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sa virginité et s'était bissé corrompre, nulle place laissée au repentir ou a la pénitence, une atroce et fatale punition lui était réservée.
« On met la coupable dans une litière bien » fermée et bien jointe avec des courroies, afin d qu'on ne puisse pas même entendre ses cris, et
» on la porte en cet état à travers le forum
» Quand la litière arrive au lieu du supplice, les » licteurs délient les courroies, et le Grand-Prê- » tre, après avoir fait des prières secrètes, et levé » les mains au ciel avant cette effroyable exécu- » lion, en tire la criminelle environnée d'un suaire, » et la met sur l'échelle par laquelle on descend » dans le caveau. Après cela il s'en retourne avec » tous les autres prêtres, et cette malheureuse o n'est pas plutôt descendue, qu'on tire l'échelle, » et l'on referme l'ouverture avec beaucoup de » terre que l'on y jette1. »
C'est sur un songe envoyé par les Dieux que Tarquin institua ce supplice, comme le Destin antique, inexorable et fatal2.
Le corrupteur avait le cou renfermé dans une fourche sur le forum, et était battu de verges jusqu'à ce que mort s'ensuivit 3.
Tel était le sort des Vestales et de leur corrupteur.
1 Plutarque, Nurna, c. 10.
* Denvs d'Haï. Ant. Rom., 1. m, c. 20, n. 2.
3 Zuuare, Annales, 1. vu, c. 8; Pat. grecque, t. loi. p. 506.
Le Christ plus miséricordieux pardonne à la femme adultère avec ce mot : « Ne péchez plus » .
La vierge chrétienne qui viole ses vœux est toujours admise à repentir, à pénitence et à pardon.
Que l'on compare les deux Religions.
Nous venons de voir les vierges chrétiennes, gardiennes du seul Dieu, maître du ciel et de la ferre, le seul digne d'être adoré. C'est Celui qui doit les récompenser, le seul qu'elles aiment et adorent. Voyons quelle était la Divinité à laquelle étaient consacrées ces infortunées vierges païennes.
Et d'abord les Vestales savaient-elles quelle était cette Divinité, qu'elles servaient sous des menaces si sévères ? Oui : — on leur enseignait que Vesta était la Terre, dit le généalogiste et le chantre contemporain de la religion romaine :
« La Terre est sta-tionnaire par sa propre force : par cette s/a-tion elle est appelée Vesta. »
Stal vi Terra sua, sta-ndo Vesta vocatur1.
Mais non ; elle n'est pas 3a Terre, elle est le — «Et ne va pas l'imaginer que Vesta soit » autre que h flamme vive. »
Nec tu aliud Vestam. quam vivam intellige flammam2.
Or cette Divinité était-elle Vierge? Non. Car elle est la mère des Dieux, ^à^t Bcw\ — Mais si : elle est Vierge :
1 Ovide. Fast., vi, 299.
2 Ibid., 201.
8 Anstote, Du Cin, 1. u, c. 13, et G-retser, inscrip.
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«Sœur de Junon et de Cérès, elle fut toujours » Vierge : les deux premières épousèrent, et tou- » tes les deux eurent des enfants. Sur les trois » une seule resta insoumise à un homme. »
Utraque nupserunt. Amba? peperisse feruntur, De tribus impatiens restitit una viri '.
Et eneore il s'en fallut de peu que sa Virginité ne lui fût enlevée. Ce fut un Ane qui la sauva. C'est Ovide qui raconte cette jovialité relative à la Divinité servie par les Vestales.
Cybèle avait donné un grand dîner le jour de sa fêle, où toutes les Divinités avaient été invitées. « Après avoir passé la nuit à bien boire,
In multo nox est pervigilata mero (Fastes, vi, 326),
Dieux et Déesses se répandent dans les bois du
mont Ida.
« Une partie se couche, et repose ses membres
» sur le léger gazon : ceux-ci jouent , les autres
»> dorment, d'autres dansent, »
Pars jacet, et molli gramine membra levât. Hi ludunt, nos somnus habet; pars brachia nectit (y. 328).
« Vesta est étendue, et goûte en sécurité un Irau- » quille repos. »
Vesta jacet, placidamque capit secura quietem (v. 331). Mais Priape survient, aperçoit Vesta, et ce conçoit » une obscène espérance. »
Spem capit obscœnam, furtimque accedere tentât (v. 337).
1 Ovide, Fastes, vi, 287.
(• Fort heureusement que l'Ane du vieux Silène
» se mit intempeslivement à braire, et la Déesse, » effrayée par cette voix retentissante, se mil sur » pied. »
Intempestive» quum rudit ille sono Territa voce gravi surgit Dea (v. 342).
Laclance n'a pas manqué de reprocher celle scène ignoble aux Romains de son temps qui adoraient encore Vesla.
« Quoi de plus honteux, leur dit-il? Quoi de » plus ignoble, que de reconnaître que Yesia doit » sa virginité au bénéfice d'un Ane ? »
Quid turpius? Quid flagitiosias, quam si Vesta beneficio Asini Viigo est1.
« Cependant, c'est en souvenir.de ce grand ser- » vice, qu'aux fêles de Vesta les Romains promè- » nent un Âne couronné de pains, en guise de » couronne, en souvenir de cette Virginité qu'il » lui avait conservée. »
Apud Romanes vero eumdem (asinum), Vestalibus sacris in honorein pudicitiœ conservât® panibus coronari (Lact.
Quand on connaît ces détails on ne peut s'empêcher de s'écrier : Ne voilà-t-il pas une bien sainte Divinité et un digne sujet de culte ? Ne voilàt-il pas de beaux exemples à imiter pour un<- chaste vierge?
1 Lact., Inst. Div.t 1. , c. 24 : Pat. lat., t. vr, p. 237.
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Mais ici encore admirons l'immense supériorité du Christianisme. Nous avons dit quel grand sujet de culte et d'amour est offert aux Vierges chrétiennes dans leur labernacle. Mais nous n'avons pas parlé de l'admirable modèle offert à leur imitation, ni de la grande protectrice donnée à leur i'ailil- ssc. L'objet de leur adoration, c'est l'HQMME- D1EU, deux mots que Dieu seula pu rendre vrais. Eli bien, l'objet de leur imitation, le nom de leur prolectrice est encore exprimé par deux mots : VIERGE-MERE, que Dieu seul a pu faire concorder.
Ah ! c'est ici surtout qu'éclate la grande différence entre les Vierges chrétiennes et les Vestales païennes. Celles-ci suppriment la plus humaine et la plus divine des facultés de la femme, celle d'aimer. Et en effet qui auraient-elles aimé ? Leur père, leur mère ? Elles étaient séparées de leur famille, et tout à fait indépendantes. Leur divinité, N'esta, leur palladium, Pallas, leur Pignus imperii, l'obscène Phallus? Ces amoursétaient ridicules. Les hommes? Cet amour leur était interdit. Gare à celle qui s'y laissait entraîner î Aussi voyons-nous leur cœur endurci et impitoyable ; c'est avec un air sec et joyeux qu'elles assistent aux combats du Cirque, et plus d'une a dû abaisser le doigt pour refuser toute grâce et exiger que le Gladiateur vaincu lût égorgé sous ses yeu\ l.
: Voir Prudence, contre Symmaque, 1. ir, v. 1098 : Pat. lai., t. 60, p. "2T-2, et Juvénal, Sat. m, 30.
L'amour de la Vierge chrétienne se répand d'abord en humble et ardente adoration pour Y Homme- Dieu, puis on peut dire qu'il déborde en affection et en communication familière et continuelle envers la Bonne Mère. C'est leur modèle, leur protectrice auprès Ju Divin, son Fils. Ce sont ces deux noms, représentant deux personnes réelles et vivantes, et non vides et fantastiques comme ceux des divinités des Vestales, qui remplissent leur pensée, échauffent leur cœur et leur font opérer ces miracles de dévouement et de charité qui étonnent le monde.
Ce sacerdoce forcé des jeunes filles païennes dura encore longtemps, après même que les empereurs furent devenus chrétiens. Les Prèlres obstinés des Dieux trouvaient leur honneur et leur profit dans l'existence de ces victimes vivantes. Ce fut Théodose le Jeune qui, l'an 42G. vint délivrer ces esclaves en abolissant le culte païen par une loi ' : Théodose I avait déjà supprimé les fonds alloués à ce culte de dieux fantastiques. Or ce ne fut pas sans réclamations. Le sénateur Symmaque défendit avec acharnement cette institution puérile et atroce. Aussi S. Ambroise lui disait dans une lettre célèbre adressée k l'empereur Valentinien.
o Que vos vierges Vestales gardent leur payement.
1 Voir cette loi dans le Gode Tliéodosien, t. vi, p. 351; éclit. Godef. Lipsiae 1743, in- fol.