‹ Esquisse de Rome Chrétienne (volume 4)Chapitre 52 sur 79 · YIL. VIE FUTURE. — RÉSURRECTION DES MORTS · texte numérisé non relu

YIL. VIE FUTURE. — RÉSURRECTION DES MORTS

Nous avons déjà remarqué, dans une autre partie de ce livre, que ces dogmes sont empreints dans le nom même de cimetière, qui signifie dortoir. Cette dénomination est une dés merveilles du langage. C'est Jésus-Christ lui-même qui l'avait suggérée aux premiers chrétiens , lorsqu'il avait dit: « Notre ami » Lazare dort ". » Ce mot de sommeil, comme syno-

‘ Lazarus amicus noster dormit, Jean, x1, 44,

TRADITION MONEMENTALE. 231 nyme de la mort, a passé de la bouche du Sauveur dans les écrits de saint Paul; puis il à imprimé sa propre signification aux premières réunions de tombes chrétiennes, et il a produit l'admirable mot de cimetière. Lazare n'était resté, il est vrai, que quatre jours dans le tombeau, les corps des fidèles s’y eouchaient pour des siècles : mais aux yeux de la foi mille anus ne sont qu'un jour, et les Catacombes n'en étaient pas moins des dortoirs, puisqu'on y attendait au bout de leur longue nuit le réveil de la résurrection.

La même foi était aussi exprimée par un mot que les épitaphes chrétiennes ont souvent employé pour signifier Finhumation. « Les païens, qui croyaient » que les corps étaient enfouis dans la tombe pour » en jamais sortir, se servaient de ces mots: situs, ». posilus, composilus, silué, posé, composé (placé dans » ou avec). Les chrétiens, qui croyaient fermement » que le séjour dans le tombeau était temporaire, » avaient adopté un terme parfaitement exact : ils » disaient: déposé, déposition. Le jeune chevalier de

» Rossi m'a fait observer que les personnes qui ont » cru voir dans cette locution un barbarisme avaient » oublié leur Cicéron: ce grand maître en fait de » propriété d'expression appelait déposées les choses » qui étaient confiées pour un temps à la garde de » quelqu'un : la loi romaine désignait sous le nom » de déposition Vaction même de consigner une » chose. Avec cette acception, les deux mots dont il » s'agit étaient tout autre chose qu'un barbarisme, » une Cxpression impropre '. »

! Monum. primit. part. dell archit., p. 19, du P. Marchi.

C'était en cffct une admirable innovation dans la langue fu nèbre. En parcourant les épitaphes paicnnes et chrétiennes, en lisant sur les unes le mot positus, sur les autres le mot depositus. On ne songe guères à remarquer celte différence. Que le premier de ces mots soit ou ne soit pas précédé d’une particule, cela semble peu de chose. Gette particule exprima pourtant l'immense intervalle qui séparait les deux croyances: elle proclama que le sépulcre n'est pas le propriétaire avare, mais seulement le gardien fidèle de ce qu'il reçoit. Le zèle apostolique, parlant à Timothée par la bouche de saint Paul, lui disait: « Gardez le dépôt de la foi: » la piété chrétienne dit à son tour à la tombe : Depositum custodi.

La forme et le mode des sépultures se rattachaient aussi à cette croyance. Les tombeaux des fidèles furent modelés sur le sépulcre de Jésus-Christ. Le corps du Sauveur avait été déposé dans un monument creusé dans le roc: les chrétiens creusèrent leurs tombeaux dans une matière plus ou moins rocheuse. Le sépulere du Ghrist était neuf, nul cadavre n'y avait été placé auparavant: ilen était de même de chaque tombeau chrétien. L'entrée du sépulere divin avait été fermée au moyen dune pierre : les chrétiens fermèrent les leurs avec des briques, des pierres, des morceaux de marbre. Un linceul avait enveloppé le corps du Sauveur : on a retrouvé dans les Gatacombes des indices non équivoques du même usage. Les sépultures des fidèles furent donc une copie, un fac-simile du grand monument de la résurrection ‘.

1 Monum. primit. part. dell’ archit., p. 19, du P. Marchi.

Les épitaphes aimaient à faire le méme acte de foi.

Elles recueillirent le mot de saint Paul sur les endormis, qui avait passé dans la langue populaire :

Victoire dort 1.

Saturnina doré en paix ?.

(Avec la fiole de sang.) (à

Domitien ame simple dort en paix *.

Zoticus ici pour dormar *.

Sabbatia s'est retirée dans le sommer!

de paix (ayant environ) xxvunt (ans) *.

(La fiole de sang.) Ces expressions prophétisaient le réveil des Corps. Lorsqu'il s'agit des âmes, d'autres locutions apparaissent : les àmes vcillent, suivant le langage d'une

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