‹ Esquisse de Rome Chrétienne (volume 4)Chapitre 7 sur 79 · LL · texte numérisé non relu

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ne possèdent la tombe où ses restes reposent. Le géant est demeuré couché pour toujours là où il est tombé, au fond du golfe de Salerne, sur le rivage d'une mer moins agitée que ne le fut sa vie. Si Rome n'a pas rappelé ses cendres, comme la France l’a fait pour celles de Napoléon, c'est que nul coin de terre catholique n'est la terre étrangère pour un pape, et que, d'ailleurs, suivant un des derniers mots qui furent dits à Grégoire VII sur son lit de mort, la patrie est partout où l’on meurt pour la justice.

Je rappellerai seulement, par rapport au siècle d'Innocent INT, que lorsqu'Othon IV, la veille de son entrée à Rome où il allait être couronné empereur, renouvela son serment de respecter l'inviolabilité de l'Église romaine, il se trouvait sur le mont Mario, appelé à cette époque mont Malo, où son armée était campée autour de lui’. Mais la forêt de lances qui couvrit alors cette montagne, brille moins aux yeux de la postérité qu'une pauvre petite image peinte sur la porte d'un hôpital, fondé dans le moyen âge, au pied de ce mont Mario. Un lépreux , d'origine française, n'avait pas accepté pour son usage les sols et les liards qu'il avait reçus de la charité publique : il les avait entassés petit à petit pour fournir un asile à ses frères en Dieu et en infortune : singulière maison, dont chaque pierre pouvait être le don de quelque riche, tandis que la maison tout entière était l'aumône d’un mendiant. L’enseigne de l'hospice établi en cet endroit représentait le lépreux

1 Datum in castris in monte Malo, 4 non. octobris Indict.

XI, Gb, de Neg. imper. ; Ep. 195.

INTRODUCTION. do Lazare, avec deux chiens qui léchaient les plaies de ses jambes".

La petite chapelle ouverte qui se trouve non loin de là, près du Ponte Molle, a été élevée pour perpétuer la mémoire d’une belle cérémonie religieuse du quinzième siècle. La circonstance qui l'a fait ériger, et le discours prononcé en cet endroit par le pape Pie II, connu dans le monde savant sous le nom d'Æneas Sylvius, donnent à ce monument, peu bril- Jlant par lui-même, une auréole historique qui ne manque pas d'intérêt. Cette fête chrétienne nous fournira, d’ailleurs, une idée de plusieurs autres cérémonies de même genre, qui se sont déployées avec solennité, à diverses époques, dans la campagne romaine. Ces champs de la gloire avaient toujours été accoutumés aux pompes triomphales depuis les premiers temps de Rome : le Christianisme leur a réservé celles qui se célèbrent en l'honneur des saints, héros des seules victoires où l’on n'ait pas à pleurer sur les vaincus. La cérémonie, dont il s’agit en ce moment, a eu lieu pour la translation de la tête de l'apôtre saint André à Rome. Thomas Paléologue, roi du Péloponèse, en avait fait don au pape Pie I, pour la mettre à l'abri de l'invasion des Turcs. Elle avait été d'abord déposée à Ancône, et ensuite dans la citadelle de Narni. Le pape y envoya le cardinal

‘ Un povero Francese lebbroso, con i denari, che dalla pietà de’ fedeli aveva raccolto in molti anni, vi eressé il medesimo spedale, e vi mori. L’insegna dello stesso è un s. Lazzavo lebbroso, con due cani, che gli leccano le piaghe delle gambe secondo la storia, o parabola evangelica. Piazzu, Eusevologio Romano, LE, ©. 11.

grec. Bessarion avec deux autres cardinaux pour accompagner la relique jusqu'à Rome, et lui faire rendre, sur son passage, les honneurs qui luiétaient dus. Les cardinaux furent de retour au Ponte Molle, le 13 avril 1462, qui était le dimanche des Rameaux : la relique fut provisoirement placée dans la tour qui défendait l'entrée du pont. Le lendemain, le pontife sortit en cavalcade par la porte Flaminienne, accompagné du sacré collése, des ambassadeurs et des princes romains. Les environs de la route, les champs, les vignes étaient couverts de spectateurs ! : la foule était si grande, que le pape dut ordonner aux eardinaux et aux prélats de descendre de cheval, et de le suivre à pied, après s'être revêtus des habits sacrés. | Il avait une palme à la main: les cardinaux et les prélats portaient celles qu'ils avaient reçues du pape dans la cérémonie de la veille; tous les autres ecclésiastiques en tenaient une aussi, et cette longue suite de pontifes et de prêtres marchait à pas lents, deux à deux, tous vêtus de blanc, avec des mitres ou d’autres ornements de même couleur, qui paraissaient, dit le chroniqueur, plus blanes encore sur ces vertes prairies”, La procession se dirigea vers une éstrade qui avait été construite près du pont, à l'endroit méme où l'on a élevé la petite chapelle à quatre colonnes, qui subsiste encore aujourd’hui. Cette estrade

: Plena erat omnis via populo, nec vel agri, vel vineæ præ multitudine hominum videri poterant, adèo ut primüm in prata ventum est, quædiximus, jussit Pontifex cardinales : ac prælatos ab equis descendere, etc, Gobelin. lib. VIII.

? Albæ mitræ, et omnis ornatus albus, et in viridi prato candidior yidebatur, Ibid.

INTRODUCTION. “0# avait deux escaliers, à pente douce et clémente, suivant l'expression de la chronique, l'un regardant le Tibre, l'autre la ville. Pendant que le pape montait par celui-ci, le cardinal Bessarion, avec les deux autres cardinaux, arrivait par l’autre, portant la châsse qui contenait la relique, qu’il déposa sur un autel, au milieu des chants sacrés. Il s'établit un pieux silence, au moment où les clefs de la châsse furent présentées au pontife. Après quil eut vérifié les sceaux , elle fut ouverte, et le cardinal Bessarion, prenant dans ses mains la tête de l'apôtre, la remit en pleurant au pape qui pleurait aussi. Mais le Saint Père ne voulut pas toucher d’abord la relique : il se mit à genoux devant l'autel. Sa tète était inclinée, son visage pâle d'émotion, et sa voix tremblait, lorsqu'il prononca cette allocution‘: « Vous voilà donc enfin arrivée, tête sacrée et mille fois bénie du saint « apôtre ! La fureur des Turcs vous a chassée de votre

« demeure. Dans votre exil vous vous réfugiez auprès « de votre frère, le Prince des Apôtres : votre frère «ne vous fera pas défaut. Vous serez rétablie sur « votre trône avec gloire, Dieu le voulant, et il nous « sera permis enfin de dire: Heureux exil, qui a « trouvé un tel secours! En attendant vous demeu- « rerez pendant quelque temps chez votre frère, et « vous jouirez avec lui des mêmes honneurs. Gette « auguste Rome, que vous voyez de près, a été décorée « par lé précieux sang de votre frère : ce peuple, qui

1 Genibus flexis, ante aram prostratus, vultu demisso et pallenti, madidis oculis, ac tremulà voce in hunc modum locutus est, Ibid.

vous entoure, c'est votre frère, c'est l'apôtre Pierre, si plein d'amour, et avec lui Paul, ce vase d’élection, qui l'ont régénéré dans le Christ Notre-Seigneur. Par votre frère les Romains sont tous vos neveux : ils vous vénèrent, ils vous aiment tous comme leur oncle et leur père’, et ils comptent sur votre protection auprès de la majesté divine. O bienheureux André, prédicateur de la vérité, défenseur de la foi à la très-sainte Trinité, de quelle joie vous nous remplissez aujourd'hui, puisque nous voyons devant nous cette téte-vénérable qui a mérité que l'Esprit consolateur descendit visiblement sur elle le jour de la Pentecôte, sous l’apparence du feu! O vous tous qui allez à Jérusalem pourvoir le lieu où les pieds du Sauveur se sont arrêtés, voici le siége du Saint-Esprit, voici le trône de la Divinité. Ici s'est reposé l'esprit du Seigneur, ici est apparue la troisième personne de la Trinité. Ici étaient des yeux qui ont vu souvent le Sauveur dans sa chair: cette bouche, elle lui a souvent parlé, et il n'est pas douteux que ces joues n'aient reçu bien souvent aussi le baiser de Jésus” : cette tète est un grand tabernacle, dans lequel résident la charité, et la piété, et la douceur de l'âme, et la consolation de l'esprit, Quelles entrailles ne seraient

‘ Hæc est alma Roma, quam propè cernis, pretioso ger-

mani tui sanguine decorata.... Nepotes tui ex fratre Romani omnes te veluti patruum patremque suum venerantur.

* Hic consedit spiritus Domini, hic tertia Trinitatis per-

sona visa est : hic oculi fuerunt qui sæpe Dominum in carne viderunt, hoc os s&pe Christum allocutum, has genas non est dubium quin sæpe Jesus fuerit osculatus.

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