TO.ME III
350 APPENDICE XIY.
nous est donnée par S. Amhroise, qui dans YOrai son funèbre de Théodose II, prononcée en 375, relate ainsi la reconnaissance de la vraie Croix.
a Deux voleurs avaient été crucifiés avec le » Seigneur, Hélène chercha la croix du milieu, » mais il pouvait se faire que les croix eussent été » confondues, les places changées et interver- » lies.
» Hélène a recours à la lecture de l'Évangile » et y trouve que sur la croix du milieu avait » été posé le titre : Jésus de Nazareth, roi des ; Juifs. C'est de là que fut déduite la preuve >; de la vérité; la Croix du salut fut reconnue » par le Titre. C'est ce que Pilate répondit aux » demandes des Juifs : Ce que j'ai écrit, je lai )> écrit, c'est-à-dire que je n'ai pas écrit ce qui b pouvait vous plaire, mais ce que l'âge futur n doit connaître ; ce n'est pas pour vous que » j'ai écrit, mais pour la postérité, disant en » quelque sorte : qu'Hélène ait à lire un texte n par lequel elle connaisse la Croix du Sei-
Kneur . »
1 Redit ad Evangelii lectionem, invenit quia in medio patibulo titulus erat : Jésus Xazarenus, Rex Judœorum (Joan. xix, 19). Hinc collecta est séries veritatis, tilulo crux patuit salutaris. Hoc est quod petentibus Judœis respondit : QjccI scripsi, scripsi (y. 22 , id est, non ea scripsi, quae vobis placèrent, sed quae setas futura cognosceret; non vobis scripsi, sed posteritati, propemodum dicens : Habeat Helena quod légat,
APPENDK i: XIV. 351
A cille même époque, Rufin (340-420) donne pour preuve de la connaissance de la croix,, le miracle de la guérison crime grande «lame de Jérusalem et sur le Titre de la croix, il dit :
... 11 y avait (avec les trois croix) le Titre qui » avait été écrit par Pilate en lettres grecques, d latines et hébraïques; mais il ne donnait pas » assez les preuves de la croix du Seigneur1. »
Après (lutin, Socrate, son contemporain, (...- 375), rapporte à la guérison de la dame les preuves de la vraie croix, et ajoute :
« Avec elles fut aussi trouvée la tablette sur b laquelle Pilate avait écrit en diverses lettres, » que le Christ crucifié était le Roi des » Juifs2. »
Socrate assure que c'est là ce qu'on lui avait rapporté et ce que tous les habitants de Constantinople affirment comme vrai.
A la même époque que Socrate (324-440), et d'après lui, Sozomène, attribue, comme Puifin, la preuve de la vraie croix à la guérison de la
unde crucem Domini recogDoscat (Amb. De Obitu Theudusii, d. 45; Pat. la t., t. 16, p. 1401).
1 Aderat quidem et titulus ille, qui grœcis, et latinis atque bebraicis litteris a Pilato fuerat coûseriptus (Rufinus, Ilist. Eccl., t, i, c. 7; Pat. lat., t. 21, p. 476.
- — ùv aùroT; lï eupy.To xaï % -oZ rit/.â-ro-j traviç £v \ fanù&.i :ôov 'Iooâauov tov cTaoccoO^vra Xpiarov icpotrraacfwv, sv Siatcpapotc Ypaaixacrt Ixr'purrev Socrate. Z7«f. Eccl. 1. r, c. 17; Pat. grecque, t. 67, p.- 117).
dame malade, mais ajoute de plus : « On dit » aussi qu'un mort fut ressuscifé de la même » manière»; mais il ne dit pas d'où lui vient ce dernier détail.
Nous ne savons s'il ne l'avait pas pris à S. Paulin de Noie qui, à la même époque (367-431), ne parle que d'un seul mort ressuscité par la croix, et ne dit pas un mot du titre l.
Voici le texte de Sozomène :
« Dans un autre endroit, près de ce lieu, fuis rent trouvées trois croix, et séparément une » tablette sur la couleur blanche de laquelle, en » paroles et en lettres hébraïques, grecques et h latines ces mots : Jésus de Nazareth, roi des )> Juifs 2. ))
On remarquera que Sozomène est le premier à parler de la tablette blanche et des paroles diverses du titre.
Aussi Prudence dit expressément :
<< Au devant de la Croix, qu'il y ait trois » titres, en trois langues; que le Juif le con- » naisse en le lisant, que le Grec en prenne ï> connaissance et que la Piome dorée le com- >.) prenne, et vénère Dieu :
1 Pauline, Episl. 31 ; dans Pat. la!., t. 61, p. 329.
" i\y.\ yo) y.; oTXXa :v/.ov lv rctçei XeoxwjAaxo? pquxat xaï ypaufiacev cE£paÉxoîçj 'EXXqvexoîç tô xaî cPoj;jiaï/.oï;, ~x SrjXouvra 'JtjCOUç oNaÇtopaïoç, ô oy.^'./sl; tojv 'io-joauov ïSozornène, ///.sL EccL, 1. ii, c. 1 , dans Pair, grecque, t. 07, p. 932).
Fronto crucis titulus sit triplex, triplice lii Agnoscat Judaea legens, et Graecia norit, Et venerata Deum percenscat aurea Roma l.
Sedulius (en 392) écrit encore :
« C'est ce que dit la langue hébraïque, la ecque, la latine, c'est ce qu'apprend la même » lui, nommant trois fois Je même Roi. »
Hoc hebrœa refert, hoc graeca, latinaque lingua, Hoc docct una fides, unum ter dicere Regem2.
Ce qui est la réfutation de M. l'abbé Sionnet, et de M. Rohault de Fleury, qui prétendent que le titre était en langue latine écrite en lettres grecques et hébraïques 3. Us n'ont pas vu que l'inscription n'aurait été écrite que pour les Romains, en petit nombre à Jérusalem.
C'est jusqu'au J4e siècle qu'il nous faut descendre pour trouver une nouvelle mention du Titre de la croix.
Nicéphore (vers 1333) parle, d'après les bis-
1 Prudence, Âpotheosis, v. 383, dans Pat. îat., t. 50, p. 954. Capitolin nous apprend, c. 34, que sur le tombeau de Gordien III, les soldats mirent une inscription en 5 langues, grecque, latine, perse, judaïque, égyptienne.
-Sedulius, Carmen paschalc,\. v, 198; Pat. Iat, t. 19,
3 Auxiliaire Catholique, t. i, p. 355 et M. Rohault, Inst. de la Passion, p. 196.
ATPENLUCE XIV
(oriens que nous venons de citer, du miracle de la croix par la guérison de la dame et aussi du mort ressuscité. Quant au titre, il ajoute :
« On trouva une tablette blanche, sur laquelle » Pilate avait écrit en différentes lettres, Roi des « Juifs, laquelle placée sur la tète du Christ, en » forme de colonne, avait promulgué que ce Cru- • cifié était le Roi des Juifs. Mais quelques lettres » avaient disparu ', etc. »
Voilà tout ce que nous savons sur l'invention du Titre de la croix et l'état où il se trouvait.
Suivons-en maintenant les traces dans l'histoire même de l'église, où il a été déposé.
En 424-455, cVst-à-dire environ 100 ans après son invention, l'empereur Placidius Valentinianuslïl apposa sur l'arc de l'église une inscription en mosaïque, qui annonçait que là se trouvait ce
litre .
En 720, Grégoire 11 lit couvrir avec des poutres apportées de Galabre et répara la sainte église de Jérusalem, qui pendant longtemps était restée découvert ; il refit les portiques qui étaient dété-
1 Ka. aoniç hU'x Aâ'jy.vfl fataCkii twv 'louSanun ypa^tov Stacpopocç •lay.aar'.v û QtXSrcç &icèp xsçaXï.çeriôsi,!* EtSec tt/zt: -yj.z\- XéaTWv louSato» tîw mmpcoôevra Jcr,puTTwv /.ai ys Siep^jrjxârcrç -oo YoajipaToç.. fXicéph. Call. £f«*. EeeJ. I. vm, c. 29 ; Pair, grecque, t. 146, p. 109).
- Voir ci-dessous p. 356, et Pan vi ni us, p. 217.
APPENDICE XIV. OOO
riorés de vétusté1, et] lit un ambon de marbre, qui a été renverse de noire temps, dit Panviiiius.
En 976, Benoit VII répara encore celle église.
En KKJO, Léon IX, la voyant privée de religieux, en donna le service à Richer, abbé de Cluny, avec obligation d'y entretenir au moins douze religieux 2.
Eu 1060, Alexandre II y place les chanoines réguliers de Luques.
En 1143, Gérard Concianimi, cardinal du titre de celte église, voyant le triste état où elle était réduite, résolut de la rebâtir en entier, et à cette occasion il fit un examen nouveau de la relique, et la remit dans son état primilif, puis il y apposa son cachet qu'on retrouva intact en 1492.
En 1144, devenu pape, sous le nom de Lucius H, « il augmenla de beaucoup, comme un » bon pasteur, son église et de pauvre la rendit » riche. Quant au bâtiment même de l'église, il » le relit en mieux du haut jusqu'au bas, et bâtit «.) à nouveau le cloître et toutes ses dépendances, u et y établit, par la grâce de Dieu, un couvent de » chanoines réguliers5. s>
» Anastase, Grégoire II; dans Pal. lat., t. 128, p. 978. 3 Léon IX, Constitution 0e; dans Pat. lat., t. 143, p. 605. 3 Dans Mansi, Conc, t. 21, p. 607; et Lucius, dans Pal. lat., t. 170, p. 819.
En 1370,1e pape Urbain V, trouvant qu'il n'y avait plus de chanoines, ou qu'ils ne faisaient plus le service nécessaire, confia l'église aux Chartreux. Il est probable que c'est l'époque où la relique fut négligée. Panvinius va jusqu'à dire qu'il n'y avait plus de chanoines, canonicis régularibus defîcientiôus* .
En 1406, nous trouvons le pape Innocent VII, revêtu du litre de cette église, comme cardinal, C os ma lus.
De tous ces textes nous pouvons conclure que, lorsque la relique fut retrouvée en 1492, elle n'avait pas été oubliée pendant 10 siècles comme le disent M. Rohault et même Panvinius ; elle avait été négligée par les religieux que les papes avaient été forcés de changer si souvent.
Quoi qu'il en soit, c'est le 1er février 1492, qu'elle fut remise en lumière.
Voici en quel état elle fut trouvée :
Mgr Pierre Gonsalvi de Mendosa. cardinal de Sainte-Croix, faisait réparer et blanchir son église; lorsque les ouvriers atteignirent le sommet de Tare, au milieu de la basilique, près du toit, où l'on voit encore deux petites colonnes, ils sentirent un certain vide, et y découvrirent une niche dans laquelle se trouvait une boîte de plomb de deux palmes, bien close, et au-dessus une tablette de marbre où étaient gravés ces mots : Hic est titulus verœ Crucis. On trouva dans cette
1 De pr&cipuis urbis Rjmx Bas il iris, etc.. p. 214, Romae,
AITENDICE XIV. 357
boite une Planchette d'un palme et demi de long roncrée d'un côté par le temps, et portant, en caractères gravés en creux et colorés de rouue, l'inscription suivante : Jésus Xizarenus lir Judsorum. Mais le mot Judxorum n'était point entier, la dernière syllabe rum s'arrêtait à l'R, les deux dernières lettres um étant tombées par suite de la vétusté. La première li^ne était écrite en caractères latins, la seconde en caractères grecs, et la troisième en caractères hébreux '.
C'est sous Innocent VIII que fut faite cette découverte. Ce pape étant mort le 25 juillet 1192, Alexandre VI lui succéda le 26 août.
Ce pape, 4 ans après la découverte de la relique, y appliqua de grandes indulgences par une bulle du 4 des calendes d'août (29 juillet) 1496.
Nous en donnons ici un extrait, pour montrer que, quoi qu'on ait dit de ce Pape, il n'en continua pas moins la tradition de toutes les pratiques les plus chrétiennes de la Papauté.
Après avoir parlé de la précieuse découverte de 149*2, Alexandre VI ajoute :
« Nous, avec le saint Apôtre, nous glorifiant en » celte sainte Croix, et voulant inviter les autres » à sa glorification, afin que, par le prix de l'ar- » hre de vie, ils acquièrent les suffrages de la vie o éternelle, et désirant que la susdite église... soit
1 Les Instruments de la Passion, etc., p. 185. D'après la relation de Lœtius Petronius, Paul de Mestre et Infessura. Voir l'inscription qui existe en mosaïque dans la chapelle do Ste Hélène.
)) fréquentée avec les honneurs convenables, et que
o les fidèles du Christ viennent (fautant plus vo-
» Kontiers à celte église par dévotion, qu'ils sau-
i ront qu'ils y seront gratifiés plus abondam-
» ment des dons de la céleste grâce, par la
» miséricorde du Dieu tout-puissant, et confiant
• en l'autorité de ses bienheureux apôtres Pierre
» et Paul, accordons et concédons, par la teneur
» des présentes et en vertu de l'autorité apostoli-
» que, à tous les fidèles du Christ de l'un et de
ù l'autre sexe, vraiment pénitents et confessés,
» qui visiteront dévotement cette église le dernier
» dimanche du mois de janvier de chaque année,
» depuis les premières vêpres jusqu'au coucher
9 du soleil de ce dimanche, chaque année, la ré-
)) mission de tous leurs péchés.
» Ces présentes lettres à valoir pour tous les
b temps à venir... »
Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 4 des calendes d'août 1406, en la 4e année de notre pontificat l.
1 Nos in Cruce fiujusmodi sancta cum Apostolo gloriantes (Gai. vr, 14), etsatagentes adglorincationem ipsius invitare, ut vitalis ligni pretio \itae œternœ suffragia consequantur, ac cupientes, ut Ecclesia prœdicta, quœ nunc titulus dilecti filii Dostri Bernardi ejusdem ecclesiœ sancta) Grucis in Hierusalem presbyteri eardinalis existit, congruis frequentetur honoribus, et ipsi Christi fidèles eo libentius devutionis causa ad eamdem ecclesiam confluant, quo ex hoc ibidem dono cœlestis gratiae uberius conspexerint se refectos, de omnipotentis Dei miseiicordia, ac beatornm Pétri et Pauli apostolorum ejus auctoritate conGsi, omnibus, et singulis Christi
APPENDICE • 35fl
Le cardinal Bernardin Carvagal, créé par le même pontife el mort en 1523, trouvant que les lettres du titre étaient presque effacées, les fit re-
l'aire, dit Panvinius, telles qu'elles étaient ; de plus une inscription citée pour Furietti annonçait qu'il avait refait la voûte et les mosaïques telles qu'elles existaient auparavant1.
Ce cardinal fut enterré dans cette église1.
Enfin Pie IV (1559-1565) confia cette église aux Cistersiens de Lombard ie, qui la conservent encore.