GÉNÉRALES SUR SES ATTRIBUTS SYMBOLIQUES
Passons maintenant de ce symbolisme monumental à un autre genre de symbolisme plus intime , inhérent en quelque sorte à la personne môme du Pape, comme marque de sa dignité. Ici nous éprouvons le besoin d'éclairer d'abord par quelques observations générales les détails dans lesquels nous aurons à entrer.
En étudiant les annales de l'Église, on voit que l'esprit dont elle est animée, s'est constamment appliqué à transformer les choses matérielles en caractères significatifs , expression des réalités invisibles. C'est une belle et divine chose que ce travail assidu pour spiritual iser la matière, pour infuser des idées dans des fails qui, par eux-mêmes, ne donnent que des sensations, pour en faire les lettres, les mots, les pages d'un grand livre toujours ouvert aux yeux de tous. Celte transformation
DF, r.A PAPAl'TÉ. ôi
s'est produite de plusieurs uianières. Tau loi on a représenté par un emblème choisi tout exprès des idées déjà antérieurement exprimées par la parole : les pierres précieuses que les chrétiens du siècle ont incrustées dans la croix étaient une traduction des passages de saint Paul sur la gloire de Tarbre du salut. Tantôt des choses instituées dans un but dutilité ou d'ornement ont reçu, avec le temps, une signification mystérieuse. Les architectes qui ont inventé la flèche gothique ou la coupole n'ont pas proclamé que l'une est l'emblème de la prière qui perce le ciel, et l'autre l'image du ciel même. Mais ces corrélations ont paru ensuite si naturelles, que la piété s'est généralement accoutumée à accepter cette signification. Enfin, et c'est ce qui est arrivé très-souvent, l'Eglise, en instituant certains usages pour satisfaire aux besoins de la vie pratique, s'est attachée à leur incorporer simultanément une pensée sainte, de telle sorte que cette pensée , intimement unie à ces usages dès leur origine, est comme une âme dont ils sont l'enveloppe matérielle. Ainsi les flambeaux utiles à la célébration du service divin ont figuré, dès les premiers temps, la lumière spirituelle ; les cloches, qui convoquent les fidèles au temple , ont été, en naissant, l'emblème de la voix intérieure qui appelle les âmes. On n'a qu'une notion rétrécie et mutilée du symbolisme catholique, tant que Ton ne tient pas compte de ces trois modes de formation. Si l'on permettait ici des termes scolastiques, je dirais qu'il est ou antécédent^ ou subséquent, ou concomitant. Supposez une idée préexistante qui finirait par produire un mot uniquement destiné à l'exprimer; supposez, en second lieu, un mot qui resterait d'abord sans signification connue et qui recevrait ensuite une idée ; prenez enfin un mot et une idée unis l'un à l'autre dès leur origine. Voilà, dans la langue parlée, une image des trois principes du langage symbolique.
Mais, de quelque manière qu'ils se soient produits, ces symboles se rapportent, en général, au double état de l'humanité, l'état de chute et l'état de régénération. Au premier, correspondent les emblèmes d'abaissement et de tristesse; au second, les emblèmes de joie et de réhabilitation. Si l'on excepte les symboles, particulièrement destinés à figurer l'Es-
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seneo divine, tous les autres rentrent plus ou moins direi-tetenient dans Tune ou lautre de ces idées fondamentales, et assez souvent dans toutes les deux en même temps. Toutefois, dans le système général du symbolisme catholique, lidée de la glorification a une plus large part que l'idée de la dégénération. Sous les voûtes de nos basiliques, nous rencontrons de tontes parts les ornements In'illants ou gracieux qui réveillent, quand ce ne serait que par l'éclat de leur matière, la pensée des splendides destinées de l'homme. Les jours où l'Église a des chants et des vêtements de deuil sont moins multipliés que ceux où la liturgie s'empreint d'une joie sainte, et il est bon qu il en soit ainsi : car, si rhomme a besoin tout à la fois détre abaissé et relevé, la crainte lui est pourtant moins salutaire que l'espérance.
dette plus large part faite aux s^j^mboles de glorification doit exister surtout dans la classe des emblèmes personnels, qui ont pour but dhonorer, abstraction faite de tout ce (jui est purement individuel, la régénération de l'homme.
Dans les institutions religieuses, toute chose tient à deux ordres de motifs : les motifs pratiques, qui se rapportent aux effets qu'il est utile de produire, et les motifs mystiques, qui rattachent les réalités les plus terrestres aux grands mystères de l'autre vie. Cela est particulièrement vrai des symboles d'honneur et de glorification gradués, dont l'Eglise entoure tout ce qui émane de la régénération par le Christ, depuis le caractère de simple chrétien jusqu'à celui de souverain Pontife. La raison pratique de ces honneurs religieux est visible à tous. Le respect dû aux dignités sociales, qui est un sentiment si social lui-même, a plus besoin, que beaucoup d'autres sentiments, de ce stimulant extérieur : car les imperfections de l'individu, semblables à une vapeur terrestre, obscurcissent souvent, aux yeux du plus grand nombre, l'auréole de son caractère public. Les préjugés protestants ou philosophiques contre les honneurs religieux se démentent à chaque instant dans les autres sphères de la vie sociale. Le prince le plus puritain croirait qu'on se moque de lui, si on lui proposait de dépouiller les magistrats de leur toge, ou les généraux de leurs brillants uniformes , et lorsqu'au France la folie celé-
bra son culte de la liaison, l'inflexible bon sens praticiue, perçant par quelque endroit à travers ces monstrueuses extravagances , fit sentir Timportance des emblèmes. Les apôtres de l'égalité construisirent de leurs propres mains les symboles de l'apothéose.
Mais, tout en reconnaissant la raison pratique des honneurs religieux, la philosophie chrétienne ne doit pas perdre de vue leur raison mystique. Si la première de ces raisons tient, sous certains rapports, à la faiblesse de notre nature, qui doit être aidée par des signes matériels, la seconde se lapporte à la grandeur de cette même nature, qui aspire, par un noble instinct , à trouver quelques emblèmes des hautes destinées que la Rédemption lui a rendues. L'homme régénéré dans le Christ est digne de gloire. Pourquoi cette vérité ne selait-elle pas traduite en symboles de glorification? N'est-ce pas un besoin du cœur de l'homme que de voir préfigurer ici-bas dans la captivité de la terre, sa royauté future? Les marques d'iionneur que les usages sociaux ont consacrées, les ornements splendides que la nature et l'art mettent à notre disposition, peuvent-ils avoir un emploi plus élevé ? N'est-il pas juste de consacrer ce qu'il y a de plus beau dans le monde matériel à exprimer ce qu'il y a de plus grand dans l'homme? N'est-il pas juste que le corps mystique du Christ, l'Église, reçoive les emblèmes de glorification, pâles et utiles figures de la transfiguration qu'elle attend ?
Sous le rapport mystique, comme sous le rapport pratique, le symbolisme dont nous parlons a donc pour but d'honorer, si je puis m'exprimer ainsi, les irradiations du Chi'ist, qui se produisent, à divers degrés, dans l'Église. Le caractère du .simT)le chrétien est déjà, suivant le mot de l'apôtre, un sacerdoce rujjal; de là des marques d honneur qui liii correspondent. D'après les règles de la liturgie, le fidèle, pendant une grande partie de l'office divin, a droit de prier, non dans l'attitude de la prostration et de la pénitence, mais debout, j)arce que cette attitude est celle qui figure l'affranchissement cl la résurrection. Des lévites y offrent l'encens au peuple. Au-dessus du caractère de simple chrétien se trouve celui de prêtre, et en remontant la hiérarchie, celui d'évêque. Lors
même qu'il ne serait pas socialement utile de les entourer de ces marques d'honneur, qui conlriljuent à imprimer le respect dans Tesprit des peuples, la vérité du symbolisme n'en exigerait pas moins que quelque chose de spécial correspondit à leur caractère , puisqu'il implique une plus grande participation au caractère même du Christ. Au dessus de tous est placé celui à qui le Christ a confié la plénitude de son sacerdoce et de sa puissance, qui est son vicaire, qui est, comme tel, le plus haut type de l'homme réhabilité. Comment l'Église, qui exprime cette foi dans sa langue pariée, ne l'exprimerait-elle pas aussi dans sa langue symbolique? Ceux qui se plaisent à répéter des phrases banales contre les honneurs religieux rendus au Pape, sont en cela trop pauvres de pensées, ou trop riches en paroles. Ils sont pauvres de pensées, s'ils attaquent ce symbolisme, abstraction faite des idées sur lesquelles il repose. Que dirait-on d'un homme qui voudrait apprécier les témoignages de respect et d'amour dont une père est entouré dans sa famille, en faisant abstraction du droit divin de la paternité à être chérie et vénérée ? Ils sont trop riches en paroles, si leurs attaques portent sur les idées elles-mêmes : qu'ils suppriment alors leurs déclamations superflues contre les formes, pour s'en prendre au fond. Cet ensemble de symboles, destinés à parler aux sens eux-mêmes, n'est que le relief des croyances. îl constitue un système gradué, également logique dans toutes ses parties, qui, ayant à sa base les honneurs rendus au caractère de simple chrétien, se trouve avoir, dans les glorieux emblèmes de la Papauté, son plus haut étage et son couronnement nécessaire. Dans l'ordre moral, comme dans l'ordre physique, c'est sur la tête surtout qu'on place les insignes.