‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 71 sur 96 · tome m · texte numérisé non relu

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caractère de son àrne céleste produisit une transformation dans son enveloppe corporelle, qui revêtit les qualités des corps glorieux, l'incorruptibilité, l'éclat, l'agilité. Ce changement ne s'accomplira réellement, pour les filles de Marie, qu'au jour de la résurrection; mais il commence déjà à se réfléchir dans leur condition sociale, qui est comme le corps, l'enveloppe de leur \ie spirituelle.

» Le Christianisme a établi l'incorruptibilité de la femme, en frappant de réprobation la pensée de l'adultère, l'usage de la polygamie, qui n'est quel' adultère légal, et la trompeuse faculté du divorce qui n'est que la polygamie successive. La sainteté, l'unité, l'indissolubilité du mariage, élevé, suivant une expression heureusement vulgaire, à la dignité de sacrement, pouvaient seules prévenir efficacement le retour des mœurs païennes, auxquelles l'Eglise oppose d'ailleurs une foule d'obstacles par les dispositions vigilantes de sa législation matrimoniale, qui ont presque toutes pour objet la protection morale de la femme. D'un autre côté, la foi catholique lie, particulièrement ici, les plus petits détails de la morale positive et pratique aux idées les plus élevées. Le mariage chrétien n'est pas seulement une image de l'union du Christ avec son Eglise. Cette union mystique étant ellemême une image de l'éternelle union des personnes divines, suivant cette parole du Verbe fait

chair, qu'ils soient un comme nous sommes rm1, de degré en (leur»'' la sainteté «lu mariage remonte et va chercher sa source dans les splendeurs mystérieuses du Saint des saints. De Là descend aussi cette auréole de respect et d'honneur, donl la femme est entourée chez les nations chrétiennes : auréole qui est comme une ombre terrestre du vêlement de lumière et de gloire, qui enveloppa le corps virginal de Marie. Le troisième attribut des corps régénérés, l'agilité, qui est un plus grand affranchissement des lois de la matière, ou la liberté de se transporter dans l'espace au gré des désirs de l'âme, a son prélude, sur la terre, dans la liberté que les mœurs chrétiennes accordent aux femmes, et qu'elles seules leur accordent: car cette liberté, qui nous paraît si naturelle, est, aux yeux des peuples étrangers à l'Evangile, un prodige aussi étonnant que le phénomène de la glace l'est pour les habitants de la zone lorride.

» Les trois phases de la réhabilitation des femmes correspondent d'une manière encore plus intime aux mystères les plus hauts. En concourant, avec l'homme, à la propagation de la vérité, elles sont unies au Verbe divin, lumière de toute intelligence. Elles participent à l'Esprit consolateur, à l'Esprit d'amour, par la charité avec

1 LTt omnes unum sint, sîcut tu Pater in me, et ego in te (S. Jean, xvn. 21).

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laquelle elles s'emparent du sublime monopole de toutes les souffrances à soulager ; et le haut degré de puissance et de liberté qui caractérise leur assomption terrestre, est un don du Père, de qui toute puissance émane dans le ciel et sur la terre. C'est ainsi que le Christianisme forme, avec les ruines de l'état primitif brisé par le péché, une nouvelle Eve, et, quoique sa régénération radicale ne s'accomplisse pas en ce monde, il lui rend déjà quelque chose de l'Eden évanoui.

» Cette réhabilitation, que des liens étroits rattachent, comme nous l'avons vu, au culte de la Vierge, fut menacée, dans les premiers siècles du Christianisme, par ces sectes qui disputèrent h Marie son titre de Mère de Dieu. Un concile universel s'assembla pour le lui conserver. Si la question, agitée alors, tenait, sous le rapport le plus fondamental, au mystère de l'Incarnation du Verbe, elle tenait aussi, sous un rapport subordonné, au miracle social de la condition des femmes chrétiennes. Le caractère divin, dont le Christianisme a marqué leur front, se fût obscurci le jour où le nom de la Mère de Dieu eût ete effacé du symbole : l'Etoile du matin n'aurait pu s'éclipser sans projeter à jamais une ombre fatale sur leur destinée.

» Leur sort courut de grands dangers dans le moyen âge, à l'époque des Croisades. L'Europe armée, qui parlait pour l'Asie, allait y assister au spectacle des mœurs musulmanes et de la religion

des sens. Il était à craindre qu'elle ne fût vaincue par elles, même au sein de ses victoires. Elle pouvait en rapporter d'étranges idées et des tentations inconnues et menaçantes. Ce fut précisément à celle époque que la dévotion à la Vierge se ranima avec une nouvelle ferveur, il y eut en cela un fait clairement providentiel. Le grand homme de ce siècle, celui dont la voix tonnante précipitait les populations vers la Syrie, trouva des accents d'une inexprimable douceur pour célébrer Marie, et des milliers d'âmes répondirent à la parole persuasive, on pourrait dire aux chants mystiques de S. Bernard, comme si une lumière supérieure lui eût révélé qu'au moment où la chrétienté allait se trouver exposée à la fascination du vieux serpent oriental, il fallait en toute hâte réveiller l'enthousiasme pour la Vierge divine qui l'a terrassé, et opposer à l'impure séduction la chaste magie de son culte.

De nos jours, il a été prononcé à l'oreille des femmes quelques-uns de ces mots qu'Eve entendit, lorsque Satan lui jura qu'elle était la femme libre1. On leur a dit que la science du bien et du mal allait enfin leur être révélée, que l'imitation des brutes renfermait pour elles le secret de se transformer en dieux. On leur a promis, dans un Eden futur, une apothéose infernale. Ces

1 Parole du Saint-Simonisme.

coupables extravagances n'ont pas exercé une mande puissance de séduction. Les femmes ont compris les premières où cela menait. Elles ont compris, avec cette intelligence du cœur, qui devance les procédés moins rapides du raisonnement, que tout progrès réel n'est possible que dans la roule tracée par le Christianisme ; que leur avenir, s'il s'égarait loin de cette route, ne serait qu'une marche rétrograde, non pas seulement vers les mœurs païennes, mais vers quelque chose de pis ; qu'il n'y a pour elles que déception, servitude, chute, hors des mystères à la fois sévères et doux qui leur donnent Marie pour mère.

» 0 Marie ! ces lignes que je viens d'écrire le jour de votre Conception Immaculée, je vous les offre, et pourtant je vous prie de me les pardonner! Je sens que votre culte renferme des merveilles plus divines que celles que ma plume grossière a voulu retracer. Je n'ai contemplé que le côté inférieur, les effets terrestres de ce culte , mais son côté suprême, celui qui touche aux secrets du ciel, je L'ai laissé dans l'ombre de mon ignorance. 0 Mère des hommes ! vous êtes, suivant un langage antique et saint, la fille aînée du Créateur, dont le front se cache au-dessus des astres, tandis que les franges de sa robe sont traînantes sur la terre. A ceux dont le regard est plus pur que le mien, à eux d'interpréter les douze étoiles dont votre tète est couronnée. Mais

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moi, narrateur bien faible de vos plus humbles grandeurs, j'ai seulement essayé de dire comment les Biles d'Eve, en touchant le bord de votre vêtement mystérieux, ressentent une émanation de

c< s parfums dont parle l'Epouse dans le Cantique des cantiques. D'autres le diront bien mieux que moi, car la harpe de Sion leur sera rendue pour qu'ils le disent, et le moment approche où la poésie chrétienne, dans la ferveur de sa résurrection, racontera de vous des choses que n'ont point racontées ni les vitraux de nos vieilles cathédrales, ni les vierges de Raphaël, ni les accords de Pergolèze. Cette grande fête poétique se prépare, et les apprêts en sont visibles. Le Paganisme, qui semblait être éternel dans les arts, en a été chassé par le génie. Le faux jardin des Hespérides, avec ses pommes d'or, ne nous cache plus le Paradis terrestre. Nous savons quelle espérance immortelle était voilée sous le mythe de Pandore, et dans les nuages, où s'enfonce enfin le fabuleux Olympe, on voit reparaître glorieusement les cimes du Calvaire et du liiabor1.

» Donc, ô Marie pleine de grâce ! votre place est

1 Mgr Gerbet fait allusion ici aux premières inspirations du romantisme qui commença par répudier les fables païennes. Mais on sait comment le romantisme a dégénéré depuis, et comment sous l'action de l'enseignement classique le Paganisme menace de remplacer le Christianisme. A. B.

prèfe ; elle est haute et belle ! Comme l'impudique Vénus régna sur la poésie des sens, vous monterez sur le trône de la poésie spiritualisée. Elle chante, cette poésie, les mystères de la vie et de la mort, l'antique douleur et les joies futures, et vous avez le secret de ces choses et de leur harmonie intime, o Mère de douleur et de bénédiction î L'encens esl pur, et belles sont les fleurs que la main des vierges effeuille sur le pavé de vos chapelles ; mais la voix de toute l'àme, mais la sainte poésie qui se sent à l'étroit sur cette terre, qui a le pressentiment d'un monde plus beau, qui veut respirer l'infini, qui renferme au fond de tous ces chants une prière cachée, monte plus haut que le parfum des fleurs et de l'encens. Elle arrive jusque là où vous êtes, là d'où vous voyez sous vos pieds les étoiles germer, comme des fleurs de lumière, dans les champs illimités de l'espare. et la création se balancer comme un encensoir éternel. »

Pu. Gerbet.

Thieux, 6 décembre 1844.

Nous ajoutons ici une prière à la Vierge écrite de la main de Mgr Gerbet et que nous trouvons dans une feuille volante afin qu'elle ne périsse pas.

A la Sainte Vi^r^s.

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