‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 61 sur 96 · Récapitulation des faits historiques · texte numérisé non relu

Récapitulation des faits historiques

L'état ries croyances païennes et surfont la grande influence des juifs à Home sous Augusti ne sont pas assez connus. Dans son discours prà Fiacco, Gicéron s'adressant à Pompée, président du tribunal, lui dit: « Vous savez combien la mul- » titude des Juifs est. considérable, combien ils » sont unis, combien ils ont de pouvoir dans nos >> assemblées \ »

Il paraîtrait même qu'il aurait été question d'adopler leur religion pour la religion de l'empire, car on ne peut expliquer autrement ces paroles de Gicéron :

ce Lorsque les Juifs étaient en paix avec nous, et 9 Jérusalem florissante, nous trouvions cependant » les cérémonies de leurs Sacrifices trop peu » dignes de la majesté de notre Empire, de la » splendeur de notre nom. trop contraires aux » usages de nos ancêtres \ »

Varron, dans un livre dédié à Jules Gésar, grand

' Scis quanta sit manus. quanta concordia, quautum valeat in concionibus (Cic. pro Fiacco, n. 28).

2 Stantibus Hierosolymis, pacatisque Judaeis, tamen istorum religio sacrorum a splendore hujus imperii, gravi taie norninis nostri, majorum institutis, abhorrebat (ib).

APPENDICE il.

pontife, blâma il L'usnge des idoles «cl invoquait »> même, entre les preuves à l'appui de son senlid ment, 1Y\< mple de la Nation juive '. »

Il nomme à peu près Jéhovah quand il dit : » Jupiter est honoré aussi de ceux qui adorenl un » seul Dieu, sans image, niais sous un autre » nom \ o

La religion juive était pratiquée sous les yeux même d'Auguste à Rome où demeurèrent pendant trois ans les deux (ils d'Hérode, Alexandre et Âristobule, et plus tard \ntipaler, qui y était venu av( c un appareil royal \ »

Dans les nombreux voyages qu'Hérode a faits à Rome, il logeait chez Pollion, dont il était l'hôte *.

A t'époque même dont nous parlons, Ovide constatait <pie les solennités juives du Sabbat étaient si belles à Rome, qu'elles attiraient le beau monde, et c'est là qu'il conseille aux jeunes gens d'aller chercher les belles femmes 5. »

1 Gui sententiae sua> testem adhibet inter caetera etiam gcnlem judaïcam (texte dans S. \u£. de Civit. Dei, iv, 31; Pat. lat., t. 41, p. 138).

2 Jupiter ab iis colitur, qui unura Deum solum sine simulacre) colunt, sed atio nomine nuncupatur (ib., c. 0, p. 119).

3 Josèphe, Ant. jud., 1. xv, c. 10, n. 1 et 1. xvi, c. 3; n. 3; édition Didot; t. i, p. 45, et t. ir, 421.

4 Ant. Jud., 1. xv, c. 10, n. I.

* Tu quoque materiam longo qui queeris amori, Ante frequens quo sit disce puella loco... Xec te pra?tereat Veneri ploratus Adonis

CultaqueJuda?o sep tima sacra Syw(Ars ama!.,i,$0, 75).

On connaît 1rs nombreux édits que Pompée, Lenlulus, Jules César, Dolabella. Antoine et Auguste avaicnl rendus en leur faveur1: enfin, on sait que, quand César fut assassiné, ce furent les Juifs seuls qui gardèrent son corps pendant la nuit2;

Les Juifs étaient donc nombreux à Rome, et y avaient une sorte d'existence tolérée ou plutôt légale.

Ajoutons à cela leur influence sur les prophéties Sibyllines.

Quand on reconstruisit ces livres brûlés dans l'incendie du Capiiole, 70 ans av. J.-C, et qu'une députation solennelle alla rechercher toutes les prophéties de l'Orient, M. Alexandre, le savant éditeur et commentateur des Sibylles, ne doute nullement qu'on ne rapportât aussi celles des Juifs, dont quelques fragments durent ainsi passer dans les livres des Sibylles3. Ces livres étaient secrets; mais il y avait des prophéties Sibyllines qui couraient parmi le peuple, et qui, au dire de Dion Cassius, étaient chaulées dans les rues*.

'• Voir les tables des tomes i et n, des Documents historiques sur la religion des Romains, et sur la connaissance qu'ils ont ■pu avoir des traditions bibliques par leurs rapports avec les Juifs, par M Bonne tty, in-S°, Paris, 1867, au bureau des Annales de Philosophie chrétienne, rue de Babylone, u. 30.

2 Praecipue Judaei, qui etiam noctibus continuis bustum frîoquentarunt (Suet Cœsar, c. 84).

3 Oracuia sibyihha, t. n, p. 177.

* Dion, flist Rom., I xli, c 14.

Vne de ces prophéties, ou peut dire la plus importante, est celle conservée par Cicéron, et portant: « Si nous voulons èlre sauvés, il faut » que n us appelions Roi celui qui l'e^t en » eflet1. )>

C'est sur la production prochaine de cette prophétie au Sénat que fut décide le complot qui donna la mort à César2.

A Tan 13 après J.-C, 705 de Rome, cas prophéties étaient si nombreuses qu'Auguste fit rechercher les livres où elles se trouvaient et en fit brûler publiquement plus de 2,000 \ D'où venaientelles? Juvénal nous en donne l'origine quand il nous apprend la grande propagande que faisaient les Juifs à Rome, en faveur de leur religion. Après avoir parlé de l'influence du prêtre d'Isis auprès des superstitieuses Romaines, il ajoute :

a Après que celui-ci s'est retiré, alors la femme » Juive, laissant son panier et son foin, mendie en » tremblant à l'oreille qui demande les choses » cachées; elle est l'interprète des lois de Jéru- » salem, la grande Prêtresse de l'arbre *, et la » Messagère certaine du Ciel élevé. La Romaine

1 Quem re vera regem habebamus appellandum quoque esse regem, si salvi esse vellemus. (Gic. de divinat., 1. n, c. 54).

2 Appien, Guerres civiles, 1. n, c. 113.

3 Suétone, Auguste, c. 31.

* De la forêt de Capène, où habitaient les Juifs à la porte do Rome.

TO.VE 111 - i-

» remplit sa main, mais chichement ; pour une » menue monnaie, les Juifs vous vendent des )• songes, lant que vous voulez \ 0

Il n'y a pas à se tromper sur ce texte; les Juives et les Juifs couraient par la ville vendant les lois et les prophéties de la Bible, se donnant pour les interprètes des volontés de Jéhovah, et répandant leurs croyances que Juvénal appelle des sonr/es.

Or, on peut bien supposer que parmi ces prophéties il y avait, celle de David, où Dieu dit : « Tu es mon Fils, je t'ai engendré avant l'au- >> rore 2, * et celle d'Isaïe : « Un Enfant nous

» est né, un Fils nous est donné Dieu, fort,

» père du siècle futur, prince de la paix \ » Que l'on suppose qu'Auguste ait comparé ces paroles avec la célèbre Eglogue de Virgile, prophétisant « un enfant qui devait être le grand » rejeton de Jupiter,

Magnum Jovis incrementum [Eglog., iv, 49), »

et Ton comprendra comment il a pu élever un

1 Quueq dédit illé locum, cophino fœnoque relicto, Arcanam Judaea tremens mendicat in aurem, Interpres legum Solymarum, et magna Sacerdos Arboris, ac summi fida internuntia Coeli. Implet et illa manum, sed partius; aère minute-, Qualiacum \oles Judaei somnia vendunt (Juv. Sal., vr, 542'.

2 Filins meus es tu, ante luciferum genui te (PsaL, c. cix, 3).

3 Parvulus natus est nobis, etfilius datus est nobis... Deus, fortisy pater futuri sseculi, princeps pacis ilsaïe, ix, 6).

autel a cet Enfant, moitié juif et moitié païen, à

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