I. s maîtres de toutes choses, profanes et sad crées
4° Reste le décret de Constantin qu'on ne trouve nulle part et dont personne n'a parlé. Nous n'avons rien à dire sur cela, si ce n'est que Constantin a du porter bien d'autres décrets qui se sont perdus, et qu'il n'y a rien dans ce texte qui ne puisse être attribué à l'auteur du Discours adressé aux saints du concile de Nicée, conservé par Eusèbe.
5° 11 y a une dernière difficulté qui consiste dans la tradition qui place l'église de Saint-Pierre-ès- Liens sur l'Esquilin où elle se trouve encore, et non sur le Capitole dans la prison Mamertine. Sur cela il faut remarquer qu'il n'est pas dit que les chaînes de S. Pierre aient été déposées dans ce
1 Dion Gassius, Hist. Rom.. 1. lui, c. 16.
lieu. Le souvenir de S.Pierrequi y avait été enfermé et enchaîné a pu légitimement lui faire donner Je nom de Saint-Pierre-ès-Liens, ce qui n'empêchait pas que les chaînes fussent déposées dans l'église de l'Esquilin, qui aurait aussi reçu ce nom.
D'ailleurs les chaînes ont pu d'abord être déposées dans la prison Mamerline puis transportées dans l'église de l'Esquilin, quand plus tard les Papes la firent construire ou restaurer.
Ce qui, au reste, donne un grand poids à l'autorité de S. Jérôme, c'est que, à la même époque, S. Augustin (35 4-431; céléhre lui aussi les chaînes de S. Pierre, et nous les montre invoquées de son temps. Rappelant le miracle de l'ombre de Pierre, guérissant un malade, il s'écrie en Afrique :
« Si l'ombre seule de l'apôtre qui passait a été » si guérissante, à combien plus les chaînes du » victorieux ?... Heureux ces liens et ces entraves » qui devaient être changés en couronnes, qui, » parleur contact, ont fait de l'apôtre un martyr1.»
Les Bénédictins, toujours pour faire accorder ce discours avec l'envoi des chaînes par l'impératrice Eudocie, le dénient à S. Augustin, et l'attribuent
1 Merito per omnes Cliristi ecclesias auro pretiosius habetur ferruin illud poenalium vinculorum. Si tam rnedicabili»
fuit obumbralio \isitantis, quanto magis catena vincentis
Felices illi nexus qui de manicis et compedibus in coronam mutandi, apostolum contingentes, martyrum reddiderunt. (Aug. Sermo 203 (aiias 29) De Sanctis ; dans Pat. lat. t. 30, P 2123J
ÉGLISE DE 8ALNT-P1EUIIE-ÈS-LIENS. 03
h Faustus, mort en 484 ; niais sans aucune preuve. 1 1 s contredisent en cria l'autorité des bréviaires de Clément Mil, d'Urbain VIII, qui l'ont admis pour
la 7e et 8e leçon sous le nom de S. Augustin.
Ce discours d'ailleurs ne se trouve pas dans les œuvres de Fauslus.
La parole des Bénédictins est brutale contre le Bréviaire. <* Cette conclusion, disent-ils, parait » d'ailleurs ajoutée au discours, et ne convient )) nullement à S. Augustin, dont le nom est lu » dans le Bréviaire romain, à la fête de S. Pierre-
« s-Liens1. »
Voici de plus un document qui prouve que les chaînes de S. Pierre étaient honorées à Rome vers 419, c'est-à-dire 20 ans avant le prétendu envoi de l'impératrice Eudocie,
Dans un de ses derniers Bulletins d'archéologie chrétienne1, le savant M. de Rossi cite l'inscription suivante extraite d'un manuscrit du Vatican.
Qui Romani Romaque venis hmc aspice montem
Eque Pétri sede posce, Viator, opem, Quae meritis, quae sancta fîde nil distat ab illa.
Crux illic regnum, hic quoque vincla Pétri. Omnia magnanimus pastor construxit Achillis ;
Sollicitas populi hue adhibete prseces.
« Toi qui viens à Rome ou reviens de Rome,
1 S. Augustin, dans Pal. la t., t. 39, p. 2122, à la noî3-
2 Voir le ii° 3 de la 2e série, 2e année 1871 p. 118.
» regarde celte montagne, et, Voyageur, implore » le secours du siège de Pierre, lequel par ses » mérites et par sa sainte foi n'est pas loin de ce » siège de Pierre. Là. la croix règne, là aussi » les chaînes de Pierre. Le magnanime pasteur ■ Achille a construit toutes ces choses; répandez » ici les prières pressantes du peuple \ »
Nous ne prétendons pas donner ici une traduction fort exacte, mais elle suffit pour les documents principaux.
En effet on y voit avec certitude d'abord que les charries de Pierre étaient déjà posées dans les églises et vénérées, et que celte vénération remonte très-haut. Car M. de Rossi prouve que cet Achille doit être le même que celui qui siégeait à Spolelte en 419: puis que Spoiète est précisément le lieu où devaient passer les pèlerins qui allaient à Piome ou en venaient. 1! note en outre qu'il y avait là une église dédiée à. S. Pierre, construite par le même Achille, et où fut enseveli, en 480, Amasius, un de ses successeurs.
1 Codex Palatinus Vaticanus 833, p. 75. — 11 iaut noior que cette inscription se trouvait déjà dans Gruter, Antiqu. inscript. in appendice (p. 1171, nos 4 et 6) et dans le Baronius édition de Luques 1741. Lïnscription finit par ces vers que ne donne pas M. de Rossi :
Suive, juvante Deo, terrarum, Petre. catenas; Qui facis ut pateant cœlestia re^na heatis. Ipso tua, Potre, dirrumpi vincula jussit,
Uui te constituit mundanos solvere nexus.
ÉGLISE DE sAiNT-rii:KUi.-î:s-u::ys. 71
Les chaînes de S Pierre étaient donc honorées ;i Rome et dans plusieurs autres églises des cette époque.
6. — Examen de l'opinion qui attribue à l'impératrice Eudocie la découverte et le transport des chaînes de saint Pierre de Jérusalem à Constantinople et de la à Rcme.
E mincie est cette fille du sophiste athénien Léonlius, qui l'avait appelée At/iénais, et l'avait l'ait élever avec le plus grand soin dans toutes les branches des sciences humaines, mais il l'avait <l( shériléej disant que ses grâces et sa science lui suffisaient. Alhénaïs, réduite à peu près à la misère, vint à Constantinople solliciter Pulchérie, sœur de Théodose et qui gouvernait à peu près l'empire, pour obtenir justice contre ses deux frères, qui conservaient toute la fortune de leur père. Pulchériefut touchée un peu trop facilement de ses qualités et de sa beauté, la fit instruire dans la foi chrétienne ; par ses soins elle reçut le baptême, changea son nom A'Aîhéndis en celui d'Eudocie*, et puis persuada à son frère de l'épouser.
Eudocie, oubliant qu'elle devait tout à Pulchérie, ourdit contre elle toutes sortes d'intrigues, la força
1 Voir la Chronique pascale, qui raconte ces faits, à Tan I donne au père d'Athénaïs le nom d'Héraclitus. (Pal. grecque, t. 92, p. 794.
à s'exiler, se déclara protectrice d'Eutychès, fit convoquer le concile qu'on a appelé le Brigandage d'Ephèse, y fit réhabiliter Eutychès, poursuivit Flavien. patriarche deConstantinople, le fit mourir par la main de ses séides,, troubla tout l'empire, jusqu'à ce que Théodose, averti de ses emportements, rappela Pulchérie après 7 ans d'absence, et envoya cette femme audacieuse en exil, en Palesline.
C'est à cette femme que l'on a attribué la découverte, à Jérusalem, des deux chaînes de S. Pierre, qu'elle aurait apportées à Constantinople, où elle en aurait gardé une et aurait envoyé l'autre à Rome à sa fille Eudoxie, femme de l'empereur Valentinien 111. Cette chaîne aurait été rapprochée de celle que l'on possédait déjà à Rome, et elles se seraient réunies miraculeusement pour n'en former qu'une seule. A cette occasion, Eudoxie aurait fait élever l'église qui porte le nom de Basilique Eudoxienne et de Samt-Pierre-ès- Liens.
Ce sont ces différentes assertions qu'il s'agit d'examiner d'après les textes des historiens. Donnons d'abord la chronologie de la vie d'Eudocie.
En 421, Eudocie épouse l'empereur Théodose1. En 423, elle est déclarée Auguste 2.
Marcellin, Chronique, dans Pat. lat. t. 51, p. 924, ctChra paschdle,Pat. grecque, t. 92, p. 495.
- Chron. p. 798.