PIENTIA,.. MANET IN PACE ET IN CRISTO
secret, qui pouvait être très-utile dans certains cas particuliers. Au milieu des troubles et de la gêne occasionnés par les persécutions, il arrivait de temps en temps que les chrétiens n'avaient pas la liberté de porter le corps d'un défunt dans les cimetières sacrés. On était obligé de Le déposer dans certains lieux plus ou moins publics, où les païens pouvaient circuler. Il est aisé de concevoir que les chrétiens aient tenu à imprimer sur ces tombes solitaires et exposées une marque qui pût les faire reconnaître par les fidèles. Mais il fallait au même temps que cette marque ne fût pas un signe notoire de Christianisme, dont l'effet eût été de provoquer l'attention des persécuteurs et d'amener la profanation de ces tombes. Ces deux conditions se trouvaient réunies dans un mot auquel on avait attaché un sens conventionnel, d'autant plus secret que ce mot n'avait, en apparence , aucun rapport quelconque avec les croyances chrétiennes. C'était le mot IXOYZ, poisson. Il nest pas douteux que ce termé ait été employé par les premiers chrétiens pour signifier le CHRIST, l'auteur du salut et de la vraie vie. Une très-ancienne inscription, déposée actuellement dans le Musée du collége romain, suffirait pour le prouver. On y lit ces mots :
LE POISSON DES VIVANTS, IXOYZ ZONTON.
Tertullien qui, suivant les traditions du 2° siècle, dit en parlant des chrétiens et du baptème : « Nous, » qui sommes les petits poissons, nous naissons » dans l'eau par la vertu de celui qui est notre Pois- » son, le poisson par excellence". » Nous lisons aussi
1 Nos pisciculi sécundum 752 nostrum nascimur, De Bupfisme,
dans saut Augustin : « Ge mot est un nom mystique » du Christ, lequel, plongé dans l'abime de notre » mortalité comme dans des eaux profondes, a pu y » être vivant, c'est-à-dire sans péché !. » Mais ces analogies n'expliquent pas suffisamment pourquoi ce terme a été adopté dans la langue secrète des chrétiens. D'autres analogies auraient pu suggérer des mots différents. Le Sauveur s'était comparé lui-même à la vigne, et ce mot aurait aussi bien gardé le secret qu'on y aurait renferme. D'où vient le choix singulier qui a été fait? Les a rchéologues des temps modernes se seraient tourmentés pour trouver la clef de cette énigme, si saint Optat de Milève et saint Prosper ne nous en avaient transmis l'explication , qui était connue à l'époque où ces Pères écrivaient, « Ce nom, » dit le premier, résume à lui seul, dans la réunion » de ses lettres, une foule de noms sacrés. Il signifie: » Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur ? » (ixooda Xprsrès Qenÿ Vis Ewrñg). Le mot IXOYZ se compose en effet des premières lettres de ces mots. Il reste à savoir par quelle voie on a été conduit à adopter cet acrostiche. C'est ce que nous apprend saint Prosper; « nos ancè- » tres, dit-il, l'ont recueilli dans les vers Sibyllins *. » Les mots grecs que nous venons de trauscrire avaient circulé parmi les chrétiens, comme exprimant une
‘ In quo nomine mysticè intelligitur Christus, quod in hujus mortalitatis abysso, velut in aquarum profonditate vivus, id est sine peccato, esse potuit. De Civit. Dei, lib. xvur, c. 23.
? Cujus piscis nomen secundum appellationem græcam in uno nomine per singulas litteras turbam sanctorum nominum continet, IXOYZ, quod est latin : Jesus Christus, Dei Filius, Salvator, — Contrà Parmen., ut, n,2,
5 jy3uv namque latine Piscem sacris litferis majores nostri if
152 CHAPITRE VHL
secret, qui pouvait être très-utile dans certains cas particuliers. Au milieu des troubles et de la gêne occasionnés par les persécutions, il arrivait de temps en temps que les chrétiens n’avaient pas la liberté de porter le corps d’un défunt dans les cimetières sacrés. On était obligé de le déposer dans certains lieux plus ou moins publics, où les païens pouvaient circuler. Il est aisé de concevoir que les chrétiens aient tenu à imprimer sur ces tombes solitaires et exposées une marque qui pût les faire reconnaître par les fidèles. Mais il fallait au même temps que cette marque ne fût pas un signe notoire de Christianisme, dont l'effet eût été de provoquer l'attention des persécuteurs et d'amener la profanation de ces tombes. Ces deux conditions se trouvaient réunies dans un mot auquel on avait attaché un sens conventionnel, d'autant plus secret que ce mot n'avait, en apparence , aucun rapport quelconque avec les croyances chrétiennes. C'était le mot IXOYZ, poisson, El n'est pas douteux que ce termé ait été employé par les premiers chrétiens pour signifier le CHRIST, l’auteur du salut et de la vraie vie. Une très-ancienne inscription, déposée actuellement dans le Musée du collége romain, suffirait pour le prouver. On y lit ces mots :
LE POISSON DES VIVANTS, IXOYZ ZONTON.
Tertullien qui, suivant les traditions du 2° siècle, dit en parlant des chrétiens et du baptème : « Nous, » qui sommes les petits poissons, nous naissons » dans l'eau par la vertu de celui qui est notre Pois- » son, le poisson par excellence". » Nous lisons aussi
! Nos pisciculi secundum 1 ee nostrum nascimur, De Bopfemme,
TRADITION MONUMENTALE. 153 dans saut Augustin : « Ce mot est un nom mystique » du Christ, lequel, plongé dans l'abime de notre » mortalité comme dans des eaux profondes, a pu y » être vivant, c’est-à-dire sans péché '. » Mais ces analogies n'expliquent pas suffisamment pourquoi ce terme a été adopté dans la langue secrète des chrétiens. D'autres analogies auraient pu suggérer des mots différents. Le Sauveur s'était comparé lui-même à la vigne, et ce mot aurait aussi bien gardé le secret qu'on y aurait renfermé. D'où vient le choix singulier qui a été fait? Les archéologues des temps modernes se seraient tourmentés pour trouver la clef de cette énigme, si saint Optat de Milève et saint Prosper ne nous en avaient transmis l'explication, qui était connue à l'époque où ces Pères écrivaient, « Ce nom, » dit le premier, résume à lui seul, dans la réunion » de ses lettres, une foule de noms sacrés. Il signifie: » Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur? » (iroods Xpusrès Qend Vis: Ewrig). Le mot IXOYZ se compose en effet des premières lettres de ces mots. Ireste à savoir par quelle voie on a été conduit à adopter cet acrostiche. C'est ce que nous apprend saint Prosper; « nos ancé- » tres, dit-il, l'ont recueilli dans les vers Sibyllins $. » Les mots grecs que nous venons de transcrire avaient circulé parmi les chrétiens, comme exprimant une
{ In quo nomine mysticè intelligitur Christus, quôd in hujus mortalitatis abysso, velut in aquarum profonditate vivus, id est sine peccato, esse potuit. De Covit. Dei, Lib. xvur, c. 23.
? Cujus piscis nomen secundüm appellationem græcam in uno nomine per singulas litteras turbam sanctorum nominum continet, IXOYZ, quod est latinè : Jesus Christus, Der Filius, Salvator, — Contrà Parmen., Lin, n,2, |
8 jyGuv namque latinè Piscem sacris litferis majores nostri in-
154 CHAPITRE VIH.
prédiction attribuée à la sibylle d'Erythrée. Quelqu'un remarqua que les lettres initiales formaient le nom grec de poisson. Une fois trouvé, cet acrostiche fut reçu avec empressement : la signification vulgaire de ce terme ne révélait rien aux profanes, et il avait le double mérite d'exprimer tout à la fois par les mots qu'il résumait, la naissance divine du Verbe, et sa divine mission pour le salut du monde. Il convenait très-bien pour être le timbre de celles des tombes chrétiennes qui se trouvaient momentanément reléguées hors de l'enceinte sacrée des sépultures. Lorsqu'un païen venait à passer près d'une de ces pierres sépulcrales , à lire le nom qui s'y trouvait inscrit, il pensait sans doute que ce mot faisait allusion au métier du défunt, qui avait dû être un pêcheur ou un vendeur de poissons. Mais , à la vue de ces lettres mystérieuses, le chrétien s'arrêtait, il regardait autour de lui pour voir si personne ne l'observait, et s'agenouillait sur cette pierre, lorsqu'il pouvait le faire sans trahir le secret de la tombe fraternelle. Nous citerons seulement deux épitaphes terminées par cet acrostiche:
Cécilius . mari . à Cécilia Placidina . épouse d’excellente mémoire . avec laquelle j'ai vécu . x ans bien méritante . sans nulle plainte . LE POISSON :.
terpretati sunt, hoc ex sibyllinis versibus colligentes; quod est, Jesus Christus Dei Filius Salvator. — De Prœdictionihus , pars 1, C. 39.
; CECILIVS . MARITVS . CECILIAE PLACIDINAE : GOIVGI . OPTIMAE
Sépulere des deux Alcinous et d'Alexandre consanguins les trois à douze ans, fidèles, moi mère les ai envoyés avant moi. LE POISSON :.
Ges épitaphes ont été tirées du cimetière dé Sainte- Basille, qui porte aussi le nom de Saint-Hermès, sur l'ancienne voie Salare : ce qui semble ne pas s’accorder avec ce qu'on nous dit de l'emploi de ce signe, particulièrement destiné aux tombes dispersées dans des lieux profanes. Mais d'abord ce synonyme secret du nom du Christ a pu être gravé comme expression de la foi sur des pierres sépulcrales auxquelles il n’était pas nécessaire comme signe de reconnaissance. En second lieu , il est très-possible que les épitaphes que nous venons de rapporter aient été originairement placées ailleurs que dans les catacombes. Lorsque les chrétiens étaient obligés de se résigner à ces sépultures exceptionnelles, ce n’était pour eux qu'une mesure provisoire, Ils avaient l'intention de se conformer, aussitôt que les circonstances le permettaient, aux règles de l'Église et aux sentiments de la piété, en transportant ces cercueils dans l'asile commun des morts. C'est pour cela que le signe secret dont il s'agit nous offre un intérêt particulier parmi tous les emblèmes funèbres. On peut croire qu'il n'était pas seulement une formule de religion , mais aussi une
MEMORIAE . CVM. QVA . VIXI « ANNIS » X BENE SENE . VL . LA . QVERELLA , IXOYC.
E cœmet. Basill. — Lupi, de Epitaph. Sever., p. 144. ; AAKINONN DYO CHMA AAEËANAPOY TE CYNEMAN TReIC ARAEXETEIC HICTOYC TENETH HPOETIENYA IXOYC.
lE cœmet. S, Hermetis, dans Lupi, de Epitaph. Sever., p. 105,
156 CHAPITRE VHI.
espèce de cri de ralliement qui devait ramener ces tombes égarées et tristes dans le grand bercail des saintes sépultures.
Ce signe conventionnel , les formules que nous avons citées précédemment, la combinaison du monogramme du Christ avec d’autres caractères qui en déterminaient la signification, n'étaient que les diverses parties plus ou moins transparentes d'un système d'écriture qui exprimait , en le voilant, le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption. Cependant il arrivait de temps en temps qu'un cri de foi plus explicite perçait à travers ces voiles, comme nous le voyons par cette inscription déprécative, qui est à la fois une épitaphe touchante et une belle prière :
Dieu qui êtes assis à la droite du Père,
admettez dans le séjour de vos saints la petite âme de Nectarée t.
Lè même acte de foi se produit aussi très-explicitement dans cette épitaphe, qui présente le même mélange d'idiomes; la même conformation de caractères, la même anomalie de diphthongues que l'épitaphe de Sévéra, laquelle appartient à l'an 269 :
DEEE rennes d
4 O @EOC O KAOGHMENOC EIC AEEIA TOY HAPOC EIC TOHON ATIAQN GOY NEKTAPEOY TO YYKA PION TPASE.
E cœmeter. Priscill. Boldelt, p.58,
Ermaisque lumière !
tu vis en Dieu Seigneur Christ ”.
La peinture concourait à faire ressortir la signification de toutes ces inscriptions dogmatiques. Il est vrai que les tableaux si nombreux qui représentent les miracles opérés par le Christ n’énoncent directement que sa divine mission : ils n'expriment sa nature divine que médiatement, en ce que ces miracles prouvent qu'on doit croire tout ce que le Christ a révélé sur sa propre essence. Mais un certain nombre de tableaux réfléchissent à divers degrés les rayons de ce dogme. Sur un fragment de verre antique, trouvé dans les Catacombes , le Christ, avec une robe blanche peinte en argent, le visage, les mains, les pieds en or, est figuré entre deux étoiles, pour marquer son élévation au-dessus des cieux. L'inscription qui fait le tour de ce médaillon orbiculaire est malheureusement mutilée. Buonarotti croit qu'on peut, avec probabilité, l'interpréter ainsi : Roi béni avant les siècles. Un autre médaillon nous offre le Christ entouré de personnages de l'Ancien Testament. Cet anachronisme, plein de vérité, fait entendre que le Sauveur existait avant sa naissance temporelle, conformément à cette parole : « Je vous le dis en vérité, » avant qu'Abraham fût, je suis. »
Les saints, les martyrs, la Vierge elle-même, sont
1 Le mot lumière, ma lumière, est une expression de tendresse qui se trouve dans les anciens poëtes latins et dans les épitaphes chrétiennes. Lupi, de Æpitaph. Sever., p. 191.
: ERMAEICKE DN0Z
HCEN @EQ KYPEI Q XPEICTA.
In Museo Kircher, Lupi, ibid,
souvent représentés les bras étendus et ouverts, ce qui caractérise , dans les anciennes peintures, l'attitude de la prière. Mais cette attitude n’est jamais donnée au Christ, non-seulement dans les tableaux qui reproduisent quelque trait de sa vie, mais encore dans ceux dont le sujet aurait permis au peintre de le figurer ainsi, dans ceux où il est seul , en pied ou en buste, ou comme enfant Jésus avec sa mère qui prie. Cependant l'Évangile nous apprend que le Christ lui-même a prié plusieurs fois et dans des circonstances solennelles. Mais on appréhendait qu'un tableau qui l'aurait représenté dans cet acte ne troublât les pensées des nouveaux chrétiens, qu'il n’altérât dans leur esprit le sentiment et la notion de la distance qui sépare l'Auteur de la grâce et les créatures. Par l'effet de cette picuse prudence, les peintres durent S abstenir de donner au Christ l'attitude priante que l'Évangile pourtant leur indiquait. Une pareille réserve contient un hommage, un acte de foi au dogme qui l'a inspiré.
Get acte de foi se révèle, sous une forme positive, dans des tableaux où le Christ est peint avec des attributs de puissance et de gloire. Le Sauveur, dont les pieds reposent sur un coussin, est assis sur un trône majestueux que recouvre une draperie, marque de distinction. Il tient un livre ouvert : un nimbe lumineux entoure sa tête. Le sens de ces emblèmes est clairement déterminé par le signe caractéristique de la divinité À, Q, qui est tracé, non-seulement sur le livre, mais aussi dans l'intérieur du nimbe.
Le choix des tableaux qui représentent le Christ mérite aussi une grande attention. Les œuvres d'art
des temps postérieurs ont retracé, tantôt ses souffrances et ses humiliations, tantôt les signes qui ont manifesté sa bonté et sa gloire, Les monuments des Catacombes reproduisent cette seconde elasse de faits, jamais la première. S'ils figurent le Sauveur sous une forme allégorique, ils l'offrent sous la gracieuse image du bon Pasteur, symbole de sa miséricorde. S'ils lui donnent d’autres attributs, ce sont toujours des attributs de puissance, de majesté, comme dans les tableaux que nous avons cités tout à l'heure. Quand ils représentent des traits de la vie du Sauveur, ils nous le font toujours voir ou recevant des hommages, ou opérant des miracles, ou respectueusement entouré de ses disciples. Mais l'agonie du jardin des Olives, les ignominies de la Passion , le crucifiement, la déposition dans le tombeau, ne figurent jamais. Comme ces deux classes de sujets étaient également fournis par l'Évangile, il y a donc eu choix exclusif des prerniers et omission calculée des seconds. Quelque raison qu’on puisse en donner, il en est une, ce me semble, qui se présente naturellement et en première ligne. Elle nous est indiquée par la marche que l'on a suivie au moment où s'est opérée la transition de la première classe de ces tableaux à la seconde : ce qui a eu lieu dans les bas-reliefs des sarcophages du 4° siècle. Qu'a-t-on fait à cette époque ? On n’a pas représenté d’abord les traits les plus marquants des humiliations du Sauveur. On a commencé par laisser paraître la croix, qui rappelle ces humiliations, sans en offrir l'image toute vive. Mais la croix n’a pas été elle-même retracée telle qu'elle avait été vue surleCalvaire, nue et horrible : on ya figuré des
160 é CHAPITRE VHI.
pierres précieuses rayonnant sur toutes 808 parties, afin que ce symbole d'iÿnominie ne püt frapper les repards sans réveiller dans l'esprit des pensées de puissance et de gloire. Les précautions, empreintes dans les procédés de cette transaction graduelle, nous font voir au moins une des raisons pour lesquelles les peintures de l'époque antérieure ont toujours omis les sujets de tableau qui auraient produit le Christ dans les humiliations et dans les supplices. On a craint que ces images ne fissent plus ou moins souvent, sur l'imagination d’un certain nombre de chrétiens novices, des impressions contraires à l'idée qu'ils devaient avoir du Sauveur. Je ne dis pas que cette crainte scrupuleuse démontre rigoureusement Ja croyance de cette époque au dogme de la divinité du Verbe, mais je dis que ce dogme explique trèsbien cette crainte. Qu'un homme ait accepté les opprobres et les souffrances pour faire triompher la vérité et la justice, l'image de ce dévouement ne troublera jamais la vénération de ses sectateurs. Régulus, dans sa cage sanglante, eût paru plus grand que sur sa chaire curule. Le païen qui admirait Socrate comme un interprète de la sagesse divine, n'aurait pas été tenté dans son respect pour lui, à l'aspect d'un tableau où il l'aurait représenté buvant la ciguë comme un malfaiteur. Non, niles tourments, ni les opprobres n’abaissent la grandeur de l'homme, mais ils font antithèse à la grandeur de Dieu. Être impassible et souffrir, être éternel et mourir, régner dans l'immensité des cieux, et passer de la flagellation au gibet, cette doctrine si nouvelle, si étrange, transmise par la simple parole, était déjà une pierre d'a-
choppement pour la foi naissante et infirme des néophytes, de ceux surtout chez lesquels l'imagination dominait. Eût-il été convenable d'ajouter à la force de cette tentation en leur offrant la représentation toute vive de ce qui déconcertait en eux le sens humain ? Les choses confiées seulement à l'oreille produisent des impressions moins fortes que celles qui sont transmises à l'âme par les yeux ‘". La sagesse chrétienne avait mis cette maxime en pratique. C'est une chose admirable que cette Église, qui enfantait tant d'hommes forts mourant pour la foi dans d’affreux supplices, ait eu recours à ces ménagements de prudenceetde charité maternelle pour ne pas troubler cette foi dans les esprits où elle avait encore la faiblesse de l'enfance. Mais si telle a dû être la raison principale qui a fait mettre à l'écart les sujets de tableaux pris dans la Passion du Christ, cette éclipse momentanée nous rend, on peut le dire, une magnifique lumière. La divinité du Verbe, engendré avant l’aurore dans les splendeurs des cieux, est empreinte jusque dans le voile que l’art chrétien de cette époque a étendu sur les abaissements du Verbe fait chair.
à Segnids irritant animos demissa per aurem, Quèm quæ sunt oculis subjecta fidelibus.
Horat,
Éhapitre neuvitine.