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Boldetti, p, 419,
dire à l'épitaphe que peu de temps s'était écoulé entre la réception de ce sacrement et la mort du fidèle. C’était le cas ordinaire, puisque les premiers chrétiens participaient fréquemment à l'Eucharistie. Quant à la pénitence, lorsqu'un fidèle s'était réconcilié avec Dieu, après avoir accompli une pénitence publique, il eût été peu conforme à la charité de consigner, même indirectement, sur sa tombe le souvenir de sa chute. S'il s'agissait, au contraire, d’une réconciliation secrète, elle ne prêtait pas à une mention monumentale. Nous voyons donc qu'il n'y a pas eu, par rapport à la pénitence et à l'Eucharistie, de motif suffisant pour déroger, comme on l'a fait quelquefois à l'égard du Baptème, à l'usage qui prescrivait de ne pas rappeler la réception des sacrements dans les inscriptions funèbres.
Passons maintenant aux tableaux des cryptes et des églises souterraines, Pour bien comprendre ici les fonctions qu'ils ont remplies, nous devons d'abord nous former une juste idée de la marche que la peiuture a dû suivre dans la carrière que lui ouvrait la théologie. On attribuerait à faux à l'Église des premiers siècles l'idéalisme de quelques sectes modernes, si l'on supposait qu'elle a considéré l'effusion des grâces divines abstraction faite des rites sacramentels, qui, de l'aveu des protestants, en étaient au moins les signes. L'élément externe était le corps, l'enveloppe expressive de l'élément spirituel, Le divorce entre ces deux principes constitutifs n'apparaît point dans la pratique ni dans l'enseignement de la primitive Église. Elle fixait l'attention des fidèles sur l'une de ces choses, pour leur expliquer lautre. La
peinture sacrée devait suivre, à ect égard, limpulsion générale. Lorsqu'elle voulait figurer chaque espèce de grâce correspondant à chaque rit sacramentel, elle n’essayait pas de la saisir dans son essence abstraite et idéale, elle la prenait dans ce qui en formait comme l'organe spécial. Il était, en effet, bien convenable que les peintures des chapelles offrissent quelques tableaux propres à entretenir la dévotion desfidèles pour cessacrements, qui leur étaient administrés dans ces mêmes lieux, et dont la réception exigeait des dispositions si saintes. Mais ces rites sacrés étaient particulièrement soumis, comme nous l'avons vu, à la loi du secret. Les artistes étaient doncobligés de se renfermer, à cet égard, dans le système des tableaux symboliques, à moins que les textes de l'Évangile ne leur fournissent des sujets qui auraient exprimé d'une manière plus directe l'institution de ces sacrements, sans trahir toutefois les secrets de la liturgie.
Cette exception aux tableaux symboliques ne pouvait avoir lieu pour le premier de ces sacrements. Le baptème de Jésus-Christ par saint Jean-Baptiste avait, il est vrai, tant d’analogie matérielle avec le baptème chrétien, qu'ilen aurait offert l'image bien plus que le symbole. Mais, pour cette raison même, il aurait révélé le rit que ni la peinture, ni l'écriture, ne devaient exprimer. Ce tableau, d’ailleurs, aurait montré le Sauveur dans un état d'abaissement, et nous avons vu précédemment que les peintres des premiers siècles se sont abstenus de le représenter ainsi. Le Baptème du Christ, peintdans les grottes pontiennes, paraît, d'aprèsle style quile caractérise, ne pas
TRADITION MONUMENTALE, 167 appartenir à l'époque où les arts chrétiens étaient encore astreints à une très-grande réserve. On ne pouvait pas non plus, mais par un autre motif, retracer le moment où Jésus-Christ a institué le sacrement de la régénération spirituelle. Ce tableau sans doute n’aurait commis aucune indiscrétion, Ce n'est pas l'atti- . tude du Sauveur et des A pôtres en cette circonstance, cest la parole prononcée par le Sauveur qui détermine la relation de cesujet avec le baptème. Or comment peindre une parole? On l'a fait dans le moyen âge par des inscriptions entourant les tableaux ou sortant de la bouchemèême des personnages. Mais l'usage de ces inscriptions explicatives a été constamment étranger aux peintres des Catacombes. Celle dont il s'agit aurait été spécialement exclue, puisqu'elle aurait révélé la formule propre du baptême, alors si secrète. Dès lors il n'y avait pas moyen de figurer le baptème par ce tableau, qui n'aurait eu, cette inscription mise à part, rien de caractéristique, qui se serait confondu avec tout autre tableau du Christ parlant aux Apôtres : il aurait entièrement manqué son but.
Les deux sujets évangéliques directement relatifs à ce sacrement, le baptème par saint Jean-Baptiste et l'institution du baptème par le Christ, ne pouvaient donc être traités. Le premier aurait été trop significatif, et le second trop peu. De là résultait la nécessité de recourir au symbolisme. Le procédé le plus simple était de chercher sil n’y avait pas dans la Bible quelque fait qu'elle présentât elle-même comme une figure de ce sacrement. yen a un auquel elle attribue expressément ce caractère. Saint Paul a dit dans sa I” Épitre aux Corinthiens : « Je ne veux
168 ni CHAPITRE IX.
» pas que vous ignoriez, mes frères, que tous nos » pères ont été sous la nuée, et qu'ils ont tous » passé la mer. Et ils ont tous été baptisés en Moïse, » dans la nuée et dans la mer *. » Les anciens Pères, en commentant ce passage *, ont exprimé sous une forme ou sous une autre l’idée que saint Augustin et saint Jean Chrysostome ont énoncée en ces termes : « Lamer Rouge,aditle premier, était un baptème: le » peuple qui passait était baptisé *. » « Nous pou- » vons vous enseigner, dit le second, la connexion » de l'Ancien Testament avec le Nouveau, et le rap- » port du passage de la mer avec notre baptème. Là » il y avait de l’eau, et ici nous retrouvons l'eau; » icile bain, là les flots : comme tous les Israélites, » nous entrons tous aussi dans l'eau. Voilà déjà une » similitude. Mais voulez-vous voir, en outre, dans » cette ressemblance, la variété des couleurs ? Les » Israélites ont été délivrés par la mer du joug de » l'Égypte: dans le baptême on est délivré de l'ido- » Jâtrie. Là cest Pharaon qui a été submergé ; ici » c'est le démon. Là les Égyptiens ont été engloutis ; » ici le vieil homme est tiré de l’abime des péchés f, »
1 Nolo enim vos ignorare, fratres, quoniam patres nostri omnes sub nube fuerunt, et onines mare transierunt : et omnes in Moyse baptizati sunt, in nuhe et in mari. C. x, v. 1 et 2.
2? S, Gregor. Nazianz., Orat. 39. —S. Greg. Nyss., om. 3 in cant.—S. Prosper., de Promiss., part. 1, c. 38.—S$, Isidor. Sevill., Quæst. in Gen., c. 19.
8 Mare Rubrum baptismus erat, populus transiens baptizabatur. August., Serm. 352, al. 27, n. 3.
“ Poterimus te docere quomodo vetus ad novum Testamentum habeat cognationem, et ille transitus ad nostrum baptisma. Nam ibi aqua, et hic aqua : Havacrum hic et 1b1 pelagus, Omnes hic
TRADITION MONUMENTALE. 169 Telle était donc la doctrine sacrée, fondée sur un oracle de la Bible. Une indication aussi saillante invitait, ou plutôt obligeait, en quelque sorte, les artistes chrétiens à prendre le passage de la mer Rouge pour emblème du sacrement qui purifie par l'eau. Voyez, entre autres, le beau sarcophage du Vatican, où ce sujet est très-bien rendu.
Le baptème pouvait aussi être figuré d'une autre manière. Il était désigné sous un nom qui signifie l'action de rendre la lumière: on l'appelait l'illumination. Suivant la doctrine chrétienne, l'homme naît dans un état de cécité par rapport aux vérités surnaturelles du salut. « Le genre humain, dit saint Au- » gustin, est cet aveugle: cette cécité lui est surve- » nue dans le premier homme par le péché". » Ceux qui n'avaient pas reçu le baptéme étaient considérés comme des aveugles : « Que les catéchumènes, pour- » suit le même docteur, se hâtent d'arriver au bain » sacré, s'ils veulent lalumière ?, » Le baptème était la guérison de l'aveuglement spirituel, dans lequel naissent les enfants d'Adam, De toutes les guérisons corporelles opérées par le Christ, celle de l'aveugle-
in aquam ingrediuntur, et 1bi omnes. Juxtà hoc similitudo est. Postea vis cognoscere colorum varietatem ? Ibidem lberati sunt ab Ægypto per mare, hic autem ab idololatrià. — Et ibi quidem Pharao submersus est, hic autem diabolus : ibi Ægvypti submersi, hic autem vetus homo peccatis defoditur. Joan. Chrys., in vers. 4, c. x, epist. I ad Corinth.
1 Genus humanum est iste cæcus ; hæc enim cæcitas contigit in primo homine per peccatum. August., Tract. 44, in Joan., +
? Catechumenis non sufficit quôd inuncti sunt : festinent ad Javacrum , si lumen inquirunt. /4id., n. 2,
né offrait donc le type matériel le plus frappant que les arts du dessin pussent choisir pour symbole de ce sacrement. Ils l'ont très-souvent retracée sur les’ murs des Cataconibes.
Le pouvoir de remettre @t de retenir les péchés, confié par Jésus-Christ à ses Apôtres, devait aussi avoir une place dans les pieuses peintures des premiers siècles. Mais le moment où le Sauveur leur a conféré ce pouvoir par unc simple parole, en soufflant sur eux, ne fouraissait pas un sujet de tableau qui rentrât dans le système suivi à cette époque. Les artistes choisissaient des traits saillants : ils reproduisaient des attitudes, des actions que l'œil du spectateur pou vait saisir. On ne voit pas qu'ils aient jamais essayé de retracer certains détails aussi peu marquants, par exemple, que le mouvement des lèvres dans l'insufflation. Mais un fait de l'Évangile, qui convenait parfaitement à leur manière de A leur offrait un emblème très- significatif de la vérité dont il sasiten ce moment. Avant de communiquer à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés, le Christ avait déjà prouvé, dans une autre circonstance, qu'il possédait ce pouvoir, et il l'avait prouvé par un miracle. I'avaitdit aux Juifs en leur montrant le paralytique: « Lequel est le plus facile de dire: Tes péchés tesont » remis, ou de dire: Lève-toi et marche? Afin donc » que vous sachiez que le Fils de l'Homme a le pou- » voir de remettre les péchés, je te le dis, ajouta-t-il » en s'adressant au paralytique, lève-toi, prends ton » lit, ct retourne dans ta maison ". » Non-seulement
! Quid est facilius dicere : Dimittuntur bi peccata ; an di-
Jésus-Christ avait présenté ce miracle comme le signe de son pouvoir, mais en outre cette guérison avait opéré dans le corps du paralytique ce que la rémission des péchés opère dans l'âme. Le péché est une paralysie spirituelle qui empêche l’âme de marcher dans la voie du salut. Enfin, une particularité relatée dans le récit évangélique ajoutait à la justesse de cet emblème. Le paralytique, en retournant dans sa maison, avait emporté avec lui un fardeau: il était chargé de son grabat ‘, suivant l'ordre qu'il ea avait recu. On pouvait y voir une image du fardeau que les pécheurs repentants avaient à poricr, des œuvres de pénitence que FEglise leur prescrivait, La guérison du paralytique se trouvait liée de trois manières au pouvoir de remettre les péchés : chronologiquement d’abord, puisqu'elle avait eu lieu dans l'occasion même où ce pouvoir s'était produit; logiquement, puisqu'elle avait été la preuve de ce pouvoir; symboliquement, puisqu'elle en offrait une figure très-expressive. Telle est donc la signification la plus naturelle de ces tableaux très-nombreux qui représentent le paralytique guéri par le Christ et emportant son grabat. Il n'y a aucune vérité religieuse à laquelle ces tableaux soient aussi parfaitement adaptés, comme il n°y a, sous les voûtes des Catacombes, aucun autre tableau qui corresponde aussi bien à cette vérité. A l'aspect de ces pein-
cere : Surge et ambula? Ut autem sciatis quia filius hominis habet potestatem in terrà dimittendi peccata (ait paralytico), tibi dico surge, tolle lectum tuum, et vade in domum tuam. $. Luc., c, v, V. 23 et 24.
1 Et surrexit ille, ef sublato grabato , abiit. S. Mare, x1, 42,
tures, les chrétiens se rappelaient que le Christ a confié à son Église, dans la personne de ses Apôtres, le pouvoir miséricordieux dont elles retracaient lesymbole, et ils bénissaient le Sauveur d'avoir rendu ce bienfait aussi perpétuel que les maux auxquels il devait remédier.
Nous avons vu que les deux moments où Jésus- Christ a établi le rit du baptème, et laissé à ses Apotres le pouvoir de remettre les péchés , ne devaient pas être choisis par la peinture primitive. Mais en est-il de méme du moment où il a institué la cène eucharistique. Se rencontre-t-il ici une des raisons qui pouvaient faire omettre un sujet de tableau? Ces raisous étaient de plusieurs sortes : d'abord, celle que nous avons remarquée par rapport à l'institution des deux autres sacrements. Les particularités de cette institution ne présentaient pas ces traits saillants que les artistes des Catacombess'attachaient à reproduire. La cène eucharistique leur offrait, au contraire, un sujet sensible et frappant qui s'adaptait parfaitement à leur système de peinture. Un second motif, qui pouvait déterminer l'omission d'un tableau, a déjà été signalé. Les artistes de cette époque ont toujours évité de figurer le Christ dans un état d'humiliation. Cette règlene pouvait exclure un tableau qui l'aurait
représenté levant les yeux au ciel et bénissant le pain et le vin, ces purs et pacifiques symboles de l'antique oblation. En quoi un pareil sujet aurait-il eu plus d'inconvénient que la figure si souvent reproduite du Christsous l’humble costume de bon Pasteur? On conçoit encore un autre motif d'omission: les faits qui avaient pas une utilité spéciale pour lédifica-
tion des fidèles pouvaient être laissés à l'écart, pour faire place à ceux qu'il était plus important de retracer. Il est évident que cette raison ne tombait pas sur la cène eucharistique, qui était la base du culte chrétien. Enfin on devait écarter les sujets qui auraient indiqué trop clairement la doctrine secrète du Christianisme. Mais un tableau historique de la cène ne rentrait point dans cette catésorie. Il aurait eu une signification dogmatique pour les initiés seulement, sans rien révéler aux autres. Eût-il été ex posé en public, il n'y aurait rien eu de plus qu’un fait de l'histoire sainte, un des repas auquel le Christ avait assisté.
Nous venons d'indiquer les raisons générales qui pouvaient faire omettre un sujet de tableau. Aucune d'elles ne s'applique à la représentation historique de la Cène et pourtant, quelque intérèt qu'elle inspirât à la piété, aucun tableau n'en a reproduit les traits caractéristiques. Cette exclusion a donc dû être déterminée par quelque motif tout spécial. Qu'on cherche tant qu'on voudra , on n’en trouvera, je crois, qu'un seul. Il fallait que le dogme impliqué dans ce fait évangélique fût considéré comme le plus grand arcane de la foi, comme le mystère des mystères, pour qu'on s'imposât à son égard une réserve excessive, pour quon interdit la simple représentation du fait, alors même qu'elle ne compromettait pas le secret du dogine.
Mais, en excluant les sujets historiques, la peinture avait toujours la ressource du symbolisme. Nous indiquerons tout à l'heure plusieurs tableaux qui renferment une figure de lEucharistie, Si quel-
ques adversaires de Ja foi catholique refusaient de leur attribuer ce caractère, je leur dirais que cette dénégation conduirait tout droit à une conséquence diamétralement opposée à leurs propres idées. Supposons un instant avec eux que toute représentation symbolique de la Cène ait été exclue du domaine de la peinture religieuse : cette omission systématique serait inexplicable, dans le cas où la communion eucharistique n'aurait été dans la croyance des premiers siècles qu'un rit commémoratif. Nous avons vu, en effet, que les chrétiens ont souvent consigné sur leurs monuments l'expression voilée des vérités et desrites sur lesquels planait pourtant la loi du secret. Si donc ils avaient fait une exception relativement à l'Eucharistie, s'ils étaient allés jusqu'à s'abstenir, sur ce sujet, de ces peintures symboliques qu'ils se permettaientsurlesautres, cela ne prouverait-il pas qu'ils y voyaient quelquechosede plus mystérieux encore, quelquefait divin, supérieur à la simple commu nication de la grâce, symbolisée si fréquemment dans leurs tableaux? Et que peut-il y avoir de plus grand que la communication de la grâce divine, si ce n'est la réception du Christ, de l’auteur même de la grâce?
Si, au contraire, on admet avec nous que l'Eucharistie, qui occupait une si grande place dans le culte, a eu quelque place dans les peintures symholiques des Catacombes, examinons quels peuvent être les tableaux qui lui correspondent , et quelle est leur signification. Arrêtons-nous d’abord devant un sujet plusieurs fois répété. Un personnage a une verge à la main : il l'étend sur des paniers remplis de certains objets destinés à la nourriture de l’homme,
TRADITION MONUMENTALE. 475 puisqu'ils ont la forme de pains. Les antiquaires se sont rangés au sentiment de Bosio, qui a cru reconnaître dans ce tableau Moïse et la manne miraculeuse. D'abordil ne s'adapte à aucun autre trait biblique. En second lieu , il fait souvent le pendant d'un autre tableau représentant aussi quelque signe surnaturel de la mission du législateur des Hébreux. La verge est un symbole d'autorité: cet attribut convient particulièrement à Moïse. Le Seigneur lui avait dit: « Prends dans ta main cette verge, avec laquelle tu » opéreras des prodiges ‘. » Nous voyons, en effet, par plusieurs passages de l'Exode, qu'il s'en sert dans les occasions les plus solennelles, Quant à la forme de pain donnée aux objets contenus dans les corbeilles, elle avait pour but de marquer qu'ils devaient servir d'aliments : d'ailleurs, la manne est plusieurs fois désignée sous le nom de pain dans le récit de Moïse “. Laissons maintenant l'Exode et prenons l'Évangile. Lorsque le Christ annonce qu'il donnera sa chair pour nourriture, il ajoute : « Vos pères ont » mangé la manne, et ils sont morts; mais celui qui » mange ce pain vivra éternellement *, » La manne et la chose promise par le Christ ont pour caractère commun d'être une nourriture : mais l'une n’a pas
! Virgam quoque hanc sume in manu tuâ, in quà facturus es signa. Zxod., 1v, 17.
? Moïse, en montrant la manne aux Hébreux, leur dit : « Voici le pain que le Seigneur vous a donné pour nourri- » ture.» Jsfe est panis quem Dominus dedit vobis ad vescendum. Exod., c. xvi, v. 15. Voyez aussi v. 8 et 32.
# Non sicut manducaverunt patres vestri manna, et mortui sunt : qui manducat hunc panem, vivet in æternum. Joan., vi, D9.
donné la vraie vie que la seconde seule peut commu piquer. Il y avait par conséquent entre la manne et le don annoncé par le Christ le rapport qui doit exister entre la figure et la chose figurée; car il est essentiel à un emblème d'être tout à la fois analogue et inférieur à l'objet qu'il représente. Il en est de même d’un autre genre de tableau, qui retrace le miracle de la multiplication des pains ‘, destinés à la nourriture du corps, comme le pain consacré par le Christ, dans la Cène, se rapporte aux besoins de l'âme. Dans ces deux circonstances , le Christ prend le pain, lève les yeux au ciel, rend grâces en le bénissant, et le rompt avant de le donner à ses disciples. Dans le premier cas, il les charge de le distribuer à la foule; dans le second , il leur fait une recommandation analogue, puisqu'il leur ordonne de perpétucr le rit du pain consacré, et par là de l'enseigner aux fidèles, pour lesquels ce pain sera aussi multiplié. Tous les traits, tous les détails de ces deux événements se correspondent avec précision, et ilnya aucun fait avec lequel les miracles de la multiplication des pains ait plus d'analogie avec celui de la Cène, dont il offre l'emblème le plus frappant. Les Pères de l'Église ont saisi les rapports des miracles de la manne et de la multiplication des pains avec l'Eucharistie. N'est-il pas dès lors très-vraisemblable que les artistes ont traduit dans leurs tableaux cette doctrine des Pères, lorsqu'ils ont retracé ces deux faits? N'était-il pas naturel d'y attacher la sipni-
1 Noyez S. Matthieu, ch. x1v; S. Marc, €h. vis S. Euc, ch. 1x; S, Jean, ch. vr,
TRADITION MONUMENTALE. 477 fication symbolique avec laquelle les fidèles devaient être le plus familiarisés? Nous sommes donc fondés à croire que ces tableaux ont été des emblèmes de JEucharistie, comme nourriture de l'âme. Les lois du langage symbolique nous autorisent à leur attribuer une intention encorc plus précise. Ils ont dû signifier que la nourriture, donnée aux fidèles dans l'Eucharistie, était le produit d’une opération surnaturelle, C'est en effet une des règles les plus simples et les plus fondamentales du symbolisme, qu'un fait employé comme figure ne soit pas d'un ordre supérieur au fait qu'il représente. Cette règle aurait été violée, si le miracle de la manne ct de la multiplication des pains, ces deux manifestations surnaturelles de la puissance divine et de la charité du Sauveur, avaient été prises pour emblèmes d’une formalité religieuse qui n'aurait rien eu de miraculeux.
En résumé, ou les tableaux dont nous venons de parler ont trait à l'Eucharistie, ou elle n’a pas été figurée sous les voûtes de nos antiques sanctuaires. Dans le premier cas, on doit convenir que Îa signification de ces tableaux s'adapte à la croyance catholique. Dans le second cas, il faut dire que la loi du secret a pesé, avec une rigueur exceptionnelle, sur cette partie du culte. La discipline du secret, telle qu'elle est constatée par les documents écrits, fournit déjà un argument très-solide pour prouver le véritable caractère du rit eucharistique: à quoi bon tant de voiles, si ce rit n'était qu'un pur symbole? Mais cette preuve serait encore plus forte, si la peinture avait renchéri, par son silence, sur la prudence de la parole, si elle avait craint d'imiter, à sa manière, ces ex-
Sainte-Agnès cinq siéges en tuf, tous placés dans les angles. Il s'est demandé à quel usageils avaient servi. Plusieurs hypothèses se présentaient. On pouvait supposer qu'ils avaient été destinés soitaux ministres chargés d'instruire les catéchumènes, soit au président de l'assemblée religieuse, soit au diacre et à la diaconesse pendant la célébration des saints mystères. Aucune de ces explications ne lui a paru satisfaisaute. Que ces siéges aient été placés là pour les: instructions des catéchumènes, cette supposition est dénuée de vraisemblance aux veux de quiconque a senti la force des raisons alléguées par le P. Marchi pour prouver que les catéchumènes n'étaient pas adnis dans les chapelles souterraines où se réunissaient les fidèles. Qu'il nous suffise de dire qu'on voit dans ces mêmes catacombes de Sainte-Agnès des cryptes qui w'ont ni peintures, ni autels,tandis que ces signes caractéristiques du culte existent dans des chapelles voisines. À quoi pouvaient servir ces cryptes, si ce n'est à l'instruction des catéchumènes? {] paraît donc qu'il y avait, du moins dans ces catacombes, quelques chambres qui devaient les recevoir. Or les siéges dont nous parlons se trouvent au contraire précisément dans les lieux réservés pour la célébration du culte. Il n'est donc pas raisonnable de supposer que ces siéses aient rapport à instruction des catéchumènes. Peut-on supposer que les pontifes y prenaient place lorsqu'ils présidaient les assemblées religieuses, lorsqu'ils prononcaient des homélies ou faisaient des ordinations? Non. Les chaires pontificales étaient situées au fond des églises souterraines; c'est l'endroit qui correspond à la place qu'ellesontoçcupée
un peu plus tard dans les basiliques du 4° siècle où elles sont fixées au fond de l’abside.-H fallait en effet que le Pontife sur son siége fût en rapport avec toute l'assemblée ; cette situation le lui permettait. Les siéges dont nous parlons sont au contraire relésués dans les coins. Ajoutez à cela que deux de ces cryptes en ont.chacune d'eux, tandis que la chaire de là présidence était nécessairement unique.
Reste la troisième hypothèse qui les attribuerait au diacre et à la diaconesse pendant la célébration des saints mystères. Examinons d'abord l'église qui renferme trois de ces siéges. Elle est divisée en deux cryptes, l’une pour les hommes, l'autre pour les fenimes. Dans la première, il y en a deux tres-près de l'autel, quoiqu'ils soient chacun dans un coin, car les dimensions de cette église sont très-petites, surtout en largeur. La partie destinée aux fenimes n'en otfre qu'un seu}, également voisin de autel. Or le diacre et la diaconesse ne devaient pas avoir des-siéges, là où.le Pontife n'aurait pas eu le sien. I faudrait donc dire que le Pontife et le diacre auraient occupé les deux siéges situés dans la première crypte, et la diaconesse, celui qui se trouve dans la seconde, Cette disposition aurait entrainé plusieurs irrépularités. Le siése du Pontife et celui du diacre auraient eu la même élévation, ce qui n'aurait pas été conforme aux règles de la hiérarchie. Celui du diacre aurait étc aussi voisin de l’autel que le siége pontifical, autre irrégularité. Enfin, le siége de la diaconesse aurait été plus près de l'autel que ne le comportaient les prescriptions de la liturgie, Passons maintenant dans l'autre église plus petite, qui ne renferme que deux
‘siéges. S'ils avaient été destinés au Pontife et au diacre, la diaconesse n'aurait pas eu le sien : donnezles au diacre et à la diaconesse, celui du Pontife manque. Du reste, comme la liturgie était plus courte qu'elle ne l'est aujourd'hui, il est à croire que ni le Pontife, ni le diacre, ni la diaconesse ne s’asseyaient pendant une partie du temps consacré à la célébration de la messe : ces deux derniers d’ailleurs devaient plutôt se tenir debout pour exercer leur office de surveillants.
L'existence de ces monuments resterait donc une énigme, si l'on en demandait l'explication aux hypothèses que nous avons discutées. Quelques chaises ne sont pourtant pas des sphinx d'un genre trèsmystérieux, et ce serait une chose bien étonnante qu'avec tous les renseignements acquis sur les pratiques religieuses des premiers chrétiens, on rencontrât dans leurs antiques chapelles des objets trèssimples qui ne s'adapteraient à aucun usage connu.
Maissi ces monuments né cadrent pas avec des fonctions publiques auxquelles tout une assemblée aurait pris part, ne peut-on pas soupçonner qu'ils ont dû se rapporter à quelque rit en quelque sorte individuel et solitaire, à quelque fonction isolée, en dehors de celles qui s’'adressaient à la foule? Tertullien qui appartient par plusieurs de ses écrits au 2° siècle, nous dit dans son livre sur la Pénitence chrétienne, que les pénitents en confessant leurs péchés se plaçaient dans la posture la plus humble devant les prêtres '. Un texte de Minucius Félix, écrivain de la même
‘ Exomologesis prosternendi et humilificandi hominis disciplina est... De ipso quoque habitu atque victu mandat... je-
… époque, fournit une indication plus précise encore sur l'attitude qu'ils prenaient dans cet acte religieux. Nous apprenons par ce passage "ce qui se disait parmi les païens d’un rit observé par les fidèles et transformé par les préjugés haineux de leurs ennemis en une pratique abominable.
L'origine d'une pareille calomnie se trouve dans la pratique dont parle le premier des écrivains que nous venons de citer. Quelques faux frères, qui s'étaient introduits dans les assemblées secrètes des catacombes, auront rapporté aux païens qu'ils avaient vu les chrétiens s’agenouiller un à un, avec un air recueilli, devantun prêtre assis, et incliner latète vers ses senoux : ce qui cadre, d'une part, avec la posture signalée par Tertullien, et d'autre partavec la disposition des siéges qui nous occupent. Situés en effet de telle sorte que le personnage qui y prenait place ne se serait pas trouvé en face d’un auditoire qui aurait rempli la chapelle, ils convenaient, non pour des harangues, mais pour des colloques particuliers, et tout individu agenouillé et incliné vers les senoux de ce personnage présentait l'attitude qui a servi de prétexte à la calomnie des païens.
Admettez à cette époque la pratique de la confession, l'énigme de ces siéges se dévoile : c'était, suivant toute apparence, des ‘confessionnaux, non pas semblablesaux nôtres par leur forme matérielle, mais
juniis preces alere, ingemiscere, lacrymari.. presbyteris advolvi, et caris Dei adgeniculari. Zi6. de Pæmnit., c. 1x.
? Alii eos ferunt (dit le païen Cécilius), ipsius antistis ac sacerdotis colere genitalia, et quasi parentis sui adorare naturam. Minutius Felix, #n Octav,, ©. ix,