‹ Esquisse de Rome chrétienne (volume 5)Chapitre 27 sur 52 · VI. Iiaoeation des Suints · texte numérisé non relu

VI. Iiaoeation des Suints

L'Église croyait alors, comme aujourd'hui, que les âmes justes, reçues dans le ciel, y continuent par leur intercession le ministère de charité quelles ont exercé par leurs prières en ce monde. Tout cœur chrétien prie pour ses frères et désire

(1) Machab., XIII, 46.

qiiils prienl pour lui : les apôtres nous ont appris à nous reoominantler à cet égard les uns aux autres. Ce don mutuel est, dans le monde des âmes, celte même loi de charité qui fait que nous nous entr aidons pour les besoins matériels de cette vie. Les âmes délite sont les riches, dans cette communauté spirituelle; elles se répandent continuellement en prières pour le salut des autres, et leur aumône est grande de toute la grandeur de leur amour pour Dieu. Lorsqu'une de ces âmes quitte la terre pour le ciel, croyez-vous que sa charité soit glacée à jamais, parce que son cœur de chair et de sang est refroidi par la mort? croyez-vous quelle ait exhalé pour jamais tous ses vœux pour vous dans le dernier souffle que vous avez recueilli sur ses lèvres? Le glaive qui faisait tomber la tète des martyrs tranchait-il du même coup les liens de leur fraternité divine avec nous ? Vous figurez-vous que le ciel soit quelque chose qui étouffe dans un éternel égoïsme la piété de Tamour fraternel ? ou bien vous semble-t-il quune àme est moins puissante parce qu'elle est transfigurée, que ses prières cessent detre agiéables à Dieu, du moment qu'elle est fixée à jamais dans son amitié? Si la prière est la toute-puissance de la créature , sulTit-il de monter au ciel pour perdre ce pouvoir? Est-on destitué, parce qu'on est couronné? Je vous tourmente de ces questions, si votre cœur est étranger à cette consolante foi de la communication des âmes. Joubliais que je dois me borner à vous faire lire cette foi sur les tombeaux du Christianisme naissant.

La première chose qui frappe dans les images des saints que nous voyons encore dans les catacombes , c'est lattitude qui leur est donnée. Nous avons déjà remarqué qu'en général , lorsqu'ils ne sont pas représentés dans quehiue circonstance ou action qui exige une autre position du corps , ils sont figurés les bras étendus et un peu soulevés : c'était, comme on le disait , Yatlitude Je la prière [l]. On dira peut-être que dans ces

(1) Saint Paul, dans sa 1" épit. à Timolhée, avait fait celle recommandation : « Volo erpiS vires orare in omni loco, levantes puras manus » (c. II, V. 8). — Tertullien, décrivant les usagées des premiers chrétiens : « Non attoliio mus tanlum sed et expandiniusj » et [)lus bas : « Ne ipsis quidem manibus " «ublimiùs ejalis, sed temperatè et probe, etc. n De Ovation., c. II, n. 12.

tableaux elle signifie seulement que les saints ont prié durant leur vie terrestre, sans marquer qu'ils prient encore dans le sein de l'élernelle vie. Mais, si lEglise eût cru que la foi à l'intercession des saints fait injure à l'efficacité de la Rédemption , n'aurait-elle pas eu soin d'écarler un genre de tableaux qui pouvait jeter quelqueconfiision dans l'esprit des néophytes? Nous avons vu précédemment quelles précautions elle a prises, à quelles réserves elle a assujéti la peinture sacrée , pour ne pas troubler leurs idées en matière de foi. Aurait-elle démenti ces règles de prudence dans le cas présent? Au surplus , les inscriptions vont nous expliquer clairement le sens de ces tableaux.

Les deux épitaphes suivantes ont été trouvées dans les catacombes de Saint-Thrason, sur la voie Salare, parmi des tombeaux qui renfermaient des médailles antérieures au iv« siècle:

Sut. I. prie

A. pour nous

afin que nous soyons sauvés (1).

Aurélius Agapitus el Aurélia

Félicissima à leur élève Félicité

très-digne, qui a vécu

XXX ans et vi

el p?'ie pour Ceisnianus ton époux (2).

Une colombe, portant une palme ou une fleur, figuraitprèsde cette autre épitaphe :

Atticus ton esprit (est ou soit) dans le bien -^ prie pour tes

(1) SVT. I. PETE

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