II. CRÉATION
La doctrine chrétienne sur la création se réfléchit sous un point de vue spécial dans certains tableaux dont le sujet était en opposition avec les systèmes hétérodoxes. Plusieurs sectes du 2° et du 3°siècle avaient admis que la matière était ou mauvaise en elle-même ou la production d'un être mauvais. Cette réprobation retombait particulièrement sur le corps, l'enveloppe charnelle qui avait emprisonné l'âme de l’homme primitif,
Contrairement à cette erreur, les artistes des Catacombes ont représenté nos premiers parents dans l'état d'innocence. On ne se serait pas permis de figurer sur les monuments religieux l'œuvre du principe du mal, sans y joindre quelque indice improbateur: ces tableaux étaient dès lors, par le simple fait de leur apparition parmi les peintures sacrées, une protestation contre la doctrine qui calomniait la création dela matière. Ils avaient aussi un autreà-propos dogmatique, On sait que Tatien, le représentant le plus
remarquable de la secte des Encraliles, avait soutenu qu'Adam est damné. Cette idée, contraire à un passage du livre de la Sagesse ‘, était repoussée par le sentiment commun des docteurs orthodoxes. L’Adam céleste, ou le Ghrist, avait sauvé l'Adam terrestre: la rédemption avait lavé la faute de celui qui l'avait provoquée. Saint Épiphane nous indique en outre une raison particulière de la vénération que lon avait pour Adam. Comme il n'avait été ni assujetti aux prescriptions de la loi judaique, ni adorateur des idoles, il était considéré comme le type primitif du Christianisme.
Ces peintures sont les plus anciens travaux où l'art ait proclamé à sa manière que tous les peuples ne forment qu'une même famille. Ce sont les premiers tableaux qui aient représenté les premiers hommes. Le genre humain, renaissant à l'unité, se ressouvint de sa naissance et de son unité originaire. La création et la rédemption se ra pprochèrent dans les monuments comme elles étaient unies dans les conseils de Dieu. La foi au Christ, l'Adam nouveau, évoqua de son tombeau de quatre mille ans la-vénérable image de l'ancien Adam: Eve reparat avec confiance à côté de la Vierge bénie, véritable Mère des vivants ”.
- Tandis que ces peintures passaient sous nos yeux, le lieu où elles se montrent, la place qu'elles ÿ occupent, me rap pélaient un beau passage de Klopstock. C'est celui où nos premiers parents, reparaissant sur
3 Eduxit illum à delicto suo. Sapient., x, 2.
3 Leætare, pater Adam..., curre Heva ad Mariam, curre mater ad filiam. S. Bernard , de Laudib. virg, Matr., homil. 2.
TRADITION MONUMENTALE. 121 cetteterre, sont conduits au pied deïa croix, sur l'autel du Calvaire, pour y contempler la céleste victime. Quelque chose d'analogue à eu lieu pour leurs imaves: elles ont fait leur première apparition près de ces sépuleres de martyrs, formant des autels et des Calvaires mystiques sur lesquels un rit divin reproduisait l'éternel sacrifice ”.