‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 58 sur 96 · C. — Récit de BTartinus Polonus · texte numérisé non relu

C. — Récit de BTartinus Polonus

Enfin dans ce même 13e siècle, et presque à l'époque où Niccphore consignait ces traditions

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en Orient, en Occident, Martinus Polonus, pénitencier de l'Eglise romaine et archevêque de Cosence en Calabre en 12«)8, consignait ce récit dans sa Chronique :

« Les Romains, voyant qu'Auguste était d'une » si grande beauté, que personne ne pouvait fixer » ses yeux, et qu'il avait joui d'une si grande forii tune et d'une si grande paix, que le monde en- » lier lui était soumis, lui disaient : Nous vou- » Ions t 'adorer parce que Dieu est en toi ; s'il n'y » était pas, toutes choses ne t'auraient pas réussi » aussi complètement.

» Auguste refusa et demanda un délai, alors il » appela à soi la sage Sibylle tyburline, a laquelle » il fit part de la demande que le sénat lui avait » faite.

» Celle-ci demanda trois jours de réflexion b pendant lesquels elle pratiqua un jeûne rigou- » reux. Le 3e jour elle répondit ainsi à l'Ernpe- » reur : Signe du jugement ; la terre se couvrira » de sueur, un Roi descendra du ciel pour régner » à travers les siècles ; et le reste de la prophétie.

» Et aussitôt le ciel s'ouvrit, et une grande lu- » mière se répandit sur l'Empereur et il vit dans

r.vJ dcutw KazÊtwXtov &)|M)v yi-y.z-.y/ lopucajxevoç, xoiaoe 'Pwjxaïxotç ï-i-^y.li '■'A'vyizv Bwy.o; buroç Ioti tcô irccoToyovou 0eo5.

nNicéphore Calliste, Hist. Ecc'.cs., 1. i;c. 17; dans Pair. Grecq. t., 145 p. 681).

» le ciel une Irès-bellc Vierge placée sur un au-

» tel, et tenant un Enfant dans s» s lu-as. 11 fut

> dans une merveilleuse admiration, et il entendit

0 une voix qui lui dit : Cet unir! est Y autel du fils

» de Dieu. Et l'Empereur, se prosternant aussitôt

» contre terre, l'adora.

» 11 raconta cette vision au\ sénateurs qui, eux

« aussi, on furent grandement étonnés. Celte vi-

» sion eut lieu dans la chambre de l'Empereur

» Octave, où est maintenant l'église de Sainle-

» Marie in Capitolio. ("est là que sont les frères

» Mineurs, et c'est pour cela que cette église est

» appelée Sainte-Marie d'Ara cœli1. »

1 Romani videntes esse tantae pulchritudinis, quod neino in oculis ejus intueri poterat, et lantae prosperitatis et pacis,

quod tut u m munduin sibi tributarium fuerat, dicebant ei : Te voiumus adorare, quia Deus est in te; si hoc non esset, non tibi omnia tain prospère succédèrent. Qui renuens inducias postulavit et ad se Sibyllam tyburtinam sapientem vocavit, cui, quod senatores sibi dixerant, recitavit. Quœ spatium trium dierum petiit, in quibus arcturn jejunium operata est. Post tertium diem respondit imperatori hoc modo : Judicii signum; iellus sudore madescet. E cœlo Rex adueniet per secla futurus, et cetera quae sequuntur. Et illico apertum e<i cœlum, et nimius splendor irruit super eum, et vidit in cœlo quamdam pulcherrimam Virginem slantem super altare, Puerum teneutem in brachiis. Et miratus est nimis, et vocem dicentem audivit : Hœc ara fxlii Dei est. Qui statim projiciens se in lerram adoravit. Quam visionem senatoribus r^tulit, et ipsi mirati sunt nimis. Haec visio fuit in caméra Octaviani imperatoris, ubi nunc est Ecclesia sanclz Marix in Capitolio, et hic Fratres minores sunt. Ideo dicta

Tel est le récit de Martinus Polonus, qui averlil dans sa préface qu'il a puisé ses assertions dans Tile Live, Orose et les chroniques subséquentes!

mais aucun auteur antérieur n'avait cité ce fait1 . On trouve seulement dans Suétone :

<'. Auguste avait les yeux clairs et brillants et » voulait même qu'on leur crût une sorte de force » divine. Il était bien aise, quand il regardait o quelqu'un fixement, de le forcer à baisser la » tête, comme ébloui par l'éclat du soleil". »

Servius ajoute un détail :

« On dit qu'Auguste avait naturellement des )) yeux de feu, en sorte que personne n'osait lui » opposer son regard; aussi un chevalier romain, v interrogé pourquoi à sa vue il détournait la tète, >i répondit : Parce que je ne puis supporter la » foudre de tes veux 3. r

st Ecclesia sanclse Maris ara cali. (Martinus Polonus, chro. nicon, 1. m, n. 1, in-8", p. 101 ; Antuerpiae, Plantin, 1574).

• D'après M. Alexandre, clans son édition des Oracles Sibyllins, on trouve ce fait mentionné dans les auteurs suivants postérieurs à Martinus, Chronicon Bergamense, initie. — Hudimcnti twvilioriim ; Lubek, 1475; La mer des historiés, 1. i, et Novidius lrrancus , Fasti sacri , 1. xn, p. 102 : Roime, 15 1 7.

2 Oculos habuit claros ac nitidos, quibus etiarn existimari volebat incise quiddam divini vigoris, gaudebatquc si quis sibi acnus coutuenti, quasi ad ful-rorem solis, vultum submitleret (Suet. Aug., c. 79,.

3 Xaturalitcr emm Augustus igneos oculos habuisse dicitur, adeo ut obtutum ejus nemo contra aspectarc posset. Denique

NDICB II.

Nous avons donné tous les textes qui ont rapporta Y Enfant et à /A^</ tf/eoé en son honneur par Auguste.

Reste à expliquer l'existence de celte tradition. Los vieux critiques protestants u'hésiteni pas à la déclarer complètement absurde, insensée, etc. Les critiquas actuels sont moins absolus et cherchent à démêler ce qu'il y a de vrai, et comment a pu n'introduire ce qu'il va de faux dans ces traditions diverses. Suivons leur exemple.

; Considérations sur ces divers textes.

On a vu que la Chronique latine et Malalas citent pour autorité Timothée le sage ou \e chroniqueur, Cedrenus renvoie à Eusèbe, Suidas etKicéphore ne citent aucun auteur.

Quanta Timothée malgré toutes les recherches que l'on a faites, on n'a point trouvé sa chronique, el Von ne sait à quelle époque précise il a vécu. Seulement on a remarqué qu'il est cité par Hcsychius, patriarche de Jérusalem, vers 650, qui le met après Clément et Théophile, qu'il appelle rkronnnraphes très-amis de Dieu', c'est-à-dire avec des auteurs du T et du 3e siècle.

quidam eques romanus interrogatus ab eo cur se viso verteret faciem dixerit . Quia fulmen oculorum tuorum ferre non possum, sicut ait Suetonius (Servius, .Encich, vin, 680).

1 Hesychius, homélie, dans Pal. grecq., t. 93, p. 145% homélie'reproduite dans Chronique pascale, t. 92, p. 1058.

Il y a même un Timothée du 1er siècle, fils du sénateur Pudens, et frère de S. Novaius, de S. Pasteur, de S" Pudentienne, de Ste Praxède, et

qu; pourrait bien être noire Timothée le sage cl

le chroniqueur. Comme les jeunes gens de famille sénatoriale, il dut connaître toute la littérature païenne, puis, instruit par l'apôtre Pierre, il est naturel qu'il ait composé une histoire ou chronique des faits qui s'étaient passés à l'origine de l'Eglise t.

Son frère Pasteur avait écrit les Vies des S'e5 Pudentienne et Praxède, qui sont perdues. On n'en a conserve qu'une lettre adressée à ce môme Timothée, racontant la mort de S. Novalus2. 11 existait des bains de ce nom et qui portaient aussi celui de Timothée. 11 en est question dans les Actes du martyre de S, Justin*.

Quant à Eusèbe, dont Cedrenus invoque le té-

i Voir ce qui est dit de l'institution des notaires char.conserver les faits évangéhques par S. C'ément, 3e successeur de S. Pierre (91-100] dans Anastase le Biblioth. Pat. lat., t. 127, p. 1079.

2 On la trouve dans le martyrologe d'Adon, au 20 juin ; Pal. lat., t. 123, p. 2

3 Edition des Bollandistes ; les Bénédictins, dans leur édition de S. Justin, au lieu de twv Tiulotivcov mettent to3 TtjtoTivou . nom inconnu dans la littérature païenne et chrétienne. Le nom de Novatus était très-connu à Rome sous Néron; Sénèque adresse à un Xovatus son 3e livre De ira. Voir les Actes de S. Justin, Pat. grecq.y t. vi, p. 1506, u. t, et les Bollandistes au 13 avril.

moignage, aucun de ses ouvrages ne mentionne ce texte. Ce qui nous étonne c'est qu'il semble avoir été lu par l'éditeur de Malalas, qui, citant une variante, dit que Cedrenus écrit Sofxwv au lieu de t-.co'/cov, et ajoute: « comme le porte aussi Eusèbe [uti habet etiam Eusebius \ » De plus Casa u bon, qui a attaqué cet oracle, ne nie pas qu'il en soit fait mention dans Eusèbe, bien plus, il cite l'ouvrage d'où il est tiré en ces fermes : « L'auteur de » cet oracle n'est pas Suidas, ni Nicéphore, » comme le croit Raronius, mais Eusèbe luio même qui l'avait cité dans ses lettres [Ipse Eu- » sebius in litteras eam réfutera t, comme on le » voit par Cedrenus, qui avait n eu cela de Geor- » ges le Syncelle2. » Mais c'est vainement que nous avons cherché ces textes dans Eusèbe ou dans le Syncelle.

Quant au lieu où cet oracle a été rendu à Auguste, on a vu que la Chronique palatine dit expressément que ce fut à Rome et sur le Capitule, ce que coutume aussi Malalas. C'est Cedrenus qui le premier parle de Delphes, et après lui Nicéphore. Mais Auguste ira pas fait le voyage de Grèce à cette époque. Comme c'était à Delphes que la Pythie rendait ordinairement ses

1 Cedrenus, dans Pat. gr., t. 121, p. 562.

2 Cas bubon, Éxer ci tationes in Daronium, 1. i, n. 25, in-S°, p. 84.

oracles, Cedrenus a ajoute ce nom, sans faire attention qu'Auguste avait élevé un superbe temple à Apollon, a coté de sa maison, sur le Palatin, et qu'il y avait là des prêtres, et une prêtresse qui devait rendre aussi des oracles, comme nous le prouvons plus loin et comme nous savons qu'une sibylle rendait ses oracles à Tibur.

M. Alexandre, résumant dans ses Oracles sibylh'n$\ tout ce qui a été écrit avant lui, émet ainsi Sun opinion.

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