‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 40 sur 96 · SAINTE-MARIE-MAJEUR · texte numérisé non relu

SAINTE-MARIE-MAJEUR

Si, ;i partir de ces humbles commencements, nous franchissons plusieurs siècles pour nous transporter à l'époque «les splendeurs matérielles de Rome, le champ Esquilin se présente connue un magnifique heu de plaisance.

De la vieille et rude chaussée de Servius, qui bubsistfil encore, la colline i (ail arrivée jusqu'à la .Maison dorée de Néron, conliguë à ses dernières pentes. (Vêtait là comme deux bornes qui en fixaient les limites, et c'est là qu'a été construite l'église de Sainte-Marie-Majeure.

Les trois noms qu'a reçus cette église nous signalent les principaux aspects sous lesquels nous devons la considérer.

Le premier de ces noms se rapporte à son fondateur le pape libère (352-366). Elle fut la basilique Libérienne. Son origine coïncide à peu près avec les tribulations que ce Pape eut à supporter dans sa lutte avec les évêques ariens, et avec l'empereur Constance, leur prolecteur. Le temple dédié à Marie sur une des sept collines ne dut point leur plaire. En général, les éléments de Rationalisme grec, dont l'Arianisme était tout imprégné, n'étaient point sympathiques à l'expression matérielle des sentiments religieux envers les Sain's. Cette manifestation renfermait d'ailleurs, telle qu'elle était entendue par l'Egide catholique, un principe essentiellement incompatible avec rhélérocloxie de celte époque. 11 y

avait une différence radicale entre le culte suprême dont le Christ était l'objet, et le culte subordonné rendu à Marie, et aux martyrs. Les Ariens ne se dissimulaient point que cette distinction condamnait ceux qui ne voyaient dans le Sauveur qu'une simple créature.

La Basilique de YEsquilin eut donc, dès son origine, une signification dont les erreurs du temps ne pouvaient s'accommoder, et qui, comme nous le venons, devint plus précise et plus complète dans le siècle suivant,

La reconstruction de cette basilique par Sixte III (432-440 se rattache à un événerneni religieux qui eut un grand retentissement dans le monde.

La profession de foi du concile gênerai d'Lphèse sur la maternité divine de Marie excita dans toute LEglise une joie semblable à celle que nous avons vu éclater récemment lors du décret de Vie IX sur l'Immaculée-Conception. Ce sont la les deux principales époques de la glorification dogmatique de la Sainte-Vierge. La première eut son monument spécial dans les décorations nouvelles de la basilique de l'Esquilin ; la seconde, qui est déjà représentée par la colonne érigée en face du collège de la Propagande, aura aussi, à Sainte- Marie-Majeure^ un monument qui en perpétuera le souvenir. Pie IX y fait préparer sa sépulture. Son tombeau y occupera au pied de l'autel papal une place correspondante à celle qu'occupe, dans la

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basilique de Saint-Pierre, le tombeau de Pie VI. trouvera au-dessous de l'arc- triomphal construit par Sixte III : la vénérable mosaïque, qui décore, depuis 1 4 siècles, le sommet de cel arc sera, dans la pensée du monde catholique, la couronne de ce sépulcre.

On peut demander pourquoi cette église, a été primitivement bâtie d'une manière si peu solide, ou du moins dans des proportions si restreintes que, dans le siècle suivant. Sixte III a dû la refaire. Pour répondre à cette question, il faut d'abord se rendre compte de la condition originaire des cinq principales églises du 4e siècle, qui portent le nom de basiliques patriarchales. Ce sont, avec Sainte- Marie-Majeure, les égiises de Latran, de Sainl-Pierre. de Saint-Paul hors des murs, et de Saint-Laurent au-delà de la porte Tiburtine. Sur cinq, il y en a seulement deux qui aient traversé un long espace de siècles sans avoir besoin de restauration.

L'église de Latran ne fut pas un bâtiment nouveau.

Constantin avait converti en basilique le palais impérial, situé sur cette partie du Cœlius ; ses murs devaient avoir la solidité commune à la plupart des grands édifices de l'ancienne Rome.

La construction de la basilique Vaticane avait été très-soignée. Le récit de la cérémonie qui eut lieu pour la pose de la première pierre suffit pour prouver quille importance Constantin attachait à ériger un

monument qui répondit, par sa grandeur comme par si durée, k léminenfe dignilé de celui que le Sauveur a établi chef suprême de l'Eglise universelle. Ce fut seulement vers le milieu du loc siècle que la vétusté de cet édifice parut inquiétante et qu'elle fit prévoir la nécessité d'une reconstruction.

Il n'en a pas été de même de l'église de Saint- Paul liurs-des-murs. Valeniinien la réédifia en . dans le siècle de sa fondation.

D'où vient qu'elle l'ut, à sa naissance même, si caduque et si peu spacieuse qu'elle dut être refaite ou réparée par divers panes, tandis que la basilique Yaticane, sa sœur jumelle, réunit, en sortant de terre, le caractère de la grandeur aux conditions de la longévité.

Je ne me l'explique que par une seule conjecture assez prenable.

Au moment où le tombeau de saint Pierre était couronné par une basilique, il a semblé que le tombeau de son collègue dans l'apostolat et dans le martyre ne devait pas rester plus longtemps dépourvu de tout monument du même genre, et l'on s'est pressé de pourvoir, quoique très- imparfaitement, à cette espèce de nécessité en marquant tout à la fois l'étendue de sa surface et l'évolution de ses destinées.

Des monuments religieux se faisaient remarquer - extrémités : sur l'Oppius, le temple' que la de-

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potion politique de la femme d'Auguste avait dédiée à la Concorde ; sur leCispius, près d'un marché célèbre, le lemplc de Junon-Lucine, et le bois sacré qui en dépendait.

Plusieurs antiquaires ont pensé que ce temple riait situe sur le lien même qu'occupe la basilique le Saiîit+Marie- Majeure. Ce qui est certain, c'est qu'il en était très-rapproché. On a quelque raison le croire que les trente-six-colonnesde beau marbre blanc, tirées des carrières de l'île de Proconnèse dans la Propontide, qui ornent la grande nef de li basilique, ont fait partie du temple païen.

Il est probable que les constructeurs de l'église chrétienne en ont pris au moins quelques-unes, puisqu'ils les avaient pour ainsi dire sous la main, ht, comme celles de laP.asiliquesont toutes exactement semblables oar !a matière et par la forme, il parait qu'elles ont dû appartenir originairement au même édifice. On sait, par des documents topographiques du 6e siècle, qu'à cette époque le temple de Jimon-LucineiïèUùt pas encore entièrement lélruit. L'église de Sainte-Marie-Majeurc, restaurée dans le siècle précédent par Sixte III, était dans tout son éclat.

Rome chrétienne présentait le spectacle pittoresque de jeunes monuments fleurissant dans une foret de ruines.

En construisant la Basilique de l'Esquilin, le Christianisme substitua au temple de la reine de

l'Olympe le sanctuaire de la reine du Ciel. Déni

doctrines étaient représentées par ces deux types] \j s scènes impudiques où la rivale de Venus avait figuré, son orgueil qui avait mérité d'avoir le paon pour emblème, sa haine vindicative dont s'étonnait Virgile, n'étaient plus que des spectres fuyant devant l'image de Celle qui est le symbole de la pureté, de l'humilité et de la miséricorde.

Ovide avait félicité J'jnon de la situation de suri temple qui était à l'orient de Rome, il lui avait dit : <• Vous avez les prémices des jets de la iu- » mière \ » Les chrétiens voyaient un autre Orient, lorsqu'ils saluaient Celle qui « s'est levée n comme l'aurore2, et quia donné naissance au » Soleil de Justice5. »

On pouvait dire d'elle, en lui appliquant les paroles d'une hymne de S. Ambroise, qu'en rece- \ant les prémices de la nouvelle lumière, elle avait préparé l'origine du monde religieux que ce soleil devait éclairer h.

L'église du pape L'bère a reçu un autre nom

1 Principium, tu, Dea, lucis habes (Ovid. Fast. n, il - Quae est ista quae progreditur quasi aurora consurgens [Cant. Gant., vi, 0 ?

3 El orietur vobis timentibus uornen meum Sol justitiïî (Malacb. iv, 2 .

4 Primordiis lucis novae, Mundi parans originem.

{Hymne de Vêpres, du Bréviaire romain).

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relatif aux circonslances qui ont provoqué sa fondation. Elle fui désignée sous le titre de Saintetfarie-auz-Neiges (ad nives). Cette dénomination, un peu singulière, s'explique par le récit suivant :

Dans l'année 352, ou à peu près, à l'époque des plus tories chaleurs, pendant la nuit du 4 août, une nappe de neige couvrit une partie du mont Esquilin. Ce l'ait extraordinaire, dont toute la ville sYtonnait, lut, aux yeux d'un palrice romain nommé Jean et de sa femme l'indice qu'ils attendaient. Comme ils n'avaient pas d'enfants, ils avaient lait le vœu de prendre pour héritière la Sainte-Vierge, qu'ils vénéraient comme leur céleste mère, ricins de cette pensée, ils suppliaient instamment Marie de leur faire connaître, d'une manière ou d'une autre, à quelle œuvre pie ils devaient consacrer leur fortune. La Vierge leur apparut en songe séparément à chacun d'eux cette même nuit du 4 août, et leur dit de lui dédier une église dans le lieu qu'ils verraient couvert de r.eipe. Ils en conférèrent avec le pape qui leur déclara avoir reçu le même avertissement. Libère se rendit processionnellement sur le mont Esquilin, et détermina, d'après les indices fournis par le tapis blanc, l'emplacement de la nouvelle église.

Tel est le fait que nous avons reproduit en abrégé sans en altérer la substance. Mais ce récit

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fort court a pris des développements qui ne son

pas dépourvus d'intérêt, dans une narration qu'un très-ancien bréviaire, à l'usage de celle église, nous a conservée. L'auteur de cette légende parait en avoir écrit certaines parties à la manière des historiens grecs et latins, qu'on sait avoir introduit dans l'exposé des faits quelques discours, quelques dialogues auxquels on ne peut guère attribuer des caractères d'authenticité. C'était une vive expression de ce qui avait dû être dit ou une paraphrase animée de ce qui avait été dit. Quelques reproches qu'il y ait lieu de faire à ce procédé ultra-historique, il a eu de temps en temps le mérite de mettre en relief, sous une forme dramatique, le sens intime des événements et des situations. C'est à ce titre que nous insérons ici celte version amplifiée du thème originaire :

Extrait de l'Office célébré en souvenir du Miracle de la construction de Sainte-Marie Majeure.

Leçon ire. Au temps où le Pape Libère, 1er après S. Sylvestre, dirigeait le siège de Pierre avec une grande sollicitude, il v avait à Piome un homme nommé Jean, remplissant les fonctions de Patrice de la ville, distingué par ses mœurs et sa noblesse, possesseur de nombreux biens et :ie grandes richesses. Comme il n'avait point

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d'enfants, il avail choisi, de concert avec sou épouse, 'i111 Par providence divine lui était semblable en mœurs et en noblesse, la 13.

Mère de Dieu, comme sa principale et spéciale protectrice. D'un commun accord, et avec une de dévotion, ils tirent un vœu à Ja B. Vierge

en lui disant :

« Heine des cieux, souveraine des anges et d sauveur de tous, nous vous supplions, nous • fragiles, avec d'autant plus de dévotion, que vous répandez plus grandement sur les hora- .- mes les entrailles de votre miséricorde. Recevez donc, très-sainte Mère, la prière de foi t que nous vous adressons, avec une dévotion sincère. Disposez, avec votre tendresse accoutumée de notre vie, et de tout ce que nous » possédons sur la terre comme hommes, de o manière que nos actions vous servent en quelque chose, et que nous dépensions nos » richesses en quelque offrande qui vous soit o agréable. »

La divine clémence ne manqua pas à leurs supplications, et les oreilles de la très-pieuse Vierge furent ouvertes à la supplique de ces justes. Dieu, acceptant leurs vœux du haut du ciel, voulut exaucer leurs demandes par un fait extérieur qui les conduisit à leur fin.

Leçon 2rae. — On était au commencement du mois d'août, époque où les plantes sont desse-

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