TEMPLE DE DIANE
Dans le calendrier de l'Eglise il n'y a qu'une seule fête de saint dont le tilre indique expressément une localité de l'ancienne Home. C'est la (ète de saint Jean devant la porte Latine. L'endroit où cette porte est située ne se trouvait pas, dans les premiers siècles, en deçà des murs de la ville comme il l'est maintenant. On a trouvé dans les alentours d'anciens débris de tombeaux, avec l'inscription : Diis Manibus. Tous les étrangers vont visiter les deux beaux colombaires qu'on va découverts, il n'y a pas longtemps. Comme la loi romaine ne permettait pas d'inhumer dans l'intérieur de la ville, ce lieu devait être hors des remparts. 11 n'y a été effectivement renfermé que lorsqu'Aurélien, en 291, a fait élargir l'enceinte de Rome. Avant cette époque, la voie Latine, qui conduisait dansleLatium, et la voie Appienne par*
ZZ CHAPITIIE XVIII.
taient toutes deux de la porte Capène l, et se séparaient bientôt. C'est le même empereur qui a fait ouvrir, dans la nouvelle enceinte, une porte correspondant spécialement à la voie Latine.
Le titre delà fête instituée en commémoration du martyre de saint Jean ne signifie donc pas qu'il a eu lieu devant la porte Latine, qui n'a existé que deux siècles plus tard; mais que l'endroit où il a eu lieu s'est trouvé être tout près et en lace de la porte Latine, après les constructions d'Àurélien. On conçoit aisément comment cette manière de lésigner par anticipation s'est établie. Les portes d'une ville, journellement fréquentées, présentent des points de rapprochement avec lesquels le peuple est très- familiarisé. La porte Latine, étant le monument bien connu le plus voisin du lieu dont il s'agit, les chrétiens de Rome se sont accoutumés à désigner, sous ce nom, la localité qu'une tradition antérieure signalait à leur vénération.
On sait que l'église érigée en cet endroit est la commémoration d'un fait, rapporté en ces termes, par Tertullien : « Vous avez Rome... où l'apôtre o Jean,... plongé dans l'huile bouillante, en sor- ■ tit sain et sauf, et fut ensuite relégué en exil 2. »
1 Cette porte était située alors dans la gorge entre le Cœlius et TAventin, celle qui lui a succédé dans les remparts construits par Aurélien a pris le nom de porte -nne ; c'est aujourd'hui la Porte-de-Saint-Sëbasi- .
- Habes Romam, unde nobis quoque auctoritas prresto
Si l'on rapproche du passage de Tertullien le titre de Saint Jean devant la porte Latine, donné à la basilique et à la fête, on voit que celte dénomination a dû avoir originairement une autre base que le récit de cet écrivain. Autrement la liturgie se serait bornée à célébrer le martyre de l'apôtre à Rome, sans indiquer l'endroit, car le texte en question n'en dit pas un mot.
Cette désignation locale, ajoutée au témoignage de cet écrivain, suppose donc qu'il existait à Home une tradition indépendante de ce document historique. L'auteur africain ne Ta connue qu'en partie, il a rapporte la substance du fait, sans faire mention de la place. Son antique récit n'a été qu'un écho affaibli de la tradition romaine.
L'imagination de quelques légendaires s'est plu à supposer que, immédiatement après le martvre de saint Jean, les fidèles, qui en avaient été témoins, avaient fondé, dans ce lieu même, une église ou oratoire. A quoi Baron i us répond en un
est... ubi Petrus passioni Dominicœ adœquatur, ubi Paulus Joannis (Baptistœ) exitu coronatur, ubi apostolus Joannes. postquam in oleum igneum demersus nihil passus est, in insulam relegatur. (Tert. De Prœscript. c. 36 ; Pat. lat , t n p. 49).
S. Jérôme dit aussi :
Si legamus ecclesiasticas historias, in quibus fertur, quod et ipse propter martyrium sit missus in ferventis olei dolium et inde ad suscipiendam coronam Ghristi athleta processorit, etc. (Hiero. in Math. c. 20; Pat. lat., t. xxyi, p. 1 i
seul mot : a Qui aurait osé une pareille entreprise b sous les yeux du persécuteur Domilien ? » Ils auraient pu tout au plus placer en cet endroit une marque, insignifiante pour les païens, mais destinée à la faire reconnaître plus tard par les chrétiens.
Du reste, qu'on se rappelle ce que nous avons dit, au commencement de cet ouvrage1, sur les traditions locales : on verra comment celle dont nous parlons ici a pu, sans avoir été liée primitivement à quelque signe extérieur, se perpétuer toute vive jusqu'à l'époque où les chrétiens, libres et triomphants, ont consacré, par des monuments, par des fêtes, les glorieux souvenirs des siècles précédents, et les lieux illustrés par les martyrs.
L'église de Saint-Jean devant la porte Latine est une de celles dont l'origine ne peut être rapportée à aucune date certaine. Nous pouvons seulement remonter vers l'époque de sa fondation par des conjectures tirées de son antique décadence.
Lorsqu'Adrien Ier la reconstruisit dans la seconde moitié du 8e siècle, elle était déjà, suivant l'expression de la chronique, prévenue par les ruines. Elle devait avoir au moins 100 ou 150 ans d'existence. En remontant ainsi, nous arrivons à l'espace de temps peu fertile en édifices, où Rome
'Voir t. i, p. 24.
a ri»'" en quelque sorte en étal de siège continuel, où elle a été si souvent menacée, assit . parles barbares, et lour-à-tour occupée par eux
ou par les troupes impériales chargées de la protéger. Peut-on, avec quelque probabilité, placer l'origine de cette église dans le cours de cette époque ?
Sa situation particulière, à deux pas el en lace de la porte Latine, dans l'intérieur des murs, rend cette supposition bien peu vraisemblable. Les portes de la ville, exposées aux assauts et destinées aux sorties de la garnison, étaient des stations militaires. On y eut plutôt construit des casernes que de^ églises qui pouvaient gêner les opérations. Les intervalles de répit, accordés à celte époque de désastres et de terreur, ont été employés à la réparation des ruines, plutôt qu'à la construction d'édifices nouveaux.
Toutefois, le premier sac de Rome par Alaric, qui avait passé comme une trombe de quelques jours, n'avait pas arrêté, pendant la première moitié du 5e siècle, l'impulsion que le siècle précédent avait donnée à l'architecture sacrée. Plusieurs églises furent fondées à cette époque. Il semble donc, d'après tout ce que nous venons de dire, que l'on peut reporter jusque là, avec une certaine vraisemblance, la fondation de la basilique de la porte Latine.
Ces conjectures laisseraient néanmoins une