‹ Esquisse de Rome chrétienne (volume 5)Chapitre 11 sur 52 · I. UNITÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

I. UNITÉ DE DIEU

La foi à l'unité de la nature divine se trouve exprimée dans les épitaphes des Catacombes sous une forme très-simple. Le nom de Dieu est invariablement écrit au singulier et d'une manière absolue. Cela suflisait pour marquer un autre ordre de croyances que celles qui percent dans les épitaphes païennes, où ce mot est généralement écrit soit au pluriel, soit avec une adjonction qui lui donne un caractère relatif. Toutefois le dogme chrétien est de temps en temps articulé dans ses propres termes. J'aime à lire sur une tombe des anciens jours les premiers mots du symbole que nous chantons sous les voûtes de nos majestueuses cathédrales , et que les sauvages convertis redisent dans leurs églises de planches :

Il a cru en un seul Dieu (1).

Le style lapidaire avait emprunté une autre formule du même dogme à ce passage de l'Apocalypse : <i Je suis l'alpha )> et Voméga, le principe et la fin, dit le Seigneur Dieu (2). > La théologie et la poésie chrétienne ont commenté de bonne heure cette définition de la Divinité. <; De même que l'alpha >» se déroule jusqu'à Voméga, et que Toméga se replie vers » l'alpha, de même il y a en Dieu, disait TertuUien, le cours » du commencement vers la fin, et le retour de la fin vers le ;• commencement. C'est pour cela que Dieu s'est revêtu de la >i première et de la dernière lettre de l'alphabet, figures du » commencement et de la fin, qui se rencontrent en lui (5). >

(1) CASSVS. VITALIO QUI TIXIT

AXN. L. VIII MENSIBVS XI DIES. X. BENHE. FIL. FECEHVNT IS PACI QVI. I« VMV DEV CREDIDIT I?( PAGE.

£ cœmet. Callist.

(2) Ego sum alpha et oméga , priiicipium et finis, dicit Dominus Deus. JVoc, 1,8-

(3) Summam et ultimam (litteram) sibi induit Dominus, initii et finis concurrentium in se figuras, ut quemadmodum alplia ad oméga usquè vol-

Prudence dit aussi, dans son hymne pour tous les jours et finîtes les heures : u L'alpha et 1 oméga, voilà son surnom,

• parce qu'il est la source et la conclusion de tout ce qui est,

• a été et sera (1). »

Cette formule convenait très-bien pour les épitaphes, à raison de sa brièveté et de son tour hiéroglyphique. Aussi Valpha et Iomega y sont très-fréquemment reproduits pour exprimer la notion du Créateur , que les systèmes des philosophes et les mythes du polythéisme avaient altérée et obscurcie.

Le caractère des lieux qui ont été l'asile primitif de ce vénérable symbole lui communique un intérêt accessoire, mais très-sensible. Les premiers monuments sur lesquels ait reparu la doctrine du commencement des choses sont des tombeaux, monuments de ce qui finit. C'est dans les profondeurs d'un cimetière souterrain que vous recueillez, après la longue nuit du paganisme, les reflets renaissants et purs de l'antique aurore de la création. C'est là que cent mille martyrs de Dieu ont tracé ce nom, que vous iriez lire parmi les débris d'Athènes, si Socrate mourant nous l'avait laissé écrit de sa main sur une pierre de sa prison. Je l'ai déjà dit ailleurs : quiconque ne sait pas sentir le contraste qui existe, dans les Catacombes, entre leurs ténèbres physiques et leurs clartés spirituelles , entre l'aspect lugubre de ce réduit et la splendeur morale de ce sanctuaire , ignore une des impressions les plus solennelles que puisse produire l'apparition de Dieu dans les monuments des hommes. Je conçois que l'on ait dit :

Et ni Vastre des nuits, ni les célestes sphères.

Lettres de feu ,

Ne m'avaient mieux fait lire en profonds caractères

Le nom de Dieu.

vitur. et rursùs oméga ad alplia replicatur, ila oslcDderel in se esse et initii deisursum ad finem, et finis recursum ad initium. De Monogamid, c. v. (1) a et (5 cognominatur :

Ipse fons et clausula Omnium quas sunl, fuerunt Qiiîcque post fiilura sunt.

Prudent. , llymn. xi , omni horâ atque die.

î)4 CHAPITRE Vm.

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