CHAPITRE VI
Tnirè 4e piii «tre les Corses et les Génois. •— Adniqjstntioi di Barfiis et GHnT. — Exjfloits di ginèra] GalTori. — SoB assaasiut.
L» dernière teiUaiive de Théodore et le départ des troupes françaises portèrent le sénal ligurien à faire ^ux C^se8 plusieurs concessions. Il n'y a pas de pire tyrannie que celle qui parait s'adoucir pour se ffendiTA supportable. Les Génois curent J'air de réduira les impôts, 4*^n supprimer quelques-uns. 11^ promirent de ne plus condamner sur la conâçiencê informée dn gouverneur (sans entendre ni. témoins, ni Accusés). A ce sujet y Montesquieu s'indigna dans son livre immortel de TËsprit des lois ; et il disait : f On a vu des peuples demander des privilèges. Ici le Souverain accorde le droit de toutes les nations d
Gènes déclara que désormais les Corses pourraient occuper des charges publiques. Elle savait qu*ik étaient surtout exaspérés de celte humiliante exclu- -sion. Le Corse aime les emplois, plutèt à cause de rMUl^nce qu'ils donnent , que du lucre qu'ils procurent, Usûattenl beaucoup l idée qu'il se fait de«a valeur personnelle. Le trait le plus saillant de son caractère , est la haute opinion qu'il a de lui-même. Mais , dois je répéter , que la possession de la Corse était trop forte pour un petit état comme Gènes? S'il eèt laissé la Corse suivre sa croissance naturelle , c'eât été la Corse qui un jour eût dominé et possédé Gènes ^ l'assujettie fût devenue la maîtresse. Cette crainte secrète faisait nécessairement des Génois les tyrans de
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la Corse. Aussi la république ne larda-t-elle pas à appesantir le joug, et à rouvrir dans Ttle la vieille plaie des haines et des vengeances. On pouvait bien appliquer aux Génois ce que Galgacus disait des Romains : « Quand ils dévastent un pajs , ils appellent cela faire la paix. 0 Le despotisme recommença ses fureurs.
La Corse « insurgée de nouveau , s'organisa sous trois chefs qu'elle revêtit d'un caractère national, sous le titre de protecteurs de la patrie. Le comte Dominique Rivarola, alors colonel au service du roi de Sardaigne, vint se joindre à ses braves compatriotes , et refusa avec magnanimité les propositions les plus bril^ lantes que lui firent les Génois pour l'attacher à leur parti. Il fut décidé qu'on attaquerait l'ennemi sur tous les points. Gaffori eut mission de marcher sur Corte , sa ville natale , et d'en chasser à tout prix les Génois , pour y établir le siège du gouvernement. Digne précurseur du grand patriote de la Corse, Gaffori était médecin; mais il possédait, comm^ le calabrais Giovanni di Procida , toutes les qualitésd'un générai et d'un chef politique. Son dévouenrent égalait son courage, et il était doué d'une rare éloquence.
Attaquée par Gaffori , la garnison de Corte est refoulée dans le château; en se retirant, le commandant génois parvient à s'emparer de l'enfant , encore à fa nourrice , du chef insulaire ; et , possesseur d'un gage si précieux , il lait savoir au père que s'il ose assaillir le fort , sa témérité coûtera la vie à son fils. Gaffori ne se laisse pas abattre par ce funeste événement ;
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il s'avaoce toujours conlre reiuiemi et presse le siège. Alors le commandant a la barbarie d'attacher son jeune prisonnier à la partie de la citadelle la plu6 exposée au feu des assaillants. A cette vue, les soldats corses s'arrêtent , baissent leurs redoutables carabines , et poussent un cri d'horreur ; pas un seul coup ne part ; qui voudrait risquer de donner la mort à un innocent, au fils du général? Le silence le plus douloureux règne dans le camp. Placé d'une manière si violente entre sa tendresse de père et ses devoirs de citoyen , quel parti va prendre Gaffori 7 Tous les regards sont fixés sur lui. Gaffori pâlit , une sueur froide lui monte au front ; mais , renouvelant le trait d'Alfonse Ferez de Gusman , surnommé le Bon , au siège de Tarifa , il ordonne la charge , la fusillade recommence , et l'artillerie tonne , et la citadelle est emportée ; l'enfant échappé par miracle et la patrie victorieuse voient aussi tomber leurs liens.
La femme du général Gaffori ne déploya pas, dans la même circonstance , moins d'intrépidité que son mari ; la maison qu'elle habitait fut criblée de balles. Menacée d'être enlevée par les Génois, elle se barricade dans son domicile, y tient plusieurs jours; et comme les Corses appelés à son aide parlaient de se rendre, elle fait placer un baril de poudre dans une salle basse , et , la mèche allumée , déclare qu'elle j mettra le feu si on cesse dé combattre > en attendant, son mari survient et la dégage. Charles Bonaparte et sa femme habitèrent cette maison en i76B,et Napoléon fut conçu dans ces murs glorieux
La forteresse de Bastia était sur le point de se
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rendre à RiTarola ; les ennemis allaient être -par là définitivement expulsés de l'Ile, lorscfË^tine escadre française arriva sur la cMe , sous les ordres du marquis de Gursay. Ce gi^néral fit lever le siège j mais , louché <iu noble caractère des insulaires, il s'intéressa à leur sort , et plaida toujours la cause de ce peuple malheureux, avec tout Tenlrainement d'une ame sensible et généreuse. On le vit encourager iesaris (i) , l'agriculture , et rétablir partout Tordre et la paix. Alarmés de l'empire qu'il prenait sur les Corses , les Génois cherchèrent à noircir sa conduite , et ils Taccusèrent d*aspirer à la souveraineté de Tile ; et M. de Cursaj , dont l'esprit de justice et de modération lui avaient concilié tous les partis , fut révoqué de ses fonctions.
Il est certain qu'il devait être en conflit perpétuel avec les commissaire^ de la république ; voici ce qu'il écrivait au duc de Noailles: « Le tribunal génois absout tous les coupables pour de l'argent. Un Casablanca a été tué, j'ai châtié l'assassin protégé par le gouverneur , M. Grimaldi. s Dans un autre mémoire , il s'exprimait ainsi : a La république veut que Ton pardonne à tous les criminels : ce qui confirme les Corses
(1) M. de Cursay rétabli l à Baslia l'ancienne Académie des Vagabonds ; ce fut en 1750 que cette Académie des belles-lettre» tint sa première séance. M. de Cursay proposa pour prix, en 1751, une médaille d*or en faveur de celui qui répondrait le mfeoi à cette question: « Quelle est la vertu la pi us nécessaire aux héros?» J.-J. Rousseau composa sur cette question un discours qu'on trouve dans ses œuvres, mais il ne l'envoya pas. — Cette Académie n*eut qu'une existence momentanée.
dans Vcfimon qu'elle a intérél à ee q«'(yn eommelte beaucoup d'homicides. 1»
A Texemple dei^plrofes algériens qui ravageaient Ié9 efttes de Tlle, les gouverneurs n'avaient en vue que la rançon. Selon nos vieilles lois , on pouvait composer avec la famille du mon ; ici, c^étail , d*aprèslesstaluts, avec le gouvernement que se faisait cette composition. Que dire d'une loi qui permettait de trafiquer du safng humain ? que penser d^un souverain qui , pour quelques pièces d'argent , livre la vii^t des citoyens au scélérat opulent qui veut (a payer ?
Les Corses avaient autorisé M. le marquis de Cursay à traiter de la paix^ Ils lui donnèrent une haute marque de confiance , en lui remettant toutes les places dont ils étaient maîtres , à la seuie condition de les restituer , s'ils n^agféaient pas Tarrangement qui leur serait proposé. Cent qui lui succédèrent se crurent en droft . après le rejet des propositions , de manquer â une parole que M. de Cursay eût , lui, religieusement observée ; car , c'est à la fois un crime bas et de la plus détestable politique que d'enfreindre des traitée et de violer les promesses qu'on a faites. Les plaees filtrent donc abandonnées aux Génois , quand les Français évacuèrent Ftle ^ et laissèrent les habitants aux prises avec Gènes , leur étemelle ennemie. Il en résulta dans le pays un soulèvement général , demrère raison des peuples opprimés. La révolte est san^ doute un funeste enseignement ; mais qui oset^il dire que tes résistances sont toujours oriminelles? Qni prétendra q[U^lne nation , après avoir supporté dTénormes iniu quités, n'a pas le dfoit d't^n^ecoue^ le farrdea», et