VII . D. VIN . DEPOSIT IN PACE
. + GRATIANO HIT ET MEROBAV DE CONSS.
Cette pierre sépulcrale a été trouvée sous le pavé de la basi= lique de Saint-Paul, en 1851.
288 | CHAPITRE X. / désigné dès lors sous le nom de bandelette, donné plus tard à la basiliqueelle-même. Cette église se trouva, au 13° siècle, dans un tel état de désradation matérielle, : que le pape Grégoire IX crut devoir transférer les corps des saints martyrs dans la diaconie de Saint- Adrien, au Forum. Mais la vieille basilique, veuvede ses hôtes sacrés, ne perdit pas son titre d'église cardinaliste. Dans les dernières années du 16° siècle, un illustre ami des antiquités ecclésiastiques, Baronius, promu au cardinalat, pria le pape Clément VII de lui attribuer cette église, précisément parce qu'elle était en ruine et qu'il voulait la restaurer. Comme il n'était pas riche, il dut contracter à cet effet une dette considérable. L'édifice fut reconstruit, l'abside et le sanctuaire furent particulièrement l'objet de soins réparateurs, éclairés par l'archéologie. Les murs intérieurs se couvrirent de fresques, retraçant l'histoire de Domitille, de Nérée et d'Achillée. Lorsque leur antique demeure eut été ainsi préparée à les recevoir de nouveau, Baronius obtint du pape la permission d'y reporter leurs reliques.
On organisa, à ect effet, une procession, qui reproduisit mieux que toute autre, à raison de certaines circonstances particulières, les anciens triomphes sous une forme chrétienne. Pour les Romains, Domitille n'était pas seulement une sainte, elle était une concitoyenne illustre, appartenant à la famille Flavienne, vieille souche de grands hommes. ['amour de la cité, l'esprit municipal, toujours si vivant dans Rome, à toutes les époques, s'unissaient, dans cette fête, aux sentiments de la piété. L'héroïque vierge avait été la nièce de ;Titus, le meilleur des
empereurs païens. Elle se trouvait aussi avoir une place parmi les ancêtres du premier empereur chrétien, de Constantin, issu de cette même famille Flavienne. Les souvenirs les plus purs de Rome antique, les souvenirs les plus triomphants de Rome chrétienne, venaient se refléter sur sa couronne de martyre. Sur la route que la procession devait parcourir, entre le Capitole et le Golysée, restaient debout trois arcs de triomphe, échelonnés sur l'antique voie sacrée, Deux d’entre eux, contemporains des empereurs, parents de Domitille, avaient été érigés en leur honneur. Le cardinal Baronius, organisateur de cette fête, profita d’une manière heureuse de ces particularités. Elles lui inspirèrent quelques-unes de ces inscriptions historiques qui tiennent de l'hymne, comme on sait les faire à Rome, terre classique de ces strophes de l'histoire.
La procession partit de l'église de Saint-Adrien, bâtie sur l'emplacement de la basilique de Paul Émile. Cent enfants, tenant à la main des trophées emblématiques, les humbles Frères de l'Oratoire entourant l'étendard triomphal, les catéchumènes et les orphelins, ces heureux captifs de la foi et de la charité, substituésaux prisonniers deguerre qui figuraient, chargés de chaînes, dans les triomphes antiques, les pacifiques légions des congrégations religieuses, le collége romain, accompagné des colléges germanique et maronite, Jeunes députations de l'Occident et de l'Orient, les paroisses, remplaçant les tribus; les clergés des basiliques avec leurs pavillons, vieilles familles patriciennes de la Rome spirituelle,
précédaient le char, sur lequel étaient posés, à l'om- IT. 19
bre d’un magnifique dais rouge, les ossements sacrés de ces triomphateurs d'outre-tombe. Dans toutes les rues où la possession. devait passer, la façade des maisons était émaillée d'inscriptions et de bouquets. On fit un circuit autour du Capitole pour y arriver par le grand escalier qu'a dessiné Michel-Ange. Au pied de cette colline, le sénateur, les conservateurs, les princes romains, vinrent recevoir les martyrs et porter le dais. Le roulement des tambours, le son des trompettes, les décharges de l'artillerie, annoncèrent le moment où Domitille et ses deux compagnons montaient au Capitole. Des inscriptions placées sur ‘les chevaux de Castor et de Pollux qui gardent l'entrée au haut de l'escalier, expliquaient la pensée de ces démonstrations. Elles étaient ainsi CONÇUES :
À sainte Flavie Domitille, én mémoire du Capitole, purifié du triste culte des démons par une restauration plus
heureuse que celle qui y fut faite par ses parents Flavius Vespasien et Domitien, Augustes ".
Le Sénat et le peuple Romain à sainte Flavie Domitille, vierge et martyre romaine, qui, en se laissant consumer par un incendie pour la foi du Christ, a plus contribué à la gloire de la ville que ne l'ont fait ses parents Flavius Vespasien et Domitien, Augustes, en réparant à leurs propres frais le Capitole, que deux incendies avaient consumé ?.
1 $, FL. DOMITILLAE V. ET M. RO. OB CGAPITOLIUM AB INFELICI DAE- MONUM CULTU FELICIUS EXPURGATUM QUAM AB EJUS GENTILIBUS FL. VESP. ET DOMIT. À, À.
2 9, P, Q. R. 5. FL. DOMITILLAE V. ET M. RO. QUOD MAJOREM URBI GLORIAM ATTULERIT INCENDIO IPSA PRO CARISTI FIDÉ CONSUMPTA QUAM
LEE LR
Sur la place du Capitole, en avant de la statue équestre de l'empereur Antonin, on avait élevé un autel, dont les quatre colonnes formaient un‘ are de triomphe : les reliques-y furent déposées pendant qu'un évèque récita loraison des martyrs. La procession reprit ensuite sa marche en descendant l'autre revers du Capitole, et rencontra, à l'entrée de la voie Sacrée, que suivaient autrefois Îes triomphateurs, l'arc de l'empereur Septime-Sévère, Il portait ces inscriptions :
Le Sénat et le peuple Romain aux saints Flavie Domitille, Nérée et Achillée, excellents concitoyens, pour avoir illustré le nom Romain par leur glorieuse mort, et avoir acquis par leur propre sang la paix à la république chrétienne ‘.
Le Sénat et le peuple Romain aux saints Flavie Domitille, Nérée et Achillée, invincibles martyrs du Christ, pour avoir décoré et orné la ville par un.éclatant témoignage de la foi chrétienne ?.
Mais un autre monument, qui offrait un plus haut intérêt, devait concourir à ce triomphe chrétien. Quelques pas plus loin, l'arc de Titus apparut, On sait qu'il avait été dédié à ce prince, comme vainqueur de la Judée : les bas-reliefs représentent la cé-
UTERQUE FL. VESP,. ET DOMIT. A. A. GENTILES SUI CAPITOLIO BIS INCEN- DIO CONSUMPTO PROPRIIS SUMPT, RESTITUTO.
LES: Q. R. 55, FL. DOMITILLAE, NEREO ET ACHILLEO OPTIMIS CIVI- BUS SUIS OB NOMEN ROMANUM GLORIOSA MORTE ILLUSTRATUM, PARTAM- QUE CHRISTIANAE REIP. PROPRIO SANGUINE TRANQUILLITATEM,
28, P, Q. R. SS. FLAVIAE DOMITILLAE ; NEREO ET ACHILLEO INVIC— TISSIMIS JESU CHRISTI MARTYRIBUS, OB URBEM PRAECLARO CHRISTIANAE FIDEI TESTIMONIO DECORATAM, ORNATAMQUE.
rémonie de son triomphe, dans lequel figurent des prisonniers hébreux, des vases sacrés du temple de Jérusalem, les trompettes d'argent qui annonçaient le jubilé, la table des pains de proposition et le chandelier à sept branches. Cet arc de triomphe n'était donc pas seulement un monument de famille pour la nièce de cet empereur, c'était aussi, sous un rapport, un monument chrétien : car Titus avait été le ministre de la justice de Dieu, en détruisant, selon la prophétie de Daniel, la ville déicide. Les inscriptions qui furent placées sur cet arc sont superbes. Celles que l'ancienne Rome faisait graver sur les monuments de triomphe rappelaient qu'ils avaient été dédiés à tel ou tel personnage, pour avoir agrandi l'empire du peuple romain, imperio populi Romani propagato. Une formule semblable fut insérée dans une des inscriptions en l'honneur de Domitille, mais elle y fut appliquée à l'empire des âmes :
Cet arc triomphal, décerné et érigé autrefois à Titus Flavius Vespasien, Auguste, pour avoir ramené la Judée rebelle sous l'empire du peuple Romain, le Sénat et le peuple Romain le décernent et consacrent plus heureusement à la
nièce du même Titus, sainte Flavie Domitille, pour avoir “accru et propagé la religion chrétienne par sa propre mort".
L'autre inscription n'est pas moins belle :
Le Sénat et le peuple Romain à Flavie Domitille, vierge et martyre, nièce de Titus Flavius Vespasien, Auguste,