‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 8 sur 96 · ÉGLISE DE SAINTE-MABEE-DU-SOL · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINTE-MABEE-DU-SOL

(luit dans le monde romain î Les vierges chrétiennes ne sont pas prises, elles se présentent ellesmêmes. On ne les accepte que lorsqu'elles ont l'âge de majorité. D'abord on leur l'ait subir un dur noviciat plus ou moins long, et ce n'est que lorsqu'elles déclarent vouloir persister dans le projet de demeurer dans la vie dont elles ont fait l'essai, qu'on accepte leurs vœux1.

Dans le Paganisme le collège des Vestales était composé de 18 personnes; six passaient <0 ans à être instruites des droits et des devoirs des vestales : après ce temps ces six étaient chargées d'offrir les sacrifices et de conserver un feu perpétuel pendant 10 ans; puis ces six étaient occupées pendant 10 ans à instruire les novices qui remplaçaient les personnes mortes. Enfin, au bout de ces 30 ans, elles étaient libres de reprendre la vie mondaine et de se marier2.

« Yesta, dit plaisamment Prudence, dédaigne » Li vieille fille. »

Tandem Yirgineam fastidit Yesta Senectam3.

Mais qu'est-ce que ces 18 Vestales en comparaison du nombre des vierges chrétiennes répandues en ce moment dans tous les pays du monde, même parmi les idolâtres et les sauva-

1 Voir Pontificale romanum, etc., p. 153, in- 12, Paris, 16G4. 3 Denys d'Halicarnasse, Ânt. Rom. 1. n, c. 17, n. 6. 3 Prudence, contra Symmachum, 1. n, v. 1078; dans -Pafrolojie latine, t. lx, p. 2 N.

«5 CHAriTIiE XVII.

ges les plus reculés ? On peut dire cependant que ces 18 Vestales étaient destinées à être une preuve vivante de l'honneur qui est dû à la femme, et de l'antique promesse qu'une Vierge devait enfanter un Dieu.

Outre la fonction des sacrifices, les Vestales étaient encore spécialement chargées de conserver certains objets que le peuple romain regardait comme le gage fatal de l'empire. C'est ce que dit le consul C. Flaccus à propos de ceux qu'il accusait d'avoir incendié le temple de Vesta.

« Ils ont osé profaner le temple de Vesta,, ies ■ feux éternels, et le gage fatal de l'empire ro- » main conservé dans le lieu secret du temb [île l. »

C'est cet objet inconnu que le grave Cicéron regardait comme le salul de l'empire.

« Il faut le conserver, dit-il en parlant de » l'assassin Brutus, comme le signe qui, tombé » du ciel, est renfermé dans les lieux secrets de » Vesta. lequel signe étant sauf, nous serons s toujours sauvés \ »

1 Vestœ œdem petitam, et œternos ij?nes, et condit:;m in penetrali fatale pignus imperii romani Livius, Hist. 1. xxvi, c. 27.

2 Qui idem conservandus e.-t, ut id signum, quod de enelo delapsum, Vestœ custodiis continetur, que salve-, salvi sumus futuri (Cic. Philip, xi, ci.

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Mais quel était ce signe, gage Fatal de l'< rnpire que les Veslales conservaient? C'était, dist'iit les uns, une statue de Minerve, palladium apporté de Troie par Enée ; c'était, selon d'autres, le Dieu obscène, Fascinus. Comme pour insulter à leur virginité forcée, on les avait charile conserver l'image obscène de la fécondité. 11 faut lire le grave historien Pline pour y croire.

« La nourrice, ainsi que son nourrisson, sont » sous la protection de Fascinus, gardien des o empereurs, non moins que des enfants. Ce » Dieu est honoré par les Vestales parmi les cho- » ses sacrées de Rome. Il est suspendu au char » des triomphateurs, pour les défendre contre » l'envie \ »

Voilà ce que conservaient et gardaient les Vestales dans le lieu le plus secret de leur temple.

Les Vierges chrétiennes ont aussi leur sanctuaire, qu'elles gardent nuit et jour, et devant lequel elles entretiennent une lumière ou feu sacre. Ouvrons ce tabernacle et voyons ce qu'elles y conservent. C'est au premier aspect un pain sans levain, le produit le plus pur, le plus néces-

' Quainquam illos religione tutatur et Fasjinus, imperatorum quoque, non solum infanti.um custos, qui Deus inter sacra romana a Yestalibus colitur, et currus triumphantium, sub his pendens, défendit, medicus invidiœ (Pline, Flist. nat. I. xxvni, c. 7.) — Voir aussi Prudence contre Symmaque, l. n.

saire, delà terre, celui qui constitue la \ie corporelle de l'homme. Oh! que ne diraient pas nos qs modernes ?i dans le sanctuaire de Vesta

on n'avait trouvé qu'un froment pur ? Quels éloges pour la grandeur et la sainteté de ce symbole lie la Mère-Nature produisant tout, nourrissant tout ? Voyez, auraient-ils dit. quelle sainte et magnifique religion que la religion des Vestales ! Mais ce paia, vie réelle de l'homme, est conservé par les Vierges chrétiennes, et les Païens modernes ne veulent plus reconnaître la le culte de la nature, ils ignorent ou méprisent ces vierges qui en sont les gardiennes.

Et cependant ce pain n'est rien. Ce n'est qu'un symbole, une forme saisissable qui renferme une réalité bien autrement grande, bien autrement conservatrice. C'est le corps et le sang de Dieu. Par un mystère d'une grandeur et d'une simplicité également divines, la vie matérielle s'est transformée en vie divine, l'homme est devenu Dieu, et Dieu est devenu homme.

Ce que conservent, ce qu'adorent, les vierges chrétiennes se nomme l'Homme-Dieu. C'est Dieu qui a élevé à lui la nature humaine, et Ta rendue divine. Bien plus, pour rendre divin, chaque homme personnellement et en particulier, ce Dieu se donne, sous cette forme, en nourriture, et s'incarne ainsi dans sa chair. Que nos rationalistes pensent ce qu'ils voudront de ce mystère; aucun

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dg pourra s'empêcher d'en admirer la grandeur et môme la conception divine.

Voilà ce que gardent les Vierges chrétiennes, non pas dans un impénétrable et invisible

réduit, mais à découvert et visible a tous. C'est là le palladium et le fatale pignus des chrétiens.

En compensation de la chasteté forcée, à laquelle les Romains condamnaient leurs Vestales, ils les comblaient d'honneurs et de privilèges. Soustraites à l'autorité paternelle ; — droit de tester ; — précédées, comme Jes consuls, d'un licteur quand elles sortent; — délivrer un condamne à mort rencontré fortuitement ; — peine de mort pour celui qui toucherait leur litière ou regarderait par dessous; — les magistrats baissent leurs faisceaux devant elles; — les consuls et les préteurs leur cèdent la voie ; — liberté d'aller où bon leur semble1 ; — assistant au milieu des hommes à ces repus monstres que donnaient les pontifes et les consuls 2 ; — place choisie à ces effroyables jeux du Cirque où les yeux se repaissaient du sang humain, et à ces honteuses danses qui bouleversaient tous les sens, et dont elles ne pouvaient, dit Juvénal, contenir les honteux ré-

» Voir Lipsius, De Vesta et Vestalibus, dans Opéra, t. n, p. 75G.

2 Voir le détail d'un de ces repas dans yiaciobe, Satur?ia les } 1. n, c. 9.

sullats *, (elle était la vie des Vestales païennes.

Combien le Christianisme a changé cette singulière et. on peut dire, honteuse virginité ! La Vierge chrétienne ne paraîtra plus aux regards des hommes : in s, s is un humble et modes le habit, elle ■ic dans le cloître, occupée de prières, ou donnant l'éducation aux jeunes filles riches ou pauvres: ou bien, répandue dans le monda. ici elle habite les hôpitaux, soignant toutes les maladies humaines ; là elle visite les pauvres, soulageant leurs misères, gardant les enfants pour laisser travailler les mères, et formant ces futures mères chastes, dévouées, religieuses, qui forment les hommes probes de la civilisation moderne.

Ce nest pas tout, en ces derniers temps les voilà devenues apôtres : elles passent les mers, traversent les forêts, et dans toutes les parties du monde habité, elies sont recueillir les jeunes filles sauvages ou païennes, et les transforment en chrétiennes, élevées bien au-dessus de toutes les vertus, de tous les charmes de la femme païenne antique. Que l'on nous dise si le Christ ira pas transformé le monde ?

Malheur au reste à la Vestale qui avait laissé éteindre le feu. Elle était impitoyablement fouettée par le Pontife 2 ; quant à celle qui avait violé

■ .... Molli saltante Bathyllo

Tuscia vesicie non imperat {Sat. vi, 61). 2 Piutarque. Numa, c. 10.

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