PANTHÉON
Restaurer tout dans le Christ.
S. Paul.
On contemple avec une émotion particulière les portraits des grands saints qui ont commencé par être de grands pécheurs. C'est que la déchéance et la réhabilitation dont ils nous offrent les types frappants forment le fond de notre destinée. Les mèmes idées peuvent être représentées aussi par une réunion de monuments, dans lesquels sont retracées, uon pas les phases de la vie de quelques hommes, mais les phases de l'humanité elle-même. La Providence, qui peint avec les choses comme nous avec les
couleurs, qui seulpte ses pensées avec les matériaux des siècles, a voulu nous offrir l'emblème le plus imposant dans la transformation de Rome païenne en Rome chrétienne, que nous devons maintenant étudier. Nous n'avons plus à considérer, dans la cité monumentale, le reflet des caractères généraux et des attributs de la société spirituelle dont Rome est le centre. Nous allons y remarquer spécialement l'image de l’action régénératrice par laquelle l'Église, ministre permanent de la grâce divine, travaille à substituer à l’homme ancien, déchu en Adam, l'homme nouveau régénéré dans le Christ.
Rome antique a été, à l'époque même de sa plus haute puissance, le plus srand signe de la déchéance humaine. L'être le plus dégradé est celui qui a fait tourner au mal les qualités les plus magnifiques. Rome avait recu de Dieu des dons sublimes; elle a eu des grandeurs que nulle société humaine n'a égalées. Il ne faut pas l'oublier, il faut se le rappeler, au contraire, pour mesurer la profondeur de la chute et bien comprendre sa réhabilitation chrétienne.
Ce changement, ou plutôt cette conversion monumentale, se présente sous deux aspects principaux, correspondant à la double opération de la grâce divine dans les âmes. La grâce purifie du mal en y substituant le bien; elle s'empare aussi des éléments du bien, que le mal a épargnés, pour les élever à un “état supérieur. De là, deux classes dé monuments : les uns reproduisent la sainteté chrétienne remplaçant Ja corruption paienne; les autres nous font voir là glorification des vertus surnaturelles du christianisme dans les lieux mêmes où Rome antique
avait honoré les vertus naturelles que le paganisme n'avait pas détruites.
Si l’on voulait concevoir complètement cette transformation, il faudrait constater ici le caractère et la situation d'un certain nombre d'édifices chrétiens, que le cours des âges a fait disparaître, qui ont été remplacés par d'autres. Ce coup d'œil rétrospectif ajouterait plusieurs des points de vue à ceux que nous offre la Rome d'aujourd'hui. Mais, outre qu'il entrainerait de trop longues recherches, il nous paraît suffisant, pour le but que nous nous proposons, de rapporter aux faits monumentaux placés sous nos yeux les idées que nous voulons faire ressortir.
Nous avons dit qu'une première classe de monuments reproduit spécialement le souvenir de la corruption antique effacée par le christianisme. Celui qui représente le mieux cette corruption d'une manière générale est l'édifice central de l'idolâtrie , le Panthéon.
Mais le mal a trois principales sources : l'orgueil , la soif des richesses, la passion des plaisirs.
Le monument qui retrace l’orgueil sous la forme la plus caractéristique, l'amour égoïste de la domination , c'est l’ancien Capitole.
Le vieux palais des Césars nous retrace aussi le même désordre fondamental, mais sous un autre aspect. I nous le montre particulièrement sous lestraits d'une cupidité immense, d'un amour dévorant des biens de ce monde, qui, comme un gouffre sans fond , aurait voulu engloutir toute la terre au profit d’un seul.
Enfin, le monument le plus gigantesque de l'amour effréné des plaisirs est le Colysée.
Parlons d’abord de l'édifice qui retrace, d'une manière générale, les désordres de l'idolâtrie dont Rome était la métr opole. Le poly théisme y avait multiplié ses temples; mais il n'y en a guère que quarante qu'on puisse faire figurer à nel hui dans une topographie de cette Killé: On ne connaît de plusieurs d’entre eux que leur place; elle est marquée, soit dans des descriptions rédigées au 4° siècle, soit dans cet ancien plan de la ville gravé sur des pierres, qu'on a retrouvé, et qui cst incrusté dans les murs de-l'escalier du musée Capitolin. Les fondations souterraines de plusieurs de ces édifices ont été reconnues. Des pans de murailles, des colonnes s'élèvent encore, derniers restes de quelques autres. Enfin , il y en a cinq ou six qui ont été transformés en églises; mais ils sont de petite dimension. Il ne reste debout qu'un seul grand temple qui représente avec éclat les pompes Pr de l'ancienne Rome.
Les ravages des siècles ont, par bonheur, épargné le monument le plus imposant par ses formés, le plus remarquable par l'époque de sa fondation, le plus sionificatif par l'idée qu'il figure. C’est le Panthéon: d’Agrippa , le temple de tous les dieux.
Je laisse aux artistes le soin de justifier l’admiration classique pour cette œuvre d'architecture. Le plus bel éloge qu'elle ait reçu est, à mon avis, la conception de Mickel-Ang ge, qui porta le Panthéon en l'air pour en faire la on de la basilique vaticane. Avec sa forme circulaire, sa voûte semi-sphérique arrondie comme celle du ciel, et au centre de sa voûte
le symbole du soleil dans l'ouveriure ronde qui répand la lumière, le Panthéon offrait une image du monde, que les anciens se représentaient sous une forme analogue. Le génie de l'empire, plus pompeux $ que celui de la république, se manifesta bien vit à dans cètte œuvre qui sortit de terre au moment où Auguste venait de se couronner du titre d'empereur. Si Aupuste, ou son geudre Agrippa, n'avait pas eu la peusée de ce monument, un autre l'aurait eue : elle n'était pas un accident, un caprice, mais le produit naturel de l'idée que Rome avait de Rome. La cité reine n'avait subjugué toutes les nations qu'en adoptant tous les Dieux. Après avoir enlevé à tant de peuples leur indépendance politique, elle leur enlevait ce qu'il y avait de plus haut dans leur nationalité, en glorifiant comme ses protecteurs propres les dieux qui les avaient livrés à sa domination. Îl était naturel, surtout au moment où toutes les forces politiques se rencontraient dans un seul palais, de concentrer à Rome tous les cultes dans un seul temple : le palais des Césars avait besoin du Panthéon. Le premier de ces monuments, qui représentait principalement la force, a péri. Mais l’autre monument, qui figurait empire romain sous sa forme la plus élevée, sous la forme religieuse, qui montrait dans Rome, non l'arsenal de toutes les victoires, mais le forum de tous les cultes, est resté debout pour recevoir du culte vraiment universel une régénération sublime.
Toutefois, malgré sa destination future, il y eut uue époque où, n'étant plus païen, il ne fut pas chrétien encore. Au 5° siècle, il fut fermé, comme
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tant d'autres temples de la vieille Rome. Le grand autel, qui se trouvait en avant des gradins de l'escalier, fut renversé. Bientôt après la main rapace des -Goths et des Vandales n'épargna pas les ornements de bronze et d'or qu'Auguste, Septime-Sévère et Caracalla y avaient prodigués. Les hymnes, les couronnes de fleurs, la foule, semblaient avoir abandonné sans retour son enceinte désolée. Entre les marbres de l'escalier, l'herbe croissait. Les colonnes de la facade semblaient pleurer la magnifique inutilité du vestibule désert. La porte d'airain, close nuit et jour, était plus immobile que celle d’un tombeau. Semblable à un grand pécheur qui passe quel: que temps dans la retraite et la pénitence, avant d'aspirer au sacerdoce auquel Dieu l'a destiné, le Panthéon demeura pendant deux siècles dépouillé, solitaire, plein de deuil et de silence. Il attendit ainsi le moment où sa porte, s'ouvrant aux acclamations du peuple chrétien rassemblé sous le vestibule, laissa voir au fond du temple, à l'ancienne place de la statue du Jupiter Vengeur, une Croix sur un autel. :
Le Panthéon fut consacré à la sainte Mère de Dieu et à tous les Martyrs’. L'époque de cette con-
! Ipse (Bonif. IV) eliminatä omni spurcitià fecit ecclesiam sanctæ Dei genitricis atque omnium martyrum Christi. Beda, Martyrolog. ac etiam in Aistor.
Fecit ecclesiam sanctæ Mariæ semper Virginis et omnium martyrum. Anast., in Bonf.
Bonifacius Papa ecclesiam in honore semper Virginis Mariæ et omnium martyrum dedicavit. Usuard., Martyrolog.
Sanctæ Mariæ ad martyres dedicationis dies agitur. Anfig. Martyrolog. Roman. dictus parvus. |
version monumentale nous a été signalée par une inscription funèbre de l'ancienne basilique vaticane. On lit dans l'épitaphe du pape Boniface IV : « Du
» temps de l'empereur Phocas, ce pontife, fixant ses » regards sur un temple de Rome qui avait été dé- » dié à tous les démons, le consacra à tous les saints.»
. Les édifices publics de l'ancienne Rome appartenaient aux empereurs : le Pape fut donc obligé de
demander à l'ignoble souverain, qui résidait à Bysance, la permission de faire une chose sublime. La date de cetté consécration, qui eut lieu en 607, coïncide avec l'érection de la colonne dédiée à Phocas, que nous voyons encore au pied du Capitole. Ce monument ne fut qu'une flatterie de courtisan, imaginée par Smaragdus, l'exarque d'Italie; mais il est très-possible qu'elle ait disposé Phocas à faire le magnifique présent du Panthéon à Rome chrétienne. Peut-être le souvenir de ce bienfait a protégé à son tour la colonne de Phocas. Celles de Trajan, de Marc-Aurèle et celle-ci sont les trois seules colonnes nominativement dédiées qui aient eu le privilége de demeurer debout à travers les bouleversements de Rome.
La consécration du temple de tous les dieux à tous les martyrs fit une impression profonde. Les fidèles, accoutumés dès Les premiers temps à se réunir dans les églises des martyrs, aux anniversaires de leur mort, accouraient en foule dans cette église le jour où l'on y célébrait cette fête universelle". On s y ren-
: Et allora tanta gente concorreva à Roma, che pareva l'anno santo. Panciroli, Z'esor., p. 89.
dait, disent les auteurs, comme on vient pour l'année sainte du Jubilé.
La dédicace, faite par Boniface IV, fut complétée lorsque Grégoire IV, consacrant le Panthéon à tous les saints, en fit le centre de la solennité qu'il établit pour toute l'Eglise. Un ancien Ordo romain dit qu'a la Toussaint tout le peuple doit assister à la messe, comme à Noël, soit à Rome, soit dans tout l'univers ‘. Le jour de Noël célèbre la naissance temporelle de Dieu dans les misères de notre nature;-le jour de Ja Toussaint célèbre la naissance éternelle des hommes dans les splendeurs de l'essence divine. Le mystère du salut est glorifié par l'une de ces fêtes, dans son principe, par l'autre dans sa consommation. C'est pour cela que la Toussaint est la dernière des grandes solennités de l’année liturgique, parce qu'elle figure la fête qui ne sera suivie d'aucune auire.
Si l'on veut bien comprendre la signification du monument, dans lequel la glorification de tous les saints a été substituée au culte dé tous les démons, il est bon, je crois, de relire ces paroles de saint Augus: tin: « Nous savons qu'il y a deux cités: l’une jouitde » Dieu, l'autre est gonflée par le mal; l'une brûle du
‘ In calendis Novembris Romæ ct per totum orbem plebs : universa sicut in die Natalis Domini ad ecclesiam in honorem omnium sanctorum ad missarum solemnia convenire studeat : illud attendentes, ut quidquid humana fragilitas per ignorantiam aut negligentiam in solemnitatibus ac vigiliis sanctorum minus plenè peregerint, in hâc observatione sanctâ solvatur. Vet. Ord. Rom. NV. Baron. , ên Notis ad Martyrolog. die primä Novemb.
» saint amour de Dieu, l’autre a été toute fumante » de l'amour impur de sa propre grandeur ; et » commeila été dit: Dieu résisteaux superbes, mais » il donne sa grâce aux humbles, l’une réside dans » les cieux des cieux, l'autre s'agite dans le monde » infime: l’une se repose dans la lumière que la ». piété répand, l’autre se remue en désordre dans la » cupidité, mère des ténèbres'.» Que le même édifice aitété successivement, autant qu'un ouvrage humain peut l'être, le monument central de l’une et de l'autre de ces deux cités, c'est une des plus admirables révolutions que présente l'histoire monumentale. On pourrait trouver une assez belle alléoorie de cette révolution sur le frontispice même de l'ancien temple, si le temps n'avait pas détruit le orand basrelief de bronze doré qui s'y trouvait primitivement. Les Titans, à ce qu'il paraît, y représentaient les ennemis qu Auguste avait vaincus; il y était lui-même symbolisé sous les traits de Jupiter armé de la foudre. C'était de l'idolâtrie impériale sous le masque de l'idolâtrie théologique. Mais cette fable des Titans, qui n’a été, dans le principe, qu'un récit altéré-du combat de Satan et de ses anges contre Dieu, se trouverait maintenant ramenée à un sens plus conforme à son origine. Les esprits rebelles, chassés du Panthéon, où ils avaient tenté d'escalader le ciel en usurpant les honneurs suprèmes, nous seraient figurés sous la forme des Titans foudroyés, et le bas-relief païen du
1 Unam fruentem Deo, etc. De civitat Dei, lib. x, c. 33. — Ce qui est dit ici des anges s'applique également à leurs frères terrestres les sains, qui ne forment avec eux qu'une ‘même société.
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frontispice redeviendrait, en quelque sorte, chrétien comme le temple be)
J'essayerais de faire ressortir les idées que renferme
la double destinée du Panthéon, si un grand écrivain n'avait pas épuisé ce sujet en quelques pages, que je ne puis ici ni remplacer ni omettre : « Toutes les
erreurs de l'univers, dit M. de Maistre, convergeaient vers Rome, et le premier de ses empereurs les y rassemblant en un seul point resplendissant,
les consacra toutes dans le PANTHÉON. Le temple de TOUS LES DIEUX s’éleva dans ses murs, et seul de
‘tous ces grands monuments, il subsiste dans son
intégrité. Toute la puissance des empereurs chrétiens, tout le zèle, tout l'enthousiasme, et, si l'on veut même, tout le ressentiment des chrétiens, se déchaînèrent contre les temples. Théodose ayant donné lesignal, tous ces magnifiques édifices disparurent. En vain les plus sublimes beautés de l'architecture semblaient demander grâce pour ces étonnantes constructions ; en vain leur solidité lassait les bras des destructeurs ; pour détruire les temples d'Apamée et d'Alexandrie, il fallut appeler les moyens que la guerre employait dans les siéges. Mais rien ne put résister à la proscription générale. Le Panthéon seul fut préservé. Un grand ennemi de [a foi , en rapportant ces faits, déclare qu'il ignore par quel concours de circonstances heureuses le Panthéon fut conservé jusqu’au moment où, dans les premières années du 7° siècle, un Souverain Pontife le consacra A TOUS LES SAINTS ‘.
* Gibbon, /istoire de la Décadence, etc., in-8, t. VII,
ch. xxvut, n. 34°, p. 368,
Ah! sans doute il l'ignorait ; mais nous , comment pourrions-nous l'ignorer! La capitale du Paganisme était destinée à devenir celle du Christianisme ; et le temple qui, dans cette capitale, concentrait toutes les forces de l'idolâtrie, devait réunir toutes les lumières de la foi. Tous LES SAINTS à la place de TOUS LES Dreux! quel sujet intarissable de profondes méditations philosophiques et religieuses! C'est dans le PANTHÉON que le Paganisme est rectifié et ramené au système primitif dont il n’était qu'une corruption visible. Le nom de DIEU sans doute est exclusif et incommunicable ; cependant il y a plusieurs DIEUX dans le ciel et sur la terre. Il y a des intelligences, des natures meilleures, dés hommes divinisés. Les Dieux du christianisme sont LES SAINTS. Autour de DIEU se rassemblent TOUS LES DIEUX, pour le servir à la place et dans l’ordre qui leur sont assignés.
» O spectacle merveilleux, digne de celui qui nous l'a préparé, et fait seulement pour ceux qui savent le contempler! AE
» PIERRE, avec ses clés expressives , éclipse celles du vieux Janus ?. Il est le premier partout, et tous les saints n’entrent qu'à sa suite. Le Dieu de l'iniquité *, PLUTUS cède la place, au plus grand des Thaumaturges, à l'humble FRANÇOIS dont l’ascendant inoui créa la pauvreté volontaire, pour faire
1 S, Paul aux Thessalon., If, 11, L.
2 Præsideo foribus... cœlestis Janitor aulæ…. Et clavem ostendens, hæc, ait, arma gero.
Ovid., Fast., 1: 195, 139, 254.
5 Mammona iniquitatis. Luc, xvi, 9.
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équilibre aux crimes de la richesse. Le miraculeux XAvIER chasse devant lui le fabuleux conquérant de l’Inde. Pour se faire suivre par des millions d'hommes, il n’appela point à son aide l'ivresse et la licence ; il ne s'entoura point de bacchantes impures : il ne montra qu’une croix; il
ne prêcha que la vertu, la pénitence, le martyre
des sens. JEAN DE DIEU, JEAN DE MATHA, VINCENT DE PAUL (que toute langue, que tout âge les bénissent!) reçoivent l'encens qui fumait en l’hon-
neur de l’'homicide Mars, de la vindicative JUNON.
La Vierge immaculée, la plus excellente de toutes les créatures dans l’ordre de la grâce et de la sainteté ‘; discernée entre tous les saints, comme le soleil entre tous les astres *, la première de la nature humaine, qui prononça le nom de SALUT *; celle qui ‘connut dans ce monde la félicité des anges et les ravissements du ciel sur la route du tombeau”; celle dont l'Éternel bénit-les entrailles en soufflant son esprit en elle, et lui donnant un Fils qui est le miracle de l'univers * ; celle à qui il fut donné d’enfanter son Créateur *; qui ne voit que Dieu au-dessus
1 Gratià plena, Dominus tecum. Luc, 1, 98.
4 S. Franc. de Sales. 7rarté de l'Amour de Dieu, m, 8. s Le même. Lettres, liv. vin, ép. xvn. — Et rule Spi-
ritus meus in DEO SALUTARI Meo.
# ++... Die Wonne der Engel erlebt, Die Entzückung der Himmel auf dem Wege zum Grabe. Klopstocks, Messias, xit.
$ Alcoran, ch. xxt, v. 91, des Prophètes.
6 Tu sei colei che l’umana natura
Nobilitaste si, che’l tuo fattore
Non si sdegno di farsi tua fattura.
Dante, Paradiso, xxx, 4, seq.
d'elle‘, et que tous les siècles proclameront heureuse * ; la divine MARIE monte sur l'autel de VÉ- NUS PANDÉMIQUE. Je vois le CHrisr entrer dans le Panthéon, suivi de ses évangélistes, de ses apôtres, de ses docteurs, de ses martyrs, de ses confesseurs, comme un roi triomphateur entre, suivi des GRANDS de son empire, dans la capitale de son ennemi vaincu et détruit. À son aspect, tous ces dieux-hommes disparaissent devant l'Homme-Dreu. Il sanctifie le Panthéon par sa présence, et l'inonde de sa majesté. C'en est fait : toutes les vertus ont pris la place de tous les vices. L'erreur aux cent têtes a fui devant l’indivisible Vérité : Dieu règne dans le Panthéon, comme il règne dans le ciel, au milieu de TOUS LES SAINTS.
» Quinze siècles avaient passé sur la ville sainte, lorsque le génie chrétien, jusqu’à la fin vainqueur du pag anisme , osa porter le Panthéon dans les airs *, pour n'en faire que la couronne de son temple fameux, le centre de l'unité catholique , le chef. d'œuvre de l'art humain, et la plus belle demeure terrestre de CELUI qui a bien voulu demeurer avec nous”, PLEIN D'AMOUR ET DE VÉRITÉ . »
Sinen ewigen æohn (ihn séhut kein Séheæpfer) Geboren. Klopstocks, Messias, xx, 86.
Cunctis cœlitibus celsior una, Solo facta minor Virgo Tonante, Hymne de l'église de Paris. Assomption.
2 Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.
Luc, 1, 48.
‘Allusion au mot de Michel-Ange : Je le mettrai en l’air. “ Et habitavit in nobis plenum gratiæ et veritatis. Joan.,
5 De Maistre; fin de l'ouvrage : Du Pape.
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Si ces grandes idées sont représentées par la conversion monumentale de cet édifice, elles ne sont pourtant pas encore figurées comme elles devraient l'être par sa décoration intérieure. Lorsque Boniface IV fit du Panthéon une église, les calamités du temps et l'état de l’art à cette époquene permettaient pas de lui donner une ornementation digne de lui. Depuis lors, il a traversé une longue suite de revers. Moins de soixante ans après sa dédicace, l'empereur de Bysance, Constantin III, passant douze jours à Rome, enlève les tuiles de bronze doré qui formaient sa toiture. Le Panthéon est pendant sept siècles exposé à l'intempérie des saisons. Le sol de la ville, en s'exhaussant , recouvre l'escalier par lequel on y montait ". Durant cet espace de temps, des masures encombrent son portique. Les Papes ont plusieurs fois repoussé cette ignoble invasion d'échoppes, qui est revenue à plusieurs reprises battre les piédestaux de ses colonnes et masquer leurs chapiteaux.
Le mouvement imprimé aux arts dans les 15° et 16° siècles semblait promettre au Panthéon une destinée plus glorieuse. Il fut, à la vérité, débarrassé de son triste entourage; mais sa décoration intérieure n'eut aucun éclat. Les Papes avaient à bâtir le nouveau Saint-Pierre et d’autres églises. Les artistes de l'époque suivante, occupés ailleurs, eurent bien
! In quod (templum) tot gradibus nunc descenditur, quot olim ascendebatur, ut columnarum basis in portico ipsius existenti ostendit, simul et arca ex quadrato lapide superioribus annis detecta, ex quo apprehendi potest quantüm ruinis creverit urbis solum. Barth. Marliani, Anfiquæ Romæ topograpk., p. 432.
TRANSFORMATION DE ROME. 403 vite oublié le temple où Raphaël pourtant avait son tombeau. Cet oubli a été un bonheur. Si, avec le goût païen qui dominait la plupart d'entre eux dans les œuvres mêmes destinées à des églises originairement chrétiennes, ils cussent été chargés de décorer le chef-d'œuvre de l'architecture païenne, s'ils eussent été libres de prendre leuggébats tout à leur aise dans un édifice, dont le nom , la forme circulaire, l'ordonnance eussent transporté leur imagination en plein paganisme, et leur en eût fait, en quelque sorte, respirer l'air, la tête leur eût tourné; ils y eussent rêvé la gloire des Scopas, des Zénodore, des Amulius, statuaires ou peintres du siècle qui a vu naître le Panthéon. L'édifice qui se trouve être, comme église, le monument le plus significatif de la conversion du paganisme au christianisme, fût devenu probablement le principal théâtre de l’aberration artistique, qui tendait à faire disparaître l'idéal chrétien de l'art sous un style faussement païen.
Nous n'avons donc pas à regretter que le Panthéon ait échappé aux tristes chefs-d' œuvre dont il était menacé. Grâce au ciel. il offre une sublime place presque toute vide pour les travaux futurs. Il a marqué jadis, par sa dédicace, une grande rénovation morale. Il est destiné, nous l’espérons, à glorifier une sainte régénération de l’art, le Jour où l'idée, dont ce temple est l'expression, y sera sp mée aussi par les monuments qui viendront s'y placer, Il ne suffirait pas pour cela de le peupler d'i-
mages et de sculptures religieuses , choisies d'après a vues particulières de dévotion, sans liaison directe avec la destination de cette église; elles doivent
toutes se coordonner à l’idée fondamentale de cet édifice. Supposez que les principaux ordres qui composent la cour céleste, les anges, les patriarches, les prophètes, les apôtres, les martyrs, les docteurs, les vierges, y soient représentés sous la présidence de la Reine des cieux, par un personnage de chaque ordre. Placez aussi sous la voûte, ou entre les colonnes de ce temple, les tableaux , les statues, les bustes des saints qui ont porté la lumière de l'Évangile dans les diverses régions de la terre. Figurez sous le vestibule où la chute des Titans avait été retracée autrefois , l'archange Michel foudroyant les anges rebelles, qui seraient reproduits sous les traits et avec les attributs des divinités païennes. Ce système de décoration , ou tout autre conçu dans un point de vue analogue, ne semble-t-il pas être attendu par le vieux Panthéon ? Toutes les nations chrétiennes pourraient être invitées à contribuer à la splendeur de ce temple à la fois universel et national. Chacune d'elles pourrait offrir la statue du saint qui l’a évangélisée. Il serait heau, ce concours de toutes les parties de l'Église militante apportant leur tribut au monument de l'Église triomphante. Ce serait un phénomène tout nouveau dans l'histoire de la piété et de l'art; mais ce n’est pas une raison pour ne pas le provoquer, pour ne pas l’espérer. Pourquoi l'esprit d'association , qui se développe sous tant de formes et avec tant d'activité, ne pourrait-il pas produire dans la double sphère de la sainteté et du beau, des œuvres inconnues aux âges précédents , comme il en fait naître dans le domaine de l'utilité matérielle? Aucune œuvre d'art ne méri-
terait mieux d’exciter dans le monde chrétien un intérêt général, que celle qui aurait pour objet de glorifier un temple, qui est lui-même le monument central de la glorification de l'humanité régénérée dans le Christ.
406 CHAPITRE XIIL.