Historique du titre de la Croix
L'Évangile nous apprend que, quand Jésus fut mort, Joseph d'Àrimalhie alla demander à Pilate que (e corps de Jésus lui lût livré. Pilate ayant fait venir le Centurion qui avait présidé au supplice et ayant appris de lui que Jésus était véritablement mort, lui ordonna de livrer le corps. Joseph et Nicodème qui s'était joint à lui, détachèrent donc le corps et le mirent dans un tombeau que Joseph avait fait creuser pour lui-même, tout près sur le Golgotha. Avec le corps furent enlevées,
1 Scripsit autem titulum Pilatus... Jésus Xazarenus, Rex Judœorum... Dicebant en:o Pilato Ponlifices Juda?orum : Noli scribere, Rex Judœorum, sed quia ipse dixit : Rex sum fudseorum. Respondit Pilatus : Quod scripsi, scripsi. (Joaii. ux. 10-21).
Oii
parles pontifes juifs1, les croix qui avaient servi aux supplices et avaient été enfouies auprès du tombeau, car pas plus que les suppliciés, elles ne pouvaient rester debout le jour du Sabbat.
Après l'ascension de Jésus, son tombeau fut le seul reste de ce douloureux événement et l'on comprend combien les fidèles durent le vénérer.
Mais arriva bientôt (en 72) le siège et la destruction de Jérusalem ; il est douteux qu'un seul chrétien restât pendant le siège; ils se souvinrent que Jésus l'avait prédit et leur avait ordonné de fuir.
Après le siège, quand l'ordre fut rétabli, sous la domination des Romains, les fidèles durent de nouveau venir vénérer le tombeau et la croix de
JtSUS.
Mais les grandes persécutions arrivèrent. Jérusalem perdit son nom et fut appelée ^Elia. et pour effacer toute trace du lieu vénéré par les chrétiens, le sommet du Calvaire fut aplani, et sur cet emplacement fut élevé un temple a Vénus, d'où naturellement les fidèles s'éloignèrent, et peu à peu le souvenir du lieu où était le tombeau dut se perdre.
Constantin, converti à la foi vers l'an 31 t, convertit aussi sa mère, d'après Eusèbe2. La
1 Voir Jul. Pollux, Chronicon, p. 74, édit. de Bianconi.
2 Eusèbe, Vie de Constantin, 1 in, c. 47; Pal. gr., t. 20, p. ! 107. — Théodoret semble dire que c'est elle qui convertit Bon fils, llist. EccL, 1. i, c. 17, ibid.'t. 82, p. 958.
pieuse Impératrice voulul visiter les lieux oii était mort, el partit de Rome Tau 325, un an après le concile de Nicée. C'est là qu'elle (il la découverte de la croix et du titre écril par Pilate. Combien de temps est-elle restée en Palestine? Est-elle revenue à Home, où est-elle morte? Sur cela 1rs auteurs ne sont pas d'accord. Impossible, dit Baronius, de préciser l'année de sa mort1. Quelques-uns ont voulu la mettre en Tan 327. Mais les nombreuses constructions qu'elle établit en Palestine ne permettent pas de s'arrêter à celte date.
En effet on peut regarder comme certain qu'elle revint à Rome, qu'elle y apporta une portion de la croix et en particulier le titre de la Croit que l'on y voit encore.
La première preuve est l'existence môme de la Basilique de Sainte-Croix qu'elle y fit bâtir, de concert avec Constantin, dans laquelle elle se réserva une chapelle connue sous le nom de chambre d'Hélène, et dont le sol était formé avec la terre qu'elle avait recueillie autour du lieu où la croix avait été plantée2. Damase a conservé Fénumération de tous les dons que Constantin fit à cette église :
1 Baronius à l'année 32G.
: Panvinius, de pracipuis urbis Romx Basilicis, etc. p. 216; iû-42, Romae, 1570. Voir ^inscription placée à rentrée de cette chapelle.
«L'empereur Constantin donna à celte église,
» 4 chandeliers d'argent chacun du poids de 80 t> livres, 50 lampes d'argent chacune du poids de » 15 livres, 4 coupes d'argent du poids de 8 lip vres chacune, une patène d'or de 10 livres pe- » sant ; 10 calices aussi d'or, du poids de 5 lid vres ; une autre patène d'argent doré, ornée de » pierreries, du poids de 50 livres , un autel d'ar- » gent du poids de 250 livres, 3 vases d'argent » du poids de 20 livres chacun1. »
Hélène dut assister à la dédicace de cette église, qui fut faite par S. Sylvestre, le 20 mars 330 2.
Baillet dans sa Vie des Saints dit que Constantin ne retourna plus à Rome après l'an 320.
Mais en 328 il donne une constitution à Rome et à Trêves ; en 329, il en signe une autre à Rome ; en 330, il est à Vérone; en 331, il est à Trêves; en 332, il est à Cologne; en 334, il est encore à Rome ; à Rome sans date, et il a pu signer plus tard à Rome les nombreuses constitutions, qui sont sans date et sans nom de lieu3.
Au Gs siècle, S. Grégoire de Tours (544-595)
Damase, dans ÛEuvres de S. Sylvestre; Pat. lai., t. 3, "; et dans Anastase, Vie de Sylvestre, Pat. lat., t. 127, p. 1511 et 152-2.
s Inscription dans cette église; voir M. Fleury, Inst. tic la
3 Voir les Œuvres de Constantin dans Pat. lat., t. vin.
parie de son retour sur la mer Adriatique, dans laquelle elle plongea un des clous qu'elle avait
trouvés au Calvaire, pour apaiser les (lots irrites1.
Nicéphore Callisle, qui à Conslanlinople avait dû recueillir lous les documents qui concernaient l'impératrice Hélène, constate ainsi son retour à Rome et sa mort dans cette ville :
« Hélène' bâtit en Palestine plus de 30 églises, » et après cela, elle retourna auprès de son » glorieux (ils, qui se trouvait dans les parties » occidentales, après le synode... Mais quand la » fin de sa vie arriva, elle mourut à Rome avec o une grande réputation, à l'âge de 80 ans... » Ensevelie hors de la ville de Rome, et déposée » dans une urne de porphyre dans le temple » rond (l'église des SS. Marcellin et Pierre, d'à- » près Damaee2), elle fut transportée, deux ans » après, à Constantinople avec cette urne \ »
C'est ce qui parait le plus croyable à Baronius.
Quant au titre de la Croix nous avons une date certaine de son existence à Rome, 45 ans après la dédicace de la basilique eu 330, elle
i Greg. Tur. De Gloria Martyr., 1. i, c. G; Pat. lat., t. 71, p. 710.
2 Voir Œuvres de S. Sylvestre; Pat. lat., t. 8, p. 800.
3 Nicéph.. Hist. Eccl., 1. vin, c. 30 et 31; Pat. gr., t. 14G, p. 117 et 120.