‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 14 sur 64 · SUR L*HIST01RE ET LES IKKUBS · texte numérisé non relu

SUR L*HIST01RE ET LES IKKUBS

pays à un éiran^er qui en ignorait entièrement les mœurs et irs inclinations ; il voulait sedement mettre à profit les talents de Rousseau, et surtout employer fa plume à illustrer les actions héroïques des braves îoMiJaires.

Le comte de MarboHif qui , dès le premier jour de son arrivée, avait dit que son intervention était Umle pacifique , ne devait pas garder toujours une atiHiide inoffensive. Le 17 mars 1768, il intervint ^nlre Gènes et la France un nou'veau trafté , par teqgel la Corse n'était pas absolument donnée au roi (Louis XY) , mais était censée lui appartenir , av«c faculté , pour la république , de rentrer dans oette souveraineté, en remboursant à la France tous l^s frais qu'elle avait pu faire pour la secourir. Cette vente .i réméré était une cession définitive de la Corse, car il n'était pas probable que les Génois fussent en état de racheter ce joyaume ; et il était emcore moins probable que , Tayant racheté , ils «pussent le conserver contre une nation qui avait juré de mourir plutôt que de vivre sous leur »d«iiiii« nulîon. li resterait à savoir si les hommes 'Ont le droit de vendre d'autres hommes ; mais c'est une jfaestion <fu'on n'examine jamais dans aucpa traité ; les Corses ne furent ni consultés . ni appelés à ratifier un acte qu'ils devaient subir. L'tle ainsi acquise, par une convention, on devait bientôt la conquérir par un coup de main rapide , et la dominer -par «ne administration forie; les philosophes ne man- <]|uèrenl pas de protester contre cette cession , où J'on vendait un peuple , à la manière d'un troupeau.

Au mois de juin 1768, des troupes françaises

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parmi lesquelles étaient Mirabeau , Dumouriez Tbloey^et Pommereoil, historien de la Corse , débarquent â Âjaccio , sons la conduite du comte de I^arbonne. Alors M. de Marbœuf sortit de son inaction, et demanda à Paoli la remise de Tile Rousse et des tours du cap Corse , occupées par les nationaux. Paoli réclame le iemps d'assembler la consulte. Marbonif œ yeut consentir à aucmi délai ; et , quoique l'jtrmifiiice des quatre ans ne fût pas expiré, il com* menceies hostilités, -s'empare des postes des Barbaggîo de Pairimonid , du cap Corse et de quelques parties €ki NeUm; c'était passer bien brusquement du rôle de médiateur à celui d'ennemi déclaré. Avec xjuel sois n'aurait • il pas dû veiller à épargner refiÎBsion du s*^> puisque les Corses allaient devenir Français ?

La conquête suivit de près , comme on le voit, la cession diplomatique; ce n'était pas une tâche safis difficulté. La Corse possédait une population de plus i5o.ooo âmes ; 25, 000 hommes pouvaient prendre facilement les armes. La domination géntMse était secouée; Pascal Paoli , à la télé des montagnards soulevés , exerçait sur tout le pays une sorte de dietaittre; J*Angleterre promettait de l'argent , envoyait des armes , à cause du surcrc^t de puissance maritime que la possession de la Corse allait donner à la Franoe dans la Méditerranée.

Paoli, i son lotir, ne se fit pas illusion sur ila gravité desieificoiistaiioesfiiiais il étaitdéeidéâ déCendre^vailiammentie solde la patrie. Il écrivit auxi4uites dont nous ;^voi«s d^ parlé : On nous menace de toutes les hor* reurs de la fverrel Ehl motn Dieu^ qu'est ce donc que

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noire histoire , sinon le lamentable tableau de tout ce qu'elle peut faire souffrir à une puissance, de maux et de misère ? Ce serait comme si on allait apprendre à de vieux pilotes que la mer a des écueils et FOcéan des tempêtes ! S'il suffisait pour amener la soumission des ties , de montrer des flottes et des troupes de débarquement , depuis le coin le plus reculé de TOcéanie jusqu'à nos rivages , le navigateur attristé n'apercevrait que des esclaves , n'entendrait plus qu'un long bruit de chaînes L... Que chacun se tienne prêt à marcher sur tous les points qui lui seront indiqués ! Il faut montrer que nous ne sommes pas faits pour nous laisser traiter comme un vil troupeau , acheté sur un marché public; car c'est ainsi qu'on a voulu agir envers notre nation. Toujours des étrangers entre Gènes et nous 7 Que ne nous laisse -t-on terminer nos affaires avec la république , soit à Tamiable, soit par les armes ! Ah ! tous les sentiments de ustice et d'humanité sont donc foulés aux pieds dès qu'il s'agit de la Corse ! a Concitoyens, le danger est grand, mais <r nous sommes accoutumés à ne pas compter avec a le nombre de nos ennemis. »

Sur le continent d'Europe , les troupeaux se soumettent sans efforts à la lance ou à la hampe du berger ; en Corse , les troupeaux errent à l'aventure , lèvent la tète contre qui les maltraite , et se jettent dans les précipices plutôt que de céder aux coups des pâtres. La Corse fit comme ses troupeaux ; elle mit la main sur le cœur de ses fils , et elle le trouva plein de sang et de vie, et elle poussa son cri de guerre. Les habitants avaient un si profond mépris pour les

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Génois, qu'ils disaient : o Basterebbero le donne con- « tra i Genovesi (i). »

Paoli convoqua la consulte, et se fit autoriser par elle à former deux régiments de six compagnies chacun ; îl ordonna aussi que tous les hommes en état de porter les armes fussent divisés par tiers, et que chaque tiers marchât successivement. Il n'existait encore que 5oo soldats qui reçussent une paie , 3oo pour la garde du général , et le surplus pour celle des magistrats de l'intérieur et de quelques forts. Rome , non plus , n'eut pas de troupes à sa solde jusqu'en 347 depuis sa fondation. Les Corses ne portaient ni uniforme , ni tambours , ni aucun instrument de musique guerrier , à l'exception d'une grosse conque marine percée au bout, dont ils faisaient un bruit qui retentissait à une grande distance ; le son du cornet marin approchait de celui du lituus des Romains (2).

Plus de 20,000 hommes s'inscrivirent volontairement pour partir ; mais ces milices étaient dispersées sur une immense étendue , et l'ennemi possédait toutes les villes et les forteresses du littoral.

Le marquis de Chauvelin arriva à Bastia vers la fin d'août , avec le reste des troupes de l'expédition , composant un effectif de i5,ooo hommes. Il eut le commandement de toute Tarmée ; il s'établit d'abord à Biguglia, et mit le siège devant Furiani; une poignée d'insulaires soutint plusieurs jours le choc de nombreux assaillants ; enfin , après une résistance des

(1) Il suffirait des femmes contre les Génois» (S) Virgile, liv. 10, V. 209 , représente Triton , cœrula concha exterrens fréta.

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plus vives , le village fut emporté. Je dois signaler l«i mâle réponse que Ot là un Corse , blessé mortellement , à un vétéran français , qui ayant voulu le relever lui disait : Comment osez-vous faire la guerre, sans ambulances, sans bôpitaux? que devenezvous donc quand vous êtes blessés? — Nous mourons, répondit froidement le soldat de Paoli! — Au pont du Goio, les Français trois fois repoussés, reviennent pour la quatrième fois à la charge avec la même audace , et les Corses sont contraints de céder à des forces supérieures ; mais leur retraite est une retraite de héros. Les insulaires se font un rempart de leurs morts pour avoir le temps de charger derrière eux en se retirant , et les blessés se traînent d'eux-mêmes parmi les morts pour affermir ce sanglant rempart. On trouve partout de la valeur, mais on ne voit de telles actions que chez les peuples libres.

Je ne parle pas de la mémorable défense de la Tour de Nonza , où le capitaine Jacques Casella était resté seul, et où il obtint, après une longue résistance , une honorable capitulation du général Grand-Maison, qui croyait avoir affaire h une nombreuse garnison. Nonza est un village qui est la clef du cap Corse; il est précisément ce que dit Cicéron parlant d'Ithaque, attaché comme un petit nid aux rochers les plus soorcilleux (i).

Le marquis de Chauvelin parvint à s'emparer de Bigorao , de Lorelo et de Borgo. 11 avait à soutenir un

(1) la asperrimis saxiilis, tanquam nidulum affiium <Cic. <ie oral. lib. l•^ cap. 24).

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combdi achârfié sur tous les points ; enirré de ses premiers succès, le général en chef publia une proclamation où il traitait les insurgés arec mépris, et acbevade les exaspérer. D*un antre côté, ses triomphes tliémes l'affaiblissaient ; il avait trop disséminé ses forcéâ , et il né possédait pas assez de monde pour garder tailt de villages.

Pàoli comprit aussitôt le parti qu'il pouvait tirer de cet état de choses ; il se mit à parcourir Tintérieur du pays pour ranimer tous les courages et enflammer de plus en plus toutes les âmes. Il parlait auiL uns de liberté , de vertu et de gloire ; aux autres , de l'an' elettVie tyrannie, de la servitude où voulait, k Ten ordre, les réduire M. de Chauvelin, pour les remettre ehsuite , à Texémple des Boissieux et des Maillebois , aol maitis de Gènes. Il disait aux jeunes gens t a Notre Clrase est juste et sainte ; la liberté est en péril , défendez-la ; nos pères l'achetèrent aVec leur sang , vous devez là perdre avec la vie ; allez au-devant des Français , combattez , mourez ; ainsi le veulent et TamoUr de la patrie et Tàttente de TEurope» L'eutiemi méprise qui lui cède , il admire celui qui résiste, et, ^'il trii[)mpfae, il respecte dans les fils le courage des pères, n

Ctfà paroles se répètent dans chaque coin de Ttle , avec des aiîi^ent^ defureur ; Paoli avait ctié : aux armes! et File entière courut aux armes. Suivi des intrépides capitaines Murali , Saliceti , Serpentin! , Raffaëlli et de Pierre Colle , surnommé le Brave-des'-Braves , le redoutable dénient Paoli se porte avec des forces considérables sur chacun des points occupés par les

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Français, les chasse de toutes les positions qu% avaient prises , et les poursuit sans relâche jusqu'à Borgo , où allait se livrer une bataille sanglante. Pascal Paoli ordonna à son frère de les expulser de ce village , situé sur une colline très-élevée ; lui-même se place sur les hauteurs de Luciana , arrête toutes ses dispositions et donne le signal de l'attaque à la pointe du jour. La garnison de Borgo n'était que de 700 hommes ; mais le marquis de Chauvelin et M. de Marbœuf , commandant en second , arrivèrent aussitôt de Bastia , à la tête de 4000 soldats , pour mettre les insulaires entre deux feux , ou dégager la garnison. Il se fit des prodiges de valeur de part et d'autre. Après dix heures de combat, les troupes royales finirent par essuyer une complète déroute : tant il est vrai que le faible , qui est opprimé , trouve dans la sainteté de ses droits un grande force auxiliaire ; tandis que le puissant » qui opprime y est singulièrement affaibli par l'injustic qu'il pratique , et dont il a lui même la conscience.

L'orgueilleux Chauvelin , jusque-là , n'avait pari qu'avec dédain du Chef de paysans qui osait lui teni tète; il fut obligé , après la journée de Borgo, d demander du renfort à sa cour, et ses lettres mon traient un tel découragement, que le premier minisire M. de Choiseul, crut devoir le rappeler » le comte Marbœuf, promu au grade de lieutenant- général , fu mis provisoirement à la tète des troupes.

M. de Choiseul avait à cœur la soumission de I Corse ; la France avait subi de grandes perte coloniales. Une guerre désastreuse lui fit perdre Canada et la Louisiane ; les Colonies passaient aloB*^

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^qr las plus be^ux , pour les plus riches jojaux de a couronne. On iie comprenait pas le commerce d'un &|at sans une vaste oeinture d'établissements , qui ppiivaient assurer le débouché de ses produiU ; il r4llai,t chercher des compensations dans d'autres sou- ¥^r|(inet4s. Sp\i^ Tempire de cette pensée, M. de (^hpiseul , travailla activement à la réunion définitive delà Corse, depuislong-femps méditée et préparée. La population de Tile était pauvre ; mais ses hautes montagnes étaient fertiles en bois de mâture et ±p construction , .^t |a Frajace en manquait. Quoi de ;^lu4 avantageux, d'ailleurs, que la possession réelle [J'ime ile de 46 lieues de long , sur une largeur de I o à 12, avec les plus beaux ports du monde ! Un trajet ^e 45 Ueues suffisait pour passer le canal ]ui la séparait des côtes d'Antibes. Avec la Corse , la France était maltresse du commerce de l'Italie ; ses escadres pouyaicint s'y abriter dans la tempête. Des voyageurs isvaient parcouru le territoire , et tous leurs récits confirmaient le parti que nous pouvions tirer de 1^ souveraineté de la Corse , de ses mâles habitants et d^ ses productions sauvages. La Prançe attachait donc |jn grand prix à la conquête de cette Ue.

En avril 1769, instruit que le cabinet de Versailles pr^p^ait une nouvelle expédition , Paoli prescrivit U9e levée en masse de tous les hommes valides , depuis s^ize ans jusqu'à soixante. Son appel fut entendu. « On me reproche, disait-îl dans celte occasion, de fi^iaatis^r le» Qorses contre les troupes royales ; J'apcepte le n^procbe, car ce que nos ennemis appellent

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fanatisme , n'est qu'amour de la pairie. Je regrette seulement de n'avoir pas la puissance de mouvoir les montagnes comme je mobilise les populations; commençant par Monte Rotondo , je les ferais rouler Tune après l'autre sur Tarniée qui vient poursuivre la liberté jusque dans ses derniers retranchements.» Une autre fois il s'écriait : « Si j'étais maître du tonnerre, je m'en servirais pour la défense de la liberté et pour l'indépendance de la patrie ; mon intérêt sans doute est d'acquérir un nom , je sais qu'il ne peut manquer à celui qui fait le bien de son pajs, et je l'attends ; je consentirais toutefois à être oublié , si , à ce prix , je pouvais rendre le peuple heureux. »

A cette époque se place un fait que je cite avec douleur. Des officiers français marchant sur les traces des Génois, parvinrent à éblouir par des offres pompeuses un jeune homme dit Mathieu Masses! , secrétaire de Paoli;il s'engagea à leur livrer le général, d'autres disent à l'empoisonner ; mais la trame fut découverte , et Massesi reçut la mort de la main da bourreau. Paoli pensait souvent aux assassinats de Gindice • Délia -Rocca, de Sampiero , de Gaffori et d'autres chefs insulaires, traîtreusement mis à mort par dessicairesdela république. Il savait que ses poignards allaient chercher partout le cœur des Corses , même en^pays étranger. Plein de ces souvenirs, il veillait soigneusement sur sa vie , depuis qu'il avait été placé h la tête de la nation. Les Génois en avaient tant fait tuer !'Les volets de sa chambre à coucher étaient doublés de liégc , et une meuto de gros chiens sta-

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iîonnait toujours, comme un corps- de -garde, dans son anti-chambre.a C'est un trait de ressemblance, disait, en riant, Paoli, que j'ai avec les héros d'Homère. » Ce grand poète , en effet , nous représente toujours Télémaque suivi de deux chiens fidèles , et Patrocle avec neuf janissaires de la même espèce parmi ses domestiques (i).

Le comte de Vaux , qui avait déjà servi en Corse, sous Maillebois, fut le successeur de M. de Chauvelin ; il arriva dans Tile le 3o avril 1769. La nationalité Corse allait périr ; le général de Vaux entra tout de suite en campagne avec 22,000 hommes. Il ne tomba pas dans la faute qu'avait commise M. de Chauvelin ; au contraire , il mit tout son art à éviter des combats inutiles; loin de diviser ses forces , il les dirigea toutes vers Corté , point véritablement stratégique, qui , sous ce rapport , est à la Corse ce que Paris est à la France. Il força Paoli à se retirer au-delà du Golo. Le chef insulaire fit presqu'aussitôt repasser le fleuve à ses soldats , qui gravirent les montagnes à Touest de Lento. Son but était de séparer, du reste de Tarmée, M. de Vaux , qui avait son quartier- général à Lento^ mais ce mouvement fut prévenu à temps ; les Corses battus se précipitent vers Ponte Nuovo. Les Français qui occupent les hauteurs, sur la rive gauche, les écrasent par un feu plongeant. A la rive droite, le général Gentili fait barrer l'entrée du pont , par un corps de déserteurs allemands, au service de la Corse.

(1) Odyssée liv. a el Iliade liv. 23.— Noos lisons dans TIte-Live : « Syphai inter duos canes stans, Scipionera appellavit. »

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li voulait contraindre les fuyards de retourner au combat ; mais les Allemands, au Heu de se borner à une simple menace . comprennent mal les ordres de Gentili , et tirent stupidement sur les Corses , qai se trouvent ainsi placés entre deux feux ; la plupart des malheureux insulaires furent tués ou se noyèrent dans le fleuve du Golo.

Cet immense désastre (9 mars 1769) entraîna la soumission entière de Tile : les Corses avaient éproirvé une de ces grandes défaites dont les nations ne reviennent pas. Le peuple avait juré de moarir et il tînt parole ; quelques-uns des chefs désiraient peut-être échanger , contre de Tor et des honneurs , l'indépendancedeleur patrie, et ils furent satisfaits; Paolî pleura sur le malheur de ce peuple ; il pleura sur la honte des autres. Cependant je suis porté à croire, avec un judicieux écrivain , que personne n'a trahi ; on s^est lassé , on s'est abstenu , on s'est dit : « A quoi bon se « battre? nous uq pouvons être indépendants, nous ne a Tavons jamais été ; mieux vaut encore être Français a que Génois.

La Corse n'est pas devenue française , parce qu'elle a eu des traîtres ; il y en avait eu en (hvcnr de GAnes, et ils n'avaient rien décidé ; la Corse est devenue française, parce que c'était son intérêt ; intérêt qu'elle avait senti au XYP. siècle, qu'elle méconnaissait au XVIIP. f mais qui agissait en dépit de la fierté nationale , et qui a fait plus pour la soumission de la Corse que les armes. Elle ne pouvait entrer dans une plus glorieuse famille ; sa destinée dépendait de soii union avec la France ; celte union néanmoins

ne se fil qu'avec peine. Ce fat la faute de la France : nous nous fhnes les alliés des Génois , au lieu de nous faire les protecteurs de la Corse , et nous aimâmes mieux tenir notre droit de Gènes que de la reconnaissance du peuple corse : de là son énergique résîs« tance

Quant â Paoli , vaincu par la force , trahi par la fortune, il s'embarqua le 12 Juin pour Livoume tt ensuite pour Londres. Nous le verrons reparaître, en Corse, sur la scène politique, après ai ans d'exil. Quelque chose qu'on ait dit de lui , il n'est pas possible que ce chef n*eût de grandes qualités : établir an gouvernement régulier chez un peuple qui n'en avait pas ; réunir sous les mêmes lois des hommes divisés el indisciplinés ; former à la hâte des troupes réglées, et instituer une espèce d'université , qui pouvait adoucir les mœurs ; établir des tribunaux de justice ; aiettre un frein à la fureur des assassinats et des meurtres ; policer la barbarie ; se faire aimer en se faisant obéir , tout cela n'était pas d'un homme ordinaire n ne put en faire assez ni pour rendre la Corse libre, ni pour y régner pleinement; mais il en fit assez pour acquérir de la gloire. Cette gloire n'était pas chez lui celle de combattre ; il était plus législateur que guerrier. Son courage était dans Tesprit; enfin, il eut l'honneur de résister à un roi de France, près d'une année.

On a dit que l'appareil de guerre déployé par la France Atait au général Paoli tout espoir d'une résislance utile , et qu'il aurait dû se soumettre. Paoli pouvait sans deuie s'attendre à des honneurs et à des

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récompenses , s'il avait servi les intérêts de la France; mais il était chargé du dépôt de la liberté de sa patrie. Il avait devant les yeux le jugement des nations : quel que fût son destin . il ne voulait pas vendre la sienne, et, quand il Tau rai t voulu, il ne Taurait pas pu ; les Corses étaient saisis d*un trop violent enthousiasme pour la liberté y et lui-même avait redoublé en eux cette passion si naturelle, devenue à la fois an devoir sacré et une espèce de fureur. S'il avait tenté seulement de la modérer , il eût risqué sa vie et sa gloire. Il est vrai qu'en pensant qu'une Ile, jetée au milieu de la Méditerranée , peuplée de quelques milliers d'hommes et entourée de monarchies absolues, pût se constituer en état indépendant et libre, Paoli se berçait d'une illusion. Les Corses firent avec le plus admirable dévouement le sacrifice de leur vie au soutien de cette noble illusion ; et, si la nationalité de la Corse avait pu être sauvée , elle l'eût été par les patriotiques efforts de ses enfants. Tant de courage et de luttes glorieuses n'ont pas été stériles pour les Corses ; car , au jour de sa régénération politique , la France , comme nous le verrons , les associa à ses immortelles destinées, parce que 5o aus de combats, livrés à la tyrannie , les avaient rendus dignes de la liberté.

Quatre mois après l'affaire décisive de Ponte-Nuovo, la femme d'un jeune officier corse qui avait été secrétaire de Paoli, donnait, le i5 août 1769, à Ajaccio , le jour à un enfant , qui devait être empereur de la France ^ à la domination de laquelle son père avait voulu soustraire son lie natale. Qui

aurait dît alors au roi Louis XV : Dans cette contrée sauvage , que le fléau de la guerre a rendue presque déserte, il existe un enfant encore au berceau y qui , devenu Français par la réunion de ce petit royaume au vôtre, sauvera sa patrie adoptive et étonnera l'Europe par ses conquêtes ? La famille Buonaparte , originaire de Toscane , avait joué un rôle distingué. Elle a été puissante à Florence et à Trevise.On la trouve inscrite sur le Livre d'or de Bologne. Les troubles de Florence mirent les Buonaparte au nombre des émigrés. L'un d'eux passa en Corse , au commencement du XYK siècle, et s'établit à Ajaccio. Il y jouit , ainsi que ses descendants , des titres de messire et de magnifique. Filippini parle d'un Gabriel Buonaparte, chanoine de la cathédrale d' Ajaccio , en i58i. Un arrêt du conseil supérieur de Corse, du i3 septembre 1771 » déclara la famille Buonaparte noble de noblesse prouvée au-delà de deux cents ans.

Lorsque Napoléon arriva au trône , ce fut une ardeur générale à vouloir prouver qu'il en était digne , non point par ce qu'il estimait le plus, mais par droit de ^laissance. Un généalogiste le fit descendre des Médicis , famille qui donna deux reines à la France , ^e qui le plaçait tout naturellement sur le trône des ^Bourbons; un autre, habile dans la science des d'Hozier, le fit sortir de la maison des Plantagenets , qui s'est ibndue et éteinte dans celle des Stuarts. « Voilà ce ^u'il me fallait , dit TËmpereur, le jour où on lui annonça cette découverte. Je puis, à présent, faire la guerre à l'Angleterre sans scrupule. Georges III n'a <fu'à se bien tenir. » Parmi ceux qui l'entouraient,

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qtMiIctues fldtleui*^ prirent ses paroles poiir une nkldestië fardée , et rie manqaèretil pas de trouver plausible cette nouvelle opinion, a Ne savez- vous pM, dit Napoléon au plus acharhé , qu'avec deux ou tt^ <D«nt^ ans de généalogie, il n'est personne qoî Ae jpuîissè descendre de qui il lui plait? Voyez-vous, Monsieur , ajouta-l-il avec ce verbe haut et clapotant qui, lorsqu'il le voulait, entrait dans rame comme une pointe d'acier , voyez-vous , si la peste éléit sur le trône , le généalogiste de cour la ferait dépendre de la santé ! »

Charles Marie Buonaparté , père de Napoléon y lorsqu'il vint suivre les cours de l'Université j à Gorlé, ùkl présenté a Paoli , en Thonneur de qui il composa dés vers latins où respirent les plus vifs sentioients de patriotisme. Le chef des Corses en fit son secrétaire. Le jeune Charles, de retour ensuite à Ajaccio , sollicita la main de Lœtizia Ramolino , d'une bonne famille du pays, venant des Colalta de Naples. Maiâ le père de Ldetiifia refusa de donner son consentement , sou prétexte d'inégalité de forl^ilie , et surtout par §ttite des liens qui attachaient ^a famille au parti génois du côté des Fesch. [La mère de Lsetizia RamolîYio , devenue veuve > s'était remariée avec le sieur Péâ^ch , capitaine dans un des régiments fuisses que Ûéneà entret^naU dans Tile. De te second mariage , était isâu le cardinal Fesch ].

Charles Marie eut recours au général Paoli qui iïitérposa sa médiation et leva tous les obstacles. Il époà^a, eh ^767, Lœtizia, une des plus belles femmes de son temps. Veuve à 3o ans , elle avait eu déjà

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treize enfants. Lorsque VWe se trouva conquise, Charles Marie, poète auxiliaire de Paoli , dans la guerre de l'indépendance , voulait raccompagner dans son eiil ; un vieil oncle , Lucien , archidiacre d'Ajaccio , qui exerçait sur la famille Tautorilé d'un père, le força de rester en Corse.

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