OREMUS
Subveniat, quæsumus, Domine, plebi tuæ in periculis inclinatæ, tua, ut indiget, misericordia copiosa; ad quod te moveant Dei Virginis Genitrieis, et aliorum sanctorum in præsenti Sarcophago sepultorum merita veneranda, quorum memoriam devotione, quà possumus, frequentamus; per, etc. Memor. istorich. della chiesa d'Ara-Cœli, aut. Padre Casimiro.
particulier. Ce chant chrétien, chanté sur les ruines du temple de Jupiter Capitolin, rappelait qu'à ce même lieu avait été le point culminant de l’idolâtrie, et que le prince des ténèbres, qui avait été chassé de ce trône, avait toujours des traits ennemis qu’il fallait repousser par la prière.
Cette église doit aussi à la même légende le privilége d'avoir été célébrée par un des plus beaux génies de l'Italie moderne. Dans une épître à Clément VI, Plutarque introduit Rome, qui parle au Pape en ces termes :
« Rappelle-toi avec admiration que César Au- »guste, guidé par la voix prophétique de la Sibylle, » monta jadis sur le rocher du Capitole, et y fut » stupéfait, dit-on, par une apparition divine. O » merveilleux enfant! gloire des cieux! Fils certain » du Tout-Puissant! cette illustre ville sera toujours » la demeure de toi et des tiens, et toujours on ap- » pellera Autel du ciel ce lieu où s'élève le temple » qui porte le nom de la Mère’. »
On voit que la légende qui lie le nom d’Auguste à cetteéglisea été bien favorisée: elle a eu des tableaux, des chants sacrés et les vers d’un grand poëte. Mais a-t-elle eu aussi, à quelque égard, l'appui de l'his-
Hos quidem ex multis reor admiraberis actus Cæsareos, ut Tarpeio vestigia colle
Fatidicæ quondam ductu, monitisque sibyllæ Presserit Augustus Cæsar, visuque feratur Obstupuisse Deo. Quid tùm nisi talia volvens? Alme puer, decus æthereum, stirps certa Tonantis Ita tibi, simul atque tuis Urbs inclyta semper Præstabit sedem, cœlique vocabitur Ara
Iste locus surgens Matris de nomine templum.
Petrarch,, Epistolar., Lib, 11,
TEMPLE DE JUPITER CAPITOLIN. 415 toire? Peut-on croire que l'empereur Auguste a été poussé par un oracle des Sibylles à ériger le monument en question? D'une part, il n’est pas possible de ranger cette tradition parmi celles qui ont véritable autorité. Le silence des écrivains contemporains d'Auguste ne fournit pas, ilest vrai, contre elle une objection tout à fait péremptoire. On sait que de pareils arguments négatifs ont été souvent en défaut, et je ne croirais pas qu'il fallût reculer devant celui-ci, si nous avions ici une tradition dont on pourrait, avec quelque vraisemblance, rapporter l'origine à l'époque dont il s'agit. Mais cette condition rious manque. Le premier document qui signale l'existence de cette tradition, est le Lexique de Suidas : cette indication est bien tardive. D'un autre côté, n'y a-t-il ici rien de plus qu'une fable pieuse? Si cette légende est née dans le moyen âge, a-t-elle pu surgir un beau jour comme un champignon, sans se lier à rien d’antérieur ? Par quel ordre d'idées a-t-on pu être conduit à rêver une anecdote, attribuée à un empereur paien, tandis que l'imagination et la crédulité populaire s'exerçaient particulièrement sur les sujets héroïques tirés de l'histoire du Christianisme? Si, au contraire, le moyen âge n'a pas inventé cette légende, sil l'a reçue des premiers siècles, où la mémoire d'Auguste était encore si vivante, où les chrétiens se préoccupaient des prédictions répandues sous le nom des Sibylles, cette tradition de quatorze ou quinze siècles n’acquiert-elle pas plus de consistance en remontant si près de l'époque où elle aurait dû avoir son origine? Est-ce qu'on voit par l'histoire des premiers siècles, que
les chrétiens d'alors avaient la manie de rattacher à certains lieux déterminés de fausses légendes païennes en faveur du Christianisme? Pour moi, il me semble que, sans admettre celle dont nous parlons, il ne faut pas non plus la mépriser entièrement. Je suis fort porté à croire qu’il en est d'elle ni comme de beaucoup d’autres, qui, sans être matéa riellement vraies, ont leurs racines dans un fond bi historique à la fois vague et réel, semblable à ces objets lointains où l'œil ne peut saisir que quelques grandes lignes à travers les vapeurs de l'atmosphère. Voici, en effet, comment on peut expliquer l'origine,
si le fait relaté par elle est imaginaire.
On sait qu'Auguste s'était montré très-préoccupé des vers sibyllins. Il avait fait rechercher toutes les copies de ces vers qui circulaient dans le public, et après avoir détruit celles qui lui avaient paru apocryphes, il avait renfermé les autres dans un lieu secret de son palais. Nous savons aussi que, suivant une opinion répandue à la même époque, les prédictions des Sibylles annonçaient la naissance prochaine d’un enfant divin qui devait révénérer le monde : la célèbre églogue de Virgile a été le brillant écho de cette opinion. Enfin, il est positif que les anciens vers des Sibylles avaient été déposés dans le souterrain du temple de Jupiter sur le Capitole, où ils étaient confiés à la garde des décemvirs. Ces trois faits historiques forment, pour ainsi dire, le terrain dans lequela germé la lésende relative à l'autel augustal. Elle a pu naître de deux manières. La sollicitude d'Auguste pour les oracles des Sibylles a dû être considérée comme un témoignage de sa croyance à leurs
TEMPLE DE JUPITER CAPITOLIN. 47 prophéties, et par conséquent donne une preuve de sa foi à l’avénement divin qu'elles annonçaient. Il était naturel de penser que cette foi avait dû s’exprimer par quelque hommage extérieur. On crut volontiers que ce qui avait dû être avait été. Lorsque l'enthousiasme ét l'imagination s'emparent d'une donnée historique, ils obéissent d'ordinaire, dans la. transformation qu'ils lui font subir, à un instine Ps qui les pousse à la représenter par quelque objet palpable, ou du moins sous une forme plus éclatante que le fait lui-même. Nous en avons déjà vuun exemple dans le sujet même qui nous occupe. L'ancienne tradition, telle qu'elle est rapportée par Suidas, parle d'un avertissement donné à Auguste par
un oracle; mais dans l’antienne que nous avons citée, dans la croyance populaire exprimée par les vers de Plutarque, il y a autre chose; l'avertissement est devenu une apparition. De même la croyance d'Auguste à la fameuse prédiction aura été métamorphosée en un hommage matériel; elleaura pris un corps, elle sera devenue un autel, parce qu'un autel était éminemment le symbole de cette religieuse croyance. Mais où avait-il dû ériger cet autel ? Avait-il pu hésiter? N'était-ce pas dans le premier des temples de Jupiter, puisque l'enfant prédit devait être, suivant
le mot de Virgile, le grand rejeton de Jupiter,
Magnum Jovis incrementum ?
N'était-ce pas dans ce même temple, dépositaire des prophéties qui annoncaient sa venue?
Cette opinion a pu naître aussi par une autre voie.
Nous avons dit que l'église d'Ara-Cæœli avait renll. 27
418 CHAPITRE XII. PEUT fermé autrefois beaucoup d'objets qui avaientappartenu à l’ancien temple. Quelque débris considérable, ressemblant, par ses formes, à un autel, sera resté fixé dans quelque endroit très-apparent de cette église. On se sera arrêté avecétonnement devant cette pierre énigmatique. En vertu de quelle prérogative monument impur avait-1l pu être respecté ? Il
faut, anrart:on As qu'à Fépoque où le sn est
* une origine DURE ; cn on se sera rappelé que ce eme sonit été le sanctuaire des prophéties Sibyllines, à la lumière desquelles le fondateur de l’empire avait vénéré, sans le connaitre, l'envoyé céleste qui devait, naître sous son règne. Un autel érigé à cette croyance était d'avance chrétien. On se sera expliqué par là comment il avait, seul. trouvé grâce dans la destruction universelle des autres, et les indices fournis par l'histoire sur la foi d'Auguste aux livres Sibyllins, sur le lieu où ces livres avaient été déposés, seront venus se concentrer dans ce débris mystérieux. 2 è La vieille tradition relative à cette plis vient d’être rajeunie dans une circonstance mémorable, Le temple du Capitole étant l’église du sénat et de la municipalité romaine, qui ont leurs palais sur cette même colline, c'est là que l'ancien municipe, ressuscité par Pie IX, sest rendu pour assister à une messe du Saint-Esprit, avant de frocéder à l’élection des sénateurs et des magistrats de la cité. A cette occasion, le prince de l'Église, président de Rome, a prononcé un éloquent discours devant le Pape, en lui présentant les membres de la munici-
TEMPLE DE JUPITER CAPITOLIN. ai
palité, qu’il allait conduire au Capitole. Aussi familiarisé, par son érudition , avec l’histoire des temps passés qu'il est sensible, par sa haute piété, à la beauté chrétienne de Rome, le cardinal Altieri a fait une allusion heureuse aux souvenirs des prophéties Sibyllines, qui flottent sous la voûte de l'église d’Ara-Cœli : « En descendant de cet Hi > » lustre Quirinal, nous allons monter sur cétte A 4 » antique colline, sur laquelle un jour se décida le “1 » sort du monde, et nous nous félicitons de voir de » ces destinées belliqueuses changées en destinées » pacifiques. Arrivés là, nous entrerons dans ce » temple antique, où nous retrouvons le souvenir » de la voix prophétique qui annonça une ère nou- » velle, époque féconde de paix et de prospérité. » Cette légende, ou plutôt le fond historique dont elle est l'émanation, a donné à l’église d’Ara-Coœli un caractère spécial. En s'élevant sur l'emplacement de l'ancien temple, l’église chrétienne a recueilli, avec les vieilles colonnes, les meilleurs souvenirs attachés à ce grand foyer des prédictions Sibyllines qui avaient fait pressentir au monde païen la naissance d’un Sauveur. Elle est devenue, par là même, le mémorial particulier de cette naissance. La basilique de Sainte-Marie-Majeure, où sont déposées les précieuses reliques de Bethléem, est matériellement l'église de la Crèche; celle d’Ara-Coœli l'est moralement.par ses traditions. Ce caractère se réfléchit dans les usages qu'elle perpétue. C'est dans cette église que l'on conserve une ancienne figure de l'enfant Jésus, la plus vénérée de toutes les images du même genre qui sont à Rome. Chaque année, aux fêtes de Noël,
420 CHAPITRE XIIL
on l’expose dans une crèche, près de laquelle sont représentés Auguste et la Sibyile.
Nous voyons, d’après cela, la signification de cette église, la fonction qu'elle féniple dans la transformation de Rome paienne en Rome chrétienne. Le
Christianisme a installé la crèche au faite du Capi-
KE
tole, il a transporté, sur ce sommet plus fier que tous les palais, l'étable que le dernier des esclaves n'aurait pas voulu pour demeure : à la place de l'exaltation de l’homme, l’abaissement de Dieu.
La signification de cet édifice sacré a reçu une espèce de complément, lorsque les enfants de saint
François d'Assise ont été appelés à desservir cette
église, De même que le berceau du Sauveur a été entouré d’abord par de simples et pacifiques bergers,
de mème l'église consacrée au souvenir de ce Dane
ceau a été confiée aux religieux qui'se rapprochent le plus des derniers rangs du peuple, qui doivent être , suivant leur institut, les humbles professeurs de la paix, ainsi que les a nommés la bulle d'Innocent IV en leur donnant le monastère de Sainte-Marie-du-Capitole ‘. La sacristie a la première statue de saint François qui ait été érigée dans le Capitole du monde chrétiea. L'ancienne Rome avait placé sous la voûte du temple capitolin le portrait du destructeur de Carthage. Rome chrétienne
1 Locum idoneum decrevimus providendum, ubi pariter in
continuæ caritatis solatio conviventes pacificis studiis commo-
dits atque religiosits intendere valeant pacis humiles professores. Quocircà..…. monasterium $. Mariæ in Capitolio… eisdem fratribus..….. in usibus perpetuis assignantes, etc. (Bul/. Innocent. IV, an. 1250.)
s'est empressée d'inaugurer dans le même lieu l'image de l’homme qui a le plus foulé aux pieds le monde : celui qui, par humilité, avait demandé, en mourant, qu'on l'enterrât dans l'ignoble sépulture des malfaiteurs, a pris possession, peu de temps après sa mort, de ce rendez-vous des anciens triomphes dont le mobile ou la récompense avait été tout ce qu'il â vaincu. Quel sujet de méditation! ?
Passons maintenant à un autre lieu non moins éloquent, dont l'histoire, les vicissitudes, les ruines sont le plus expressif commentaire de ces paroles de l'Ecclésiaste : « J'ai fait pour moi de grands ouvra- » ges. Je me suis bâti des demeures; j'ai possédé » des serviteurs et des servantes comme une grande » famille dont j'étais le propriétaire... J'y ai entassé » pour moi l'argent et l'or, et la substance des rois » et des provinces.…., et j'ai surpassé en richesses tous » ceux qui ont vécu avant moi...
« Et n'étant mis ensuite à considérer toutes ces » œuvres que nes mains avaient faites. J'ai vu que » tout cela est vanité et affliction de l'âme, et que » rien ne demeure sous le soleil"! »
‘ Magnificavi opera mea, ædificavi mihi domos.....; possedi servos et ancillas, multamque familiam habui..…..; coacervavi mihi argentum, et aurum, et substantiam regum ac provinciarum.… et supergressus sum opibus omnes qui antè me fuerunt in Jerusalem... Cümque me convertissem ad universa opera quæ fecerant manus meæ...…., vidi in omnibus vanitatem et afflictionem animi, et nihil permanere sub sole, (ÆEcclesiast., C1, v. 4 et suiv.).