Sur la réponse de la Pythie sur l'Enfant hébreu
Quant à la réponse de la Pythie sur Y Enfant lubrcu, sans vouloir préciser Je degré de certitude des trois vers qu'on lui attribue, nous pouvons l'aire encore les observations suivantes. On sait, au rapport de Cicéron et d'autres auteurs, que les oracles avaient cessé *, mais les prêtresses existaient toujours.
Auguste n'avait pas besoin d'aller à Delphes pour consulter l'oracle ; il avait dans son palais un magnifique temple dédié à Apollon, dont il se croyait le fils *, et c'est là qu'il avait renfermé dans deux cassettes d'or, sous le piédestal du Dieu, le choix qu'il avait fait des livres Sibyllins 3. C'est là qu'était un collège de prêtres pour desservir le temple, et là qu'une Sibylle rendait, elle-même, des oracles.
C'est Virgile qui nous donne ces détails, essentiels pour notre question, texte totalement ne-
1 Cicéron, de Divinatione, 1. 1, c. 19, et Plutarque, du silence des oracles.
'■ Suétone, Auguste, c. 94.
3 Suétone, Auguste, c. 31.
gligé jusqu'ici. Voici ce qu'il fait dire à Enée parlant à la Sibylle de Cumes sur ce que feront ses descendants :
« Alors j'élèverai un temple de marbre solide b a Apollon et à Diane, j'établirai des fêtes du » nom d'Apollon. Toi-même, tu auras de grands » sanctuaires dans mes étals. C'est là que je » déposerai tes Sorts [Livres , et les destins s cachés révélés à ma famille: je l'y consacrerai, d ô mère, des hommes choisis, seulement ne » confie plus tes vers à des feuilles de peur » que, embrouillées, elles ne deviennent le >• jouet des vents. Parle toi-même, je t'en con- )» jure1, »
Or ce que Virgile fait prophétiser à Enée, il le voyait accompli sous ses yeux au Palatin. Il y avait là un femple, une caverne sibylline, vrai sens de penetralia. Il y avait non-seulement des prêtres, mais une Sibylle, qui parlait elle-même. « Enée, dit Servi us sur ces vers, ù parle comme d'un oraele présent, s C'est là
Tum Phœbo et Triviae soliJo de marmore te m pi a Instituant festosque dics de nomine Phœbi. Te quoque magna manent regnis penetralia nostiis. Hic ego namque tuas Sortes, arcanaque fata Dicta meœ genti ponam, lectos jue sacrabo, Aima, vires; foliis tantum ne caxmina manda, Ne turbata voient rapidis ludibria ventis ; Ipsa canas, oro [JSneid., xi, G9).
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u\\ point tout-à-fail négligé, et qui éclaircit bien un côlé «le la question.
12. — Auguste faisant offrir un sacrifice quotidien dans le Temple de Jérusalem.
Maintenant recherchons ce que nous pouvons savoir de la connaissance personnelle qu'Auguste pouvait avoir de cet Entant attendu par les Juifs. D'abord nous savons, par Suétone, que, « quant aux rites étrangers, il pratiquait rcligieu- » sèment ceux qui étaient anciens et consacrés '. » Nous avons vu dans le cours de ces recherches combien nombreux avaient été ses rapports avec Hérode et ses enfants. Josèphe cite la lettre écrite au proconsul d'Asie pour laisser les Juifs pratiquer librement leur religion2. Ecoulons maintenant ce qui nous est dit des soins qu'Auguste mettait à s'instruire des religions étrangères, et de celle des Juifs en particulier; c'est Philon, parlant à Gains Caligula :
« Auguste, ayant oui dire de notre temple » qu'il ne contenait aucun Simulacre fabriqué » de main d'homme, image visible de la nature
1 Peregrinarum cerimoniarum, sicut veteres ac prœceptas reverendissime coluit, ita ceteras m contemptu habuit (Suet. Aug., c. 93).
- Voir Josèphe, Ant. Jud., 1. xvi, c. 6, trad. du P. Gillet, t. m, p. -231. et Annales dephil., t. xviii, p. 106 (5« série).
d invisible, admira et adora. C'est qu'il n'avait s pas effleuré du bout des lèvres la Philosophie; » mais le plus souvent dans les repas qui avaient * lieu presque tous les jours, il repassait dans son » esprit ce qu'il avait appris soit dans les écrits » des philosophes, soit par la conversation des y. hommes savants avec lesquels il vivait. La plus
grande partie du temps du repas était consa- » crée par lui à des conversations sur l'instrùc- » tion (ircuScTaç), afin de donner en même temps » au corps et à l'âme leur nourriture propre1. »
Voici maintenant ce que. à (a suite de ces investigations et de ces conversations. Auguste avait réglé pour ses rapports avec le Dieu véritable ; c'est encore Philon qui parle à Caligula :
(( Auguste voulut que sur ses propres revenus » on offrit chaque jour en holocauste, et suivant » les rites, des victimes au Dieu très-haut. On les » offre encore aujourd'hui ; ces victimes sont un » taureau et deux agneaux que César destina à )> notre autel; il savait bien pourtant qu'il n'y m avait là aucun Simulacre, ni apparent, ni ca- » ehé. Ce grand prince, que personne ne suru passa en science et en sagesse, avait compris la d nécessité qu'il existât sur la terre un Temple » dédié au Dieu invisible, ne contenant aucune
1 Philon, Légation à Caius, trad. de M. Delaunay, p. 371, in-8°a Paris; et ie lexte, p. 1035, in-fol., Paris, 1640.
B image, où les hommes viendraient chercher » l'espérance el la jouissance des plus grands
» biens '. »