‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 34 sur 96 · ÉGLISE DE SAINT-PIERRE-ES-L · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINT-PIERRE-ES-L

Leçon.

a Dès cette époque, l'honneur qui étui! rendu s à César Auguste commença à être rendu aux n chaînes de S. Pierre. Par leur contact elles h guérissaient les malades, et chassaient les dé- .) m on s. Parmi ces guérisons, l'an 900 du salut d des hommes, il arriva qu'un certain comte, » offidier de l'empereur Glhon, possédé par u l'esprit immonde, se déchirait avec ses dents. » C'est pourquoi, par ordre de l'empereur, il est i conduit au pontife Jean *, qui, dès qu'il eut iD touché de la chaîne sacrée le cou du comte, » le mauvais esprit, s'éloignant, laissa l'homme » libre; et clans la suite la religion des saintes n chaînes se répandit dans la ville de » Rome 2. »

3e Nocturne. — 7e et 8e Leçons.

Ces deux leçons sont extraites du commentaire de S. Jérôme sur les paroles de Jésus à ses apôtres : « Que disent les hommes être le fils de » l'homme » et comme ils répondirent : a Les uns disent que c'est Jean Baptiste, d'autres Elie, d'autres Jérémie, ou quelqu'un des prophètes, et sur ce que Jésus ajoute : « Et vous que ditesvous que je suis?» Pierre répondit rondement: « Vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant. »

1 Jean XIII, pape, de %L à 972.

2 Drcviaire de S. Pie V, édition de Paris, 1 573,, ia-l°.

120 CHAPITKE XX.

S, Jérôme fait admirer la beauté de celte ré pon et la fondation de l'Eglise '.

9e Leçon.

Cette, leçon est tirée de S. Grégoire de Nazianze en l'honneur des Macchabées dont on célèbre le même jour la fêle 2.

.Nos lecteurs peuvent connaître quelles sont les sources et quelles sont les inexactitudes de ces leçons introduites dans le nouveau Bréviaire par le cardinal Sirlet et surtout par Julius Pog-

gianus.

1° Eudocie n'aurait reçu à Jérusalem qu'une seule chaîne au lieu de deux, dont S. Pierre avait été lié d'après les Actes et d'après la plupart des auteurs. Ainsi disparait la chaîne qui aurait été portée à Constantinople.

2° C'est pour la première fois que l'on y parle de l'or et des pierreries qui ornaient cette chaîne.

3° On y dit qu' Eudocie apporta elle-même celte chaîne à Rome, tandis qu'elle n'y est jamais venue.

4° Le miracle de la réunion des chaînes est emprunte a Bclelh et à Pierre de Natali-

bus.

1 S. Jérôme, Comm. inMatth. xvi, 13, dans Pal. lat.,t. 26. p. llô.

i S. Grrég ire de X-izianze, discours 15; dans Pat. grecque, t. 35. p. 011

EGLISE DE s.\;-:r-: . 121

5° Ce n'est point alors mais bien plutôl du temps de S. Sylvcslre que la fêle des chaînes fut établie le Jcr août.

(')" C'est dans la lettre de S. Jérôme que l'on a pris que le culte rendu à Auguste fut remplacé par celui des chaînes.

7' Ce n'est pas l'an 900, mais l'an 000 qu'arriva, d'après Sigebert, le miracle de la gucrison du comte. C< tle guérison est copiée presque mot à mot de Sigebert; maison omet la mention que Déoderic, évèque de Metz, obtint alors un anneau de la chaîne/ et que, l'année suivante, il l'apporta encore de Rome, une partie de l;i chaîne, les cheveux de Pierre, le sang de S. Etienne, et une partie du gril de S. Laurent, toutes reliques qui ne sont constatées que par le seul Sigebert.

8° C'est encore inexact de dire que c'est alors seulement que la religion des saintes chaînes se répandit à Rome ; nous avons vu qu'elles y étaient déjà honorées.

9° Le récit est en opposition avec le texte de S. Augustin, qui parle du culte qui était rendu à ces chaînes, dès sou époque.

Sur ce Bréviaire les Bollandistes disent :

« Les réformateurs de ce Bréviaire, il y » a environ 100 ans, donnèrent pour leçon b du 2' nocturne , au lieu d'une homélie » de S. Âmbroisej l'histoire suivante, d'après

i'2'2 CHAPITRE XX.

» Pierre de Nalâlibus, dont ils donnent la l£- » gend? \ »

Dora Guéranger s'exprime ainsi sur ces inexactitudes.

a Les homélies et autres passades des saints a Pères sont choisis, pour l'ordinaire, avec un n discernement supérieur. S'il en est quelquesd uns empruntes à des livres que la critique » moderne a reconnus apocryphes, il faut se o rappeler que cette science ne faisait alors que de » naitre, et que les grandes et correctes éditions, n dont nous jouissons aujourd'hui, n'existaient » pas. In homme important n'oserait reprocher )) a Bironius et à Bellarmin les taches de ce » genre qu'on remarque dans leurs écrits im- » mortels 2. »

Moins de 30 ans après, Clément VIII trouve dans sa bulle de promulgation du 10 mai 1602 3 qu'en ce moment il n'y a pas de Bréviaires qui ne soient différents en beaucoup de choses de la ire édition qu'en avait faite Pie V*, et fait faire un nouveau Bréviaire, qui sortit des presses du Vatican, en 1602. Les correcteurs de ce Bréviaire furent au nombre de sept parmi lesquels le card. Baronius, le card. Bellarmin, et le savant

1 Bollandistes au 29 juin, t. vu, p. 412.

- Institutions liturgiques, t. i, p. 435.

3 Voir la traduction de cette Bulle dans les Annales de philosophie, t. x, p. 373 (4e série).

SE DE BAINT-PIEB [ENS. 123

inlus, qui a donné lous les détails de cette correction.

Ce Bréviaire copie les leçons du Bréviaire de Pie V, mais il y fait les corrections suivant

1° An lieu de dire qu'Ëudocie apporta ellemême la chaîne à Borne, il y est dit : « Eu- » docie l'envoya ensuite à sa fille Eudoxie à » Rome. »

\u lieu de : l'honneur qui était rendu en ce jour à César- Auguste, on a mis qui était rendu aux fêles profanes des Gentils.

3° Au lieu de l'an 900, on a mis Van de notre salut 909.

i° Au 3e nocturne, aux leçons 7 et 8 au lieu du commentaire de S. Jérôme qui faisait ressortir la fondation de l'Eglise, et cette belle parole de Pierre : «Tu es le Christ, Qls du Dieu vivant, » on a mis le texte, où S. Augustin parle de l'honneur rendu aux chaînes de S. Pierre que nous avons cité précédemment, et on u'a pas fait attention que ce texte nie la véracité du récit qu'ils viennent de donner de l'envoi des chaînes par Eudocie.

Mais de nouveau, 30 ans après, Urbain VIII fait faire une nouvelle correction du Bréviaire «pressé, » comme il le dit lui-même, dans sa bulle de » promulgation du 25 janvier 1031, par différentes » personnes pieuses. » Les correcteurs, tous latins

de ia Renaissance, furent an nombre de 13*. Ce nouveau Bréviaire parut en 1031, et n'a rien changé pour cet office aux leçons de celui de Clément VIII; ce sont les leçons que l'on récite en cure en ce moment.

Le Bréviaire parisien parle ainsi de ces chaînes au 1er août :

« On dit traditur) que, renfermé dans la pri- » son Mameriine, Pierre y fut. par ordre de Né- » ron, charge de chaînes lesquelles furent honorées à Rome d'une manière spéciale dès les d premiers siècles. Aralor, sous-diacre de l'Eglise » romaine au 6e siècle, écrit que, à son époque, on » consacrait déjà à Rome les chaînes que Pierre d avait portées à Jérusalem, ou certainement une >; d'elles. Leur vénération en fut d'autant plus d augmentée, lorsque surtout, comme on l'apprend h par d'autres monuments de l'Eglise romaine, o une basilique fut bâtie par Kudoxie, la jeune s épouse de Valentinien III, sous le nom de Saintb Pierre- ès-liens, sur le mont Esquilin. Comme » elle fut dédiée le Tr août, la fête fut établie pour ;i perpétuer le souvenir. »

te rédaction, il faut l'avouer, est très-habile.

"• Voir dans les Annales de philosophie la traduction de la Dalle, le nom des réducteurs et L'histoire de leur- réformes, t. x, p. 376 '4e série).

* Breviarium i ., au 1er aoûi.

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