‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 32 sur 96 · UNT-PIERRE-ES-LIENS. L · texte numérisé non relu

UNT-PIERRE-ES-LIENS. L

\ l'époque mémo de Petrus de Nalalibus, Polydore Virgile, archidiacre de Wels, en Angleterre, publia en 1 iS9 sou livre de inventorions rerum, el voici en quels (ermes il parle de ces chaînes .

« Sylvestre établit une fête appelée ès-liens en d rhontteur «le l'apôtre S. Pierre, d'après la prière ï de Constantin, en mémoire des tourments qu'il d avait supportés pour la religion, comme on le 5> trouve dans un livre sur les liens de Pierre,

qui est attribué à S. Jérôme, quoique peu vc- » ritable1.

On a oit que Polydore ignore ou ne dit rien de (out ce que Sigebert, Beleth, Durand et Petrus de Natalibus, disent des chaînes de S. Pierre, et qu'il ne cite que le récit de S. Jérôme, qu'il déclare au reste douteux.

11. — Examen du récit que fait Baronius de l'envoi qu'aurait fait l'impératrice Eudocie d'une chaîne de saint Fierre à Rome,

Tels étaient les documents que les divers auteurs avaient donnés sur les chaînes de S. Pierre, à Home et à Jérusalem, quand Baronius publia, en 1588, le 1er volume de ses Annales Eccle-

1 Poly. Vergilius de inventoribus rerum, 1. vr, c. b, p.

53'2, in- 18, Lyon 1501.

106 CHAl'ITHE XX.

siastici1, et voici comment il raconte les fails :

« Eudocie, avec une magnificence impériale, 3> fit de grands présents aux lieux saints, y » construisit des lieux saints et elle revint de son d voyage après avoir reçu plusieurs objets de » Juvenal, évèque de Jérusalem. »

On voit déjà que le savant cardinal confond le premier voyage, d"un an à peu près, d'Eudocie, avec le second, qu'il met inexactement deux ans après la mort de Théodose, et pendant lequel elle opéra ses nombreuses constructions à Jérusalem; mais d'où elle ne revint plus. Il continue:

« Nicéphore nous apprend qu'elle en avait reçu » les bienheureux langes de Notre Seigneur Jésus - » Christ et qu'elle les envoya en présent à sainte » Pulchérie Auguste 2. »

Voici tout le texte de Nicéphore, cité par Baronius. Parlant du temple de la Vierge élevé par Pulchérie à Constanlinople, il dit :

ce Pulchérie y déposa avec la plus grande vé- » nération le divin cercueil et les langes funéraires s) qui avaient été découverts. Elle eut soin aussi de » conserver dans le temple célèbre, qui est appelé y> des voies, la divine image, que l'apôtre Luc o avait peinte sur une tablette, son lait divin, )) sa quenouille sacrée, et les langes du divin

• Rome, ex typo^raphia vaticana 1588, in-i'ol. 2 Xicéphore, Bist. Eccl. 1. xiv, c. 2.

EGLISE DE SAINT-PIERRE-ES-LIENS. 10l

v Sauveur, qu'Eudoxie Auguste, quand die alla ,i Jérusalem, lui avait en\<>\r> '. » Ou voit déjà que Baroniusne prend du récit de

Nicéphore que ce qui concerne les langes du

Sauveur. 11 a jugé sans doule que le resle du récit est peu exact. 11 continue :

On (iit aussi [dicitur) qu'elle reçut de Juki vénal les deux chaînes avec lesquelles l'apôtre

S. Pierre avait été lié par Ilérode, desquelles il » en envoya une a Rome à sa fille Eudoxic > Auguste, dont nous parlerons ensuite, et voulut ■ que l'autre lut conservée à Constantinople dans y l'Kgiise du même prince des apôtres, en méi moire de quoi a été établie une fête annuelle. » Car voici ce qu'on lit dans le Mènolor/e des » Grecs:

» Le IG janvier a Conslantinople, vénération » de la précieuse chaîne avec laquelle le B. >» apôlre Pierre avait été lié par ordre d'Herode y> pour la cause du Christ. »

1° Nous devons faire observer que Nicéphore, moine du 14e siècle, ne dit nulle part que ce fut Juvénal qui eût donné ces chaînes. Aucun auteur n*a parlé de lui. On a dit que c'étaient des personnes, et finalement un juif. Baronius est le premier à faire intervenir Juvénal.

2° On voit que le cardi::;.i ne dit pas un met

1 Nicéphore, Ibid. dans l'ai, grecque, t. 14G, p. 100^.

108 CHAPITRE xx.

du témoignage de S. Jérôme, de S. Augustin, et des autres auteurs qui attestent que les chaînes de S. Pierre étaient à Rome avant Eudoxie ; il ne dit rien non plus ici des demandes faites par les empereurs et impératrices de Constantinople, aux papes de Rome, pour avoir une parcelle de ces chaînes.

Il ne cite que le jlénoloye grec, recueil du 10e siècle, et qui encore peut s'entendre de la particule des chaînes envoyée par Hormisdas à Justinien, et que celui-ci dit avoir voulu déposer dans la basilique de Saint-Pierre qu'il faisait bâtir en ce moment. — Après quelques considérations, Baronius continue :

« 11 existe une belle oraison, non pas de S. » Chrysostome, comme porte le titre1, puisb que les chaînes n'étaient pas encore connues ), ni apportées de Jérusalem, mais plutôt de » Proclus, au temps de qui fut faite la translation » de ces chaînes. »

Cette oraison, comme le dit le cardinal, n'est pas de S. Chrysostome. mort en 407, par conséquent 32 ans avant le voyage d'Eudocie, mais elle n'est pas non plus dans les œuvres de Proclus, son sixième successeur, en 417 2, eî aucun autre ne parle de cette translation des

1 Dans Surius au 1er août.

8 Voir les OEuires de Prcclus, dans Pat. grecque t. 65.

chaînes à son époque. Barooius donne pourtant l'extrait suivant de cette maison.

9 Voici ce qui est dit de la manière dont les m chaînes auraient été conservées et trouvées.

» Les ministres même d'Hérode, aux yeux s desquels la lumière divine avait lui, enlevèrent » secrètement ces chaînes restées dans la prison ■ et les conservèrent par devers eux comme un » trésor. Or ce que chacun avait reçu de son » père, comme on dit, et ce qui avait été dit de » ces chaînes, il le confiait ensuite à ses desb rendants, et conservait dans un lieu sur les >» mêmes chaînes, jusqu'à ce que la nation » juive ayant été vaincue, Jérusalem prise et » réduite à rien, et les superstitions idolàiriques * ayant pris fin, le sceptre passa des Romains aux « empereurs, qui professaient la foi du Christ )> et des apôtres. C'est à eux, désireux de rendre » tout honneur aux actions du Christ, que cette « chaîne de l'apôtre Pierre a été manifestée et » transportée par eux dans cette ville royale, et » déposée à bon droit dans le temple sacré de » l'apôtre Pierre, chaîne que nous vénérons et » embrassons et opérant des miracles. »

Ji fait remarquer dans ce discours:

i° La tradition sur la manière dont ces chaînes avaient été conservées à Jérusalem, tradilio7i assez probable, et qui ne contredit aucun des textes déjà cité-.

~2° Quant au transport des chaînes à Constanlioople, ce discours est en contradiction avec tous les auteurs déjà cités ; il attribue la recherche et

le transport des chaînes aux empereurs, et est en contradiction avec Baronius lui-même qui vient de les attribuer a Eudocie.

3° Ce que dit l'auteur en montre l'origine ainsi que l'époque, et confirme l'histoire ; c'est en effet l'empereur Justinien qui reçut d'Hormisdas une parcelle de ces chaînes, et qui la plaça dans L'églUe de l'apôtre Pierre qu'il faisait bâtir.* Celte parcelle a pu légitimement être appelée la tlanne de S. Pierre, et c'est évidemment un moine postérieur à cette époque qui a composé ce discours. Cela nous parait d'une probabilité approchant de la démonstration :

Apres avoir parlé du glaive de S. Pierre conserve dans la même église, cette oraison continue :

« Puisque S. Pierre habite dans l'ancienne » ville de Rome par Ja sépulture de son corps, » que cette ville a l'honneur de posséder, il n'a » pas voulu être absent de nous ! Ce qu'il a " effectué par son glaive et par sa chaîne. Il est » présent chez nous, qui, possédant cette partie o comme si c'était tout son corps, ne sommes pas .) séparés de son union. »

Sur ce discours, les Bollandistes remarquent d'abord que l'auteur ne parle que d'une chaîne apportée de Jérusalem au lieu de deux, et ajoutent :

E DE sAL\T-rii; 1 11

« Je ne suis nullement touché des peuves de aiius : il présume que cette chaîne lut apportée avec les autres reliques par Hudocie, » épouse de Théodose le Jeune, et par consé- )> quent après la mort de Chrysostome. Niccphore [1. xiv. c. 2), parlant du voyage d'Eudocie à » Jérusalem et des reliques qu'elle eu apporta, » ne pul*.' point de la chaîne de l'apôtre-, et t aucun autre Grecque je sache1. »

Un peu plus loin, les Bollandistes ajoutent : « Les auteurs grecs ne parlent pas d'Eudocie, » c'est gratis que Baronius dit que ces chaînes o n étaient pas encore connues au temps de Chrysostome, tandis que l'auteur suppose qu'elles ont n été toujours connues à Jérusalem, et ne dit pas » un mot d'où l'on puisse comprendre que cette » chaîne a été apportée à Constantinople avant » ou après Chrysostome. 11 n'y a donc chez les Grecs aucune raison de lui ôter ce discours et » de l'attribuer à un auteur plus récent 2. »

Il nous semble au contraire que la mention que l'ait l'auteur que ce sont les empereurs qui ont placé celte draine dans l'église de S. Pierre démontre que l'auteur écrivait après l'envoi que le pape Hormisdas avait fait à Justin ien.

Voici maintenant ce que dit Baronius de la chaîne qu'Eudocie aurait envoyée à Rome :

Bollandistes, au 29 juin, t. vu, p. 410. 1 Bol1 and is te s, au 29 juin, t. vu, p. 411.

>■ Quant à l'autre chaîne sur les deux de S,

n Pierre envoyée par Eudocie à Home à sa fille

>■ Eudoxie, elle ne fut pas moins vénérée dans

cetle ville: car celle qui l'avait reçue, Eudoxie,

» non moins religieuse que sa mère, éleva pour

s sa mémoire et pour celle de l'apôtre Pierre qui

y> en avait été enchaîné, une basilique sur le

b mont Esquilin, auguste assurément et digne

» 'lu nom d'Aï gusla. Elle fut honorée du titre

» d Eudoxie et dite aussi de S. Pierre-ès-liens.

» C'est la que fut renfermée non-seulement la

» chaîne envoyée de Jérusalem par sa mère Eu-

» doxie Eudocie), mais par un divin miracle,

» on dit (dicitur) que fut jointe à elle celle

dont Pierre avait été enchaîné s«us .Néron et

» retenu longtemps dans la prison Mamertine,

» puis conservée par les Pontifes romains, comme

» il a été dit en parlant d'Alexandre pape et martyr.

» Car les tablettes ecclésiastiques (tabulœ eccle-

» siasticœ) rapportent que les deux chaînes com-

)> parées entre elles furent trouvées de la même

» matière et de la même facture ; elles furent

» ajoutées ensemble, jointes et unies par un mira-

» de divin, et ne tirent de deux qu'une seule,

» dont la mémoire l'ut consacrée par le Pontife

» romain, le Ie' août, et la basilique (Iqû^^ à

» Lîieu sous leur nom '... »

* Boilandistes, au 29 juin, t. xn, p. 411*

EGLISE DE SMNT-PIEBB3-È8-L1 113

Tel » si exactement le récit de Baronius sur les chaînes de S. Pierre à Constanlinople et à Home. On voit qu'il ne cite aucune autorité si ce n'est celle du Mé.nologe des Grecs, récit du 10e siècle, et qui encore se concilie parfaitement avec l'envoi d'une parcelle de celte chaîne par Hormisdas à l'empereur Justinien.

Quant aux tablettes ecclésiastiques qu'il allègue à propos <lu miracle des chaînes il n'en existait pas d'autres que celles de Beleth, du moine d'Haguenau el de Pierre de Natalibus auxquels il a emprunte son récit en y faisant quelques corrections. — ïl ajoute à la fin :

« En voilà assez sur ces chaînes ; avec ces b détails, on a de quoi corriger le discours qui » est connu, sous le nom de Bède, sur les chaînes » de S. Pierre, et qui commence par ces paroles: » Solemnem observanliam^. »

ISolis avons déjà dit que ce discours est introuvable, et que l'extrait qu'en donne Durand est en contradiction avec celui qui est réellement de Bède et que nous avons cité. Baronius semble être de cet avis, puisqu'il dit qu'il faut le corriger, d'après les détails qu'il donne.

Noël Alexandre, dans sa grande histoire de l'Église, ne dit pas un mot de ces chaînes, non plus que Fleury. Parmi les récents historiens, ni Piohrbacher, ni Darras n'en parient.

1 Daroaius, Ann. Ecoles, ad annum 439, n° 7.

Nous devons cependant mentionner ici une inscription que Ton voit sur les murs de St-Pierreès-liens, et qui est conçue en ces termes :

« Ce temple du Seigneur avait été auparavant » dédié à S. Pierre; le pontife Sixte llï l'avait » autrefois consacré, mais il fut après lui détruit par les guerres civiles; Eudoxie le renouvela en entier à la même place; le D. pape Pelage le d consacra de nouveau, y renfermant les corps des saints Maccahées, et y apposa les précieuses chaînes de fer de Pierre, qu'une illustre « femme avait apportées de Jérusalem, et celles u avec lesquelles il avait été lié du temps de >'éron. » La fête en est célébrée le 1er du mois d'août, et b tous ceux qui en approchent sont lavés de tous » les crimes1. »

Hoc Domini templum Petro fait ante dicalum, Tertius antistes Sixtus sacraverat olirn. Civili bello déstructura post fuit ipsum. Eudoxia quidem totum renovavit ibidem, Pelagius rursus sacravit Papa beatus,

rpora sanctorum condens Maccabœorum ; Âpposuit Pétri pretiosa ligaraiaa ferri, lllustris mulier quœ detulit ab Hierusalem Et quibus est Petrus Xerouis tempore vinctus. Au-rusti mensis celebraatur festa caleadis, IIuc accedeati purgantur criniina cuacta.

Quesnel, qui donne cette inscription dans sa vie de S. Léon, ajoute :

1 MarlineUi, Roma ex Elhnica sacra, p. 284, in-S°, Roaiae,

LfjLISE DE SAINT-PIËRRE-1 115

v C'est une chose étonnante qu'aucun auteur

» ne dise pas même uu mut de l'envoi de ces

i chaînes. L'autorilé de l'inscription est nulle,

parce que son époque est incertaine1. »

D'ailleurs, comme on le voit, cette inscription fourmille d'erreurs :

1° Sixte III (432-440) ne peut avoir consacre cette église autrefois (olim) puisqu'il était contemporain d'Eudoxie, et c'est cle ses mains en 439 qu'il aurait dû recevoir ces chaînes. Mort en 440, il n'est pas probable qu'il ait vu la basilique achevée.

2° 11 n'est pas probable aussi que l'on ait attendu plus de cent ans pour que Pelage I (5o5- 560) y ait apposé ces chaînes, qu'une illustre femme aurait apporlées de Jérusalem à Rome.

3° L'auleur a confondu TEudoxie de 43^ avec une autre Eudoxie qui vivait du temps de Pelage.

43 Enfin les deux derniers vers ont besoin d'explication pour être orthodoxes. Aussi Quesnel les a supprimés.

12. — Examen de ce que disent les divers bréviaires sur les chaînes de saint Pierre.

Avant d'arriver aux Bréviaires acluels, il est bon de consulter quelques-uns des anciens.

1 Quesnel dans l'édition de S. Léon, Pat. lat., t. 55, p. 224 \ voir la note des frères Ballerini.

Ho CHAPITRE XX.

Nous avons sous les yeux :

Le Breviarium romanœ curiœ, in-12, elc. (sans date) approuvé par Léon X (loi 3-1 521 et donnant pour leçon, au 1er août, le texte des Actes : Misit lier odes vex manum \

Le Breviarium romanum Gothicum, in-4° (sans date).

Le Breviarium romanum Golhicum, imprimé Taurini 1520 in-foi2. Ces deux Bréviaires portent 3 leçons de l'homélie de S. Ambroise : Didicimus. fratres, quod ad similitudinem Evœ*.

Le Breviarium romanum ex sacra potissimum Scriptura et probatis sanclorum historiis confectum eteoncinnatum, publié à Paris. 1536, de licentia et facultate SS. .Y. Papœ Pauli 111, œuvre du cardinal Quignonez, ne donne encore, au 1er août, que l'extrait des actes : Cura Rerodes occidisset \

Le Breviarium romanum Gothicum in-V Paris, 1542, fait de même 5.

Tous ces Bréviaires précèdent le concile de Trente (1545), qui dans sa 25e session chargea le Souverain- Ponlife de réformer la liturgie catholique.

1 Bibliothèque nationale.

2 Bibl. Ste-Geneviève, BB 05. BB 38.

3 Cette homélie, attribuée à S. Ambroise, a été assigner; p'ir les récents éditeurs à S. Maxime, dans Pat. latine, t. 57, p 350.

i Bibl. nationale, B 189 A.

.bi. Ste-Geneviè\e, DB 07.

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