VI PRÉFACE
liter, autant que cela dépend de nous, l'intelligence de Rome chrétienne au nouveau public préparé à la recevoir.
Tel est le but, telle est du moins l'intention de cet écrit. En essayant de la mettre à exécution, j'ai cru devoir me tracer un plan tout à fait différent de ceux qui ont été suivis jusqu’à présent dans des ouvrages du même genre. On y a toujours classé les monuments d’une ville, soit dans un ordre topographique , selon les quartiers où ils étaient situés, soil dans un ordre chronologique qui représente la suite de leur histoire, soit enfin dans un ordre en quelque sorte pratique, en faisant diverses catégories, selon les usages auxquels ils étaient destinés, en trailant séparément, par exemple, des églises, des palais, des musées, des cimetières. Aucun de ces trois plans ne m’a paru suffire aux exigences de mon sujet, sous le point de vue où je m'étais placé. La pensée fondamentale de ce livre est de recueillir dans les réalités visibles de Rome chrétienne, l’empreinte et, pour ainsi dire, le portrait de son essence spirituelle. Je devais, en conséquence, m'attacher à faire ressortir les caractères et les attributs qui constituent le centre divin du Christianisme, De là résultait la nécessité de ranger les monuments ou les parties de monuments dans un ordre déterminé par leurs rapports avec un ensemble de vérités, appartenant à une région supérieure aux ouvrages des hommes. Jai regardé la
PRÉFACE. vis
cité matérielle par un certain endroit, où, pour employer une expression de Bossuet, les lignes se ramassent de manière à produire une apparition de la cité intelligible. Chacun des matériaux de mon livre, du moins des principaux , se trouve mis à la place où il m'a semblé qu’il devait être, pour concourir à former la grande figure que je désirais esquisser : j'ai fait, en un mot, de la mosaique intellectuelle.
On voit, d’après tout ce que je viens de dire, que cet écrit n’est point un nouveau travail d'archéologie sur Rome chrétienne. Il n’a pas la prétention de rien apprendre à ceux qui ont déjà fait des recherches sérieuses sur le même sujet, il n’aspire à mettre au jour aucune découverte. Je n’écris point
.pour l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Le public auquel je m'adresse m’impose d’autres devoirs. J'ai dû choisir, parmi les innombrables produits de la science, les résultats qui répondent, non aux goûts favoris des antiquaires, mais à la raison et à l’âme du chrétien et de l'homme. Mon livre a dû chercher à saisir les choses dans le vif plutôt que dans le profond , à les considérer bien moins par le côté qui conduit aux arcanes de l’érudition, que par celui qui permet de mettre en relief, sous des formes que d’autres écrivains auraient pu rendre belles, les vérités enveloppées dans les monuments de Rome.
Quelques personnes seront tentées peut-être de
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me reprocher une sorte de partialité , parce que je n'ai pas voulu troubler les magnifiques points de vue de ce sujet par des observations critiques sur des imperfections et des misères qui se reproduisent, d’une manière ou d’une autre, dans toutes les villes de ce bas monde. Rome n’est pas la Jérusalem céleste avec ses portes de saphir et ses habitants surnaturels. Mais les inconvénients de la ville italienne, qui ont varié d'époque en époque, se trouvaient exclus du plan d’un livre qui a pour but de remarquer, dans les monuments de la cité chrétienne, ce qui appartient au caractère permanent du Catholicisme dans tous les temps. Lorsque des écrivains ont tracé un tableau des Alpes ou des Cordillières, on ne les a pas accusés d’infidélité, sous prétexte qu'ils n'avaient pas décrit des circonstances moins nobles qui se rencontrent presque toujours dans les plus belles scènes de la nature,
D'autres personnes pourront m'adresser, avec plus de raison, un reproche diamétralement opposé. Elles se plaindront que j'aie laissé à l’écart une foule de détails pleins d'intérêt. J'avoue que je n’ai pas trouvé le secret de renfermer ,. dans le cadre de trois volumes, une image complète de Rome en raccourci, Notre œil, tout petit qu’il est, réfléchit, il est vrai, l’image de la voûte étoilée , Mais c’est Dieu qui a fait l'œil de l’homme.
Que les lecteurs bienveillants me permettent de leur indiquer un motif particulier d’indulgence pour