés les légions des anges combattant dans les plaines du ciel pour prendre Jérusalem : dans le siège de Rome, l'armée de Dieu était sous terre. Les travaux, de ce siège avaient duré trois siècles, et la sape avançait toujours : sous Constantin, un grand ébranlement se fit entendre, une partie de la Rome païenne s'abattit, l'autre chancela. Il y eut encore, quelque temps après, une lutte, jusqu'à ce que le vieil autel de la Victoire eût été renversé pour toujours. Alors les restes de la Rome païenne tombèrent, et lorsque la poussière de leur chute fut dissipée, voici ce qu'on vit : la Rome souterraine était devenue la Rome publique, elle avait passé des catacombes sur les sept collines.

Tel est un des points de vue sous lesquels on peut envisager ces monuments. Plusieurs circonstances qui se sont présentées à nous comme accessoires et en quelque sorte sur le second plan, apparaissent, comme faits principaux, lorsqu'on se place

dans d'au 1res points de vue. En général, les catacombes peuvent être considérées sous quatre aspects. Comme cimetière, c'est le plus illustre de la chrétienté; comme retraite pour les chrétiens, elles furent les retranchements du siège dont nous venons de parler; comme dépôts d'objets intéressants pour les arts et pour l'archéologie, elles sont ou elles ont été un musée sacré ; comme lieu de prière, elles possèdent un recueillement infini. L'enfant le plus dissipé se recueille lorsqu'on le mène prier sur les tombeaux de sa famille ; les catacombes sont, pour la famille des chrétiens, le caveau des ancêtres, visiblement situé, non pas simplement sur les limites des deux mondes, mais aux portes mêmes du ciel. Toute pensée y devient presque forcément ou un grand souvenir ou une grande espérance.

Pour mieux goûter les émotions que cette Rome souterraine inspire, on n'a qu'à les rapprocher de celles que font éprouver les ruines de Pompéi. Rien de plus désespéré que l'aspect de cette ville morte, sortant à demi de son tombeau, non pour ressusciter en se repeuplant, mais pour se donner à quelque égard un faux air de vie, pour que les brises de la mer, les parfums du printemps, les émanations de la belle nature environnante s'égarent sans but dans ces rues qu'éclaire un soleil inutile. Les ténèbres des catacombes produisent dans l'âme l'effet contraire à celui du soleil de Pompéi ; car le grand charme de ces lieux tient, en partie, au contraste qui existe entre la nuit physique qui y règne et le jour spirituel qui éclairait leurs habitants. Pompéi, à peu d exceptions près, ne nous rappelle guère que la vie

matérielle de ses habitants, leurs agitations, leurs plaisirs, tout ce qui passe ; aucun lieu ne semble plus convenable pour les cérémonies de l'Eglise, qui retracent particulièrement le néant de la terre. Lorsqu'au commencement du carême un prêtre y donne les cendres aux ouvriers de ces ruines, entre les murs délabrés d'une maison antique transformée en chapelle, cette parole : 0 homme, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière, ne saurait rencontrer un écho mieux fait pour elle. Dans les cimetières souterrains de Rome, tout cimetières qu'ils sont, la pensée de la mort n'est pourtant qu'accessoire : le sentiment dominant est celui de l'immortalité. Si la foi à la vie future pouvait se perdre sur la terre, on la retrouverait dans les catacombes des martys. L'immense amour de la vérité et de la justice, qui a consacré ces lieux, a dû aboutir ailleurs qu'à un trou éternel dans une carrière de pouzzolane ; le monument de cet amour ne saurait être le vestibule du néant. Le matérialiste le plus endurci serait ébranlé, je crois, après une demi-heure de méditation dans les catacombes.

Les âmes pieuses y éprouvent, non pas de simples sentiments, mais, pour ainsi dire, des sensations de foi, comme si elles entendaient, derrière ces murs de tombes, des voix qui leur parlent et qui les appellent. Elles sentent qu'avec plus de foi encore, pi as de prières, plus d'amour surtout, elles pourraient y espérer une de ces illuminations que saint Philippe de Néri y a reçues. Pendant dix ans, étant encore dans la vigueur de l'âge, il vint habituellement passer les nuits en oraison dans les catacombes de

Saint-Sébastien : on y montre encore le caveau où il aimait à se retirer. C'est clans la Rome souterraine qu'il alimentait la source de cette charité inépuisable qu'il a répandue sur la Rome des vivants. Dans le fond de cet abîme, il se sentait plus près du ciel1 ; et, à cette hauteur, la face prosternée contre terre, il demanda plusieurs fois à Dieu de modérer les consolations et les grâces dont il était inondé. « Son « cœur, dit une femme poëte, était une urne trop « petite sans doute pour contenir cet océan, et c'est « pourtant de cette urne que mille fleuves sont « sortis2. »

La source des sentiments pieux que les catacombes ont inspirés à leurs pèlerins des temps passés coule toujours avec la même abondance, semblable au baptistère des grottes Pontiennes qui n'a jamais tari. Les cœurs chrétiens la retrouvent bien vite à leur entrée dans ces lieux, et, lorsque après les avoir visités ils confient au papier les émotions qu'ils y ont puisées, il arrive souvent que ces bonnes pensées deviennent tout naturellement de belles choses. Ce caractère me semble admirablement empreint dans les lignes que je vais citer, écrites, au sortir des catacombes de Saint-Sébastien, par une jeune chrétienne de vingt ans. Je les ai insérées dans un recueil périodique, il y a quelques années, mais il

1 Mundo ignotus, ccelo propior innotesceret. (Aringh.)

2 Non capit oceanum hune pectoris urna mei,

Parvasatls, nimiùmque licet sit pectoris urna, Hâc tamea ex uraâ fiumina mille flueat.

(Martha Marchina.)

me semble que c'est ici leur place : je me plais à terminer le chapitre sur les "vieux cimetières des martyrs par une page qui rattache si bien la piété du temps présent à celle des anciens jours : « J'ai vu les catacombes, et l'impression que j'y ai reçue et que j "en conserve est, grâce au ciel, plus vive et plus profonde qu'aucune de celles que m'ont laissées les monuments et les ruines que j'ai comtemplés à Rome avec le plus d'admiration. Je sens maintenant avec reconnaissance que mes émotions les plus fortes sont causées par ce qu'il y a de meilleur en moi, et je remercie Dieu d'avoir créé mon cœur capable de sentir ce que jamais mon imagination ne m'a fait éprouver. Je n'avais qu'une idée vague de l'effet que ce lieu produirait sur moi. Je n'y avais pas beaucoup pensé d'avance, et j'y suis arrivée sans avoir prévu de quelle nature seraient les sensations qui devaient y remplir mon âme. Peut-être cette circonstance les a-t-elle rendues plus vives. Je puis croire du moins qu'aucune préparation n'aurait pu les augmenter, comme nulle expression ne peut les rendre. En entrant dans cette sombre caverne, je me suis d'abord sentie saisie d'un respect et d'un recueillement si profonds, que je n'aurais pu proférer une parole, même pour prier, et cependant je ne sentais pas bien distinctement encore quels souvenirs ce lieu réveillait en moi. J'étais touchée avant de me rappeler pourquoi, et ce n'est que lorsque mon cœur était déjà attendri et bien disposé à la recevoir, que la pensée des chrétiens, des martyrs est venue le remplir d'une émotion si violente, que je ne me rappelle pas avoir rien éprouvé de semblable

dans toute ma vie. J'étais près de l'autel où la messe sétait célébrée pendant le temps des persécutions. Je regardais cettepierre sur laquelle s'étaient attachés les yeux de ceux qui, à cette même place où j'étais, ont articulé ces prières sublimes et touchantes plus qu'aucune de celles qui ont jamais été adressées à Dieu. J'aurais bien voulu me mettre à genoux et prier aussi, aucun lieu de ce monde n'en peut inspirer un plus juste désir, mais je n'ai pas osé, je n'étais pas seule, et j'ai suivi ceux qui marchaient devant moi, sans rien dire, essayant de ne pas me laisser distraire des sentiments que je ne pouvais exprimer. En avançant cependant dans ces étroits détours, une émotion plus forte encore s'est emparée de moi. Devant l'autel, je ne pensais qu'à leurs prières et j'oubliais leurs souffrances ; mais ces tombeaux, entre lesquels il reste à peine assez de place pour les morts, plus grande que celle qui restait aux vivants, m'ont rappelé ce qui avait été souffert par ceux qui, debout sur cette terre où j'avais mes pieds, attendaient l'instant où ils seraient aussi couchés à côté de leurs frères.

« Pendant un instant je me figurais la douleur, les angoisses de ceux qui attendaient longtemps la mort, j'oubliais qu'ils étaient chrétiens ! j'oubliais qu'une espérance plus forte que toutes les douleurs en avait banni la plainte et l'horreur, et qu'au milieu de cette affreuse caverne on n'avait entendu retentir que des chants d'espoir et d'allégresse ; j'oubliais que le seul sentiment qui ait jamais fait battre de regret leurs cœurs héroïques était celui de n'avoir pas encore versé leur sang comme ceux qui, plus

io.

heureux, les avaient devancés dans le ciel, et leur seule crainte, celle de mourir sans avoir confessé leur foi. Tous ces souvenirs me sont revenus, et j'ai eu honte d'avoir éprouvé autre chose que de l'envie pour ceux qui onthabité ce sombre séjour. J'ai pensé alors à moi-même avec confusion; j'ai rougi en son géant que j'étais chrétienne comme celles qui, jeunes et faibles comme moi, oubliant qu'il y avait du bonheur sur la terre, n'ont dans ce lieu demandé à Dieu que la gloire d'y mourir pour lui. J'ai comparé mes prières avec les leurs, et je lésai trouvées bien indignes. Dans ce moment j'ai désiré partager leur sort, j'ai dit du moins sincèrement dans mon cœur que j'achèterais volontiers une partie de leurs vertus au prix de tout mon bonheur dans ce monde, et j'ai demandé à Dieu que cette prière ne fût point l'effet d'un enthousiasme passag-er, mais qu'il la rendit sincère et durable. Nous sommes sortis des catacombes par l'escalier qui y conduisait les chrétiens, et c'est en y arrivant que j'ai senti à la fois dans mon âme toutes les impressions différentes que je venais d'éprouver successivement. Les marches sont les mêmes que leurs pas ont touchées en allant au supplice. J'aurais voulu me prosterner et en baiser l'empreinte! J'aurais voulu ne pas quitter cette place et y pleurer sans contrainte ; je sens que là j'aurais pu exprimer les sentiments qui remplissaient mon cœur. Je pensais alors que les jeunes filles qui ont monté ces degrés pour aller mourir héroïquement me voyaient du haut du ciel et priaient pour moi , qui leur ressemble si peu . J'aimais à songer qu'elles voyaient dans mon cœur ce que je ne pouvais articuler, et qu'elles proté-

geaient ma prière. Je me sentais indigne de mettre les pieds où s'étaient posés les leurs, et cependant c'est avec un sentiment d'une douceur inexprimable que j'ai monté ces marches qu'elles ont gravies avec autant de calme et plus de bonheur que moi, quand la mort les attendait en haut.

« Trop de pensées inondaient mon âme, je n'ai pu résister au besoin d'embrasser avec ardeur cette pierre sacrée avant de rentrer dans l'église. En y revenant, je m'y suis mise à g-enoux; j'aurais voulu y rester bien longtemps. Je venais de ressentir des transports qu'aucun moment de ma vie ne m'avait fait comprendre. Je les devais à la religion dans laquelle j'ai eu le bonheur de naître, et j'avais besoin d'en remercier Dieu et de lui demander que toute ma vie fût l'expression de ma reconnaissance et de mon amour pour lui ! »

Ceux qui doivent construire tes murs sont venus : tes persécuteurs vont se retirer...

(Isaie, xlix, 17.)

BASILIQUES CONSTANTINIENXES

Le sang chrétien ne fut versé nulle part avec autant de profusion qu'à Rome. Durant toute l'époque dont je viens de parler, elle reproduisit l'image des soulfrances du Sauveur plus vivement et à plus grands traits que cela ne s'est vu en aucun autre lieu1. Ces trois siècles furent comme les trois jours de la Passion : chacune des sept collines offrit une imitation du prétoire ou du Calvaire, et les catacombes des martyrs furent le tombeau, placé aussi comme celui de Jésus-Christ hors des murs de la ville. Mais le jour arriva où les cavernes sépulcrales s'ouvrirent, et les basiliques Constantiniennes, sortant de terre, firent rayonner dans les airs le signe du Christ vainqueur de l'idolâtrie et de la mort.

Avant de nous occuper de ces basiliques, trans-

* Una Roma mactandis Christi ovibus générale quasi macellum erat... Nec usquam orbis terrarum chiistianus sanguis ubei'iùs effusus est quàm in unâ urbe Româ. (Slapletonius, de Magnitud. Rom. E<rl.)

BASILIQUES C0NSTANT1NIENNES. 2G5

portons-nous d'abord à l'endroit où fut proclamée la révolution spirituelle qui allait donner une physionomie toute nouvelle à la Rome monumentale.

En visitant aujourd'hui la place Trajane et ses antiquités, la plupart des voyageurs n'y cherchent que les souvenirs de ses grandeurs païennes. Dans l'espace occupé actuellement par un des quartiers voisins, leur imagination fait reparaître le forum de Trajan, ses trophées, son arc de triomphe. Avec les débris qu'on voit au milieu de la place, ils reconstruisent la célèbre basilique Ulpienne, ils relèvent, à côté de la colonne, les deux bibliothèques, asiles des travaux de la paix, situés à l'ombre du monument de la guerre. Mais on oublie trop qu'un grand souvenir de l'histoire du Christianisme est attaché à cette place. C'est en effet dans cette même basilique Ulpienne que Constantin convoqua une assemblée du peuple romain. L'empereur se plaça dans l'abside, ou plutôt, puisqu'il y en avait deux, dans celle où se trouvait le siège du magistrat. Il serait bien à désirer que l'on pût déterminer, au moins approximativement et avec quelque vraisemblance, la situation de cette abside, car c'est de là que s'est fait entendre une des proclamations les plus solennelles dont l'histoire ait conservé le texte, celle qui annonça officiellement les funérailles du monde païen, et le couronnement chrétien du monde nouveau. Du haut de cette tribune, Constantin adressa ces paroles à l'assemblée [ :

1 Nous prenons cette scène dans les Actes latins de saint Sylvestre, lesquels, d'après un témoignage du ve siècle, le

« Les funestes divisions des esprits ne peuvent « avoir une heureuse fin, tant que nul rayon de la « pure lumière de la vérité n'a éclairé ceux qu'en- « veloppe les ténèbres d'une ignorance profonde. Il « faut donc ouvrir les yeux des âmes... C'est de « cette manière que doit mourir l'erreur de l'ido- « latrie l. Renonçons à cette superstition, que « l'ignorance a enfantée et que la déraison a nour- « rie. Que le Seigneur, unique et vrai qui règne « dans les cieux, soit seul adoré...

« Quant à nous, qu'il soit connu de tous que <( nous avons déjà abjuré cette erreur moyennant « le secours du Christ, notre Dieu. Du reste, pour « ne pas vous retenir par un trop long discours, « nous allons déclarer brièvement ce que nous « croyons devoir ordonner. Nous voulons que les « églises soient ouvertes aux Chrétiens, de telle « sorte que les pontifes de la loi chrétienne jouis- « sent des privilèges qui ont été conférés aux prê- « très des temples2.

« Pour faire connaître à tout l'univers romain que « nous baissons la tète devant le vrai Dieu, devant

témoignage du pape saint Gélase Ier, étaient déjà répandus parmi les catholiques de Rome et dans quelques autres {de Lib. autli. et apocryph.). Les raisons sur lesquelles on s'appuie pour établir qu'ils ont été altérés en quelques endroits ne paraissent pas s'appliquer à l'événement dont nous parlons.

1 Aperiendi sunt oculi animarum ; et diligenti est examine tenendum istos deos nec dici debere nec credi. (Act. Syloest.)

- Patere volumus christiania ecclesias, ita ut privilégia, qufe sacerdotes templorum habuisse noscuntur aritistites christianse legis assumant. (Ibid.)

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« le Christ, nous avons entrepris de bâtir en son « honneur une église dans l'enceinte de notre pa- « lais *. Il sera prouvé ainsi au monde entier qu'au- « cun vestige de doute ou de notre erreur passée ne « reste au fond de notre cœur. »

Le spectacle que présenta la basilique Ulpienne pendant ce discours se devine aisément. Dans l'abside, ou dans les environs, étaient placés les sénateurs, qui presque tous étaient encore attachés à la vieille religion de l'empire. Constantin n'apercevait à ses côtés que des attitudes mornes, des fronts couverts d'un nuage, comme si la colonne Trajane fût tombée pendant qu'il parlait. Il y avait aussi un certain nombre de païens dans la foule qui "emplissait l'intérieur et les avenues de la basilique. Mais l'immense majorité était chrétienne, et elle soutenait de ses regards chacune des paroles de son auguste tribun. A peine eut-il prononcé le dernier mot de sa harangue, que la voix du peuple éclata, et fit entendre, durant l'espace de presque deux heures, ces acclamations 2 :

« Malheur à ceux qui nient le Christ! le Dieu des « Chrétiens est le seul Dieu! Que les temples soient « fermés et que les églises s'ouvrent. »

Pendant que le peuple proférait ces cris, son émotion croissait comme une marée montante, et les

1 Intra palatium nostrum Ecclesiam Ghristo arripui cortstruendam ut universitas hominum comprobet nullum dubiefatis in corde nostro vel prseteriti erroris remansisse vestigium.

2 Cumque in isto verbe- finisset eloquium vox populorum per duarum fermé horarum spatium haec fuit.

acclamations prenaient un caractère de plus en plus menaçant pour les païens.

« Ceux qui n'honorent pas le Christ sont ennemis « des Augustes! Ceux qui n'honorent pas le Christ « sont ennemis des Romains ! Celui qui a sauvé « l'empereur est le vrai Dieu !

« Celui qui honore le Christ triomphera toujours « de ses ennemis. »

Ces exclamations retombaient particulièrement sur la tête des sénateurs, que le peuple voyait face à face de lui, revêtus des insignes d'une autorité qui s'obstinait à être païenne, et qui pouvait redevenir persécutrice. Leur tristesse hostile, qui se plaçait entre la piété de l'empereur et la joie des chrétiens, n'était pas propre à calmer les esprits. Le flot de l'effervescence populaire monta encore. Aux imputations générales succéda la demande formelle de proscriptions.

« Que les prêtres des temples soient chassés de « Rome ! Que ceux qui font encore des sacrifices « soient chassés de Rome ! Ordonnez qu'ils soient a chassés de Rome aujourd'hui même i ! »

De pareilles menaces servaient et dépassaient les intentions de Constantin. Il était bien aise que l'opposition antichrétienne, représentée par le sénat, fut intimidée par quelque démonstration, formidable, mais il ne voulait nullement se prêter aux me-

* Sacerdotes templorum urbepellantur; dictum est tricies. Item : qui adhuc sacrificant urbe pellantur; dictum est terdecies. Item : jubete ut bodiè urbe pellantur; dictum est quadragies.

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sures rigoureuses réclamées par les derniers cris qui venaient de faire trembler les voûtes de la basilique Ulpienne. Dès qu'il les eut entendus, il demanda le silence et reprit la parole en ces termes : « Il y a cette différence entre le service de Dieu « et le service des hommes, que le second est forcé, « et le premier est volontaire. Dieu étant honoré « par l'intelligence et par une sincère affection, son « culte doit être spontané l .

« Ce n'est point par la crainte du pouvoir hu- « main qu'il faut être poussé au culte de Dieu; « mais il faut, après de sages réflexions, demander « de son propre mouvement à être admis dans les « rangs des Chrétiens par ceux qui sont les minis- « très de leur très-sainte loi. Ne pas accorder cette « admission à ceux qui la demandent, ce serait « coupable ; l'imposer à ceux qui ne la demandent « pas, ce serait inique ; telle est pour nous la règle de « vérité et de justice. Que ceux qui refuseraient de « devenir Chrétiens ne . craignent pas de perdre « pour cela nos bonnes grâces 2. Si nous désirons « qu'ils nous imitent dans notre pieuse démarche, « c'est un désir plein de douceur. Mais nous décla- « rons aussi que nous serons unis par une étroite « amitié à tous ceux qui embrasseront spontanéce ment le Christianisme. »

En prononçant ce discours, Constantin fut assurément une des figures les plus imposantes que

* Inter divina et humana servitia hoc interest, quod bumana servitia coacta sint, divina autem voluntaria comprobentur.

2 Sed nec hos aliqui metuant quod à gratiâ nostrâ divellantur si christiani esse noluerint.

l'histoire puisse peindre. L'expression de calme et de sérénité que sa physionomie dut prendre contrastait à la fois avec le silence morne des sénateurs et l'allégresse ardente du peuple. Mais ses paroles encourageaient les espérances des vainqueurs, tout en rassurant les vaincus. Leur effet fut subit et universel. Chrétiens et païens se mirent à louer les sages résolutions de l'empereur, lui souhaitèrent une longue vie, et l'assemblée se sépara pacifiquement. Il retourna à son palais de Latran, suivi d'un nombreux cortège, comme c'était l'usage dans les circonstances solennelles, où l'enthousiasme populaire était excité : le chemin qui conduisait de la basilique Ulpienne à la résidence impériale passait entre le Colisée et les thermes de Titus, et il était à peu près le même que celui que nous suivons aujourd'hui. Les rues furent illuminées ; toute la ville, disent les anciens récits, eut une couronne de cierges et de lampes *.

Telle est la scène dont la basilique Ulpienne fut témoin, et qui redonne à la place Trajane un autre intérêt que celui qu'on y cherche ordinairement. Depuis que j'ai rattaché les détails de cette scène à l'ensemble de cette place, ce lieu a pris pour moi un nouvel aspect. La statue de saint Pierre, placée par Sixte-Quint sur la colonne, n'est pas solitaire; les débris de la basilique, gisant ou relevés autour

* Tune omnibus christiania et infidelibus hanc legem laudantibus et vitara Augusto optantibus, finis ejus rei factus est. Et revertente Augusto ad palatium, tota civitas cereis lampadibusque repleta coronata est.

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d'elle, sont aussi, par le souvenir qu'ils retracent, un monument chrétien.

Après nous être arrêtés [quelques instants sur le lieu où Constantin donna le signal de l'érection des grandes basiliques chrétiennes, passons maintenant à ces basiliques elles-mêmes. Les trois principales sont celles de Latran, de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Si j'écrivais pour une classe de lecteurs qui s'intéressât spécialement à l'histoire de l'architecture, je devrais reproduire ici, d'une manière détaillée, la configuration intérieure et extérieure de chacune de ces églises avant leur destruction et leur renouvellement. Mais, comme leur architecture fut semblable sous beaucoup de rapports, je craindrais que cette triple description n'eût l'inconvénient d'entraîner des répétitions peu attrayantes pour la plupart des personnes auxquelles cet ouvrage est adressé. Condamné, par l'étendue du sujet et les proportions du livre, à élaguer et à choisir, j'ai cru qu'il valait mieux considérer chacun de ces monuments sous un point de vue particulier. Dans la basilique de Latran, nous noterons surtout ce qui constitue, pour ainsi dire, son être moral, c'est-à-dire ce qui se rapporte à sa prééminence hiérarchique et à ses anciens usages. Nous remarquerons dans celle de Saint-Pierre sa forme matérielle, parce que l'architecture y avait reçu de plus grands développements que dans les deux autres basiliques. Nous interrogerons aussi la réunion des monuments qui s'étaient, de siècle en siècle, rassemblés sous ses voûtes. Dans la vieille église de Saint-Paul, une œuvre équivalente aune

multitude d'oeuvres et unique en son genre, qui était à la fois immobile comme la pierre et progressive comme l'histoire, fixera particulièrement notre attention.

Nous venons de voir que Constantin avait annoncé, dans son discours à l'assemblée de la basilique Ulpienne, qu'il construisait une église dans sa propre résidence. Son palais faisait partie d'une propriété située sur le mont Cœlius, qui avait été réunie au domaine impérial sous le règne de Néron, parce que le personnage auquel elle appartenait avait été mis à mort pour avoir trempé dans la conspiration de Pison contre la vie de cet empereur. Ce Plautius Lateranus, qui fut obscurément égorgé par un tribun dans un réduit réservé pour le châtiment des esclaves, et qui mourut, dit Tacite, plein d'un invincible silence1, ne se doutait guère que son nom, répété de siècle en siècle et en toute langue avec celui de la basilique de Latran, deviendrait un des noms les plus connus de toute la terre.

L'emplacement de cette basilique se trouva être très-bien choisi. De l'éminence où elle s'élevait, d'un côté elle dominait une grande partie de la campagne romaine ; de l'autre, elle voyait, à une distance peu considérable, les trois monuments païens au-dessus desquels le Christianisme désirait le plus arborer la Croix : sur le Capitole, le temple de Jupiter, métropole de l'idolâtrie ; sur le mont Palatin, le palais des vieux Césars, du fond duquel

1 Raptus in locum servilibus pcenis sepositum , manu Statii tribuni trucidatur, plenus constantis silentii, nec tribune» objiciens earadem conscientiam. (Tacit.,.4?m. XV, c. lx.)

BASILIQUES CONSTANTINIENNER. 273

étaient sortis tant de décrets sanguinaires contre les Chrétiens; et plus près encore, le Colisée où ils avaient tant souffert. A la beauté de la situation s'unirent, dès l'origine, dans l'église de Latran, les richesses et les décorations de l'art. Elle fut saluée du nom de Basilique d'or, par une sorte d'acclamation populaire, à la vue de. ses ornements splendides qui contrastaient si fort avec les sombres arceaux et les autels nus des catacombes.

Les textes les plus anciens qui fassent mention de ce qui se passait dans cette église sont quelques vers de Prudence, et une phrase de saint Jérôme. « Combien sont-ils, dit le premier dans son poème « contre Symmaque, ceux qui ne méprisent pas l'autel « de Jupiter, souillé de sang? la foule se dirige « vers le mont Vatican pour y honorer le tombeau « qui renferme les cendres de son père, auxquelles « Rome est si heureuse de donner l'hospitalité, ou « bien le peuple accourt en troupes nombreuses « vers la demeure de Latran, pour remporter avec « lui le caractère sacré que lui imprime l'onction « royale l. »

Voilà ce que dit le poète de cette époque ; écoutons maintenant l'anachorète : « Après la mort de son « second mari, dit saint Jérôme dans l'éloge funè-

* Post hinc ad populum converte oculos : quota pars est Quse Jovis infectam sanie non despuit aram?... Aut Vaticano tumulum sub monte fréquentât. Quo cinis ille latet genitoris amabilis hospes, Gœtibus aut magnis Laterani accurrit ad sedes, Undè sacrum référât regali chrismate signum.

{Contra Symmacli., lib. I, 579.)

« bre de Fabiola, elle revint à elle-même. Loin d'i- « miter les veuves négligentes qui, ayant secoué « le joug, ont coutume de se comporter plus libre- « ment, de fréquenter les bains, de voltiger sur « les places publiques et d'étaler partout une figure « où la pudeur est effacée, elle se revêtit d'un sac « pour confesser publiquement ses erreurs. Aux « approches du jour de Pâques, dans la basilique « qui porte le nom de ce Latran, égorgé jadis par « le glaive des Césars, elle se tint debout, dans les « rangs des pénitents, en présence de l'évêque, des « prêtres et de tout le peuple qui pleuraient ence semble, humble, suppliante, les cheveux épars, la « face blême, le cou et les mains noirs de pous- « si ère, sous les regards de toute la ville de Rome*.» La basilique de Latran a eu, dès sa naissance, une prééminence qu'elle n'a jamais perdue. Pendant les trois siècles précédents, les persécutions n'avaient pas permis aux papes de posséder un édifice religieux qui pût être, d'une manière fixe, leur église épiscopale. Saint Sylvestre investit de ce titre la basilique de Latran, parce qu'elle était contiguë au palais que Constantin lui avait donné, et que

1 Quis hoc crederet, ut post mortem secundi viri in semetipsam reversa, quo tempore soient viduœ négligentes, jugo servitutis excusso, agere se liberiùs, adiré balneas, volitare per plateas, vultus circumferre meretricios, succum indueret, ut errorem publiée fateretur, et, totâ urbe spectante Romanâ, ante diem Paschse in basilicâ quondam Laterani, qui Caesariano truncatus est gladio, staret in ordine pœnitentium, episcopo, presbyteris, et omni populo collacrymantibus, sparsum crinem , ora lurida, squalidas manus, sordida colla submitteret. (S. Hieron., Epist. xxx, alias lxxviiJ

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d'ailleurs elle était le monument le plus significatif du triomphe du Christianisme ; ce choix fut confirmé par ses successeurs. Nous lisons, dans un trèsancien registre de l'Eglise romaine, écrit dansleive siècle, que le prêtre Damase ayant été élu pape dans une église dite in Lucinis , fut néanmoins consacré dans la basilique de Latran1. C'est là, en effet, que les papes ont continué, jusqu'à nos jours, de prendre possession de leur siège. Comme l'autorité de chef suprême de l'Eglise universelle est attachée à la qualité de successeur de saint Pierre, vicaire de Jésus-Christ, et premier évêque de Rome, l'église épiscopale de Rome est par là même la première de toutes les églises. Cette prééminence invariablement maintenue se fait remarquer dans les grandes réunions du clergé romain. Ce n'est pas toutefois à la procession générale de la Saint-Marc qu'elle est le plus visible. Il est vrai que les chanoines de Saint-Pierre, qui restent assis près de la porte de leur église pendant que cette procession défile dans la nef, se lèvent et se tiennent debout lorsque le chapitre de Latran passe devant eux: Quando procedebam ad portas civitatis... senes assurgentes sta'oant 2. Ils se retirent ensuite, le laissant présider k la cérémonie qui va s'achever autour du grand 'jufcel. Toutefois, comme l'instant où ils com-

1 Liberio Papa mortuo, eleri et populi pars Ursicinurn diaconum in basilicâ Julii elegit et consecrari fecit; pars vero in Lucinis Damasum presbyterum renuntiaverunt, qui die ab electione septimo in basilicâ Laterauensi episcopus est consecratus. (Registr. S. R. E.)

2 Job, c, xxix, 8.

mencentàse lever de leurs sièges est celui où le chapitre de Sainte-Marie-Majeure fait son entrée dans l'église, ce témoignage de respect n'est point par lui-même la marque de leur infériorité hiérarchique.

C'est dans la procession générale de la Fête-Dieu que les rangs sont très-visiblement marqués. Le clergé de Saint-Pierre n'y occupe que la seconde place, quoique cette procession ait lieu sous le portique et dans la nef de sa propre basilique. Il avait cependant vivement contesté cette prééminence, après l'incendie ;de Latran, pendant le séjour des papes à Avignon, et depuis leur retour à Rome, lorsqu'ils eurent fixé leur résidence habituelle au Vatican. Mais, malgré ces réclamations plusieurs fois renouvelées, les souverains pontifes, respectant les droits de leur vieille église épiscopale, ont déclaré sa primauté immuable. Les bulles de Grégoire XI * et de Pie Y2, qui la constatent, sont gravées sur des tables de marbre dans le portique septentrional de Saint-Jean de Latran. Qu'est devenu, dans la hiérarchie politique, le rang du château de Versailles ou de l'Escurial, depuis qu'ils ne

1 Decernimus ac etiara definimus sacrosanctam Lateranensem ecclesiam praecipuam sedem nostram inter omnes alias urbis et orbis ecclesias ac basilicas, etiam super ecclesiam seubasilicam principes Apostolorum de urbe supremum locum tenere... Datum Avenione, decimokal. februai'ii, pontificatûs nostri anno II (23jan. 1372).

2 Cette bulle, qui est du 12 décembre de l'année 1569, confirme celle de Grégoire XI, et une décision du pape Pie IV relative au même objet.

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sont plus habités par les souverains? La dignité des églises ne varie pas comme celle des palais. C'est au Vatican, demeure actuelle des papes, qu'est le foyer de l'administration ecclésiastique et de la cour romaine ; c'est là qu'ont lieu habituellement les grandes pompes religieuses, dans le plus beau des temples, au milieu des magnificences des arts; c'est là que va la foule; mais la basilique de Latran, dans sa majesté solitaire, n'en fait pas moins lire sur ses murs les inscriptions qui attestent qu'elle est toujours, de droit et de fait, le chef et la mère de toutes les églises de la ville et du monde *.

La primauté de la basilique de Latran s'est réfléchie très-anciennement dans certains usages particuliers, relatifs, les uns aux prières qu'elle offre à Dieu, les autres à ses fonctions de miséricorde envers les hommes.

Comme église mère et maîtresse de toutes les autres, elle crut devoir conserver avec une fidélité scrupuleuse diverses particularités de l'ancienne liturgie, qui avaient été modifiées dans les autres

1 Dogmate papali datur ac simul imperiali

Quod sim cuuctarum mater caput ecclesiarum...

Cette inscription, en vers léonins, qui est inscrustée dans* la façade de l'église, faisait partie de l'ancien portique restauré par Nicolas IV et par Eugène IV. Quelques personnes trouvent singulier qu'elle invoque l'assentiment impérial pour constater la prééminence de la basilique de Latran. Mais elles oublient que, dans l'organisation du Saint-Empire romain, de grands privilèges étaient attacbés à cette prééminence : c'est en faveur de ces prérogatives, et non pour sa primauté spirituelle, qu'il était important de rappeler le droit public de l'empire, dojtna impériale.

i. iG

églises. Abailard en fait la remarque dans une lettre à saint Bernard : « Une seule église, dit-il au sujet « de certaines pratiques, l'église de Latran, mère « de toutes les autres, retient l'ancien office, et elle « n'est suivie en cela par aucune de ses filles, pas « même par l'église du palais romain1. » Mabillon fait observer à ce sujet que tous ceux qui s'occupent de recherches sur les anciens rites de l'Eglise romaine doivent étudier, avec une grande attention, tout ce qui concerne la basilique de Latran 2. Il existe un livre, composé sur cette basilique par le diacre Jean, dans le xme siècle, d'après les archives et les anciens actes des pontifes romains, ainsi que l'indique le titre même de cet ouvrage 3. On y voit que l'église de Latran ne se servait, dans ses offices, que de l'oraison Dominicale, à l'exception de quelques oraisons des anciens sacramentaires qui étaient récitées aux matines ou aux vêpres par le pape luimême ou par un des sept évêques collatéraux. Il convenait, suivant la remarque de cet auteur, que l'Église suprême n'employât habituellement que la

1 Antiquam certe Romanse sedis consuetudinera nec ipsa civitas tenet, sed sola Lateranensis ecclesia, quse mater est omnium, antiquum tenet officium, nullâ filiarum suarum in hoc eam sequente, nec ipsâ etiam Romani palatii ecclesia. (Epist. x, ad Bernard.)

2 Quisquis veteres Roraanœ Ecclesiae ritus accuratè indagare cupit, studiosiùs ea légère débet quae pertinent ad ecclesiam Lateranensem. (In ord. Rom. Comment.)

3 Incipit scriptum de supremae sanctuario sanctse Dei Romanse, id est, Lateranensis ecclesise, compositum de archivis et antiquis pontincum Romanorum gestis. (Dans Pair, lut., t. LXXVIII. p. 1381.)

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suprême prière *. Il rapporte aussi que, dans la liturgie qui lui était propre, on n'ajoutait pas ces mots : donnez-nous la paix, au troisième verset de YAgnus Dei à la messe. Cette omission symbolique, suivant lui, donnait à entendre que ce temple était, plus particulièrement que tous les autres, la figure du temple invisible et éternel, où l'on n'a plus besoin de demander la paix1.

L'église de Latran présenta, dès son origine, une autre marque distinctive, qui n'était pas seulement l'emblème, mais aussi le moyen d'une fonction miséricordieuse dont elle était investie. Elle n'avait pas de portes fermantes ; à leur place étaient suspendues de simples toiles, afin qu'on pût se réfugier dans cette église à toutes les heures du jour et de la nuit. Le Christianisme ne dut pas répudier cette partie de la législation romaine, qui attachait le droit d'asile à certains temples, et qui sauvait plus

* Apostolicam institutionem non nisi Dominicâ in officiis utitur oratione, quoniam alise orationes posteà sunt superadditœ, et congruum atque conveniens est ut prima et summa omnium aliarum ecclesiarum primam et summam aliarum orationem frequentet, et qua? Salvatoris vocabulo consecrata est Salvatoris orationem quam Discipulos sues orare docuit prae cseteris praecipuam semper habeat. Sunt prsetereà aliquse collectée ad matutinas vel vesperas intitulatse, quee... ab ejus septem collateralibus episcopis tantum et non ab aliis penitùs in ipsâ ecclesiâ dici possunt. (Ibid , c. vu.)

2 Inde est quod ea non cantatur ad missas : Agnus Dei qui tollis peccata mundi, dona nubis pacem; quoniam ibi summa pax justorum ipse Christus erit, ubi perfecta et consummata in electis nec postulatione opus erit nec augmento. (Ibid.} c. vi.)

d'esclaves maltraités et dignes d'indulgence qu'elle ne protégeait de grands coupables. Mais en accueillant ce droit, le Christianisme le transforma. 11 s'en servit, non-seulement comme d'un correctif à la peine de mort, mais aussi comme d'un moyen de réforme morale : ceux qui trouvaient la vie ou la liberté au pied des autels étaient soumis, d'une manière particulière, à l'influence de l'Église leur libératrice ; ils étaient les prisonniers de la pénitence et de la charité, et ce droit d'asile, qui a été plus abusif que bienfaisant dans d'autres organisations sociales , faisait partie du système pénitentiaire de l'époque. Cette institution, chez les peuples chrétiens, date de la fondation de la basilique de Latran. L'église qui avait reçu originairement le nom de Palais de Dieu fut aussi appelée Y asile de la miséricorde l .

En consacrant cette cathédrale des papes, saint Sylvestre la dédia au Sauveur. Ce n'est que longtemps après , sous Lucius II , qu'elle a été placée additionnellement sous l'invocation de saint Jean- Baptiste et de saint Jean rÉvangéliste. Il semble, au premier abord, que ce mot : Salvatori, ferait un effel pins beau, s'il était inscrit seul sur le portique du temple le plus éminent de la chrétienté ; mais la réflexion ramène vite à une autre idée. Le Dieu fait homme, le Dieu avec nous, ne se montre pas à nos regards dans l'isolement, il nous apparaît entouré de son immortelle famille, composée de tous les

1 Aulpe etiam Dei nomen obtinuit, quôd typum et similitudinem prse se ferat cœlestis aulse. (Rasponi, De Basilic. Late ran., lib. I, p. il.)

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justes , avant et après son avènement terrestre. Saint Jean-Baptiste , qui , comme son précurseur immédiat, résume en lui tous les anciens prophètes depuis Adam, est par là même le représentant des siècles qui ont précédé ; saint Jean l'Evangéliste, l'apôtre de la charité, représente les siècles qui suivront jusqu'à la consommation des temps, parce que le Christianisme est la loi de grâce et d'amour, et que la charité est la consommation de la loi et de toutes choses. En plaçant sous le nom du Sauveur les noms de ces deux saints, la piété de Lucius II a donc développé, par une inspiration très-heureuse, la dédicace primitive faite par saint Sylvestre. Il serait difficile de trouver, pour le chef-lieu des temples chrétiens, une inscription qui résumât avec autant de grandeur et de simplicité l'ensemble du Christianisme.

Nous ne quittons en ce moment cette vénérable mère de toutes les églises que pour la retrouver plus tard sous d'autres points de vue1. Nous devons maintenant nous occuper ici d'une autre basilique fondée aussi par Constantin à la même époque. Les champs Vaticans furent alors témoins d'un beau spectacle. Une grande foule venait de traverser la porte triomphale qui se trouvait à l'entrée de c<j.s lieux, près du mausolée d'Adrien. En s'avançanl parmi les tombeaux assez nombreux situés dans \t> environs, elle avait passé à côté du cirque de Néron et de son obélisque; elle ne s'était arrêtée ni devant

1 Voyez dans le chap. v quelques détails sur son architecture.

le temple de Mars, dont le vestibule portait le nom de Vatican, ni devant le t°mple d'Apollon, qui ressemblait au Pantbéon par sa forme sphérique, par les colonnes de son portique et par l'ouverture ronde pratiquée au milieu de la voûte pour introduire la lumière et symboliser le soleil. Tout ce peuple avait fini par se ranger avec respect devant l'entrée d'une crypte, au pied d'une colline solitaire. Derrière ces rangs de tète qu'animait l'espression d'une joie grave et solennelle, on voyait vraisemblablement, de distance en distance, quelques figures pensives et tristes, qui semblaient attendre, avec une curiosité inquiète, ce qui allait advenir dans ces lieux auxquels les païens attachaient depuis longtemps des idées mystérieuses1. La foule ne tarda pas à s'ouvrir pour faire passage à une procession d'hommes vénérables, revêtus d'habits et d'ornements qui n'avaient pas encore paru sous le soleil

l Suivant plusieurs auteurs anciens, le nom de Vatican vient des oracles (Valicinia) qui étaient rendus dans ce lieu, ou qui avaient poussé les Romains à s'en rendre maîtres, a Agrum Vaticanum et ejusdem agri Deum pra?sidem appella- « tu m acceperamus à Vaticiniis, quse vi atque instinctu ejus- « dem Dei in eo agro fieti solita essent. » (Aulus-Gell., JS'od. Attic, lib. XVI, cap. xvn.) — « Vaticanus collis appellatus « est, quod eo potitus sit populus Romanus vatum respouso o expulsis Etruscis. » (Sextus Pompeius Festus, et Marc. Valer. Flac, de Verborum signifie.) Varron donne une autre étymologie : « Vaticanus Deus nominatus, penès quem essent « vocis humanse initia. Quoniam pueri simul atque parti saut, « eam primam vocem edunt, quae prima in Vaticano syllaba « est, ideircô vagira dicitur, expérimente verbo sonum vocis « receutis. » (M. Terent. Varron. Fragment.)

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de Rome, et chantant des cantiques que les échos des sept collines ne connaissaient pas. C'était le pape Sylvestre , accompagné d'un grand nombre d'évêques et de tout le clergé , et tout le peuple fidèle chantait avec eux1. Tout à coup l'empereur Constantin parut, le front dépouillé du diadème. Il se prosterna la face contre terre, confessant qu'il avait erré et péché, qu'il était coupable d'avoir persécuté les saints, qu'il n'était pas digne de toucher le seuil de leurs tombeaux, et il disait ces choses à haute voix, avec de grands gémissements et une telle abondance de larmes amères , que tous les insignes de ses habits de pourpre en étaient inondés. Alors, se dépouillant de sa chlamyde, et prenant une pioche, il ouvrit le sol, puis il porta sur ses épaules douze paniers pleins de terre en l'honneur des douze apôtres, et les jeta dans l'endroit où l'on devait placer la première pierre de la basilique du Vatican2. Cet acte d'expiation adoucit ses remords, et les cris de son repentir furent aussitôt couverts par les louanges de Dieu que tout le peuple fit éclater, et qui ont continué, de siècle en siècle, jusqu'à nos jours, à cette même place.

Aucun document historique ne nous a transmis quelques détails sur l'état de la grotte sépulcrale de saint Pierre à l'époque où Constantin posa les fondements de cette église. Il y avait sur le portique de

1 Comitantibus multis qui ibidem convenerant episcopis, quoque ac laudes Deo cantante omni clero, omnique populo fideli. (Maff. Veggius , de Reb. antiq. Basilic. S. Pétri, manuscript. Vatic, p. 8.)

2 Act. S. Syloeti.

la basilique constantinienne une très-ancienne peinture qui représentait cette grotte : on en a conservé la gravure. Les particularités les plus saillantes sont une entrée en forme d'arcade ; à droite et à gauche, une niche avec des colonnettes , et entre chaque niche et l'entrée, deux ouvertures en guise de petites fenêtres. Mais cette peinture remontait-elle au siècle de Constantin, comme l'ont pensé quelques antiquaires? Si elle était postérieure à cette époque, n'était-ce, quant aux détails, qu'un tableau d'imagination, ou bien avait-elle été faite d'après quelques indications que l'on possédait alors? A-t-on voulu y reproduire la grotte où était déposé le tombeau de saint Pierre telle qu'elle était avant le ive siècle ? On ne peut , je crois , rien affirmer de positif à ces divers égards. Mais, malgré toutes ces incertitudes, on recueille avec un vif intérêt les plus vagues lueurs sur l'architecture primitive de ce petit souterrain, lorsqu'on songe qu'il a été le berceau de cette basilique constantinienne , qui , en tombant après douze siècles d'existence , a fait sortir de ses décombres le plus grand temple de l'univers.

Lors de la fondation de cette basilique, le monument, ou, suivant le mot consacré, la Confession1 de Saint-Pierre fut divisée en deux parties, en deux chambres, l'une supérieure, l'autre inférieure. La partie supérieure était toutefois au-dessous du pavé

» On sait que le mot confession, témoignage, martyrium, est employé pour désigner le lieu dans lequel est déposé le corps d'un martyr, d'un homme qui a confessé la foi avec son propre sang.

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de l'église. On y descendait par quelques degrés; elle était fermée par une barrière avec des portes. L'intérieur formait une espèce de chambre arquée, soutenue par quatre colonnes. Au milieu était un autel, non pas massif, mais creux, sous lequel il y avait une petite fenêtre ou plutôt une ouverture dont le couvercle s'ouvrait et se fermait à volonté, et par lequel on pouvait regarder la partie inférieure de la Confession1. « Ceux qui viennent prier sur « le tombeau de saint Pierre, dit Grégoire de « Tours, introduisent leur tête dans cette fenêtre, « et demandent alors l'objet de leurs vœux2. » En se penchant sur cette ouverture, on découvrait dans un second souterrain, plus profond, un énorme monument d'airain surmonté d'une croix d'or. Nous lisons dans Anastase, que Constantin fit placer autour de la tombe « une enveloppe d'airain de Chypre, « laquelle est inébranlable : cinq pieds à la tête, « cinq pieds au pied, cinq pieds au côté droit, « cinq pieds au côté g-auche, cinq pieds dessous, « cinq pieds dessus; c'est ainsi qu'il enferma le « corps du bienheureux Pierre 3. » Dans l'ancienne

* Greg. Turonens , de Glor. Martyr., c. xxvni.

2 Hoc enim sepulchrum sub altari collocatum valde rarum habetur. Sed qui orare desiderat, reseratis cancellis, quibus locus ille ambitur, accedit super sepulchrum, et sic fenestrella parvula patefacta, immisso introrsum capite, quse nécessitas promit efflagitat. (Gregor. Turonens., de Glor. Martyr.,

c. XXVIII.)

3 Ipsum loculum undique ex fere Cyprio conclusit quod est immobile : ad caput pedes v, ad pedes pedes v, ad latus dextrum pedes v, ad latus sinistrum pedes v, subtus pedes v, su-

peinture, dont nous avons parlé tout à l'heure, la grotte vaticane est représentée au moment où le pape saint Sylvestre dépose dans la tombe les reliques de l'apôtre. On y voit une châsse ou sarcophage ayant la forme d'un carré long-, dont les parois extérieures offrent des ciselures très-simples, pareilles à celles qui se trouvent sur beaucoup de sépultures antiques.

Vers la fin du xvie siècle, pendant que l'on travaillait au pavé de la nouvelle basilique, l'architecte rapporta au pape Clément VIII qu'on venait de découvrir l'ouverture par laquelle on voyait le monument de saint Pierre. A cette nouvelle, le pontife, accompagné de Bellarmin et de deux autres cardinaux, descendit dans la confession, et à la lueur d'une torche, il contempla la croix d'or placée sur le tombeau, puis il ordonna de fermer cette ouverture en sa présence avec de la maçonnerie. L'antique autel demeura intact à la même place ; mais le pape lui fit superposer un autel d'une plus grande dimension, qui est celui que nous voyons aujourd'hui1.

pra peies v, sic inclusit corpus Beati Pétri. (Anast., in Vit. Sylveslr.)

1 Cum novi templi Vaticani pavimentum altius deduci et sequari opus esset anno mdxciv, Jacobus a Porta celebris architectus retulit Clementi VIII detectum foraraen per quod saneti Pétri monumentum apparebat. Quo audito, Pontifex ipse, ductis secum Eminentissimis Cardinalibus Beilarmino, Antoniano et Sanctœ-Crecilise, atque admota ab architecto ardenti face, oculis perlustravit crucem auream sepalchro impositam, deiride jussit vetustissimam aram eodem in loco intactam relinqui, foramen se coram cœmentis oppleri, novumque postea desuper altare atque magnificentius erigi amplioria

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On reconnaît, par ces détails, que la Confession de Saint-Pierre, dans son état présent, a conservé les traits fondamentaux de son ancienne configuration. Elle se divise toujours en d^ux étages, l'uninférieur, l'autre supérieur. Dans la partie de celui-ci qu'on aperçoit de l'intérieur de l'église, est le coffre où sont déposés les palliums que le pape envoie aux archevêques. Sous le pavé gisent les ossements des premiers successeurs de saint Pierre. Lorsqu'on a remué une partie de ces dalles pour construire le monument de Pie VI, ces ossements ont reparu; les têtes étaient du côté du tombeau de l'apôtre. Des inscriptions, placées sur le mur sous des tableaux qu'elles expliquent, rappellent les trois principales époques des constructions qui ont été faites en ce lieu. Celle de ces inscriptions qui se rapporte à l'époque la plus récente rappelle le pontificat de Paul V. Ce pape a voulu qu'elle gardât un humble silence sur le riche revêtement en marbre dont il avait orné l'intérieur de la Confession, et qu'elle exprimât seulement les sentiments de dévotion qui l'avaient inspiré dans ses travaux. « Ainsi que nous « l'avons éprouvé et que nos ancêtres en ont fait « l'expérience, nous croyons et nous avons la con- « fiance que les prières de nos patrons spéciaux « nous seront toujours en aide pour obtenir la misé- <( ricorde de Dieu, à travers tous les travaux de « cette vie, afin que nous soyons autant élevés pa « les mérites des Apôtres que nous sommes abais-

formse. (Bonan., Hist. templi Vaticani, p. 122, e munuscript., Torrig.)

« ses sous le poids de nos propres péchés l. » Une autre inscription se rapporte à l'époque de la fondation de la basilique constantinienne. Elle est ainsi conçue : « Saint Sylvestre consacra un autel de pierre « sur le corps du bienheureux Pierre apôtre2. » Avec la troisième inscription nous remontons jusqu'aux travaux laits en cet endroit dans le ier siècle. Saint « Anaclet, pape et martyr, construisit la « mémoire du bienheureux Pierre appelée Confession3. » Les vieux souvenirs que ces inscriptions réveillent et qui sont encore rendus plus vils par la présence de deux portraits de saint Pierre et de saint Paul, extrêmement anciens, à demi effacés, semblent répandre, sur le jeune éclat des marbres modernes, unf teinte de piété antique, qui est comme l'ombre des siècles écoulés.

Au-dessus de la Confession, s'élevait dans l'ancienne basilique, comme dans celle d'aujourd'hui, le maître-autel, couronné par un baldaquin qui reposait sur quatre colonnes de porphyre. En avant de cet autel, Constantin fit placer des colonnes vitinéennes4. Suivant Manlius, elles étaient au nombre

• Sicut et nos experti sumus, et nostri probavere majores, credimus atque confidimus, interomnes labores istius vitœ ad obtinendam misericordiam Dei, semper nos specialium patronorum orationibus adjuvandos, ut quantum propriis peccatis deprimimur, tantum apostolicis meritis erigamur.

- Sanctus Sylvester altare lapideum supra corpus beati Pétri apostoli consecravit.

3 S. Anacletus, papa et martyr, Memoriam beati Pétri construxit Confessionem appellatam.

'* On fait dériver cette dénomination du mot latin vitis, vigne, ou du mot italien vite, spirale. La première de ces éty-

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de douze, mais d'autres croient que Constantin n'en avait donné que six, et que les six autres ont été ajoutées par Grégoire III. Un passage d'Anastase semble appuyer cette opinion1. Dans ce cas, ces douze colonnes, gardiennes du tombeau de saint Pierre, auraient appartenu à deux grands siècles qui se ressemblent à plusieurs égards, le siècle de Constantin et celui de Charlemagne.

La Confession de saint Pierre fut pour la basilique constantinienne le point générateur de tout l'édifice. Derrière le maître-autel était une abside haute de cent palmes, longue de quarante-quatre et large de quatre-vingts. Au fond de cet hémicycle était placée la chaire du pontife, et dans le contour, les bancs où siégeaient les cardinaux. Le même autel occupait le milieu de la nef transversale, à partir de laquelle le temple se déployait en cinq nefs, qui couvraient en longueur un espace d'environ quatre cents palmes, et, en largeur, d'environ cent quatre-vingts -. La nef principale avait cent soixante-dix palmes de hauteur ; l'élévation des quatre autres allait en décroissant. En avant de la Confession, dans la nef du milieu, était l'arc de triomphe, s'étendant comme un pont d'un côté de la nef à l'autre. C'est là qu'on exposait, dans certains temps de l'année, ce vénérable linceul qui se conserve encore aujourd'hui, et qui avait servi, dans les premiers siècles, à couvrir les

mologies s'accorde avec les ornements de ces colonnes, la seconde avec leur forme.

1 Anast. Bibl., in Vit. Greg. HT.

2 La palme romaine est égale à quatre décimètres quatre centimètres.

corps de beaucoup de martyrs. On le déployait comme un étendard sur Tare de triomphe, qui, aux fêtes solennelles, était illuminé '.

Cette basilique comptait une centaine de colonnes2. Deux d'entre elles, de marbre, africain, passaient pour être, dans leur genre, les plus belles qui fussent au monde. Leur majesté les faisait considérer comme étant les emblèmes de saint Pierre et de saint Paul, colonnes de l'Eglise romaine3.

Sur les deux côtés de la basilique, divers siècles avaient bâti des églises et des chapelles ; quelquesunes étaient très-anciennes, particulièrement celles de saint Ambroise et de saint Thomas. Du côté droit se trouvait aussi un monastère habité parles prêtres qui chantaient chaque jour l'office divin. Sur le côté gauche, outre les chapelles, il y avait la sacristie et la bibliothèque. Les murs, de ce côté, s'étendaient dans toute leur longueur sur le terrain qu'avait occupé le côté droit du cirque de Néron. On voit aujourd'hui, vers le milieu du passage pratiqué dans cette partie des cours latérales, une inscription marquant la place où était situé l'obé-

1 Alfar., c. ni et iv.

2 Quatuor ordines columnarum valde admirabilium numéro nonaginta sex habens ; babet etiam quatuor in altare quse sunt simul centum. (Gregor. Turon., de Glor. Martyrum,

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