‹ Esquisse de Rome Chrétienne (volume 4)Chapitre 40 sur 79 · FR · texte numérisé non relu

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» avec les témoignages de l’histoire, révèlent chuirement la destination de ces monuments. D'une part, "+, nous savons que l'Église primitive avait coutume de célébrer les saints mystères sur les tombeaux des martyrs; d'autre part, la configuration de ces tombeaux s'adapte parfaitement à cet usage, et ils sont les seuls qui aient pu s’y prêter. On voit encore, auprès de plusieurs d’entre eux, de petites crédences, taillées dans le tuf, analogues à celles de nos églises modernes, où l'on place les bureltes préparées pour la célébration de la messe.

Assurément il n'est pas indifférent de rechercher les idées que l'antiquité chrétienne attachait à ces monuments, investis d’un double caractère, marqués de deux sceaux mystérieux, celui de la liturgie et cclui de la mort. Écoutons d'abord l'hymnographe des premiers siècles. Prudence dit en parlant du corps de saint Vincent :

L’autel donne à ces bienheureux ossements Le repos qui leur est dû :

Placés sous la table sacrée, Renfermés dans les profondeurs de l'autel, Ils aspirent d’en bas les émanations Du don céleste qui se répandent sur eux.

4 Vous voudrez peut-être ne voir qu'une méla phore dans la propriété attractive attribuée à ces reliques;

mais le langage figuré a toujours sa racine dans les

: Allar quietem debitam Præstat beatis ossibus ; Subjecta nam sacrario Imamque sub aram condila, Cœlestis auram muncris Perfusa subitüs hauriunt.

Hapmn, v, peristeph. S. Vincent.

«ot Se eq surcetau Lrl une cérémonie symbolique, vide de toute réalité surnaturelle? Ce. Jangage a dû être greffé sur une tout autre croyance. C'est ce que nous font voir deux Pères du même siècle. Saint Ambroise s'exprime en ces termes, au sujet des reliques de deux martyrs, Gervais ét Protais : « Que ces victimes triomphales viennent » se placer dans l'endroit où le Christ est une hos- » tie: sur l’autel est le Christ qui est mort pour tous; » sous l'autel reposent ceux qui ont été rachetés par » sa Passion ‘. » Saint Maxime de Turin disait à la méme époque : « Qu'y a-t-il de plus honorable que » de reposer sous l'autel même où le Sacrifice est » présenté à Dieu, où s'offre la victime, pour la- » quelle le Seignbue est le prêtre, selon ce qui est » écrit : Tu es prêtre éternellement selon l'ordre de » Melchisedech. Il est donc juste que les martyrs » soient placés sous l'autel, parce que le Christ est » déposé dessus. Il est juste que les âmes des saints » reposent sous l'autel, parce que, sur ce même au- ». tel, le corps du Seigneur est offert. C'est par con- » venance, Cest par une sorte d'association intime » que la sépulture des martyrs a été établie là où » chaque jour la mort du Seigneur est célébrée, sui- » vant ce qu'il a dit lui-même : Chaque fois que vous

1 Succedant ergù victimæ triumphales in locum ubi Christus hostia est ; sed ille super allare qui pro omnibus passus est ; isti sub altari qui illius redempti sunt passionc. Z'pisé, xx, n. 45,

Lo

» ferez ceci, vous annoncerez ma mort jusqu à ce que je » vienne, afin que ceux qui sont morts pour sa mort » reposent dans le mystère du sacrement. C'est, je le

» répète, par l'effet d'une intime communauté que

» la tombe de ceux qui ont souffert la mort est si- » tuée là où sont posés les membres de la mort san: » glante du Sauveur”. »

elle était donc la signification reconnue de ces monuments. On donnait à ces tombeaux le nom d’autel. En bas, des ossements, en haut, un don céleste et vivifiant; en bas, les corps des justes, en haut, le corps du Sauveur, et cette jonction avait lieu, parce que les martyrs, en simmolant pour le Christ, avaient mérité une place là où se renouvelait l'immolation de la suprême victime. Telles sont les idées que nous trouvons incorporées dans ces tombeauxautels, au moment même où l'Église put les honorer en paix. Comment croire qu'en sortant des Catacombes elle leur ait attribué un caractère tout différent de celui qu'elle avait été jusqu'alors accoutumée à leur donner? Les idées étaient donc préexistantes; elles dérivaient d’un enseignement traditionnel déjà établi dans les chapelles souterraines. Ces monuments, qui appartiennent aux trois premiers siècles, emportent avec eux, dans cette période des origines, cette même croyance que de nos jours encore l'Église catholique continue de professer. Les

pierres sacrées des Catacombes sont, par leur signifi-

1 Rectè ergù sub arà martyres collocantur, quia super aram Christus imponitur. Rectè sub altare justorum animæ requiescunt, quia super altare Domini corpus offertur, ete. Serm. rx de Natal. Sanct. (Le texte tout entier sera dans l'Appendice.)

cation comme par leur usage, les sœurs ainées de nos autels d'aujourd'hui.

Les autels-tombeaux constituèrent un genre de monument tout nouveau dans le monde. L'Éplise avait trouvé le modèle supérieur, l'archétype de cette création sépulcrale dans ce passage de l'Apocalypse :

Après que l'Agneau eut ouvert le cinquième sceau, » ,je vis sous lautel les âmes de ceux qui ont été mis » à mort à cause de la parole de Dieu, et pour le » témoignage qu'ils portaient , et ils criaient à haute » voix : « Quand donc, quand, Seigneur, qui êtes » saint et vrai, ferez-vous justice et vengerez-vous » notre sang sur ceux qui habitent la terre? » Et il fut » -donné à chacun d’eux une étole blanche, etilleur » fut dit de se reposer encore un peu de temps, jus- » qu'au moment où serait complété le nombre des » serviteurs de Dieu, leurs frères, qui devaient être

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