‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 44 sur 96 · LA BASILIQUE VATICANE · texte numérisé non relu

LA BASILIQUE VATICANE

h moitié de la basilique Vaticane; celle de Saint- Paul à Londres, la plus longue église après Saint-Pierre, a 127 palmes de moins. On peut

tonner quelque idée du grand monumenl Rome chrétienne, en songeant qu'il a 46 aufi 290 fenêtres, 377 statues, et près de 850 colonnes.

L'étendue de cet édifice donne lieu à une remarque, qui se présente tour à tour comme un éloge et comme une critique. Au premier aspect, Saint-Pierre, vu de l'intérieur, paraît moinsgrand qu'il ne l'est réellement : on sait que cet effet d'optique provient de la merveilleuse exactitude avec laquelle les règles des proportions y ont été observées. Cela fait sans doute beaucoup d'honneur à la science de l'architecte, mais cela fait-il également honneur aux règles elles-mêmes ? Faut-il se piquer de les suivre jusqu'au point où elles parviennent à dissimuler aussi bien l'étendue d'un monument, que l'artiste doit au contraire s'attacher à faire ressortir? La basilique Vaticane se charge de répondre à cette objection. Lorsqu'on y a passé quelque temps à contempler son étendue, à comparer les distances, la perspective change : les limites reculent, et vous font découvrir, dans l'espace immobile, que vous avez eu d'abord sous les yeux, un autre espace qui va s' agrandissant sous le double regard de l'œil et de la pensée.

ICO CHAPITRE XXIi.

L'impression que- produisent en nous les vastes dimensions d'un temple tient à deux sentiments divers. Elles attestent, comme tout autre monument grandiose, la puissance du génie de l'homme. Mais nous sentons encore autre chose, en contemplant un édifice religieux, qui s'élève à une grande hauteur, par sa nef ou par sa coupole. Cette élévation dépasse de beaucoup celle qui est -aire pour que la foule, rassemblée dans le temple, puisse respirer librement; elle ne se rapporte a aucun besoin physique; elle nous dit par là même que ce vide qui plane sur nos tètes ne serait qu'une laborieuse inutilité, s'il ne se rapportait à un monde supérieur, s'il n'était là pour figurer un autre espace, qui est le lieu des esprits, et qui répond à d'autres nécessités que celle des corps. Ce vide, construit à grands frais, cet espace matériellement perdu, est un sacrifice de la matière à une réalité invisible, une sorte de consécration de l'étendue au culte de l'infini.

Cette tendance de l'architecture religieuse à s'élever est le produit de la force interne du Christianisme. Le Polythéisme réservait la prééminence à des édifices d'un autre genre : dans Rome païenne, le Colysée dominait tous les monuments religieux : la colonne Automne était plus haute que le Panthéon. La tendance, dont nous parlons, donne encore lieu à une autre observalion si on l'étudié dans l'intérieur de la chrétienté.

Page 1