‹ Esquisse de Rome chrétienne (volume 5)Chapitre 41 sur 52 · TEMPLE DE JUPITER CAPITOLIN. — ÉGLISE D'ARA-COELI · texte numérisé non relu

TEMPLE DE JUPITER CAPITOLIN. — ÉGLISE D'ARA-COELI

Il a déposé les puissants de leur siège, et il a exalté les humbles. Magnif.

Teste David cum Sibvlià.

Avec David la Sibylle rend témoignage.

Hymne de l'office des Morts.

Si le Panthéon a représenté, en général, la corruption idolâtrique , il y a eu dans lantique Rome d'autres monuments qui figurent spécialement les principales sources du mal , les passions génératrices de tous les désordres particuliers.

L'orgueil de la domination a eu pour emblème le Capitole. La conquête du monde par Rome a été sans doute le fruit dune grande sagesse et dun admirable courage; mais ces nobles choses ont été les instruments d'un immense égoïsme. Les souvenirs qui brillent sur les ruines du Capitole ne peuvent voiler l'orgueil gigantesque dont il a été la glorification.

Les trois parties de l'espace que couvraient les édifices capi-

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tolins correspondaient chacune à une des faces de la puissance romaine. La Roche Tarj)éienne, avec sa citadelle contemporaine de la naissance de Rome, et dont il reste encore quelques vestiges, était le redoutable emblème de la force ou de la double guerre qui se fait contre les ennemis intérieurs par les supplices , et contre les ennemis extérieurs par les armes. Entre la Roche Tarpéienne et l'autre sommité, le Tabularium, où étaient déposés les actes du sénat, était comme la citadelle de l'intelligence et de la politique. Mais le but suprême de cette

j politique et de ces armes, la domination universelle, avait son monument caractéristique sur lautre sommet, qui était le

• Capitole proprement dit. C'est là qu'avait été dédié à Jupiter un temple bâti parles Tarquins, rebâti sous la république

;parSylla, qui lui donna les colonnes du temple de Jupiter

(Olympien à Athènes, et reconstruit une autre fois par Domitien avec d'autres dépouilles de la Grèce. Il était le premier des temples de Rome, Jupiter y était adoré, non pas sons quelque titre particulier, sous quelque attribut local ou accidentel, juais sous le titre de Très-Bon et de Très-Grand : OjHinio Maximo. Rome voulait qu'on reconnût dans ce dieu universel son dieu national. C'est à sa bonté et à sa puissance qu'elle se croyait redevable d'être la ville des villes, comme il était le dieu des dieux : c'est à ce temple de Jupiter que les généraux, de retour de leurs victoires, montaient pour en faiie hommage. C'est au premier degré de son portique que la voie triomphale finissait. De même que toutes les routes aboutissaient à la borne milliaire, plantée au bas du Capitole, de même toutes les traces de gloire et de sang , qui avaient marqué , chez tant de nations, les pas de la fortune de Rome, venaient se réunir au pied de l'autel capitolin. On n'offrait devant le seuil des autres temples que des corbeilles de fruits et des chairs palpitantes. Celui-ci voyait s'accomplir une autre immolation, Timmolation politique. Rome, traînant à sa suite les destins brisés du monde qu'elle subjuguait, y offrait eu quehjue sorte une hécatouibe de rois et de peu])los.

Cet édifice était encore debout vers le milieu du v" siècle de rère chrétienne. Genseric ordonna à ses Vandales de <'harger des dépouilles de ce temple ses vaisseaux africains, et de mu-

lilei' l'édifice lui-même en lui enlevant la moitié de sa toiture de bronze (1). Purifié par sa désolation, comme l'homme peut l'être par la souffrance , l'orgueilleux monument se trouva préparé à passer au service du Christianisme. Il est vraisemblable que cette transition a eu lieu dans le siècle suivant. On ne saurait le faire remonter, comme quelques-uns l'ont voulu, jusqu'à Constantin; sa politique, pleine de ménagements pour l'ancien culte de l'empire, dut se garder surtout de s'attaquer au premier de ses temples. L'opinion qui attribue à saint Grégoire-le-Grand l'érection d'une église chrétienne dans les murs et sur les débris du temple de Jupiter Capitolin, est appuyée sur des raisons meilleures. Les vingt-deux colonnes qui divisent les nefs de cette antique église doivent avoir appartenu, pour la plupart, au monument païen. Les différences qu'on remarque entre elles s'expliquent aisément par les reconstructions de l'ancien temple, qui ont eu lieu, comme nous l'avons dit, à diverses époques. Celte église a reçu, dans le moyen-àge , un complément qui s'iiainionise bien avec les matériaux de sa fondation. L'escalier, à cent vingt degrés, par lequel on y monte, a été fait, en partie du moins, avec des débris du temple que Numa avait dédié à Romulus sur le mont Quirinal {'■2). Ces restes du berceau de Rome furent une aumône, que le sénat et le peuple donnèrent, en 1348, aux Franciscains, qui faisaient une quête pour la construction de cet escalier. Le chœur de l'église renfermait beaucoup de dé^ bris antiques. Un rigorisme slupide,ouun mépris de l'anti-r quité peu conforme aux habitudes de Rome, les a brisées lors du renouvellement de ce chœur dans le xvi*" siècle. On y voyait des inscriptions, des urnes, des vases pour l'eau lus-^ traie, des sculptures de tombeaux figurant les combats éques-

(1) Jovis Capilolini lempliim diripuit, ac mcdiam parlera abslulit tecli, quod ex aereoplimo dnclum eral. Prooop., de Bello Gothico.

(2) Su iu>|l' anno MCCCXLVIIl furono falle le scale d'Auio-cielo per Rienzo Simon , che fiirono guadajjiialc de eleijjosiue faite ail' immajjine délia nostra Donna, che sta nelP Auro-ciclo : furono ciiKiue rnilia fiorini ne lo len)po di la morlalila. Manuscrit, f^iticano, n" 0089.

Dans la lablc des cliapilres delà Croiiica antmymi , on lil : CWI délia crudi'le morlalitâ per ttitto lo mundo , et dellsscale di S. -Maria dell' Auro-cielo.

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