‹ Esquisse de Rome Chrétienne (volume 4)Chapitre 14 sur 79 · Chapitre froisième · texte numérisé non relu

Chapitre froisième

Des hommes persécutés, dont le monde n’était pas digne, erraient dans les solitudes, les grottes et les cavernes souterraines.

Ep. de saint Paul aux Hébr., ©, x1, v. 57 el 58.

CATACOMBES. i 8

Les églises de Rome, si rapprochées les unes des autres, peuvent être considérées comme formant une seule et immense basilique, où chaque époque a construit sa nef, ses colonnes ou ses chapelles latérales. A partir des deux oratoires, fondés par saint Pierre et saint Paul, dont nous avons parlé précédemment, et qui sont comme les deux premiers sanctuaires de ce temple, toute l'histoire du Christianisme est écrite là siècle par siècle, et presque année par année. Si l’on me permettait, à propos de ces choses antiques, une allusion plus que moderne, je comparerais cette em preinte des siècles à l'effet que les rayons du soleil, grâce à une découverte récente, produisent sur ces

feuilles de métal, où ils impriment eux-mêmes les images des objets qu'ils éclairent. En poursuivant son cours d'âge en âge, l'astre du Christianisme a peint, sur ceite longue série de monuments, sur leurs murs pieux, et en quelque sorte sensitifs, les principaux traits et les majestueux reflets de son histoire. Comme les origines de toutes les grandes choses sont humbles, la plupart des plus anciennes chapelles de cette basilique sont ses chapelles souterraines , les Catacombes. Depuis les premiers siècles jusqu’à nos jours, un certain nombre de souterrains sacrés de Rome ont été toujours connus et visités, sauf à certaines époques, troublées par des circonstances extraordinaires. Les annales du quatrième siècle nous apprennent avec quel respect joyeux les chrétiens redescendaient , rassurés et libres, dans ces grottes, qui portaient encore l'empreinte si vive des persécutions. On aime toujours à relire ces paroles de saint Jérôme : « Pendant que je demeurais, « dans mon enfance, à Rome, où je recevais une in- « struction libérale, j'avais coutume de visiter, cha- « qué dimanche, avec des condisciples de mon âge, « les sépulcres des apôtres et des martyrs : nous en- « trions souvent dans les cryptes, creusées dans les « profondeurs de la terre, et dont les murs sont gar- « nis de sépultures à droite et à gauche. L'obscurité « est si grande, qu'il semble, en y pénétrant, qu'on y « pourrait s'appliquer à soi-même ce mot du pro- « phète : qu'ils descendent tout vivants dans les abimes. « De temps en temps, un peu de jour qui tombe « d'en haut y tempère l'horreur des ténèbres. Vous « ne pouvez pas dire que vous voyez des fenêtres,

« mais plutôt des trous à lumière. Puis on continue « à marcher pas à pas; dans la nuit dont ces souter- « rains vous entourent, vous vous rappelez ce vers « de Virgile : ici tout fait frissonner, et le silence « même y est plein d'épouvante '. » Dans les deux siècles suivants, nous voyons, entre autres, le pape Célestin L” orner de peintures les catacombes de Sainte-Priscille *, et Jean [°° prendre soin de plusieurs anciens cimetières *. Après les dégâts commis par les Barbares, les papes, notamment Jean VIE #, Grégoire LL *, Paul I”, y font diverses réparations, et

1 Dum essem Romæ puer et liberalibus studiis erudirer, solebam cum cæteris ejusdem ætatis et propositi diebus dominicis sepulchra apostolorum et martyrum cireumire, crebrôque cryptas ingredi, quæ, in terrarum profundo defossæ, ex utraque parte ingredientium per parietes habent corpora sepultorum : et ita obscura sunt omnia , ut propemodüm illud propheticum compleatur ; descendant in infernum viventes, et rarû desuper lumen admissum horrorem temperet tenebrarum , ut non tam fenestram quam foramen demissi luminis putes; rursümque pedetentim acceditur, et cavâ nocte circumdatis illud Virgilianum proponitur :

| Horror ubique animos, simul ipsa silentia terrent,

In Exechiel , c. xx.

2? Iterum de sancto tertio concilio sanctus Celestinus papa proprium suum cœæmeterium picturis decoravit. Hadrian. pap. epist. ad Carol. Magn. Les catacombes de Sainte-Priscille ont été désignées quelquefois sous le nom de ce pape.

# Hic papa Johannes refecit cœmeterium beatorum martyrum Nerei et Achillei viâ ardeatinä. Item renovavit cœmeterium sanctorum Felicis et Adati. Item renovavit cœmeterium Priscillæ. Anast. Bibl. in vi. Johann. prim.

4 Jbid., in vit. Johan. VIT.

5 Disposuit ut in cœmeteriis circumquäque positis Rom: In diebus natalitiorum eorum luminaria ad vigilias faciendas , et

recommandent ces lieux à la vénération des chrétiens. Il ya, dans un diplôme de Paul I”, un mot qui montre à quel point cette campagne avait été désolée : les paysans avaient été réduits à faire des étables pour les animaux dans quelques-unes des catacombes *. Léon II comprit aussi les cryptes des martyrs dans ses plans de restauration. Quelque désastreuse qu'ait été, à plusieurs égards, l'époque suivante, il ne paraît pas qu'on les ait oubliées. Pierre Mallius, au douzième siècle, marque dix-neuf cimetières souterrains dans le catalogue qu'il nous en a laissé. L'auteur du livre intitulé: les Merveilles de la ville de Rome, qui appartient au treizième siècle, suivant le Père Montfaucon ?, fait aussi l'énumération de ceux qu'on y connaissait de son temps : il en compte vingt et un. La manière dont il s'exprime prouve qu'on ne les confondait pas avec les cimetières ordinaires, et qu'on savait toujours quelle avait été leur destination primitive. « Ces cimetières souterrains, dit-il, « avaient quelquefois trois milles d'étendue : c’est là « que les saints martyrs étaient cachés 5. » Mais, pendant la résidence des papes à Avignon, la mémoire des catacombes semble s'éclipser. Il faut ex-

oblationes de patriarchio deportentur ad celebrandas missas. Ibid., in vit. Greg. III.

. * Nam et (quod dici nefas est) etiam et diversa animalia in aliquantis eisdem sanctorum cœmeteriis aditum habentia : illic etenim eorum existebant septa animalium. Diplom. ad Iconium , abbat. monast. SS. Steph. et Sylvest.

® Diarium Tialic., p. 282.

© Ista cœmeteria erant subterranea, quæ quandoque distendebantur per tria milliaria, ubi sancti martyres abscondebantur, Mirab. Rom.

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