‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 73 sur 96 · XII. — Or ce coffre qui contenait le corps si · texte numérisé non relu

XII. — Or ce coffre qui contenait le corps si

vénérable du B. Apôtre fut placé avec le plus grand honneur dans une crypte de la montagne du Vatican à cet endroit même où, comme nous l'avons dit plus haut, les chrétiens assaillis par une horrible et sanglante tempête sous le règne de Néron, pour se mettre à l'abri de la persécution, avaient commencé à construire peu auparavant un cimetière qui leur servait de retraite. Mais peu après ce premier sépulcre du prince des apôtres, ce même tombeau fut augmenté et orné par de nouvelles constructions, par le Pontife Anaclet, tandis qu'il ne remplissait encore dans l'Eglise que les fonctions de prêtre, comme paraissent l'indiquer très-clairement les paroles d'Anastase qui dit : « Il construisit le monument » commémoratif du B. Pierre (Memoriam), m lorsqu'il eut été ordonné prêtre par le B. b Pierre \ »

XIII. — Mais quelques-uns ont pensé que cet édifice qui fut construit par Anaclet près du trèscélèbre tombeau du B. Pierre n'était qu'une très-petite église, ^elon que le comportaient les circonstances du temps, d'autres même, un simple oratoire, quoique d'autres n'aient pas hésité

i M'-moriam B. Pétri conslruxit, cum presbyter a B. Petro ordinatus fuisset (Anait. Ànaclelus; dans Pat. lat., t. 127, p. 1115 .

à affirmer que cette première partie du même cimetière avail été bâtie, afin qu'elle fui regardée connut' une sorte de lombeau particulier du Prince des Apôtres pour être constamment vénérée par la piété des fidèles, et qu'elle servit tout à la fois d'église et d'oratoire aux chrétiens qui s'y cachaient pour fuir la persécution ; nous embrassons volontiers leur sentiment qui nous parait trèsraisonnable et tonde.

Car, comme le Vatican, surtout dans ce tempslà, était rempli d'une grande multitude d'hommes à cause des jeux et des spectacles qu'on avait coutume de donner dans le cirque ou la naumachie, Néron se faisait \i[\ plaisir d'y assister ; et ce prince pervers et libertin, se mêlant parmi la foule, s'y livrait sans pudeur à toutes sortes d'orgies et de débauches, et s'y rendait avec empressement pour jouir du plaisir barbare de voir les Chrétiens innocents tourmentés par des supplices nouveaux et recherchés , inconnus aux tyrans les plus cruels du paganisme. Certainement, les fidèles ne pouvaient choisir autour de celte colline un lieu qui n'aurait pas été exempt de crainte et de perd , pour y construire une église et s'y rendre selon leur coutume pour célébrer les saints mystères. Les chrétiens étaient recherchés comme des hommes adonnés à une susperstilion nouvelle et détestable, coupables de tous les forfaits et des crimes

les plus odieux, ils ont dû par conséquent s'empresser de chercher le plus promptement possible les retraites les plus cachées, les cavernes les plus profondes et s'enfoncer dans les entrailles mêmes de la colline.

Mais, dans la suite, après la mort de Néron, la violence de cette cruelle persécution s'élant apaisée, nous pensons, — ce qu'on peut croire sans peine — que les fidèles ont pu construire sans difficulté un édifice au-dessus du sol. En etïet. ceux qui sont versés dans la connaissance de l'histoire de l'Eglise savent très-bien que, sous divers empereurs, tandis que le polythéisme était encore florissant, on a érigé et bâti des églises A Dieu très-bon et très-grand, D. 0. M., en l'honneur des saints. Ce culte de pieuse vénération et de respect religieux a été sans doute rendu par les fidèles, comme il nous est permis de le croire, a Pierre le chef visible de toute l'Eglise et le Prince des Apôtres, qui y avait plus de droit, à ce double titre, qu'aucun autre Saint.

XIV. — Et ce qui parait corroborer merveilleusement notre conjecture et notre thèse, c'est que, même tandis que la persécution païenne sévissait avec fureur contre les pieux fidèles du Christ, les vieux chrétiens de la primitive Eglise, comptant

1 Hic ecdificavit Platoniam, ubi corpora apostolorum jacuerunt, id est beatri Pétri et Pauli, quam et versibus ornavit lAnastase. Damasus, dans Pat. lat., t. 128, p 73).

pour rien les dangers et les fatigues d'un long voyage, accouraient des contrées les plus loirlaines vers ce lieu si saint pour visiter et vénérer le tombeau du B. Apôtre. D'où il est permis de conclure que, selon toule vraisemblance, là existait alors un monument de la vraie religion apparent, au-dessus du sol et facile à être connu de ceux qui le visitaient. Et peut-être était-il suffisamment désigné et connu aux yeux de tous ceux qui professaient la même religion, parce qu'il se trouvait sur un terrain appartenant à quelque chrétien. Mais incontestablement, parmi les écrivains ecclésiastiques, dont je ne veux pas ici citer les textes, le témoignage d'un historien d'une haute antiquité, Gaius, qui vivait sous le Pontificat de Zéphirin et sous les règnes de Sévère et de Caracalla, confirme notre sentiment. Car voici ce qu'il écrit dans un discours composé pour la défense de la foi contre V hérétique Proculus, discours remarquable par sa lucidité, où il nous fait toucher, pour ainsi dire, avec la main les glorieux sépulcres des Apôtres, qu'il désigne par le titre plus noble de trophées: — «Je puis vous » montrer les trophées des Apôtres ; car s'il vous » plaît de vous diriger vers le Vatican ou vous » rendre sur la voie dite d'Ostie, vous trouverez » les trophées de ceux qui ont fondé celte église » par leur parole et par leur vertu l. »

1 Teite iéjà cité par Eusèbe, ci -dessus, p. 276.

lb

C'est ainsi que s'exprime cet auteur.

XV. -—Quelques-uns pensent que l'endroit où était le tombeau du B. Apôtre dont nous parlons fut bouleverse dans la suile du temps ^ous Héliogabale (217-222;, surtout à l'époque où cet empereur, comme le raconte Lampride \ élargit le terrain afin que les quadriges d'éléphants pussent passer commodément et sans aucun obstacle, et eut l'impiété de renverser et de détruire les nombreux tombeaux qui existaient sur le Vatican. Ils ajoutent en outre que. lors de cette démolition, les chrétiens, pour conserver intact, et sans être violé au milieu des ruines, le corps du B. Pierre, le transportèrent, en même temps que celui du B. Paul, dans les Catacombes. Mais nous parlerons plus longuement de cela, dans son lieu, lorsque nous traiterons des Catacombes à propos de la description du cimetière Saint-Callixte.

XVI. — Or, tous les auteurs s'accordent à dire que le corps du B. Pierre fut de nouveau retire de cet endroit, et fut replacé par le pape Corneille (251-252) à l'ancien endroit du cimetière du Vatican, où dans la suite les saints papes, qui se succédèrent dans le Pontificat, furent inhumés avec un pareil honneur. C'est ce qu'assure Anastase dans l'histoire qu'il écrivit des actes de ce même Corneille, lorsqu'il dit : — « Le B. évêque

' Et elephantorum quatuor quadriçras in Vaticano agitasse dirutis sepulchris quœ obsistebant (Lamp. Heliog., c.32).

APPENDIl i: V. 283

Corneille reçut le corps du B. apôtre Pierre, et

> le plaça près du lieu où il fut crucifié entre

»> Les corps des saints évoques dans le temple

d'Apollon, sur le Mont d'or, sur la partie du » Vatican où était le palais de Néron ' .» — Dans la suite le même corps vénérable ne fut jamais enlevé (\ccq lieu, jusqu'au moment où, après l'insigne \ictoirc remportée sur Maxcnce, l'étendard victorieux de la croix ayant été arboré dans la ville de Rome, et le nom du Christ propagé dans tout l'univers, l'empereur Constantin le Grand fit construire avec la plus grande magnificence le temple du Vatican , et après y avoir placé le tombeau du Prince des Apôtres, ce prince trèsreligieux eut soin de l'orner et de l'embellir avec une piété et une magnificence digne de Constantin.

XYIÏ. — Le concours perpétuel des peuples l'antique rite des pèlerinages, la coutume assidue de visiter ce saint lieu, coutume qui n'a jamais été interrompue et a persévéré jusqu'à nos jouis. sont une preuve éclatante du culte de respect et de pieuse vénération que les chrétiens ont toujours rendu à la colline du Vatican, et princi-

1 B. vero Cornélius episcopus accepit corpus B. Pétri apostoli, et posuit juxta locum, ubi crucilîxus est, inter corpora sanctorum episcoporum, in templo Apollinis, in monte aureo, in Yaticano palatii Neroniani, vi kal. julii. (Anastasius,

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