BI QVE EVIT CVM MARITO AN XI
(Tirée d’une des catacombes de la voie Tiburtine,)
pour cette période. Dans le 5° siècle, lés invasions des barbares bouleversaient l'Empire. En 426, il y avait seulement seize ans que Rome avait été saccagée par Alaric. La richesse publique avait diminué, les fortunes particulières étaient ruinées ou tremblantes, le commerce, l’industrie avaient réssenti les Contrecoups du malaise général. Le numéraire, dévenu plus rare, avait une plus grande valeur, et, par conséquent, les prix et les salaires, dans les siècles précédents, avaient dû étre portés à un taux plus élevé. kppayés sur ces données et sur Ces observations, jetez maintenant un regard sur les immenses souterrains, où la plus grande partie de la population chrétienne recevait une sépulture gratuite, aux frais de l'Église qui payait aux fossoyeurs le prix de leur téavall dsobtiene Prenez d'abord, par exemple, les cataconibes de Sainte-Agnès, qui ne sont ni le plus petit, ni le plus grand des cimetières chrétiens. Embrässez d’un coup d'œil ce labyrinthe de rues creusées à coups de bêche, voyez leurs murs à droite ét à gauche sillonnés de tombes superposées lés unes aux autres; puis, songez que ce n'est là qu'un quartier de Rome souterraine, qu'il y avait au moins environ soixante cimetières, et jugez d'après cela le nombre immense de journées d'ouvriers qui ont dû ètre employés à construire ces cités funèbres. Si vous cherchez à supputer, au moins vaguement, le capital que ces travaux représentent , VOUS arrivérez à une somme énorme, consacrée uniquement à relever la dignité de la nature humaine jusque dans sa poussière. C'était une haute charité pour les vivants que cette réhabilitation des morts. Le Christianisme,
qui ne pouvait abolir tout de suite l'esclavage sur la place publique, pratiqua contre lui une mine dans les Catacombes. Le premier pas de la liberté chrétienne a été l'émancipation des tombeaux. |
La charité primitive produisit, dans l'enceinte de la ville, d’autres créations dont plusieurs existent encore: ce sont les anciennes Diaconies. Quelques lecteurs demanderont ce que c’est, et à quel titre elles figurent sur la liste des institutions de bienfaisance. Les diaconies furent les monuments d'une magistrature que le monde païen n'avait pas connue, la magistrature de la charité. Des les premiers jours de la prédication évangélique, les Apôtres avaient institué sept diacres ou ministres. Ce titre était doublement vrai : assistant le prêtre dans l'oblation du sacrifice, et le pauvre dans le support de ses souffrancés , ils fürent à la fois les ministres de l'autel ét de la chaumière. A l'exemple de ce qui s'était fait à Jérusalem, sept diacres furent institués à Rome. Nous voyons sous le pape saint Evariste, quatrième successeur de saint Pierre, un règlement relatif à leurs fonctions ‘. Dans le troisième siècle, le pape saint Fabien assigna à chacun un district particulier. Rome était divisée en quatorze quartiers ou régions : chaque diacre eut deux quartiers SOUS sa juridiction et reçut le nom de diacre régionnaire. Des veuves, consacrées à Dieu sous le nom de diaconesses, les aidaient dans leur ministère de charité . L'un d'eux
1 Jib. Pontific., in Evarist.
2 Jbid., in Fabian.
s Une lettre de saint Corneille, successeur immédiat de saint Fabien, adressée à Fabius, évêque d’Antioche, donne le rensei-
avait la prééminence : on le désignait sous le titre d'archidiacre, ou de diacre cardinal. Le nombre des fidèles augmentant de jour en Jour, plusieurs diacres furent établis dans chaque quartier , comme coopérateurs de l'administrateur principal, qui reçut alors le nom de diacre cardinal de telle ou telle région. Saint Grégoire L”institua sept nouvelles diaconies, afin que chaque quartier de Rome eût la sienne. Les calamités produites par les ravages des Barbares avaient fait monter le nombre des malheureux : le nombre de leurs ministres s’éleva aussi. Les humbles créations de la charité grandirent sur le sol tout couvert des débris des anciens palais, comme ces arbres puissants qui semblent n'avoir jamais plus de sève.et plus d'ombre à donner que lorsqu'ils croissent parmi des ruines. Les édifices appelés HU se composaient d'une église et d'une maison ‘. L'é-
vw
gnement suivant : « Presbyteros quidem esse sex et quadraginta,
septem diaconos, totidemque subdiaconos, acolytas duo et quadraginta, exorcistas et lectores cum ostiariis quinquaginta duo,
viduas cum #hlibomentis (paupertate afflictis) plus M. D. (1500),
quibus universis gratia et benignitas Dei alimenta suppeditat (Vide Æpist. RR. Pontif., apud Coustant). — Cornelius à Lapide caractérise ainsi l'origine de l'institution générale des diaconesses : « Sicut enim apostoli ad hoc munus ministrandi » mensis elegerunt Stephanum et cæteros sex diacones, ità post- » modùm per feminas episcopi ad hoc elegerunt diaconissas, et, » sicut diaconi præfecti eleemosynis vocabantur electi, 1tà dia- » conissæ vocabantur electæ, scilicet ad gradus et munus dia- » coniæ. » /n secund. Epist.. S. Joan. ad Electam.
1 Diaconiæ dicebantur ædes hospitales ad pauperes excipiendos. — Sacella iis juncta erant, quibus præerant diaconi. Vid. Vittorelli, ad Diacon. in Hygin., et Crescimbeni, de Basil. S. Mariæ in Cosmedin.
glisé avait un portique sous lequel les indigents se rassemblaient pour participer à la distribution des secours. C'était là aussi que les diacres leur donnaient audience. Les portiques des diaconies étaient les forum de la charité. ;
Quoique les vicissitudes des temps aient substitué à l'administration diaconale d’autres institutions charitables, ces édifices sont toujours vénérables comme monuments antiques de la pauvreté secourue. La plupart d'entre eux renferment plusieurs ob. jets intéressants sous d'autres rapports : mais, lors qu'on les visite en pensant à leur ancienne destination, on peut y remarquer des monuments qui la rappellent, et aussi d’autres particularités moins anciennes, par lesquelles ces églises se trouvent avoir encore quelque analogie avec leurs fonctions primi-
Le » tr
tives de bienfaisance.
La basilique de Sainte-Marie in Cosmedin figure une des premières sur la liste des anciennes diaconies encore existantes. On croit que le pape Denys [°° avait érigé en cet endroit une petite église, dans la seconde moitié du 3° siècle. Plus tard une diaconie y fut instituée. Au 8° siècle, son église tombait en ruines : le pape Adrien 1° la fit reconstruire avec les matériaux d'un ancien monument situé à côté d'elle, Il en soigna si bien l'architecture et la décoration, qu'elle fut surnommée in Cosmedin, mot qui vient de zoou0c, ornement. Ce surnom fut emprunté à la langue grecque, probablement à cause du nom d'Ecole grecque qu'on donnait à cette diaconie, et que porte encore une rue voisine. Le mot d'École, joint à
une dénomination nationale, a été souvent employé u. 2
à cette époque pour désigner le quartier de la ville où se trouvaient réunis des individus de telle ou telle nation. Les portes de cette diaconie se sont ouvertes à une foule de pauvres pèlerins de la Grèce et de l'Orient. L'intérêt qn'elle inspire ne tient pas seulement au souvenir de sa charité hospitalière. Sa crypte, qui fut probablement l’oratoire primitif, la mémoire de saint Augustin, qui plane sur ce lieu , où l'on dit qu'il établit une école lorsqu'il enseigna la rhétorique à Rome, les colonnes du vieux monument paien, incrustées dans la face de l’église, sa vieillearchitecture, son clocher byzantin, sa madone du moyen âge, toutes ces choses méritent l'attention. Mais je les laisse ici de côté, et je m'arrête seulement devant une table de pierre gravée dans le mur près de la porte. Un acte de donation faite par un ancien économe de cette diaconie y est placé. J'y retrouve les ingénieuses garanties que la piété avait imaginées pour assurer le patrimoine des pauvres : « Vierge il- » lustre, Reine céleste, ma sainte et sublime et glo- » rieuse Dame, je vous fais une offrande de vos » propres dons, moi, votre sérviteur très-humble, » Eusthatius, duc non méritant, à qui vous avez or- » donné de vous servir et d’être dispensateur dans » cette sainte diaconie qui est vôtre. Vous faisant » donc cette donation pour le soutien des pauvres » du Christ en cette sainte diaconie , et de toutes les » personnes chargées de la servir, et pour le pardon » de mes péchés, j'abandonne les propriétés ci-des- » sous indiquées, avec leurs champs, maisons, vi- » gnes et oliviers. » La Reine du ciel ou quelque autre habitant du céleste séjour était constituée pro-
priétaire des biens dont les pauvres gcns de ce monde devenaient les usufruitiers. La charité prenait ses hypothèques dans le domaine de la foi. Il n'y avait pas moyen d'intenter un procès à la sainte Vierge.
Il y a dans cette église une inscription qui per- pétue un souvenir touchant. Vers l'an 750, un homme vénérable, qui avait été détenu en prison pendant dix ans par suite d’une fausse accusation, vint, le jour de sa délivrance, se prosterner devant un autel de saint Nicolas. Il y remercia Dieu avec une telle effusion, que la place où il s'était agenouillé resta longtemps tout humide d une pluie de larmes. Heureux ceux qui pleurere ie envers les malheureux avec autantidèla res « que t infortuné en puisa dans sa reconnâiss ance | DE he, en vertu d’un less fait à cette cie se le + ie un
versés il y a plus de per ns. Te à en ce monde qui aient une ce 24 AQU Dans la diaconie des Saints-Cosme-et-Damien
ancien temple dédié par Rome paienne à ses bare fondateurs Romulus et Rémus, et par Rome chrétienne à deux médecins, on ne remarque guère une inscription du 10° siècle. Elle est RME Ha une $0ciété que des évêques et des prêtres avaient formée, et dont les membres s'engageaient à dire chacun quarante messes pour le repos de l’âme de chaque confrère défunt. Cette institution semble n'avoir aucun rapport avec l'histoire des bienfaits matériels de la charité : je crois pourtant qu'il n’en est pas ainsi. On connaît la salutaire influence de ces confréries, si multipliées dans le moyen âge, instituées par chaque classe d'ouvriers, par chaque profession ; pour s'en-
t'aider mutuellement. Or il me paraît très-vraisembiable que ces associations de secours mutuel se sont produites d’abord pour les besoins de l'âme, et que sous cette forme elles ont servi de type aux confréries d'un autre orcre. La confrérie pieuse de l'église des Saints-Cosme-et-Damien étant une des plus anciennes, l'inscription, qui donne la date de son établissement, est un des premiers monuments de cet esprit d'association, qui de la sphère religieuse s'est propagé graduellement dans le cercle thé intérêts temporels.
La plupart des autres anciennes diaconies gardent quelque monument de l'époque où elles exerçaient leurs fonctions, et, pour plusieurs d'entre elles, ces fonctions : se perpétuent sous d’autres formes. De la diaconie de Sainte-Marie in Acquiro est sorti, en 1548, le collége Capranica, consacré à l'éducation des jeunes gens pauvres qui se destinent à l'état ecclésiastique. a porte de titre d'Almo Collegio, parce qu'il a été le type des séminaires établis quelque temps après conformément aux prescriptions du concile de Trente. On y élève aussi les orphelins du choléra. Le collége des Irlandais a trouvé un asile dans la diaconie de Sainte-Agathe-des-Goths. La place primitive de la diaconie de Sainte-Marie in Portico conserve un hospice établi dans l'endroit où se trouvait la maison de sainte Galla, au 6° siècle. Cette fille du consul Symmaque, mis à mort par ordre du roi Théodorie, comptait aussi dans sa famille l'infortuné Boëce. Avec une bonne inspirauon en faveur de quelques pauvres de son temps, elle a plus fait, pour consoler des malheureux de tous les siècles, que son illustre parent avec son livre de la Consolation, Lorsque vous découvrez une œuvre quel-
conque de bienfaisance chrétienne qui commence à poindre dans l'obscurité, qui a une chambre pour tout espace, qui semble n'avoir au plus que la vie d’une personne pour avenir, n€ dites pas : C'est peu dechose. Un atome decharité peut devenir un monde. Voyez ce qui est arrivé pour sainte Galla. Elle avait l'habitude de recevoir chaque jour douze pauvres dans sa maison et de leur donner à manger. Les gens de son quartier accordaient de orands éloges à la bienfaisance de la bonne dame. Quelques-uns ajoutaient qu'elle avait cherché une distraction à sa douleur dans la charité. D'autres trouvaient qu'il y avait un peu d'ostentation à établir dans sa maison un triclinium pour les pauvres, et qu'on pouvait faire le bien plus simplement. Ces propos-là sont de tous les temps. Le triclinium ne s'en troubla pas, et voici ce qui advint. Cette maison, doublement sanctifiée par un miracle du ciel et par les vertus qui l'avaient mérité, fut convertie d'abord en église, et elle devint bientôt une diaconie, héritière des biens et de la charité de Galla. Du tronc de cette ancienne diaconie sortit, au 12° siècle, un hôpital ”, lequel a été incorporé longtemps après * à celui de Sainte-Marie-de-la Consolation, au pied de la roche Tarpéienne. Mais avant cette réunion un asile pour les pauvres avait été établi dans l’ancien local 5. Cet asile, qui subsiste toujours, a porté dans son sein et fait éclore deux nouvelles semences de charité: lune est devenue l'hospice de Saint-Gallican, l’autre l'immense maisor
* Cet hôpital a été fondé parle pape Célestin IT.
3 Sous Alexandre VII.
3 Par le prêtre Marc-Antoine Odescalchi, vers le milieu du 47e siècle.
de Saint-Michel. "Trois grands établissements conservent l'antique sève de l'œuvre deGalla. Tels ont été ses rejetons, telle est encore aujourd’hui la postérité d'une diaconie du 6° siècle, qui avait succédé à une table où s'asseyaient quelques mendiants.
Le chef-lieu des anciennes diaconies se trouvait sur le mont Cœlius. Là, près d’une caserne de soldats, sur un plateau qui domine les thermes de Caracalla et le Colysée, et qui servait aux courses de chevaux, lorsque les débordements du Tibre ne permettaient pas de les faire au Champ-de-Mars, se trouvait, au 3° siècle, l'habitation d’une dame chrétienne nommée Cyriaque. Sa piété y construisit un. petit oratoire, sa charité y donna un asile à l’archidiacre Laurent. C'est là, suivant toute apparence, qu'a eu lieu cette scène trop connue pour qu'il soit nécessaire de la décrire, et trop belle pour qu'on se résigne à l'omettre. Un officier du préfet de Rome vint trouver saint Laurent, pour se faire remettre par lui le trésor de l'église, dont il était dépositaire. Où est ce trésor? dit l'officier. —Il est là, répondit l’archidiacre, et il montra les pauvres qui l'entouraient. En mémoire de la résidence de saint : Laurent, cette église a été et elle est encore la première des diaconies de Rome. Dans le siècle dernier, elle a été concédée, ainsi que la maison voisine, aux moines grecs Melchites, de l’ordre de Saint-Basile, qui a eu tant à souffrir dans l'Orient. L'ancienne archidiaconie s'est ressouvenue de sa charité première, en donnant l’hospitalité à cet ordre malheureux.
L'administration diaconale s'occupait des pauvres de la ville et des environs: mais les limites du territoire romain n'étaient pas les bornes de la’ charité
romaine. Elle était si active et si bien organisée, qu'elle se répandait dans les diverses parties du monde chrétien. Denys , évêque de Corinthe, au second siècle, lui rend un magnifique témoignage dans sa lettre aux Romains". Un peu plus tard, d'autres témoignages historiques nous signalent particulièrement la Syrie, l'Arabie? , la Cappadoce *, la Ligurie, l'Italie septentrionale et d'autres provinces, la Sardaigne, l'Afrique #. Les papes ÿ envoyaient des secours en argent et en habits, ainsi que des commissaires de charité, pour subvenir aux besoins des exilés, particulièrement à l'époque de la persécution des Vandales, pour racheter des captifs, pour consoler les affligés. En même temps qu'elle étendait au loin ses
à Fc enim vobis consuetudo est jam indè ab ipso religionis exordio, ut fratres omnes vario beneficiorum genere afficiatis , et ecclesiis quamplurimis, quæ in singulis urbibus constitutæ sunt, necessaria vitæ subsidia transmittatis. Et hâc ratione tùm egentium inopiam sublevatis, tm fratribus qui in metallis opus faciunt necessaria suppeditatis ; per hæc quæ ab initio transmittere consuevistis munera, morem;, institutumque Romanorum à majoribus vestris acceptum Romani retinentes. Atque hunc morem Beatus Episcopus vester Soter non servavit solùm, verùm etiam adauxit : thm munera sanctis destinata copiosè subministrans, etc. Epist. Dionysii, Corinth. episcop., apud Eusebium, Aisé. eccl., lib. 1v, c. 23. .
2 Voir dans Eusèbe, liv. VII, ch. 4, le témoignage de Denys, évêque d'Alexandrie.
3 Saint Basile, sur les secours donnés aux chrétiens de Césarée. — Omni anno per Africam vel Sardiniam episcopis qui in exilio erant pecunias et vestes ministrabat (Symmachus Papa). Cronicon seculi sexti, apud Ruinart. Histor. Vandalicæ, part. 1.
» Hic (Symmachus) captivos per Liguriam et Mediolanum et per diversas provincias pecuniis redemit, et dona multiplicavit et dimisit. Anast., #n Symmach.
bras maternels, l'Église romaine accueillait et réchauffait dans son sein de pauvres pèlerins et des malheureux de tous les pays ". « Pour les étran- » gers, le seul remède à leur malheur est la con- » solation qu'ils trouvent au pied de votre chaire » apostolique, disait, dans le commencement du ». 6° siècle, Ennodius, en s'adressant au pape saint » Symmaque. On ne doit plus donner le nom d'af- » fligés à ceux qui ont eu le bonheur. d'arriver » jusqu'à vous *. » Il y avait une double action de la bienfaisance envers les étrangers : par l’une la charité romaine se concentrait sur ceux qui se réfugiaient dans la métropole du Christianisme, par l'autre, elle se dispersait dans les pays lointains. Le même Ennodius avait donc raison de dire à Symmaque : « Vous êtes le père de tous ceux qui sont » Sans protecteur ou sans toit *. » Ce pape avait fait de nombreux établissements de bienfaisance, avec beaucoup d'autres monuments que le temps a emportés. Il ne reste de lui, sous les voûtes de l’éplise de Saint-Martin de Monti, que quelques pans de murs dans la partie inférieure ". Un incendie a détruit de
‘ Le texte de Denys. évêque de Corinthe, cité plus haut, se termine par ces mots: « Fm fratres peregrè advententes, tanquam Liberos suos pater amantissimus beatis sermonibus con-
solando.
> Unica via est apostolatüs vestri solatium, quæ medetur ex-
ternis. Absit afflictos dicere quos ad vos contigerit pervenisse. Creatoris patriam, opes, alibi non requirunt quos coronæ vesiræ cura susceperit. Ennod. Zpiséola 32, lib. vin.
3 Parens omnium orbatérum et peregrinorum.
“À fundamento Symmachus papa excitavit sanctis Sylvestro et Martino, cujus pars inferior adhuc superest. Martinelli, Roma
ethicä sacra, p. 259.
nos Jours les peintures qu'il avait fait exécuter dans la basilique de Saint-Paul. Les constructions en marbre dont il avait décoré la fontaine de la place du Vatican ont disparu depuis longtemps : mais cette source d'eau, qui continue à répandre sa fraiche rosée, est encore la plus douce image des bienfaits de ce grand homme, dont elle rappelle le souvenir.
Les papes dirigeaient la charité de l'Église romaine dans ses rapportsavec lesautres pays. Dans l'intérieur de la ville, l'institution de l'archidiaconie formait spécialement, sous la surveillance de la Papauté, le lien qui unissait les divérses branches de la charité publique. L’archidiacre étaitleprincipal trésorier de l'Église et le présidentdes autres diacres. Il est quelquefois désigné sous le nom de circeumlustrator, homme chargé de faire la revue de tous les quartiers: L'autorité dont il était revêtu donnait une certaine unité à l'action collective des diacres régionnaires. Mais il s'établit aussi une institution centrale en dehors de ladministration par districts. Le nom de cette institution nouvelle fut, comme la chose elle-même, une création du Christianisme. Lorsque vous parcourrez les listes des fonctionsattachéesaux palais des empereurs païens et des monarques chrétiens, vous retrouvez dans les uns et les autres, sous des titres divers, les mêmes charges d'intendant, de chambellan, d’échanson, et le reste. Mais il y en à une qui manque dans les listes païennes : c'est la charge de chambellan des pauvres, de l'aumônier. Les souverains chrétiens instituèrent cet office dans leur cour: les princes, les seigneurs suivirent leur exemple. Les palais, les chàteaux, les tours féodales, eurent leurs aumôneries. Le type de cette institution, reproduit successivement
330 CHAPITRE Xi.
aux différents degrés de la hiérarchie sociale, se trouve dans l'antique aumônerie apostolique. Elle peut être considérée comme la mère de toutes les aumôneries du monde chrétien.
On ne saurait déterminer avec une certaine précision la date de son origine. Il est très-vraisemblable qu'elle existait déjà au 6° siècle, sous saint Grégoire I. C'est ce qui paraît résulter des notes que Paul le Diacre a prises dans les archives du palais apostolique, qu'il lui avait été permis de compulser. J'aime à relire cet extrait des plus anciens registres de la charité :
« Le pape Grégoire forma un trésor permanent , avec les revenus de toutes les propriétés inscrites » dans le rôle confectionné sous le pape Gélase, dont » il appréciait la grande utilité. Ayant converti leurs » redevances en espèces d'or et d'argent, il fixa, par » un rôle qui sert encore de règle, les sommes qui » devaient être remises à tous les ordres ecclésiasti- » ques et palatins, aux monastères, églises, cime- » tières, diaconies, hôpitaux urbains et suburbi- » caires, quatre fois par an, à Pâques, à la fête des » Apôtres (saint Pierre et saint Paul), à celle desaint | » André, et le jour de sa naissance...
» Il régla aussi qu'aux Calendes de chaque mois » on prendrait sur le fonds commun une distribu- » tion de secours pour tous les pauvres. Il leur fai- » sait remettre, suivant la saison , des provisions de » blé, de vin, de fromage, de légumes, de lard, d'a- » nimaux qui servent à la nourriture, de poissons et » d'huile. Tout cela s'exécutait régulièrement par » les soins de ce bon père de la famille du Sei- » gneur.………
» Des employés établis à cet effet parcouraient » chaque jour les quartiers de toutes les régions de » la ville, pour remettre de sa part une aumône fixe » à tous les malades, à tous ceux qui avaient quelque » infirmité corporelle.
» Il existe encore aujourd’hui dans le secrétariat » du très-saint palais de Latran un très-prand vo- » lume ou registre qui contient une liste nominative » d'individus de tout sexe, de tout âge, de toute pro- » fession, tant de Rome que des environs et des villes » voisines, avec les surnoms de chacun d’eux, la quo- » tité des secours qui lui étaient alloués, et l'époque » où il devait les recevoir. Je m’abstiens d'en consi- » gner ici un résumé, pour né pas m'exposer à être » ennuyeux. Je renvoie le lecteur à la collection des » documents déposés au vénérable secrétariat. C'est » dans cetté source authentique que j'ai puisé, avec » la permission du Pape, presque tous les renseigne- » ments que Jai recueillis ". »
La crainte d'ennuyer les lecteurs contemporains a souvent été malheureuse pour les lecteurs futurs. Si ce bon Paul-le-Diacre, qui sentait le prix du volume dont il parle, s'était donné la peine d'en faire l'analyse ou même de le transcrire et de le publier, ce registre du 6° siècle serait un curieux document pour l’histoire de la charité et de l’économie sociale. L'échelle des secours alloués aux différentes professions fournirait une base pour déterminer la valeur du numéraire et les conditions matérielles de la vie à cette époque.
‘ Paulus Diacon., monach. Cassinens., in Viéä S. Gregor, hb, a,
Les renseignements que ce moine du Mont-Cassin nous a conservés suffisent pour prouver qu'il existait dès lors auprès du Pape une aumônerie organisée, bien que la charge d'aumônier apostolique ne commence à paraître d’une manière encore peu distincte que dans le testament du pape Conon, au 7° siècle. C'est à ce pontife que la plupart des écrivains en attribuent l'établissement. Mais l'institution elle-même, dont cette charge fut en quelque sorte la personnification, existait déjà auparavant. Depuis cette époque elle a traversé tous les âges, toutes les révolutions.
De toutes les charges de cour qui existaient en Europe aux 6° et 7° siècles, celle d'aumônier apostolique et celle de gardien de la bibliothèque pontificale sont, je crois, les seules qui soient restées debout jusqu'à présent avec leur titre et leurs fonctions primitives. C'est une gloire de l'Église romaine que, parmi les fonctions établies pour le service des palais dans le monde chrétien, il n'y ait rien de plus ancien et de stable que les deux titres qui représentent la charité et la science. BYE
Dans une foule de circonstances, et surtout aux époques désastreuses, l'aumônerie apostolique a laissé des traces visibles dans l'histoire *. Mais le plus sou-
1 Cette institution a exercé, hors des limites de l'État romain, une influence que j'espère avoir l'occasion de signaler ailleurs. Je remarquerai seulement ici qu'aux 8° et 9e siècles Rome a été pour Charlemagne, qui l'a visitée plusieurs fois, une école normale de charité. Le pape Zacharié avait fait, quelques années auparavant, un règlement pour la distribution des secours que l’aumônerie apostolique était chargée de distribuer aux pèlerins, aux pauvres de Saint-Pierre, aux enfants et aux malades de tous les quartiers de la ville : «Statuit crebris diebus alimentorum sumptus... de venerabili Patriarchio à Paracellariis (les
vent ses bienfaits ont dû s'écouler par ces issues secrètes qui aboutissent dans l'ombre à tous les réduits de la misère, et qui ne sont lumineuses que pour les pas de la charité. Le souvenir de ces bonnes œuvres invisibles s'est réfléchi vaguement, de distance en distance, sur quelques monuments peu exposés euxmêmes au soleil de la publicité: ce sont les épitaphes des Papes. Celles qui se sont conservées forment les fragments d'une chronique pleine de sentiment. La plupart sont en vers, depuis le 4° siècle jusqu’au 16°. Le pape saint Damase avait composé sous une forme poétique les épitaphes de quelques-uns de ses prédécesseurs. Son exemple n'a pas été sans influence pour l'adoption de cet usage, fidèlement perpétué, comme une noble tradition de culture et de goût, à travers les invasions des barbares et les habitudes guerrières de la société féodale. Ce grand pape, doué d'une âme si élevée et si tendre, a été comme le chef
dispensateurs du palais pontifical) pauperibus et peregrinis qui ad B. Petrum morantur deportari, eisque erogari ; necnon ut omnibus et impuberibus et infirmis, per universas regiones ipsius Romanæ urbis constitutis, curiosè distribuantur. » (Lib. Pontific., in Zachar.) Le pape Adrien Ier fit, entre autres, une fondation spéciale pour fournir chaque jour, à plus de cent pauvres qui se rassemblaient dans le palais de Latran, une ration de pain, de vin, de viande et autres comestibles : « Omni die centum fratres nostri Christi pauperes , etiamsi plures fuerint, aggregentur in Lateranensi palatio… Accipiens unusquisque eorum portionem panis et portionem vini, id est, cuppam capientem calices duos, necnon et carnem de pulmento, ete.» (Ibid., 2% Hadrian.) avait constitué cette fondation sur une propriété rurale qui faisait partie de son patrimoine. Cette vieille métairie des pauvres , nommée alors Capracorum , dans le territoire de Veies, s'appelle aujourd'hui
Caprarota.
de cechœur de chantres mystérieux et inconnus, qui n’ont chanté, pendant mille ans, que pour les échos de la tombe. Il ne faut pas sans doute chercher dans leurs compositions la beauté des vers et l'éclat du style : une certaine monotonie est d'ailleurs inévitablement attachée à ces courtes oraisons funèbres de personnages si semblables, sur beaucoup de points, par leur caractère comme par leurs fonctions. Mais un fond d'idées poétiques y perce souvent sous des formes peu élégantes, et l'on pardonne de bonne grâce à l'uniformité du ton, en faveur d'un vrai sentiment du beau moral chrétien, d’un enthousiasme calme et doux dont on aime à suivre la transmission d'épitaphe en épitaphe. Je vais y recueillir quelques traits que l’histoire de la charité choisirait. Les trois ou quatre premiers, antérieurs à l'administration de saint Grégoire, prouvent que l'établissement de l'aumônerie pontificale n'a été que l'organisation officielle d'une bienfaisance qui s'était exercée précédemment par d'autres voies, Nous lisons dans l'épitaphe de Boniface I”, au 5° siècle :
Son humble cœur accorda toujours le pardon aux suppliants : sa simplicité déjoua toutes les ruses.
Il empêcha que Rome ne fût consumée par une année stérile : il chassa la famine par ses prières comme par sa charité.
Père saint, qui peut douter que tu ne sois maintenant avec le Christ ? Ta splendide vie n’a-t-elle pas prouvé que le Christ était avec toi ! ?
ES SC a Jram supplicibus humili de corde remisit, Debellans cunctos simplicitate dolos.
Egit ne sterilis Romam consumeret annus, Nunc orando fugans , nunc miserando famem.
Quis te, sancte parens, cum Christo nesciat esse, Splendida quem tecum vita fuisse probat?
L'inscription funèbre de Félix IV, qui appartient au siècle suivant, attribue l'augmentation des richesses du Saint-Siépe sous le règne de ce pape à ses libéralités :
Placé plus haut que les autres, il ne s'éleva au-dessus d'eux que par la hauteur de son humble piété : il mérita le rang suprême par sa simplicité.
Large bienfaiteur des pauvres, consolateur des malheureux, il fit croître les richesses du Siége apostolique *.
Cette inscription funèbre est suivie de près par celle de Jean II. Celle-ci a pour auteur saint Agapit, successeur immédiat de ce pape.
® Vivant de piété et nourri dans la cour du Christ, il n'a-
vait de joie que dans la simplicité du bien. |
Tu étais affable, et humble, et tout rempli d'un pur amour : ta pacifique vie avait le droit de n'être pas troublée.
Agréable aux peuples et digne du rang suprême , tu y montas par tes mérites.
Dans ta charge pastorale, tu pris la bonté pour guide : le troupeau dont tu étais le pasteur se conserva par tes soins dans la piété *.
} Certa fides justis cœlestia regna palere, Antistes Felix quæ modo lætus habet.
Prælatus multis , humili pietate superbus, Promeruit celsum simplicitate locum.
Pauperibus largus, miseris solatia præstans, Sedis apostolicæ crescere fecit opes.
2 Mente pià vivens, Christi nutritus in aulà,
Et solà gaudens simplicitate boni,
Blandus in obsequiis, et puro plenus amore, Pacificam vitam jure quietis agens :
Qui gratus populis , et celso dignus honore, Sumpsisti meritis pontificale decus ,
Commissum gregem pascens bonitate magistrà , Servasti cunctum sub pietate gregem.
Pro quo ritè tuum venerans Agapelus honorem , Præstitit hæc tumulo munera grala tu0,
L'épitaphe de Pélage [°° est une composition poétique qui n'est pas trop mal pour l'époque où elle a été écrite. Il ÿ avait à peine quelques années que toutes les rues de Rome avaient frémi du langage barbare des soldats des Goths. Quelques années encore, et les clameurs des hordes lombardes allaient retentir sous ses murs. La douce épitaphe de Pélage fleurit entre Totila et Agiluphe, comme la fleur d'un tombeau entre deux orages. Elle renferme plusieurs traits qui n'ont pas de rapport à la bienfaisance du trésor pontifical. Mais je ne veux pas tronquer cette ode funèbre du 6° siècle.
Que la tombe construite ici retienne, si elle le peut, le corps terrestre de cet homme de Dieu : elle est impuissante contre ses mérites.
Ï1 vit dans la lumière céleste au-dessus des astres : il vit aussi par ses bonnes actions en tous lieux, et il est certain de se lever de cette tombe au jour du jugement, d'aller se placer à la droite : la main d’un ange l'y conduira.
Que l'Église de Dieu énumère les titres de ses vertus, pour les faire parvenir aux siècles futurs.
Recteur de la foi apostolique, il publia les dogmes sacrés, définis par l’illustre sagesse des Pères : sa parole guérissait l'erreur de ceux qui étaient tombés dans le schisme : leurs cœurs apaisés rentrèrent dans la vraie foi.
Il consacra une foule de ministres de la loi divine : nul prix sordide ne souilla sa main immaculée.
Il rachetait les captifs, s'empressait de secourir les malheureux , et ne refusait jamais rien aux pauvres de ce qu'il possédait.
Il savait modérer sagement les joies et prendre part aux tristesses : les gémissements d'autrui lui semblaient être les siens.
PR
Qui nunc Antistes Romanà celsus in urbe, Sedis apostolicæ culmina sacra tenet.
Era
Je ne sais si dans aucun temps on aurait été mieux inspiré que ne l’a été l'auteur de l'épitaphe de saint Sabinien, pape, du 7° siècle. Elle dit à la Mort :
Ayant distribué ses biens, il ne laisse rien en partant, et entrainé par toi, il semble courir après les richesses qu'il a envoyées devant lui.
Il chassa par des parolesidouces les vices des hommes : les fautes trouvaient en lui non un juge, mais un remède.
Sous ce pontife , nul n’a été troublé par les horreurs de la guerre : la colère de l'ange vengeur n’a fait aucune blessure.
La faim et la nudité sentirent qu’il était une nourriture et un manteau : il n’est pas de fléaux qu'il n'ait vaincus par ses larmes ‘.
La même époque écrivit les mots suivants sur les sépulcres de Boniface V et d'Honorius [°° :
Il demeura également doux dans les fortunes les plus diverses : la prospérité , il la supporta ; l’adversité, il l’embrassa…
Le cortége des veuves, les phalanges des orphelins, le chœur des aveugles te conduiront à la lumière ?. (Æpitaphe de Boniface V.)
ÿ Nam bona distribuens qui nil migrando relinquit Per te post missas ire videtur opes.
Hic hominum vitia blando sermone removit, Nec culpis judex , sed medicina fuit, Præsule quo nullum turbavit bellicus horror, Sæva nec angelici vulneris ira fuit; Quem famis ira dapes , quem nudus sensit amictum, Vincebat lacrimis omnia dira suis.
2 Miüs in adversis positus , rebusque secundis, Omnia grata ferens , altera.pressa tenens.… Munificus, sapiens , castus, sincerus et æquus Ista beatorum sunt pia suffragia.
Nam vidualis apex, pupillorumque phalanges, Cæcorumque chorus dux tibi lucis erit.
Hi. 2a
Atteint d’une sollicitude vigilante pour le bonheur commun , il ne travailla qu’à procurer aux peuples le bienfait de la paix en tous lieux. (1"° épitaghe d'Honorius 1.)
Si tu donnas aux affligés de vraies consolations, c'est que tu étais vrai toi-même ‘. (2° épifaphe du même.)
Nousavons moins besoin, pour le 8° et le 9° siècle, d'interroger les inscriptions fu nèbres. L'histoire nous a conservé des renseignements très-étendus et trèsdétaillés qui peuvent nous donner idée des énormes dépenses que le pape Adrien et après lui Léon II et Pascal I‘ ont faites pour remédier aux suites des calamités précédentes, pour reconstruire, entre autres, les diaconies et les hospices ruinés *, Plusieurs de ces monuments offrent encore les traces de ces réparations. Je ne veux pas toutefois laisser entièrement à l'écart les vers consacrés au pape Adrien par Charlemagne. On sait que cette longue épitaphe est gravée sur un marbre noir placé, comme une affiche adressée à tous les siècles, à côté de la grande porte de la basilique vaticane. J'y choisis les lignes suivantes : |
Nul n’eut le pas sur lui dans la charité. Les veilles sacrées qu'il passait en prières pour son peuple se joignaient
à ses largesses pour les pauvres.
J'ai rappelé précédemment quelques mots de l'épitaphe de Grégoire V, qui n'a régné que deux ans, vers la fin du 10° siècle. Elle fait reparaître sur sa tombe l'image de ces douze pauvres auxquels il dis-
à Attonitum patriæ solers sic cura movébat Optata ut populis esset ubiquè quies.
Tu tribulantum vera consolatio verax.
-? Voir Anast., in Hadrian., Leon. III, Pascal. 1.
tribuait des habits le dernier jour de chaque semaine. Peu d'années auparavant, Benoît VIL s'était couché dans le cercueil à l'ombre de cette bénédiction :
Protecteur des veuves, il entoura constamment des plus tendres soïns les pauvres orphelins, comme s’ils avaient été ses propres enfants ?.
Cette inscription se trouve dans la basilique de Sainte-Croix. La basilique de Latran nous fournit, pour le 11° siècle, celle de Sergius IV, dont il est
dit:
Il ne fut pas seulement un excellent docteur du peuple, il fut aussi le pain des pauvres et le riche vêtement des nus. Les droits du sacerdoce mettaient sous sa main une riche moisson : en bon nautonier, il s’en approvisionna pour les pays des anges ?.
Malgré le plaisir que j'ai à transcrire ces textes, je me demande si je n'ai pas ennuyé plus d’un lecteur avec ces nombreuses citations, Peut-être je pourrai reproduire ailleurs, pour ceux qui sy intéressent, d'autres inscriptions dans lesquelles se perpétuent, à travers les siècles suivants, ces souvenirs traditionnels de mansuétude et d'activité bienfaisante, qui forment un des traits distinctifs de l'épigraphie des Papes. A mesure qu'on sé rapproche des temps modernes, les créations de leur charité deviennent plus patentes, comme nous le verrons bientôt. Mais, pour les épo-
5 Confovens viduas , necnon et inopesque pupillos Ut natos proprios assiduè refovens.
% Pauperibus panis, nudorum veslis opima, Doctor egregius qui fuit in populo.
Jura sacerdoti lætas dum videt aristas , Cœtibus æquavit naviger angelicis.
ques plus éloignées, où tout est plus effacé, il m'a semblé bon de recueillir sur la pierre des tombeaux les dernières traces de tant de bienfaits, dont les autres vestiges matériels ont été détruits par le temps. Ces épitaphes nous font voir trois choses : premièrement, que le palais des Pontifes était une grande aumônerie; en second lieu, queleur sépulture ellemême préchait aussi la charité ; enfin que, dans les siècles les plus incultes, le sentiment chrétien savait retrouver un assez beau langage pour louer les belles actions, et que les inspirations de la vertu semblaient avoir retenu quelques priviléges de la poésie. Il n'y a pas lieu de soupçonner des flatteries banales dans ces témoignages de la tombe. En général, si vous con- frontez les inscriptions funèbres des Papes avec les annales de chaque époque, vous voyez que les épitaphes poétiques sont elles-mêmes très-historiques. Les passages que nous avons cités se rapportent d'ailleurs à des faits publics et contemporains. Celles de ces pierres sépulcrales qui se sont conservées sont donc les vrais monuments de l’aumônerie apostolique. Ils suppléent, à quelque degré, à ses anciens registres perdus. En lisant ces épitaphes on croit entendre encore dans le lointain des âges un long cri de bénédictions.
Cette antique institution avait un usage bien touchant. On sait que saint Grégoire [°' donnait chaque jour un repas à douze pauvres dans son couvent du mont Cœlius. La table consacrée à ce repas évangélique se voit encore dans la partie de ce monastère qui garde le nom de Triclinium, ou salle à manger des pauvres. Lorsque saint Grégoire eut été promu
MONUMENTS ET INSTITUTIONS DE CHARITÉ. 341 à la Papauté, il régla que le palais pontifical aurait une salle du même senre. Cet usage, interrompu jene sais à quelle époque, avait été rétabli par Léon XI. Mais après lui ce triclinium charitable a été fermé par charité. On a cru qu'il valait mieux donner à chacun de ces pauvres la valeur de ce repas, pour qu'il pût le partager avec sa famille. Je respecte ce calcul moderne, mais je regrette l'ancien usage. Ce ne serait point un vain spectacle de bienfaisance que ces députations des pauvres venant s'asseoir tour à tour à une table présidée par l'aumônier du Pape dans une salle du Vatican, entre les insignes de la Papauté et les magnificences des arts. On peut penser, avec Léon XIE, que la glorification du pauvre est elle-même une haute charité. Qui sait si la pensée de rétablir cette coutume ne passera pas bientôt par le cœur de celui en qui Dieu vient de couronner avec la tiare le génie de la bonté? Par le temps qui court, avec cette émulation de bienfaisance qui se remue de tant de manières, cet exemple inspirerait peut-être aux familles opulentes l’idée de limiter à quelque degré. Leurs palais sont vastes, et le triclinium des pauvres ne prendrait une grande place que dans le ciel.
L’aumônerie pontificale fait encore, en certaines circonstances, la charité à l'antique. Dans quelques solennités annuelles, elle porte des aumônes dans les prisons. À l'occasion du couronnement du Pape, elle distribue de l'argent à tous les pauvres de la ville, rassemblés dans la grande cour du Belvédère, au Vatican. Une distribution semblable avait lieu à Noël et à Pâques: mais depuis quelque temps cet argent
est versé dans la caisse de la commission des subsides , instituée dans l'intérêt général de la population indigente. On y a gagné sans doute l'avantage de mieux assurer à chaque parcelle de cette somme une oppor: tunité individuelle, mais on y a perdu une opportunité sociale. Les Papes avaient voulu perpétuer une attenf:n paternelle de saint Grégoire. Ils avaient voule- qu'aux deux grandes fêtes de l'année, qui sont pour tous les chrétiens des jours de réjouissance, les pauvres eussent le moyen de faire un meilleur repas, de s'associer par cette agape à l’allésresse commune. Et puis n'est-il pas bon que, dans certaines solennités de la bienfaisance, la personne du Pape soit en contact avec le peuple, qu'elle ne soit pas, commeun roi constitutionnel de la charité, retiré derrière les grilles de l'administration générale? Quelques deniers distribués de la main à la main dans la maison du Pape par son aumônier, qui est son bras droit, touchent plus les pauvres que lorsque ces aumônes leur arrivent après avoir passé par la filière des commissions, des députés et des scribes. Ici encore je regrette l’ancien usage et je forme des vœux pour qu'on trouve quelque moyen d'atténuer les inconvénients qu'il peut avoir. Le moyen âge avait bien compris l'importance de ces solennités patriarcales de la charité : les peintures qui existaient au 8° siècle sous le portique du vieux palais de Latran n'avaient pas manqué de les représenter ‘. 1] me semble que nous devons conserver encore avec plus de soin tout ce
Juxtà scalam quæ ascendit in Patriarchium, ubi et ipsi pauperes depicti sunt. Ziber Pontificalis in Hadrian: I.
MONUMENTS ET INSTITUTIONS DE CHARITÉ. 343 qui fait reparaître au milieu de nos sociétés, chargées des liens artificiels de la bureaucratie, une vive image du naturel et de la simplicité antiques.
Les théories administratives modernes, avec leur génie de mécanisme, sont exposées, si l'on n'y prend garde, à n'être que la physique de la bienfaisance. Elles disent de tout ce qui ne se résout pas en un produit pal pable : Qu'est-ce que cela fait? comme le géomètre dit des choses de sentiment: Qu'est-ce que cela prouve? En sacrifiant ce qui ne parle qu'à l'âme dans les institutions en faveur de là pauvreté, elles appauvrissent lé caractère de ces institutions ellesimémés. Rome trouvera dans ses traditions et ses sentiments intimes un préservatif contré ce travérs: ellé saura emprunter à ces théories leur utilité matérielle, moins leur matérialisme. |
Le genre d'aumônes, dont nous venons de parler, n'est qu'un accessoire dans les attributions de l’aumônerie apostolique. Les individus et les familles, auxquelles elle accorde des subventions temporaires ou permanentes, lés écoles entretenues par elle, son conservatoire d'orphelins, les malades qu'elle fait soigner à domicile, en choisissant particulièrement ceux auxquels il serait trop pénible d'être mis à l'hôpital, forment à présent sa famille privilégiée. Quoiqu'elle fasse beaucoup de bien, elle regrette le temps où le nombre de ses enfants adoptifs pouvait être plus grand. Elle est aujourd'hui comme un chêne antique qui n'étend plus son ombre aussi loin, depüis que de jeunes arbres épuisent autour de lui un sol bouleversé par des orages. Les malheurs du Saint- Siége et de l'Église catholique ayant diminué les res-
sources de Rome, une partie des fonds dont cette aumônerie disposait a été consacrée à soutenir d’autres institutions charitables que les siècles modernes ont créées. Mais la vieille nourrice des pauvres a encore une assez belle couronne: ses jeunes sœurs saluent avec respect ses rides glorieuses et sa charité blanchie par le temps.
Avant de passer à d'autres institutions moins anciennes en faveur des pauvres, nous jetterons un coup d'œil sur une série de monuments charitables dont l'origine remonte au siècle qui a vu l'Église sortir des Catacombes '. Le premier hôpital a été fondé à Rome par une dame chrétienne nommée Fabiola. Je n'ai trouvé aucun indice sur sa situation. Mais nous pouvons du moins rapporter à un lieu déterminé les inspirations généreuses de la fondatrice. Fabiola faisait partie de cette société de dames romaines dirigées par saint Jérôme dans leurs œuvres de charité
! Il y a deux ouvrages, très-peu connus en France, auxquels il faut recourir pour l’histoire des établissements de charité à Rome, celui de Fanucci, Tratatto di tutte opere pie di Roma, et l'Zusevologio Romano, de Piazza. Le premier appartient au commencement, le second à la fin du 47° siècle. C’est à ces sources que nous avons dû principalement puiser. Nous avons emprunté aussi plusieurs indications à l’ouvrage de monseigneur Morichini , qui, tout en reproduisant les récits de ses devanciers , les a complétés sur certains points. Du reste, & livre, Degli instituti di publica carita in Roma, s'étend moins sur l’histoire de ces établissements que sur leur organisation actuelle et sur les faits de statistique et d'économie. En traitant cette matière, cet écrivain si distingué, si instruit, a su rapporter à des fées élevées les détails positifs et pratiques dont la plus grande partie de son livre ri nécessairement se composer.
plus encore que dans la culture de leur esprit : c'est à lui que nous devons quelque renseignement sur le premier hôpital. Or le principal centre de cette société était la maison de cette vénérable Paule, où le saint docteur a reçu l'hospitalité. D'après une tradition très-ancienne, on croit que cette maison était située dans l'endroit qu'occupe aujourd'hui l'église de Saint-Jérôme-de-la-Charité, pour laquelle le Dominicain a fait son célèbre tableau.
Mais il y a dans l'enceinte de Rome un autre lieu auquel appartient le rang le plus distingué dans l'histoire des honnes œuvres. C'est, je crois, le seul lieu du monde chrétien qu’on sache avoir été inféodé à des établissements charitables depuis plus de douze siècles, et qui continuera d'être, pendant bien des siècles encore, le majorat perpétuel de la bicnfaisance chrétienne. Je veux parler du local où s'élève aujourd'hui le grand hôpital du Saint-Esprit. Saint Symmaque, élu pape vers la fin du 5° siècle, avait construit un hôpital en cet endroit ', près de la basilique de Saint-Pierre et des ruines du cirque de Néron. Cet édifice, qui avait subi les ravages du temps, fat restauré par Célestin LT, prédécesseur immédiat d'fnnocent LIL, dansles dernières années du r2"siècle. Un manuscrit orné de miniatures, et appartenant aux auciennes archives de l'hôpital du Saint-Esprit, a conservé le souvenir de cette restauration *. Mais, près de cinq cents ans auparavant, un autre établis-:
1 Voir Zrattato di tutte opere pie dell’ alma cità di Roma, composto dal sign. Camillo Fanucci, Roma, 4602, c. 1.
2 Jbid., p. 17. — Cet auteur cite aussi à ce sujet l'AHisfotre d'Orvieto, par Cipriano Manente.
sement charitable s'était posé à côté de celui de saint Symmaque. Ina, roi des Saxons occidentaux dans la Grande-Bretagne, ayant laissé sa couronne à un de ses parents, et s'étant rendu à Rome, y établit, avec l'approbation de Grégoire IT, une maison destinée à recevoir des écoliers et des pèlerins de sa nation, et il ÿ adjoignit une église dédiée à la Sainte Vierge *. Les revenus qu’il assigna pour l'entretien de ces deux établissements devaient être pris sur les produits du tribut connu sous le nom de denier de saint Pierre *. De cette fondation est venu le nom de schola Saxorum, école des Saxons, longtemps donné à cet endroit, et transformé ensuite, par corruption, en celui de Sassia, sous lequel on désigne encore cé quartier de la ville. A l'époque des croisades, le denier de saint Pierre, sur lequel vivait cet établissement, fut absorbé par les dépenses qu'entrainait la guerre sainte. Les ravages que les armées des empereurs d'Allemagne, dans le 11° et le 12° siècle, firent’ subir à plusieurs quartiers de Rome, et particulièrement à celui de la cité Léonine, où se trouvait la fondation du roi Ina, contribuèrent à la ruiner. Cependant, vers la fin de cette époque, l'église subsistait encore. Nous voyons, par un diplôme du temps, qu un roi d'Angleterre en
* Voir Math. Westmonast, èn Floribus hist. Anglic. ann. 727 ; — Nicolaus Harpesfelä 2n Histor. Angl. seculo vin, e. 10; — Pitscus, de Scriptorib. Angliæ, ann. 128; — Joann. Vilson., ên Martyrolog. Anglic. ad diem G februar., cités par Pierre Saulnier, de Capite ordinis S. Spiritäs, c. vn, p. 64, Lugduni, 1649.
? Dotem verd utrique assignavit partem pecuniæ quæ conficiebatur ex denario quod singulis regni sui domiciliis annuatim persolvendum attribuerat. Zhid., e. xt, p. 424.
fit la cession au pape Innocent IL". Lorsque ce pontife voulut créer en cet endroit un nouvel bospice, il y existait donc déjà deux établissements très-anciens, l'hôpital de saint Symmaque, restauré par Célestin LL, et une partie de la fondation anglo-saxonne. Je note cela, pour bien marquer la généalooie de l'hôpital actuel du Saint-Esprit. C'est sur ces vieux trônes d’institutiôns charitables que fut greffée celle d'innocent HI, destinée à recevoir de si magnifiques développements. Le cœur du Pape avait été percé de douleur, en apprenant que des pêcheurs avaient trouvé dans leurs filets de petits enfants morts: un songe, qu'il prit à bon droit pour un avertissement céleste, lui inspira le projet d’un établissement nouveau consacré tout à la fois aux enfants abandonnés et aux pauvres infirmes. [Len confia la direction à un ordre hospitalier que Guido de Montpellier venait de fonder en France. Innocent II, qui avait approuvé, dans la première année de son pontificat, les règlesde cet institut”, en avait admiré l'esprit et l'organisation, et il l'avait recommandé dans une lettre adressée à tous les évêques. « Le maître et les frères » de cetordre, dit-il, sont bien moins les protecteurs
! Joannes rex Angliæ, dominus Hiberniæ, dux Northmanniæ et Aquitaniæ, comes Andegavensis, omnibus. salutem. Sciatis nos... ob reverentiam D. papæ Innocenti III... concessisse ct præsenti chartà confirmasse hospitali, quod idem D. Papa construxit apud ecclesiam S. Mariæ in Saxiâ, quæ Anglorum dicitur et Anglorum fuit hospitio deputata, antè basilicam B. Petri positam, secùs stratam, centum marchas annuatim percipiendas , etc. Voir Raynaldi Annales, ad annum 1204, n. 78.
2 L'ordre du Saint-Esprit a été approuvé en 4198 et mis en possession de Fhôpital Romain en 1204.
348 CHAPITRE XI. ch 20 ‘9
». hospitaliers des malheureux que leurs serviteurs, » et, parmi tant de pauvres, ceux-là seuls sont indi- » gents qui fournissent charitablement aux pauvres » ce qui leur est nécessaire ‘. » Les frères du Saint- Esprit, c'était le nom du nouvel ordre, furent installés par lui dans le nouvel hospice. Il leur adjoignit des religieuses, observant la même rèole, et chargées de soigner les petits enfants et les malades. Innocent il témoigna une affection particulière à cet établissement. Il se fit de temps en temps le prédicateur de ces orphelins: je regrette de ne pouvoir citer ici quelques passages de l’homélie sur le miracle de Cana, qu'il a prêchée dans leur église. 11 réola jusqu'à la couleur de leurs habits. Ils devaient être bleu de ciel, en mémoire de l'avertissement céleste qu'il avait reçu, et peut-être aussi pour rappeler à a ces pauvres créatures, délaissées par leur père terrestre, qu'elles avaient ailleurs un autre Père dont elles portaient la couleur. La fondation d'Innocent III, intéressante dans ses plus petits détails, est éminemment remarquable par les trois pensées organisatrices qui s'y sont produites, et que les âges suivants ont développées. D'abord, la pensée de confier les établissements de charité à des corporations religieuses affranchies des défauts du service mercenaire et de l'instabilité du dévouement individuel ; secondement, l'emploi
* Ibi enim reficiuntur famelici, pauperes vestiuntur, necessaria ministrantur infirmis, et magis indigentibus major consolatio exhibetur, ità ut magister et fratres ipsius non tam receptores dici debeant quàm ministri indigentium, ét illi soli egeant inter pauperes qui pauperibus necessaria caritativè ministrant. Æ£pist. ad univers. Episcop. ann. 1198.
des religieuses dans les hôpitaux. Cette pensée était alors bien nouvelle. Ces sœurs de charité suivaient la règle de l'ordre du Saint-Esprit. Troisièmement,
l'adjonction de coopérateurs laïques. Innocent IE institua en effet une confrérie à cet effet, espèce de tiers-ordre de la charité, qui, souvent imité depuis avec des attributions moins restreintes et plus variées, se trouve avoir son rejeton le plus moderne dans la jeune association de Saint-Vincent-de-Paul. Si les pensées contenues dans l'œuvre d’Innocent [IT ont été graduellement fécondées par le temps, cette fondation a reçu aussi un grand développement matériel. Je laisse à d’autres la description de tout ce que l'architecture et la peinture lui ont donné : Je ne retrace ici que son histoire. Elle ressemble à ces montagnes où des couches de terrain appartenant à des périodes diverses reportent la pensée vers les époques les plus lointaines. On peut observer dans cette histoire les alluvions de la charité sur un même point, dans le cours de douze siècles. Les constructions de Pie VIF, de Pie VI, de Benoît XIV, nous conduisent à celles de Sixte IV, en 1471. Ce pape reconstruisit l'ancien édifice avec tant de grandeur, que lorsque Charlotte de Chypre et de Jérusalem, chassée de ses États, vint se réfugier à Rome, il crut pouvoir donner, dansune maison primitivement destinée à .des enfants sans famille, une noble hospitalité à cette reine sans trône. La reconstruction de Sixte IV nous fait arriver à l'hospice d'Innocent ILE. Là nous rencontrons ce qui restait de la fondation d'Ina etde celle de saint Symmaque : avec la première nous remontons au delà de Charlemagne; avec la seconde nous touchons presque au
Le. démolitions que le Ms accom Chi seul, la maison de la charité a grandi de ruine en ruine sur sa première pisurs. Il n'y a pas de trône aussi ancien que cet hôpital. C'estune gloire pour la France qu’une œuvre sortie de son sein soit devenue l’aînée de cette création romaine, à l'époque qui forme la jonction de ses anciens désastres et de ses développements modernes. Lorsque le conseil-général du département de l'Hérault votera des statues à quelques noms historiques du pays, se souviendra-t-il que Guido de Montpellier, précurseur de Vincent de Paul, a gravé le nom de son ordre sur le frontispice du monument qui est le doyen des établissements de bienfaisance. L'hôpital du Saint-Esprit a yu naitre les autres grands hôpitaux qui existent aujourd'hui dans les divers quartiers de la ville. Les jardins de Néron ;, le mont Cœlius, à l'endroit où se trouvait au g° sérle la maison paternelle du pape Honorius I‘, près des ruines de l’ancien palais des Latran #, le tombeau
1 L'hospice Anglo-Saxon a été brulé en 847 et en 847. Il a été reconstruit la première fois par Pascal Ier, la seconde, par Léon IV et un roi d'Angleterre.
2 En 1084, 1110 et 1167.
8 C'est dans cet endroit qu'est situé l'hôpital du Saint-Esprit.
+ Hôpital Saint-Sauveur.
IONUMENTS ET INSTITUTIONS DE CHARITÉ. 54 la roche Tarpéienne ?, la réétabli un hospice de solons du pont du Janicule”, de Rome antique, les points asiles de la misère dans Rome
titre d'archihôpital, et rappelant, par leur charité commeè par leur nombre, les sept diaconies primitives. Il y a en outre un hôpital * non moins considérable dans l'ile du Tibre, près d’un endroit où des fouilles ont rencontré quelques fragments d'inscriptions d’un temple dédié à Esculape, le dieu de la médecine. Deux de ces hôpitaux ont été fondés dans le 13° siècle 6, un dans le 14°”, un dans le 15°8, quatre dans le: 16° 9, et un dans le siècle dernier. Mais plusieurs d'entre eux ont leurs racines dans des fondations plus anciennes auxquelles ils ont succédé ”.
4 Saint-Jacques, non loin de là l’hôpital Saint-Roch.
: Sainte-Marie-de-la-Consolation.
8 Saint-Gallican. ;
+ L'hôpital des Convalescents à la Trinité-des-Pèlerins.
$. Celui de Saint-Jean Calibite ou des Benfratelli.
8 Celui du Saint-Esprit, vers l'an 4204, et celui de Saint- Sauveur en 1216.
1 Saint-Jacques en 1338.
8 Sainte-Marie-de-la-Consolation en 1455.
s Saint-Roch, commencé en 1500 ; Sainte-Marie dei Pazzi, en 1548, réuni actuellement à l'hôpital du Saint-Esprit; l’hôpital des Convalescents à la Trinité-des-Pèlerins, en 1551, et celui des Benfratelli, en 1581.
10 Celui du Saint-Esprit a remplacé, comme nous l’avons dit, l'œuvre de saint Symmaque. L'hôpital de Sainte-Marie-dela-Consolation a été formé par la réunion des trois établissements fondés, l’un, vers 1456, l'autre, vers 4118 , et le pre-
Outre les établissements spéciaux fondés par des confréries, des corporations de métiers pour leurs. malades, Rome a vu s'élever dans son sein une foule d’hôpitaux nationaux. Le sacerdoce, l'aristocratie, les associations plébéiennes,ont concouru à leur création.
fr
La Papauté en a établi pour des nations lointaines, les Arméniens, les Abyssins et Indiens. C'est aussi le sacerdoce qui s'est principalement occupé de fondations pour les peuples slaves. L'hôpital de Saint-Jérôme-des-Esclavons a été l'œuvre de trois évêques Illyriens. Celui de Saint-Stanislas-des-Polonais a été doublement national, et par son but, et par le nom de son fondateur, digne représentant de la foi et de la nationalité polonaise. C'est le grand cardinal Ostus, dont la tombe et l'épitaphe ont gardé, pour la Pologne de nos jours, un avertissement prophétique: « Je vous ai prémunis contre ceux qui vous sédui- » sent: nul n'est catholique, s’il se sépare de la foi
de l'Église romaine ‘. » Les fondations suédoise, bohémienne, hongroise, portugaise, génoise, sont d'origine aristocratique. Celles des Anglais et Écossais, Français, Lombards, Bergamasques, Florentins, Lucquois, sont, du moins presque toutes, le produit
mier vers 1045. L'hôpital de Saint-Gallican, destiné aux maladies cutanées, a recu et développé un établissement du même genre , qui existait dans l’hôpital du Saint-Esprit, et qui tirait lui-même son origine d’une maison pour les lépreux, établie à ce qu'il. parait dans le 19° siècle. Voyez rue et Piazza.
‘ Hæc scripsi vobis de iis qui seducunt vos : catholicus non est qui à Romanà ecclesià in fidei doctrinà discordat. — Le tombeau du cardinal Osius se trouve dans l’église de Sainte- Marie-du-Tibre.
MONUMENTS ET INSTITUTIONS DE CHARITÉ. 353 d'associations nationales. L'histoire de l'hôpital anglais nous a conservé seule un exemple des délibérations qui précédaient ces fondations charitables. En 1398, un jour qu'une troupe de pèlerins de cette nation faisait la visite des principales églises dans l'intérieur de la villeet hors des murs, une pauvre femme enceinte, ne pouvant marcher aussi vite que-les autres, resta en arrière. Elle fut surprise par la nuit dans un bois qui existait alors sur la rive du Tibre, occupée aujourd'hui par le quartier de la Lungara. Le lendemain ses vêtements ensanglantés apprirent à ses compagnons qu'elle avait été dévorée par des loups. Ému de compassion, un Anglais, nommé Jean Skopard (il faut conserver ce nom), convoqua une assemblée de ses compatriotes. Dans ce meeting la bonne volonté ine manqua point, mais, comme il arrive souvent, on ne sentendait pas sur le parti à prendre. Jean Skopard mit fin à ces discussions stériles en s'écriant: « Eh bien! que chacun fasse ce » que je vais faire, » et il donna une grande partie de ses biens à la communauté anglaise de Rome. D'autres suivirent son exemple: on acheta quelques maisons dans le quartier de la Regolu, pour en faire un hospice. Quelque temps après, Jean Skopard et sa femme, n'ayant pas d'enfants, se dépouillèrent du reste de leur fortune en faveur de cet établissement et s'y consacrèrent au service des malades et des pauvres. Les associations fondatrices n'étaient pas toujours aussi nombreuses. Quelquefois deux personnes seulement mettaient leurs biens en commun pour la bonne œuvre. Telle a été l'origine de la maison de charité instituée une cinquantaine d'années aupara-
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vant, par Jacqueline Fernandez et Marguerite de Majorque, pour les Catalans et les Aragonais leurs compatriotes. Cet établissement’, dédié d'abord à saint Nicolas, est aujourd’ hui l'hôpital de Sainte- Marie-de-Montserrat ’. La plupart de ces maisons n’ont attaché aucune célébrité à la mémoire de leurs fondateurs. Les histoires nationales les passent sous silence, et, pour ceux mêmes dont elles s'occupent sous d’autres rapports, le souvenir de ces œuvres sans bruit s'est souvent perdu dans la renommée de toute leur vie: C'est une justice de recueillir dans nos livres modernes ces vieux noms presque tous oubliés. À ceux déjà cités d'Osius de Pologne, de l'anglais Skopard , de Fernandez et Marguerite de Majorque espagnoles, il faut joindre François Arrigo, de la comté de Bourgogne, Cigala de Gênes, Jeanne de Lisbonne, Alphonse de Parinas, évêque deRodrigo, en Espagne, Jean de Pierre flamand, sainte Brigitte de Suède, le roi Étienne de Hongrie et Borsivoglio, duc de Bohème. Dans le genre d'œuvres dont nous parlons, telle: est, sauf quelques omissions peut-être, la liste des hommes qui ont été à Rome des représentants nationaux de la charité, depuis le 9° siècle jusqu’au 17°. Cette liste est.courte, parce qu'il ÿ a un bon nombre d’établise-
‘ Martinelli, Æom. ex Ethnicä sacr&, cite à ce sujet le passage suivant d'un livre publié en 1589, sur les Antiquités espagnoles de Rome : « En tiempo di Urbano papa VI de 1381 ».era hospital de Cantalanes de la invocacion de S. Nicolas, y » e nel anno 4306 en tiempo de papa Julio Il alos vente Y » tres de junio juntados en la yglesia del Pozo blanco los dela » dicha nacion Catalana, Aragonesa , y Valenciana romarono » la invocacion de dicha S. Maria di Monserrat. »
ments dont les fondateurs n'ont pas laissé leurs noms: c'est surtout dans l’histoire de la charité qu'on rencontre les œuvres anonymes. Nous savons du moins que chaque nation chrétienne avait construit un nid pour ses malades et ses pèlerins à l'ombre de Rome. C'était un beau signe de la fraternité des peu ples que cette fédération de la charité. Au 17° siècle, on comptait encore environ vingt-cinq maisons de ce genre, quoique Îles gouvernements protestants eussent déjà cessé de soutenir les fondations catholiques de leurs ancêtres. Depuis cette époque, une grande partie de
ces établissements a.disparu par une raison plus ho-
norable pour Rome que pour les pays qui devaient s'y intéresser. À mesure que les hôpitaux romains, agrandis et perfectionnés, ont pu ouvrir leurs salles à tous les malades sans distinction, presque tous les autres ont fermé leurs portes. Il n'y a que trois ou quatre gouvernements qui aient eu la bonne pensée de faire soigner avec respect par leurs légations ces débris de la charité d’un autre âge. Qui sait s'ils ne seront pas le noyau d'institutions nouvelles que l'avenir organisera ? La facilité toujours croissante des communications augmentant le nombre des voyageurs dans les classes pauvres elles-mêmes, devra provoquer, ce semble, le rétablissement de ces toits nationaux d'hospitalité que les fatigues et la longueur de Îa route avaient rendus si chers aux pèlerins exténués du moyen âge.
La plupart de ces maisons étaient en effet des hospices pour les pauvres voyageurs, en même temps que des hôpitaux pour les malades. Le mouvement
qui avait porté la république chrétienne à multiplier
ces établissements avait été comme un flux de la charité catholique vers la ville centrale: mais il y eut un admirable reflux. Chaque peuple avait voulu avoir un hospice particulier pour ses pèlerins : Rome ouvrit un hospice universel aux pèlerins de tous les peuples. Il y avait alors dans un coin de cette ville un jeune homme qui n'était pauvre que parce qu'il avait distribué aux pauvres tout ce qu'il possédait. Un gentilhomme florentin, nommé Galeotto Caccia, touché de sa modestie et de son indigence, lui avait prêté une petite chambre dans sa maison, à côté de Saint-Eustache : il lui donnait aussi tous les ans une mesure de grain. Ce jeune homme, plein de reconnaissance, s'occupa de l'éducation des deux fils de son hôte, dont il fit deux petits anges. Ce succès encouragea son zèle. Quelques années après, associé à quelques pauvres prêtres de Saint-Jérôme-de-la-Charité, il évangélisa les jeunes gens. Parmi ceux qui venaient l'écouter, plusieurs riaientdela bizarrerie de celaïque qui se mélait de prêcher : on se moquait de lui et on se convertissait. C’est là qu'il établit une confrérie pour le service des pèlerins. Il leur donna pour uniforme un sac de couleur rouge, comme emblème de la charité qui devait les animer : Dante avait eu la même idée dans la description du costume de Béatrice. Élène Orsini offrit à la confrérie une maison qu'elle possédait dans les Thermes d'Agrippa. On se mit à l'œuvre. Les confrères lavaient les pieds des pèlerins, faisaient leurs lits, les servaient à table et calmaient leurs chagrins par des paroles affectueuses. Leur charité expressive avait reçu le don de parler à ceux dont ils ignoraient la langue natale une autre
langue sans mots, révélée par le cœur qui l'invente aux cœurs qui l'écoutent. C'était le cénacle de la charité. Les grâces du ciel inondaient cette maison : le cuisinier lui-même avait des extases. Il se levait la nuit pour regarder le ciel, et il prédit le jour de sa mort. Le fondateur voulut que la confrérie embrassât aussi le soin des convalescents. Les deux œuvres furent réunies dans un mème local, qui est devenu l'hospice de la Trinité. Chacun connaît le nom de ce fondateur : il s'appelait Philippe de Néri. L'histoire
nomme, parmi ses premiers COMpPagnons, Ferrante
Ruis, Angelo et Diego Bruni, du royaume de Nayarre. Tels ont été les commencements d’une œuvre unique en son genre, de l'hospice universel de la chrétienté. Deux ans après l'établissement de la confrérie, la maison qu'elle desservait a entretenu, d'après les renseignements fournis par les registres de l’hospice, jusqu à 600 pèlerins par jour pendant l'année jubilaire de 1550. Au jubilé suivant, en 1575, elle a reçu successivement, d'après les registres de l'hospice, 116,848 personnes . Jamais peut-être la
1 À Ja fin du siècle suivant, en 1675, le nombre avait presque triplé. « De libri de’ signori ricevitori fù raccolto il numero » de’ Pellegrini, che entrarono di prima sera, et furono 89,810 » tra uomini e donne, — Da’ libri della dispensa, e del vino fu » levato il numero de’ cibati e allogiati di tutto l’anno, co- » minciando da l’apertura sino a la clausura delle porte sante : » furono uomini 202,744, e donne 83,754, tutti uniti 286,496. » — Fu anche tenuto conto di convalescenti ristorati la mat- » tina e la sera, come si a veduto giorno per giorno, e furono » 39,647, e, le altri vogliono che sia il numero maggiore, mi » rimetto se mi ha ingannato chi mi diè la nota. » Ruggero Caetano, Memorie dell” anno santo 1673.
ls # de CHAPIT
parabole de MÉvangile art grain de senevé, qui ent détrerid SEE n'a eu une vérification plus
ra pide. Lit
La confrérie a déposé dans ses archives une pièce
intéressante. Il n'y a pas de certificats de charité signés par une plus noble main. Ce sont quelques lignes adressées aux directeurs de l'œuvre par un autre orand serviteur des pauvres, le cardinal saint Charles
.Borromée. Cette lettre est ainsi cOnçUE :
Très-magnifiques Seigneurs ,
J'ai appris avec beaucoup de consolation par vos lettres les charités que reçoivent, dans l'hopital de la Très-Sainte-Trinité, les pauvres qui se rendent à Rome pour prendre part au jubilé, et par-
ticulièrement ceux de mon diocèse. Désirant con-
courir pour ma part a cette œuvre pie autant que le comportent mes facultés, eu égard à mes autres obligations envers mes pauvres d' ici, jai ordonné que pour le moment on remette entre vos mains 25 écus par mois, à partir des Calendes de mai, et jusqu'à ce que jen aie autrement disposé, comme il vous sera dit paf monsignor Speciano. En finissant, je me recommande à vos prières. Milan, 13 avril 1575.
À vos souhaits,
Le Cardinal de Sainte-Praxède 1. »
1 Molto magnifici signori, m'è stato di molta consola-
one, etc. (Le texte de cette lettre sera inséré dans l'Appendice.)
ai ce sa #, MONUMENTS ETANSHTUTIONS DE G ARITÉ. 550 Dès l’origine de cette confrérie, les personnes les ro plus distinguées de Rome s'empressèrentdes'yenrôler, su ] comme cela se fait encore aujourd’hui. Ce spectacle pui de la charité catholique toucha plusieurs protestants. Leurs conversions donnèrent lieu quelquefois à des scènes singulières. Un ministre luthérien de Pologne était venu à Rome déguisé en pèlerin, afin de n'être pas reconnu: Lorsqu'il fut entré à l'hospice, un con: frère se présenta pour lui laver les pieds: c'était le cardinal Ferdinand de Medici. Toutce qu'il vit dans cette maison bouleversa l'idée qu'il s'était faite du Car ” tholicisme. Les impressions qu’il reçut sous le toit Ne ; des pèlerins furent complétées, dans la chapelle du : d à Pape, à la vue de la piété angélique de Grégoire XIE. " Obéissant à une impulsion intérieure, il traversa la foule et vint se jeter en larmes aux pieds du Pape. Le Saint-Père, croyant qu'il désirait se confesser à lui, fit retirer les prélats qui l'entouraient: mais cet étrange pèlerin s'écria qu'il voulait se confesser en ublic et faire pénitence. Le Pape pleura aussi «et commit l'absolution à deux cardinaux. Au sortir de la chapelle, le nouveau catholique commença la visite des églises dans le moment où le soleil était le plus ardent. Il tomba malade sous le poids de la chaleur et de ses émotions, et il expira trois Jours après. En apprenant sa mort, le Pape s'écria : Beaucoup de pécheurs se retirent dans les cloîtres et dans les solitudes pour faire pénitence: mais celui-ci a eu un si grand repentir, que trois jours lui ont suffi pour'atteindre le ciel”. |
1 O altitudo divinæ sapientiæ et scientiæ Dei! Quam incom-
ER | + LOC vi CHAPITRE XI.
v# TRUE, 10 &" L r F r “hé à
J'ai rapporté ce trait, et j'aimerais à en citer plusicursautres du même genre, parce qu'ils confirment . une vérité presque banale, qu'il faut pourtant ne pas se lasser de redire. Si les œuvres charitables du Catholicisme ont eu cette efficacité à une époque où le Protestantisme était si intraitable, elles peuvent en avoir une plus grande, aujourd'hui que tant de préventions haineuses se sont dissipées. La charité ne peut manquer d'être de nos Jours le plus sublime contro- versiste. Aux veux de tant d'âmes incertaines, qui cherchentle vrai sous les traits du bien, quelle expo- = sition de la foi que la vie d'une fille de Saint-Vincent- © de-Paul! Le livre de Bossuet ne vaut pas celui-là. La Sorbonneaurait brisé toutesa science contre certaines âmes quiont été vaincues par la confrérie des pèlerins.
. Les confréries de charité forment un ordre d'institutions qui tient le milieu entre la bienfaisance individuelle et les établissements publics de bienfaisance. Nousavons vu qu'Innocent HE en avaitconcu l'idée, et qu’ilavait commencé à la réaliser. Les grands instituts religieux de saint François et de saint Dominique ne tardèrent pas à propager cegenre d'œuvres. Des confréries qui ‘existent aujourd'hui, la plus ancienne après celle d'Innocent HT, est l'association qui a été fondée à Sainte-Marie-Majeure par le plus illustre des Franciscains, saint Bonaventure, dans le 13° siècle !. Elle eut ensuite un second foyer dans l’église prehensibilia sunt judicia ejus! Cüm tam multi peccatores, ut pœnitentiam condignam agant, alii monasterium, alii desertum petunt, hic, cm esset tantus peccator, trium dierum spatio cum grandi su contritione et venià adeptus est paradi-
sum. Piazza, E’usevolog. Roman., tratt., 1, ©. 45, # En 1264.
dt ré ÿ
MONUMENTS ET INSTITUTIONS DE CHARITÉ. 3 .d'Ara-Cœli: ces premières cohortes de la chari ré di.
laïque s’'installèrent sur le point culminant de Ton- sé + # F cienne Rome, à la cime du Capitole. Dansle Sete sui- à vant, pendant le séjour des Papes à Avignon, , elles frent un coupd'éclat. L'anar chieétait dans Rome, divisée et opprimée par des factions puissantes. Mais ilse forma la faction dela charité, et c'est ellequitriompha. Les confrères, réunis dans dde chapelle de Sainte- Marie-Majeure, créèrent, avec l'approbation du vicaire du Pape, un gouverneur de Rome, le conduisirent au Capitole et y plantèrent leur drapeau. Cest depuis cette époque que cette association, établie d'a- “ bord sous le titre de confrérie des Recommandés à Marie , a recu le nom à la fois officiel et populaire de confrérie du Gonfalon, où de l'Étendard. Depuis il s'est établi successivement d’autres confréries charitables : on en compte aujourd'hui une vingtaine. À peu d’exceptions près, elles ont leurs églises, leurs bannières, leurs insignes ; plusieurs ont conservé un habit particulier. On peut regretter que chacune d'elles n'ait pas adopté un costume, pour en revêtir ses membres, non pas dans leurs occupations individuelles de charité, mais à certains jours de fête, où il est bon que les institutions sociales se produisent sous les regards du peuple. Les processions sont les marches DinRolende l'Église, et l'on aimerait à
passer en revue les bannières et les uniformes des milices de la charité.
Ces associations remplissent d'utiles fonctions dans le système général de la bienfaisance. À mesure que nous entrons dans l'époque moderne, ce système devient plus visible dans ses principaux traits et dans
k L: bille ou d’alléser chacun des anneaux de la lourde chaîne de misères, qui étreint tant de malheureux depuis le berceau jusqu'à la tombe.
Il ya d'abord une classe d'êtres qui respirent le malheur én naissant, et pour qui les premiers langes ressémblent à un voile funèbre : ce sont les enfants trouvés. L'ancien hospice qui leur est réservé a reçu dans Son organisation les perfectionnements administratifs que la science moderne a imaginés ; sans rien perdre de la charité maternelle que lui à inspirée, lors de sa fondation, la naïve foi de nos ancétres. De nos jours on a mis en question l'utilité de ée genre d'asile. Nos pères avaient dit : Il y a des enfants abandonnés : donc il faut les recueillir. On a dit: Il ne faut pas les recueillir, parce que c'est le moyen de n'en pas avoir. On a pris là question à rebours. Je me méfie de ce qu'il ÿ a de tortueux dans cette charité répulsive. Des enfants que leurs parents auraient jetés dans lés bras de la charité publique courent de grands risques à être refoulés dans leur ingrat berceau. Rendons justice à toutes les intentions, à toutes les erreurs loyales : mais je crains bien que les dépenses qu'entraine l'entretien de cés hospices ne pèsent dans la balance bien plus que les calculs d'humanité. L'avare veau d’or se cache souvent sous les autels de cette philanthropie. Rome est jusqu'ici peu sympathique pour cette charité à l'envers, qui est cruelle par compassion, qui refuse des secours pour mieux secourir. La vieille cité chréfiénnié n'est pas disposée à jouer le sort de tant de
MONUMENTS ET INSTITUTIONS DE CHARITÉ. 36% malheureux enfants aux coups de dé d'une théorie peu éprouvée. Tant qu'il ne sera démontré, clair comme le jour, par les expériences les plus décisives, que le bon sens primitif est sujet, à cet épard, à une illusion d'optique, le plus sûr sera toujours de suivre la pente naturelle de la charité, qui court au malheur comme l’eau à la mer. Dans la crainte de se tromper, une société chrétienne devrait préférer l'erreur généreuse.
Quant aux enfants de la classe pauvre en général, le malheur commun dont la société doit les préserver est l'ignorance, l'absence d'un enseignement approprié à leurs besoins et à leur condition. L'instruction fondamentale, qui leur apprend à connaître leurs devoirs d'homme et de chrétien, a été une nécessité de tous les temps, et l'Église n’y a jamais fait défaut. La partie de l'enseignement qui va au delà a dû varier suivant l'état de la société à chaque époque. Pourrait-il être question d'apprendre à lire à tous les enfants du peuple dans les siècles où la plus grande partie de la haute classe ne savait pas écrire? Toutefois d'anciennes écoles, appelées régionnaires, dont l'origine remonte à une époque inconnue, se partageaient tous les quartiers de Rome, lorsqu'un bienfaiteur de l'humanité, que l'Église a placé sur ses autels, Joseph de Calasanzio, fonda dans cette ville, au 16° siècle, les écoles gratuites d'enseignement primaire, On vit alors se produire, dans de petites proportions, la lutte du monopole contre une institution bienfaisante, Les maitres d'école régionnaires, qui recevaient chaque mois un salaire de l'autorité municipale, et chaque semaine uue petite rétribution
de leurs élèves, redoutèrent la concurrence des nouvelles écoles. Ils réclamèrent pour leur corporation le privilége exclusif de l'alphabet : stipendiés par le sénat, ils auraient dit, s'ils avaient connu la langue moderne du monopole, qu’ils étaient le sénat enseignant. Était-il sage de troubler l’ordre établi, de le sacrifier à un progrès chimérique ? Ne voyait-on pas combien il était dangereux de confier l'enfance à des vagabonds de la charité, qui n'étaient pas enchainés à leurs devoirs par un salaire, qui n'offraient pas cette solide garantie d’un zèlebien réglé? Ils prophéttsèrent donc la décadence de l’enseignement, les troubies dans les familles, l'anarchie dans la cité. Ils se lamentèrent sur l'outrage fait, en leurs personnes, à la majesté du Capitole, qui les payait. Leur tapage, leurs intrigues, ne découragèrent pas l'humble serviteur de Dieu et des pauvres. 11 ouvrit une école dans deux petites chambres d'une maisor de Transtevère, qu’un bon curé lui prêta. Sa charité accueillit tous les enfants qui se présentérent, les juifs comme les chrétiens. Nul procureur fiscal ne fit contre lui un réquisitoire, nul huissier du sénat ne vint, avec des sbires, fermer la porte de ce vénérable réduit. Quelquetemps après Joseph de Calasanzio fonda une école de maîtres, et il acheta un palais de la famille Cenci, pour y placer le siége de sa congrégation. Telle a été l'origine de cet admirable institut des écoles pies. Depuis lors une foule d'écoles élémentaires ont été successivement établies à Rome. On y enseigne la lecture, l'écriture, le calcul, et dans quelques-unes la géographie, le latin et le français. Quinze mille enfants environ sont reçus dans les
écoles : dix mille fréquentent celles qui sont réservées aux enfants au-dessus de cinq ans: ce nombre, proportionnellement à la population, équivaut au moins à celui de 60,000 élèves qui recevraient à Paris l'instruction élémentaire.
Mais il ne suffit pas de leur donner l'instruction. Il ya un certain nombre d'enfants de l'un et de l'autre sexe qui doivent être privilégiés par la charité, soit parce qu'ils sont orphelins, soit parce que leurs parents sont trop dénués de ressource pour les mettre en apprentissage, soit enfin parce qu'ils sont particulièrement exposés aux séductions de l'immoralité. Il faut leur ouvrir des asiles, où ils soient nourris, élevés, où ils apprennent un métier, qui leur fournira plus tard des moyens de subsistance. Les jeunes gens, admis dans le grand établissement de Saint- Michel , sont instruits dans les arts mécaniques ou dans les arts libéraux. Les métiers seuls sont enseignés dans l’hospice de Sainte-Marie-des-Anges, qui est installé dans les Thermes de Dioclétien. Des frères ignorantins en ont la direction. Singulier retour des choses humaines! Des chrétiens, réduits en esclavage pour leur foi, ont construit, il y a plus de quinze siècles, ces murs gigantesques dont les ruines abritent maintenant de pauvres religieux, qui ne sont plus esclaves que de leur dévouement. Un jeune institut agricole a été établi dans les environs de la porte Salare, au milieu de ces champs sillonnés en dessous par tant de catacombes. Il y a beaucoup d'établissements à Rome, qui doivent à leur situation physique une perspective morale : des maîtres habiles peuvent tirer un heureux parti de ces specta-
cles imposants, si propres à christianiser l'imagination du jeune âge.
De nombreux conservatoires sont destinés aux jeunes filles. Mais la charité a encore pour elles une autre prévoyance. Plusieurs institutions, plusieurs confréries semblent avoir rivalisé de zèle pour constituer des dots en leur faveur. Quelques économistes ont critiqué ce système de bienfaisance, sous prétexte qu'il favorise la multiplication de familles condamnées à la misère, Cette objection aurait plus de force dans le pays où l’état monastique n'est pas encouragé. Mais, à Rome, les jeunes filles qui désirent se consacrer à une vie de prière et de bonnes œuvres, se servent de leur dot pour être admises dans la communauté qu'elles ont choisie, et dans laquelle leur existence est assurée à perpétuité. Pour celles qui n'ont pas cette vocation, la dot n’a d'autre effet que de les détourner des unions illégitimes. Aux célibataires le couvent, aux autres le mariage : la société ne peut protéger une autre alternative. Qu'on laisse donc les dots tranquilles. La loterie ellemême à dû y contribuer pour se faire tolérer. Les papes n’ont consenti qu'à regret à son établissement : Benoît XIII retira la permission que son prédécesseur avait accordée. Mais Benoît XIV se vit en quelque sorte contraint de céder à l'engouement populaire, non pas seulement à cause du danger des loteries clandestines, mais aussi parce qu’à raison du peu détendue de l'État pontifical, on aurait eu trop de facilités pour placer les mises dans les pays voisins, où la loterie était encouragée. I paraît difficile qu'elle puisse être supprimée efficacement par le gouverne-
ment papal, sans que les autres gouvernements d'Italie soient disposés à la proscrire, Quoi qu'il en soit, la vieille magicienne a été contrainte de se faire dame de charité. Chaque tirage amène les dots de plusieurs jeunes filles. |
Les familles qui vivent de leur travail quotidien sont exposées à des chances malheureuses, que la société doit prévoir. A l'époque de la féodalité, la classe pauvre était à la charge des seigneurs. Mais, lorsque les franchises communales etles progrès de l’industrie eurent formé une population exempte de servage, celle-ci eut à subir les inconvénients de la liberté dont elle obtenait le bénéfice. Ses moyens d'existence étaient subordonnés aux destinées variables, aux succès et aux revers de l’industrie et du commerce. Dans les moments critiques, de petits emprunts furent pour elle une nécessité urgente, et beaucoup de familles tombèrent alors entre les mains des Juifs sous les griffes de l'usure. Ce nouveau et terrible servage s'aggravait, lorsqu'une pensée libératrice sortit du fond d’un cloître. Un Franciscain , Barnabas de Terni, monte en chaire à Pérouse, et provoqua l'érection du premier Mont-de-piété, Cette institution se propagea d’abord dans les villes de l'Etat romain, sous la protection des papes. La sanction solennelle qu'ils lui donnèrent dans le cinquième concile de Latran fut comme une proclamation adressée à toute la chrétienté en faveur de cette institution, dont les religieux de Saint-François étaient les zélés propagateurs. À Paris, une partie de cetie foule qui assiége les bureaux de Mont-de-piété, dirait, en rencontrant devant la porte de cette maison un Franciscain : À
quoi ont jamais servi cet homme et ses pareils ? Les me" res de Rome ne sont pas si oublieux.
Fa justice des tribunaux n'est souvent pour les pauvres, les orphelins, les veuves qu'un cercle vicieux, qui les oblige de passer par un procès pour dite quelque argent, et à se procurer de l'argent pour intenter le procès. La charité a voulu briser ce cercle fatal; elle leur a constitué, dans les confréries de Saint-Yves et de Saint-Jérôme-de-la-Charité, des avocats gratuits, des protecteurs permanents. Îl y a dans les environs de l'église de Saint-Laurent in Lucinä, un palais qui a été lécué comme fonds de dotation d’une prélature, à condition que letitulaire, qui doit être docteur en droit, se consacrera entièrement à la défense des causes des pauvres, de quelque nation qu'ils soient. Le fondateur avait de plus stipulé que ce prélat se promènerait tous les matins pendant une heure sous le portique de l'église de Saint-Laurent in Lucind, pour que les pauvres pussent avoir un facile accès auprès de lui. C'était renouveler les audiences à la manière des anciens diacres.
H ya partout des familles qui cachent leur misère ignorée sous quelques vains lambeaux d'une condition meilleure. Nulle infortune n'est aussi solitaire : elle se dérobe aux bienfaits de la charité publique, elle ne rencontre que fortuitement le secret de la charité individuelle. Il fallait, pour ces familles déchues, une institution aussi discrète dans sa bienfaisance qu'elles le sont dans leur malheur, qui sût les rechercher sans les interroger, qui les découvrit sans les trahir, qui les secourût en échappant à la reconnaissance. T'elle est le ministère que
MONUMENTS ET INSTITUTIONS DE CHARITÉ, 569 remplit la confrérie de la Divine Pitié, avec les ménagements les plus délicats pour cette pudeur de la pauvreté. D'après les statuts de l’association , ses députés pour les cas secrets ne sont pas obligés de rendre compte des fonds qu'ils distribuent. Souvent, ils apparaissent à l'improviste au milieu d'une famille’ affligée, lui remettent, sans se nommer, le secours des Ale a besoin, et disparaissent, comme ces oiseaux qui ont porté quelquefois le pain de la Providence aux solitaires des anciens temps.
Les institutions, dont nous venons de parler, correspondant à des catésories spéciales de malheureux, doivent se ne avec des mesures plus vastes, qui embrassent la classe pauvre en général. Ces mesures se rapportent principalement à deux idées féndamentales : l'une appartient à Sixte-Quint, l'autre a été développée par Eéon XIT. Sixte-Quint avait dit : Aux indigents valides il faut du travail, aux invalides il faut des refuges, À une époque où l'administration des autres États était encore engagée très-avant dans l'organisation militaire de la société féodale, il organisa en grand le travail pacifique. El créa ce que nous appelons aujourd hui un ministère des travaux publics, dans le double but de faire le pain des pauvres avec des monuments, et les œuvres monumentales avec le pain des pauvres. La tradition du plan dé Sixte-Quint s'est conservée : la commission des travaux publics continue de le réaliser à quelque degré : mais les malheurs qui ont diminué, surtout depuis un demi-siècle, les ressources matérielles du Saint-Siége, ont entravé sa bonne volonté,
Si les bouleversements sociaux n'avaient pas arrêté
le développement graduel des mesures dont les bases étaient posées, Rome serait, Je crois, la capitale la plus avancée dans l'œuvre si difficile d’éteindre la mendicité, non par des moyens durs et violents, mais par des voies douces, acceptées par le pauvre ‘avec reconnaissance. À côté des institutions pour les indigents valides, Sixte-Quint avait en effet ouvert un grand asile pour ceux qui étaient dans l'impuissance de travailler. Sous Grégoire XIE, la procession de huit cents pauvres infirmes, se rendant dans l'hospice de Saint-Xiste, en passant par le Gapitole, Îles uns à pied, les autres en voiture, accompagnés de prélats et des confrères dç la Trinité avec des cierges et des bannières, eut lieu à la manière d’un triomphe. Innocent XIE, continuant l'œuvre de ses prédécesseurs, donna à cette tribu de pauvres une demeure magnifique : ce fut le palais de Latran,, l'ancienne demeure impériale de Constantin, l'édifice que les papes avaient habité pendant mille ans, et que Sixte-Quint avait reconstruit. Un auteur contemporain, Piazza, a décrit, avec une certaine emphase qui se conçoit, cette transformation du palais en hospice : « Rome étonnée, dit-il, vit alors un spec- » tacle merveilleux : la misère exaltée, la grossiè- » reté civilisée, l'oisiveté disciplinée, l'indigence sur » le trône... Les soupirs et les gémissements furent » changés en bénédictions, les haillons déchirés en » habits commodes, les réduits, les bouges avec leurs » grabats de paille et de foin en grandes salles aux » lambris dorés, aux pavés de marbre, aux murs » somptueusement décorés, dans ce même palais + pontifical, où s'étaient prosternés aux pieds des
MONUMENTS ET INSTITUTIONS DE CHARITÉ. 314 » papes les empereurs, les rois et les princes de la » terre. » C'étaient les saturnales de la charité. Bossuet a fait un sermon sur l'éminente dignité des pauvres dans l'Église. S'il avait voulu résumer sa doctrine dans un tableau, il n'aurait eu qu'à peindre, avec son style, la scène du palais de Latran. Mais cette scène, belle comme leçon, ne pouvait guère devenir une institution durable, La charité n’a pas envie de dégrader les monuments des arts : les pauvres sont plus aises dans les cellules et la modeste cour d’un hospice, que dans les salles d’un palais, qui leur ferait sentir plus vivement, par l'effet du contraste, ce qui leur manque dans tout le reste: L'hospice de Saint-Michel a recueilli l'héritage de charité que lui a légué le palais de Latran,
Denos jours, Léon XII a réalisé une pensée pleine de sagesse et de grandeur, en instituant la commission des secours. Tous les revenus de la charité durent être versés dans une caisse commune. La commission fut chargée d’assigner périodiquement à chaque établissement de bienfaisance une quote-part proportionnée à ses besoins et à sa sphère d'activité. Après ce prélèvement, les fonds de la caisse commune durent être répartis entre les pauvres de tous les quartiers de la ville. À cet effet, la commission des secours eut sous elle douze congrégations régionnaires, à chacune desquelles furent subordonnées des congrégations paroissiales. La loi fondamentale de cette institution est que les secours, soit en argent, soit en nature, ne soient accordés qu'après des informations suffisantes sur les besoins de chaque individu qui doit y participer. Le plan de
Léon XII a subi des modifications après la mort de ce pontife : quelques-unes de ses dispositions étaient peut-être prématurées, où trop absolues en commencant. Quoi qu'il en soit, il signale , je crois, une phase nouvelle dans l'organisation de la bienfaisance. Le premier degré est la charité individuelle; le second, la charité collective, qui réunit les individus soit dans des associations particulières, soit dans des institutions publiques. Vient ensuite un troisième degré : l'œuvre de Léon XI est une confrérie d'institutions, une société de sociétés.
: Je ne dois pas oublier, dans cette esquisse, les bienfaits dans les prisons. Ces dépôts de la justice humaine sont considérés comme un des districts les plus importants de la charité. L'archiconfrérie, qui porte le nom de cette vertu, a une large part dans leur administration. Une autre confrérie, celle della Pietà de carcerati, se dévoue à la visite des prisonniers : elle s'informe de leurs besoins, goûte leur nourriture, et leur distribue des consolations, des aumênes, des adoucissements compatibles avec le régime des prisons. Les malfaiteurs, condamnés à Ja peine capitale, sont l'objet d’une sollicitude particulière : une confrérie, établie pour eux, a obtenu ce privilége.
Rome peut revendiquer, au sujet du régime des prisons; une double initiative. C'est un pape, Innocent X, qui a donné le signal des améliorations modernes dans l'ordonnance matérielle de ces édifices. On sait aussi qu'un autre pape a été l'inventeur du système pénitentiaire, qui transporte dans les prisons, sous la sanction de la contrainte, les règles ob-
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servées dans les couvents austères, sous la garantie de l'obéissance religieuse. Cette idée a été d'abord réalisée dans la prison des jeunes détenus établie, en 1703, par Clément X, et quelque temps après, elle a été appliquée par Clément XIE à une maison de détention pour les femmes. Piazza, qui écrivait au commencement du 18° siècle, nous a laissé dans son livre sur les églises Cardinalistes, une description de la première maison cellulaire: il n'est pas sans intérêt de la comparer aux pénitenciers d'aujourd'hui. « Elle » consiste en une salle vaste et élevée, dans l'intérieur » de laquelle, le long des murs, sont distribuées en » trois étages les cellules des jeunes détenus. Ils y »+sont pourvus de tous les objets qui peuvent rendre » habitables ces petites prisons. C'est là qu'on leur » porte leur nourriture, et on leur fournit tout ce qui » leur est nécessaire pour s'y livrer à destravaux ma- » nuels, proportionnés à leur capacité. La discipline » est exacte et rigoureuse : les menaces de châtiment » sont employées envers les paresseux, les indisci- » plinés et les récalcitrants. Les trois étages de cel- » lules qui font le tour de la salle communiquent » entre eux par des escaliers en colimacon : les cel-
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, lules sont mises aussi en communication avec J'in- » térieur de l'édifice au moyen de loges ou tribunes, » disposées et tournées de telle sorte que chaque re- » clus peut facilement entendre la sainte messe : » l'autel est au centre de cette grande salle. Les dé- » tenus peuvent également prendre part à tous les » exercices de dévotion , et aux instructions qui leur » sont faites, avec un zèle fervent, par des religieux, » chargés de ce ministère... Les cellules correction-
» nelles s'élèvent à plus de soixante, outre les cham- » bres réservées pour les maîtres, les employés, les » directeurs et les ouvriers de cet établissement si » utile et si estimé. Au rez-de-chaussée se trouvent » les officines nécessaires pour la teinture des étoffes, » et pour tous les autres procédés qu'on applique » aux ouvrages en laine. La grande loge qui est au » sommet de l'édifice sert pour étendre et sécher les » draps et les étoffes. Il y a en outre des cachots, » pourvus de menottes, de chaînes, et d'autres ins- » truments de sévérité, afin de châtier, suivant la » mesure des délits, les désohbéissances et Les rébel- » lions. Les faciles remèdes, employés pour insinuer » la vertu dans l'âme, se changent en punitions cor- » porelles, lorsque celles-ci sont nécessaires pour » dompter les inclinations vicieuses *. » La première pierre de ce premier pénitencier a été posée le 28 septembre 1701, dans le quartier de Ripa Grande, au Transtevère. Piazza avait entrevu vaguement les développements futurs de cette fondation, qu'il désigne sous le nom de système de bienfaisance publique”.
La charité qu'inspire le Christianisme redouble
1 Piazza, la Gerarchia cardinalizia, diaconia ne, as É 4 gress. vit, p. 803. Roma; 1703.
3 Sistema di publico beneficio. — Il l'appelle aussi école de résipiscence, académie de discipline chrétienne et économique , scuola di risipiscenza , academia di cristiana ed eco-
nomica disciplina. (Ibid.) I désirait qu’on y mit cette inscription :
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ERGASTERIUM PAEDERIAMQUE DISSOLUTAE JUVENTUTI CLEMENS UNDECIMUS Ÿ Pe ; ANNO MDCCHI.
dans les circonstances où elle est le plus attristée. Les condamnations à mort, heureusement rares, sont un glorieux moment pour la charité romaine. En France, nous admirons à juste titre les aumôniers des prisons, accompagnant les condamnés au lieu du supplice. Toutefois, ces prêtres y sont obligés par un strict devoir. Ils sont les pasteurs de ce lamentable troupeau, ils ont reçu cette mission de leur évêque : gendarmes du pardon et de l'espérancé, ils ont leur consigne. Mais supposez qu'à Paris des hommes du monde, habitués à une vie douce ou brillante, où l'on a plus peur encore de la tristesse que de l'ennui, s'associent pour se dévouer au plus douloureux ministère. Au moment où ils pensent à toute autre chose, un billet d'avis vient les surprendre au milieu de leurs projets d'affaires et de plaisirs. Une fête est préparée : les lustres s'allument, les invités arrivent, et voilà que celui qui a reçu le billet a disparu. Il est allé se revêtir d'un sac avec une ceinture de corde, et s'enfermer dans une prison. Là, il retrouve des confrères, quisont venus au même rendez-vous. Ils passent la nuit avec un être qu'ils n’ont jamais vu, qu'ils ne reverront jamais : entre ces deux incognito du passé'et de l'avenir, ils né connaissent de lui qu’un crime. Ils se font les anges gardiens de ce démon, l'exhortant au repentir, l'embrassant en frères, pressant dans leurs mains ses mains tachées de sang, et lui apprennent à verser avec eux de saintes larmes. Lorsque le moment du
__ départ est arrivé, ils l'entourent , le soutiennent pendant le lugubre trajet, ils placent devant lui une pieuse image, pour qu'il ne voie pas de trop
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de
loin l'objet sinistre : la croix lui cache l'échafaud. Les voilà qui montent avec le prêtre et avec le patient l'échelle fatale : un instant après, ils se font remettre le cadavre pour en prendre soin, et quand tout semble fini en cet endroit-là, ils y ont encore quelque chose à faire. Agenouillés autour de l’échafaud, ils se confessent pécheurs, et demandentau ministre de Dieu qui vient d’absoudre le grand coupable l’absolution des fautes qu'ils ont pu commettre dans l'exercice de la charité. C'est ainsi qu’ils accomplissent la mission qu'ils ont acceptée, qu'ils ont ambitionnée. De pareilles scènes ne seraient chez nous qu'une espèce d'hiéroglyphe de la charité pour beaucoup de-gens, assez humains pour l'admirer, et trop peu chrétiens pour-le comprendre. Il y après de 400 ans que Rome les voit se reproduire dans la confrérie de Saint-Jean-Baptisie-Décollé, fondée vers le 15° siècle. Les papes lui ont accordé et maintenu le seul privilége qui pût être pour elle une récompense, le droit de délivrer chaque année un condamné:à mort, La loi a dit à ces hommes : Votre miséricorde me paraît si haute, que le glaive de la Justice peut
s'incliner devant elle; à vous, le plus beau droit dE r ve
souverain : la charité sublime est une royauté.
Cette société a des archives auxquelles sont con-
fiés de temps en temps des récits bien dramatiques. D'après les statuts, ur des confrères, qui assistent le condamné, est chargé de consigner dans un registre tout ce qui se passe depuis le moment où-la sen-
tence a été sipnifiée jusqu’à l'instant de l'exécution. Ce registre en sait long,sur les luttes suprêmes du
crime et de la foi, du désespoir et de la charité : il
révèle une face de la nature humaine qui se produit rarement dans l’histoire.
Je finis par les associations qui s'occupent de ce qui est la fin de tont en ce monde. La confrérie de la Mort établie dans le 16° siècle, se consacre particulièrement , avec d'autres confréries, à la sépulture des pauvres. Elle à joint à son titre primitif le nom de la Prière, à la tristesse des convois funèbres, la splendide dévotion des Quarante Heures, instituée par elle, afin de charmer saintement ses préoccupations lugubres, et d'ensevelir en quelque sorte dans les plus doux mystères de la foi les répugnances de la nature. Les écrivains, qui ont parlé de cette confrérie, signalent à ce sujet un fait assez remarquable. On voit, par quelques rescrits impériaux, qu'une compagnie du même genre, composée de marchands et d'artisans, s'était déjà établie au 4° siècle. L'histoire des associations particulières vouées à la bienfaisance commence par une société en faveur des morts, comme l’histoire des monuments matériels de la charité commence par les eimetières et les catacombes. Nous sommes ramenés
-ainsi, en finissant, à notre point de départ. Le pre-
mier acte de la charité chrétienne envers les maux È du corps a eu lieu, lorsque les saintes femmes du Calvaire, avec Joseph d’Arimathie, prirent soin de la sépulture du Sauveur. Depuis, toutes les œuvres de même genre ont toujours vivement remuétoutes à s les sympathies de la foi. Les actes de bienfaisance, - qui ont pour objet le soulagement des souffrances 72 physiques, ne se rapportent par eux-mêmes qu'aux
choses du temps; l'intention de la personne qui
exerce ces actes peut seule les faire monter plus haut. Mais les soins rendus à ce qui n’a plus aucun besoin terrestre sont une charité prophétique, qui n’a la conscience d'elle-même que dans la foi à l’immortalité.
Le rapide coup d'œil historique que nous venons de jeter sur la charité romaine ne donne qu’une idée très-incomplète des institutions actuelles: Pour remédier à cet inconvénient, nous donnerons dans l’appendice de cet ouvrage un tableau dans lequel elles seront énumérées et classées. Nous voulons seulement recueillir ici les observations suivantes :
Dans toutes les branches de la charité, dans les mesures pour la distribution des secours aux différentes classes des pauvres, dans l'institution des écoles, des maisons d'asile, d'éducation et d'apprentissage pour les orphelins et les jeunes gens des deux sexes, des dots pour les jeunes filles et des hospices pour les pauvres invalides, dans l'établissement des hôpitaux et le régime des prisons, nous retrouvons d’abord de grandes œuvres fondées directement par les Papes.
Si nous prenons ensuite ces diverses branches, en ne comptant plusles fondations papales, voici ce que nous :pouvons remarquer : Dans la distribution des secours à domicile, les confréries prédominent; dei: les écoles élémentaires, ce sont les congrépations d'hommes et de femmes. La plupart des maisons d’asile et des conservatoires ont été fondés par la charité des particuliers. Les confréries reprennent la plus grande part dans l'œuvre de la dotation des jeunes filles pauvres. Sur quatorze ou quinze institutions de ce genre, elles en ont dix. Les cardinaux figu-
rent spécialement dans la fondation des hôpitaux. Plusieurs de ces maisons ont été aussi établies par des ecclésiastiques et des laïques charitables. Des congrégations de prêtres, des confréries, des ordres religieux, notamment les Jésuites, se consacrent à l'exercice de la charité dans les prisons. Parmi les œuvres romaines; nous rencontrons trois institutions françaises : les Frères de la Doctrine chrétienne sont employés dans l'hospice de Sainte-Marie-des- Anges; les dames du Sacré-Cœur élèvent des orphelines ; la maison pénitentiaire pour les femmes est tenue par les dames du Bon-Pasteur.
Parmi ces institutions, il en est sans doute qui ont besoin de réformes et d'améliorations. Dans quelquesunes de vieux règlements, calculés pour l'époque où ils ont été faits, devront être modifiés, pour se trouver parfaitement en ‘rapport avec les changements survenus dans la société ; quelques autres ont subi l'influence de causes diverses qui ont affaibli leur action. Voyez les fontaines de Rome, si nombreuses et si belles : s’il arrive que de temps en temps quelquesuns des tuyaux qui les alimentent soient engorgés, si d’autres ont des fissures par lesquelles une cer-
taine quantité d’eau se perd, cela sera réparé : en at-
tendant, nous n’en dirons pas moins que Rome est très-riche en belles fontaines ef en beaux établissements de charité. Les réformes se font ici lentement, mais, en général, à coup sûr, soit que Rome réalise ses propres idées, soit qu'elle profite des perfectionnements qui s’opèrent dans d’autres pays. Cette ville, obligée, par son essence même, à inspecter le monde, est ungrand observatoire. Elle assiste aux discussions
380 VRP CHAPITRE XI.
etaux essais dont d’autres contréessontle théâtre; elle sait que beaucoup de systèmes d'économie sociale passeront comme des nuées sans eau, que l'utilité réelle de quelques autres pourra être constatée par la double épreuve de l'examen et de l'expérience. Lorsqu'une idée a recu cette sanction, elle l’adopte, elle se l'assimile, au degré où cette idée est applicable à ses propres besoins. Ilest bon sans doute que quelques pays se lancent plus hardiment dans la carrière des perfectionnements, au risque de bien des mécomptes; mais il est en même temps nécessaire que cette tendance ait un contre-poids, et, si cette force de stabilité doit avoir quelque part dans le monde chrétien son principal foyer, c'est assurément dans le centre. Du reste, tout annonce que, sous l'impulsion de celui qui préside aujourd'hui à ses destinées, la ville éternelle fera un de ces pas sûrs et puissants dont elle-a tant de fois donné l'exemple. | Les faits que nous avons passés en revué se rattachent à un certain nombre de monuments qui sont contemporains de ces faits, ou qui ont succédé, souvent dans le même endroit, aux monuments originaires. Nous en signalerons les principaux : Fo
Les cimetières des Catacombes, cette grande œuvre
de la charité chrétienne envers les morts, substit 1ée À. ) D
au système inhumaïn des sépultures païennes ;
Les anciennes églises diaconales, qui présidaient à l'administration de la charité, et notamment l’archidiaconie de Saint-Laurent, aujourd'hui Sainte- Marie in Dominicä, au mont Cœlius ;
L'église de Saint-Jérôme-de-la-Charité, autrefois maison de sainte Paule, et demeure de saint Jérôme:
nous avons vu par quel genre de relation elle se trouve liée à la fondation du premier hôpital de Rome, au 4° siècle;
L'emplacement de l'hôpital de saint Symmaque : il est renfermé dans ce qui forme aujourd’hui l'enceinte del'hôpital du Saint-Esprit, construit au 1 3° siècle, lequel, ayant remplacé la fondation antique, se trouve, par cette succession, le patriarche de tous les hôpitaux du monde;
Le palais de Latran, antique siége de laumônerie apostolique : cette institution, que saint Grégoire-le Grand a organisée, ou dont il a du moins posé la base, a été le type d’une foule d'institutions analogues, qui ont surgi dans tous les pays chrétiens.
Dans le 8° et le 9° siècle, les Papes eurent à réparer d'immenses ruines, accumulées par les désastres des siècles précédents. Un grand nombre de basiliques, de diaconies, d’hospices, furent reconstruits. La diaconie de Sainte-Marie-in-Cosmedin, rebâtie par Adrien I, est un beau monument de cette époque réparatrice. Rome dut aussi ouvrir des asiles à d’autres infortunes que les siennes. Une foule de Grecs et d'Orientaux, fuyant la persécution des Iconoclastes ou celle des Sarrasins, se réfugièrent à l'ombre de ses monastères. Le couvent de Saint-Alexis sur le Mont Aventin est un des édifices existant encore aujourd'hui auxquels se rattache le souvenir de cette hospitalité. Dans le 11° siècle, Rome, saccagée et incendiée par les troupes de Robert Guiscard et par les armées impériales, dut se remettre encore à l'œuvre desréparations. Bientôt après une grande partie des ressources qui auraient pu servir à ses besoins par-
ticuliers furent consacrées à une entreprise d’ une utilité générale pour la chrétienté, les ‘Croisades. Toupr au commencement du 13° siècle, nous voyons recommencer une série de monuments et d'institutions de charité dont les plus soiré bei sont encore debout :
L'hospice fondé par Innocent II pour les enfants abandonnés. Pendant longtemps ils avaient été recueillis par les églises à la porte desquelles on les déposait. Quelques petits essais de maisons de refuge, consacrées particulièrement à cette bonne œuvre, avaient eu lieu. Mais l'établissement que ce Pontife forma dans le chef-lieu de la chrétienté, et qu'il entoura d'une bienveillance solennelle, fut un exemple proposé à tous les pays;
L'église de Sainte-Lucie del Gonfalone est aujourd'hui le plus vieux monument de ces confréries de charité, dont InnocentIIT avait donné le signal. Cette église a été concédée, en 1264, à la confrérie dont elle a pris plus tard le surnom. L’écusson des croisades, la croix rouge et bleue, figure encore maintenant sur l'étendard de cette association de bienfaisance, en mémoire de son zèle pour le rachat des captifs. La plupart des autres confréries charitables ont aussi chacune son monument, son oratoire particulier ;
L'édifice où se trouve actuellement le Mont-depiété, qui a succédé à un autre édifice conservant le nom de Monte Vecchio, nous fait remonter par ses inscriptions à l'origine de ce genre d'établissements, né à l'ombre de la Papauté, et activement propagé par elle ;
Dans le 16° siècle, saint Philippe de Néri ouvre aux pèlerins de toutes les nations cet hospice de la Trinité que tous les étrangers visitent; Sixte-Quint fonde en faveur des pauvres cette grande institution dont l'hospice apostolique de Saint-Michel est devenu le principal foyer ; saint Joseph de Calasanzio établit l'instruction primaire gratuite; le siége de son institut à Saint-Pantaléon avait été originairement installé dans une maison située à l'endroit où se trouve maintenant l'entrée du monastère de Saint- André della Valle ;
Dans le siècle suivant, les prisons Innocentiennes donnent à l'Europe un exemple d'améliorations matérielles dans ces tristes demeures ;
La maison correctionnelle, fondée par Clément XI au commencement du dernier siècle, inaugure le système pénitentiaire ;
De nos jours, enfin, l'œuvre admirable de Léon XII pour la distribution générale des secours signale, dans l'administration de la charité, un progrès qui n’a encore de monument que dans la reconnaissance des pauvres.
Étudiez ces monuments, ces institutions, autour desquelles se groupent une foule d'autres établissements moins connus; remontez à leurs origines, suivez leurs développements, consultez leurs inscriptions, leurs tableaux, et, sil ya lieu, leurs archives, la belle histoire qui se déroulera sous vos yeux vous fera reconnaître cette vérité : dans la plupart des grandes mesures de bienfaisance, Rome a eu l'initiative pour les inventer ou pour les propager. Au dernier siècle, l'histoire, telle qu'on nous la fabriquait
384 CHAPITRE XL. : 4 alors, avait calomnié de mille manières l’action du clergé catholique en faveur des classes souffrantes: les travaux de notre époque ont commencé à faire justice de ce grand mensonge. Mais il y a un point qu'on doit particulièrement mettre en lumière : c'est la place éminente que la Papauté occupe dans les annales de la charité. Je n'ai pu vous en offrir qu'une faible esquisse : d'autres en feront le tableau.
Je regrette de terminer ce volume : je voudrais ne l'écrire que dix ans plus tard, pour y ajouter quelques pages sur les institutions de bienfaisance que le souffle de Pie IX aura fait éclore ou revivre. Depuis les 4° et 5° siècles, où la charité chrétienne commence à s'organiser librement, Rome a eu, pour les créations de ce genre, quatre époques principales qui sont, du reste, liées entre elles par une chaîne continue de bienfaits : l'époque de saint Grégoire, au 6° siècle; celle d’Adrien [”, de Léon IIE et de Pascal I”, au 8° et 9°; celle d'Innocent IL, au 13°; ct enfin, celle de Sixte-Quint. Tout annonce qu'une autre époque est arrivée, que la charité romaine va avoir comme une végétation nouvelle, si les passions humaines n’en arrêtent pas le développement. Ne pouvant en retracer l’histoire, je veux du moins en recueillir ici les présages et les prémices, comme un trait qui achève ce que j'ai eu à dire de Rome. J'emprunterai à ses monuments eux-mêmes des paroles meilleures que celles qui viendraient de moi. Les inscriptions que la poésie du moyen âge a gravées sur les vieilles tombes des Papes, renferment des motsqu'on diraitchoisis tout.exprès pour peindre
l'âme du nouveau Pontife. C'est avec des couleurs antiques que j'essaie d'esquisser ce que nous voyons, à peu près comme on à fait à Rome, tant de monuments nouveaux avec des fragments du passé.
Lorsque le nouveau Pape a été proclamé, le monde entier a reconnu à l'instant que jamais une élection n’a été plus pure de toute autre influence que celle du mérite :
QUI GRATUS POPULIS ET, CELSO DIGNUS HONORE SUMPSISTI MERITIS PONTIFICALE DECUS.
Epitaph. Joannis I, ann. 535.
Agréable aux peuples et digne du rang suprême , Ce sont tes mérites qui ont pris possession du trône pontifical.
Chacun se souvient de la première parole qui est tombée de son cœur : « Pendant les jours où » la population tout entière, émue jusqu'au fond
» de l'âme, faisait éclater son allégresse pour notre » exaltation au Pontificat, nous n'avons pu nous » défendre d’un sentiment de douleur en pensant » que beaucoup de familles parmi nos sujets étaient » retenues en artière de la joie commune.