‹ Esquisse de Rome Chrétienne (volume 4)Chapitre 41 sur 79 · FM) WE · texte numérisé non relu

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» mis à mort comme eux

Ces paroles ont dû singulièrement frapper l'Éolise primitive, tout occupée de recueillir les restes. sanolants de ses martyrs, quand elle s'est demandé à quelle place d'honneur ils devaient se reposer un peu en attendant le jour de la justice?. Le prophète de Pathmos, lui montrant leurs âmes sous l'autel qui est dans le temple éternel devant le trône de Dieu,

1 Et cùm aperuisset sigillum quintum, vidi subtùs altare animas interfectorum propter verbum Dei, et propter testimonium quod habebant, etc. Apocal., vi, 9 et seq.

2? Presizo motivii maggiori d’introvar questo rito degli altari soprà le Memorie de’ Martiri dà cid che vide nell’Apocalisse l’Apost. S. Giovanni : Vidé subtus altare, eic.…., perlochè S. Ambrogio disse : Succedant victèmæ triumphales, ete, Boldett, : Osserv, sopr. de vimit, sagr., Bhe1, € vin

TRADITION MONUMENTALE, 489 semblait lui indiquer que leurs corps devaient ètre déposés sous un autel aussi dans les temples de Ja terre. Elle à continué de donner cette place à tous les autres saints qui ont été martyrs par la charité. Lorsqu’après la fin des persécutions elle a remplacé 7 la pierre nue des Catacombes par des matières resplendissantes, cette transformation a donné à ses autels un dernier trait de ressemblance avec l'autel d'or que saint Jean avait décrit ".

Telest donc l'indice qui parait avoir suggéré la merveilleuse invention de ces monuments, où le tombeau et l'autel ne font qu’un. Ils rentrent dans le caractère profondément figuratif empreint, à plusieurs égards, sur les sépultures. De même que les tombes chrétiennes en général ont été originairement, ainsi qu'il sera dit bientôt, une imitation même matérielle du sépulcre où Jésus crucifié a été déposé dans une grotte de Jérusalem; de même les tombes des saints ont été en outre les images de l'autel qui est devant le trône de Jésus glorifié, et l'Église est allé chercher, jusque dans les plus hauts mystères des cieux, un type d'architecture pour les mystères de la mort.

Jes monuments ont fourni encore un autre sujet d'observation. Les tombeaux, destinés à servir d’autels, ne devaient pas être confondus avec ceux qui n'avaient pas ce privilége; ils devaient done avoir une forme caractéristique. Mais, comme nous l'avons dit, les sépulcres, dont la partie supérieure offre une table, ne se divisent qu'en deux classes. Les uns

! Altare aureum quod est antè thronum Dei, Apoe., vit, 34

sont, par leur élévation, évidemment impropres-au service dont il s'agit; les autres sy adaptent par toutes leurs dimensions, qui sont celles d’une table ordinaire. C'était donc là le signe distinctif, et l'on doit donc par conséquent reconnaître des autels dans tous les tombeaux qui ont cette forme. Or, ils sont très-nombreux : on en voit souvent plusieurs dans une même chapelle. Une église des catacombes de Sainte-Aonès en renferme onze à elle seule. Cette multiplicité d’autels permettait de dire la messe sur chacun d'eux, au moins le jour anniversaire de la mort du martyr, dont il conservait le corps.

Ces monuments sont la réfutation palpable d'un futile reproche adressé à l'Église catholique. On a prétendu qu'en autorisant l'érection de plusieurs autels dans un même temple, elle s'est écartée de l'usage primitif. Cette assertion est précisément l’antipode de la vérité historique, car les monuments sont l'histoire en permanence. C'est la multiplicité des autels qui est l'usage le plus ancien. On y a dérogé au 4° siècle, par une raison qu'il est aisé de concevoir. En général, ‘presque toutes les basiliques de cette époque furent construites sur le tombeau d'un martyr. Les ossements des autres confesseurs de la foi restaient dans les galeries des Catacombes, où ils avaient été primitivement déposés. La plupart des églises n'avaient donc chacune que la dépouille sacrée dont elles gardaient la tombe, et comme chaque autel devait être superposé à des reliques, on fut conduit à se contenter habituellement d’un seul autel. Mais, pendant les invasions des Barbares, plusieurs des cimetières souterrains, situés dans les

TRADITION MONUMENTALE. 491 campagnes, furent ravagés. La même profanation pouvait se renouveler, On voulut dès lors pourvoir, autant que possible, à la sûreté des saintes reliques, en les transportant dans l'intérieur de la ville. I y eut un grand nombre d'églises qui recurent chacune plusieurs de ces dépôts sacrés. La piété se fit un devoir de les renfermer dans des autels, afin que leurs nouvelles tombes servissent, comme leurs premiers sépulcres, à la célébration des saints mystères. I] sopéra ainsi graduellement un retour à l'usage ancien, qui fournissait d'ailleurs plus de facilité pour les fonctions du culte.

Outre cet avantage, le système suivi par l'Église catholique complète, beaucoup mieux que tout autre, le symbolisme de l'architecture sacrée. Dans tout édifice religieux pourvu de plusieurs autels, l'autel principal représente éminemment le Christ immolé pour nous : les autres, qui sont des copies du premier , concourent, par cette reproduction d'un même type, à figurer l'identité du sacrifice. Mais, s'ils sont tous semblables comme autels à raison de leur rapport à l'unique auteur du salut, ils sont diversifiés comme tombeaux, par leur corrélation aux saints multiples dont ils gardent les reliques; de sorte qu'ils expriment tout à la fois et l'unité du corps dont le Christ est Le chef et la pluralité des membres de ce corps mystique.

Telle est en effet la pensée fondamentale de toute théologie vraiment chrétienne. Elle ne doit séparer ni le Christ des saints, parce qu'il est essentiellement Sauveur, ni les saints du Christ, parce qu'ils ne sont sanctifiés que par lui. Plus l'architecture ex-

prime cette union, plus elle se rapproche de son type, qui se trouve dans cette architecture invisible, que l'Apôtre nous signale par ces mots : Vous êtes l'édifice de Dieu".

Du reste, en fait de symbolisme plus ou moins parfait, comme dans toutes les matières où rien d'essentiel u’est compromis, l'Eglise catholique n'est pas pointilleuse, L'autel unique ne l'effarouche pas. Dépositaire de l'usage antique, elle ne trouble point, là où ils sont établis, les usages qui ne sont qu'anciens. Ce bon sens pratique n'est point imité partout. Je parie qu'il y a encore des archimandrites de Moscou et des moines du mont Athos, qui répètent, contre les autels mulnples, les murmures des jansénistes du siècle dernier. La science de ces hommes est comme le calendrier russe, elle retarde. Elle s'arrête, tout éblouie, à nos basiliques du temps de Constantin, sans se douter que les archéologues romains ont creusé plus bas dans le sol, et plus loin dans le temps. Sous la terre, qui porte ces églises de marbre, ils ont retrouvé l'usage primitif dans les chapelles en tuf des Catacombes.

Usaces pe L'ÉGLISE. — 2 Pratiques de Pénitence.

L'Église impose aux fidèles des pratiques de pénitence comme remède au péché, à ses causes et à ses suites. La principale est le jeûne. Il contient la substance des autres privations: elles ne sont bonnes et utiles qu'au même titre q u il l'est lui-même. Il suffit donc de constater son adoption par, l'Église primi-

‘ Dei ædificatio estis. $, Paulus, / «ad Corinth., m1, 9,

TRADITION MONUMENTALE. 493 tive pour faire remonter par là même, jusqu’au berceau du Christianisme, la doctrine catholique sur les œuvres pénitentiaires.

Rome souterraine a fourni un monument qui nous montre de la manière la plus positive, dans la première période de l'Église, non-seulement l'usage du jeûne, mais encore la loi du jeûne solennel, qui sérvait déjà de préparation à la fête de Pâques.

Des fouilles, pratiquées près de la basilique de Saint-Paurent hors des murs, ont fait découvrir, en 1551, une antique statue assise de saint Hippolyte, évêque de Porto, sous le règne de l'empereur Alexandre Sévère. Cet évêque avait été célèbre par ses écrits. On en à retrouvé une liste sur les parois du siépe de cette statue. Nous en noterons deux en passant. L'un est intitulé: de Dieu et de la résurrection dela chair. L'autre titre porte ces mots : {a Tradition apostolique : ce qui indique que la règle de la tradition était suivie. Mais ce registre en marbre nous a conservé un autre document. On savait par saint Jérôme qu'un évêque Hippolyte avait inventé un tableau ou canon pascal ”, pour déterminer le jour où devait tomber chaque année Ja fête de Pâques, ét que ce travail avait suggéré plus tard à Eusèbe l'idée de faire une table du même genre. Le cycle Pascal de saint Hippolyte est gravé sur ce même siége, et on y lit ces mots :

* Hippolytus cujusdam ecclesiæ episcopus (nomen quippè urbis scire non potui), rationem Paschæ temporumque canones scripsit usquè ad primum annum Alexandri imperatoris, etc, De Script, eccles, in Hippol., n° 61,

nl, 13

ILen sera pour les années suivantes comme cela est cidessous marqué dans la table, et pour les années précédentes ce jour est revenu conformément à ce qui a été indiqué. OR IL FAUT QUE LE JEUNE CESSE DÈS QUE LE DIMANCHE EST ARRIVÉ '.

Voilà donc un évêque, qui, dans un Cycle pascal, parle du jeûne solennel comme d'une coutume déjà établie dans l'Église à une époque où la tradition apostolique, à laquelle il était si attaché, etsur laquelle

il a fait un livre, était encore toute fraiche. Dans le siècle même où le protestantisme a voulu abolir les pratiques de la pénitence, sons prétexte de ramener le Christianisme primitif, un nouveau témoignage a surgi contre l'erreur. La statue du vieux. martyr est sortie de dessous terre avec sa parole immobile. Le cardinal-vicaire pourrait citer, sil le voulait, dans son mandement du carême pour 1847, cet autre mandement de l'évêque de Port-Romain: celui-ci porte la date de l'an 222°.

PR

1 Anno À regiminis Alexandri facta est XIV Paschæ idibus aprilis sabbato cum mensis embolismæus fuisset. Erit sequentibus annis sicut in tabulâ subjectum est. Evenit verè in præteritis sicut indicatum est. Solvere autem oportet jejunium ubi dominica inciderit.

3 Cette année de l'ère chrétienne correspond à la première année du règne d’Alexandre-Sévère, marquée dans le canon Pascal de saint Hippolyte. Voyez Pagi, Critic. ad ann. 222.

it, Vie religieuse.

La vie religieuse, qui s'est produite successivement sous des formes variées, consiste, au fond, dans une consécration spéciale à Dieu, distincte de l'ordination sacramentelle. Ce genre de vie n’a pas dû commencer par les hommes. Dansles premiers temps oùle clergé n'était pas très-nombreux, ceux des fidèles qui étaient disposés à renoncer à la vie laïque, étaient enrôlés dans la hiérarchie chargée de pourvoir, par l'exercice du saint ministère, aux besoins les plus généraux et les plus essentiels. Ce sont donc les femmes qui ont été appelées les premières à la vie religieuse. Les vierges et aussi les veuves ont été admises à l'embrasser.

Le titre de vierge se trouve consigné dans les épitaphes, tantôt sans l'addition d’un autre titre, tantôt avec addition. Voici quelques exemples du premier cas:

Zenuaria, jeune vierge; qui a vécu xvun ans, deux mois, xxvI jours, un heures !.

La tombe de cette Zenuaria se trouvait dans le cimetière des saints Processus et Martinien, sur la voie aurélienne: c’est un des souterrains les plus antiques de Rome chrétienne. L'épitaphe suivante appartient certainement au temps des persécutions :

ZENVARIA BIRGO PVELLA QVE VIXIT ANNOS XVIII , MES. DVO . D, XXVII , OR, III, D'après Lupi, Epit. Sever., p, 87, et dans Murator., Veter, inscript,, t. 1v,

À Faustine vierge très courageuse qui a vécu xx1 ans ‘.

La fiole de sang, signe du martyre, était jointe à cette to:nbe, Au-dessous de l'inscription, le monogramme du Christ, entouré d'une couronne, est placé entre l'emblème de la fixité et l'emblème de la liberté: d'une part, une ancre de vaisseau, de l’autre, un oiseau qui prend son vol.

Legura Restituta a vécu xv ans vierge ; elle est décédée en paix ? (avec la fiole de sang.

On lit dans un fragment d'épitaphe :

Elle a vécu xvi ans, sept mois, xvim jours; (que) tu (sois reçue) en paix avec ta virginité ?,

SE

1 FAVSTINAË « VIRGINI , FORTISSIMAE

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