CHAPITRE XII
I Mcittè n Cène, dan plasfeirs localités. - Yesdette. - Bandits. — Traités de
pali. — Joinal d'iu condanné i mort.
Il y a long' temps qu'on a décrit les sinistres effets le la vengeance , passion proverbiale du Corse des ■ontagnes; il y a long-temps qu'on gémit sur ce aneste égarement du courage, sur cette fausse diectiôn du point d'honneur.
La vengeance, Faction de se faire justice à soinéoie, quand on a été, ou qu'on s'est cru offensé, tst un des sentiments les plus destructifs du bonheur. Slle prend naissance dans une grande douleur qu'on ^père adoucir, dit madame de Staël, en la faisafit partager à celui qui Ta causée. Mais on la rend ainsi [>lus vive et plus amère ! Vient alors un épouvantable mal , le remords, qui attache un ennemi à chacune de nos artères, arrête le sang qui circule, ou précipite les battements du cœur, se mêle à toutes nos jouissances pour les empoisonner , et nous châtie inexo-
i66 SUR l'histoirk et les jtoburs
rablement. La vengeance, d'ailleurs, est une arni0 est entre les mains de tout le monde; et, quel méchant que Ton soit, il peut s*en trouver un | méchant encore. D'un autre côté, nous venger, n' ce pas nous abaisser jusqu'à Tauteur de Finjure t rendre une espèce d'égalité avec nous , le sortir dessous le poids de notre mépris ? N'est-ce pas a?o surtout qu'on est blessé , et encourager par là Tofl seur 7 Témoin le mot de cet athénien , qui , sur qu'un autre demandait : a Pourquoi médis-lu moi? x> répondit : « Parce que tu t'en soucies Namquey dit Tacite, Anu. 4) spreta exoLescunt ^ xrascare , agnita videntur.
Le christianisme réprouve énergiquement la ▼€ geance que le paganisme tolérait ou recommanda Tombe sur moi le ciel , pourvu que je me vengt s'écriait le païen effréné qui appelait cette passî le plaisir des dieux. Mais ce cri sauvage ne pc être répété par un chrétien digne de Tétre. Q n'a présentes à l'esprit les paroles , si belles , si s blimes dans leur simplicité , prononcées du haut la croix , aii milieu des tourments et des outrage paroles qui nous émeuvent encore après dix-hi siècles , et où se résume toute la charité : Pcuer, c mitte iitis, non enim sciunt quid faciunt.
Il est évident que la première des vertus aux je de Dieu et des hommes , In plus touchante desqu lités , c'est la bonté , principe de tout bien , véritali lien des mortels entr'eux (i). Nous avons tant beso
(1) Nihfl est tffin popolarc qiiam bonitas ( Cicer. oraU p
le rindulgence, de la pitié les uns des autres , que lous devons craindre avant tout les êtres qui peuvent e résoudre à faire du mal. Sous Tinfluence de ce entiment , un peuple avait élevé sur les places pu liques des autels à la Miséricorde (i). Il savait que n baine , à part tout ce qu'elle a d'odieux ^et de oupable , est un si pesant fardeau » traîne après elle ant de soins et d'inquiétudes , que mieux vaut ç^nt [>is , danç l'intérêt de notre repos , le pardon de 'offense, qui por-te avec lui sa consolation et sa douceur. Les anciens avaient divinisé la vengeance, parce |u'îls avaient leurs bons et leurs mauvais dieux. Ils le pardonnaient guère , que par suite du mépris la'ils ressentaient pour leur ennemi. L'oubli des offenses doit reposer sur une base plus solide et plus noble, sur la charité qui est non une inclination naturelle , une sympathie d'humeur et de tempérament [ aimer ainsi , n'est-ce pas s'aimer soi-même? ], mais un amour austère , désintéressé , impérissable de raison et de religion (2). Il est écrit qu'il faut pardonner septante fois sept fois , .c'est-à-dirQ. sans fin , et il sera redemandée l'homme jusqu'à la dernière goutte de sang qu'il aura versé injustement •
Lais^ns ici parler Bourdaloue : « Quand, on re commandait aux Juifs d'aimer leur prochain et de haïr leur ennemi , ce n'était pas Dieu qui parlait
ligar. ) — « Toute science est dommageable à qui n*a pas la science de la bonté ( Montaigne ). »
(1) L*autel de la Pitié fut sacré dans Atbéne.«( I ( Delilie. }.
(S) y. saint François- de- Sales, Science du divin amour, pag. 73.
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ainsi, mais ceux qui interprétaienl mal la loi Dieu. Jésus-Christ n'a pas établi une loi nouvel lorsque , usant de toute sa puissance de législatem nous a dit : « Aimez vos ennemis, et pardonnez-leur. Mais il a seulement renouvelé cette loi , qui é comme effacée du souvenir des hommes; c car si t n'aimez que ceux qui vous aiment , poursuivit Sauveur du monde, que faites-vous plus que les ] blicains 7 et si vous n'avez de charité que pour frères , qu'y a-t-il là qui vous élève au-dessus païens 7 »« Ce n'est pas grand'chose , disait saint G goire , d'être bon avec les bons ; mais de l'être pai les méchants^ mais de faire du bien à ceux qui n persécutent , et de parler doucement, modérémra ceux qui nous insultent , c'est avoir l'ame sembla au sommet du mont Olympe qui n'est point sujet I orages de l'air. » La vengeance n'apporte aui fniit, elle se dévore elle-même avec effroi ; elle d'autre joie que le meurtre , et la cruauté est le 8( de ses désirs qui soit assouvi*
L'Evangile qui ordonne le pardon des injures fait plus de héros que le monde qui veut qu'on venge. La vengeance est d'un homme et le pard d'un Dieu. Qui peut lire sans émotion ces paroles Gusman à Zamore dans Alzire 7
Des dieax que nous servons , connais la différence ; Les tiens t*ont commandé le meurtre et la vengeance ; Et le mien . quand ton bras vient de m'assassiner. M'ordonne de te plaindre et de te pardonner.
Il est un principe d'éternelle vérité , c'est que n
le peut être juge dans sa propre cause. La justice , XMnroe tout autre pouvoir , ne saurait être le droit In premier venu ; elle est chose trop pesante et trop lélicatepour qu*il en soit ainsi. La puissance du glaive Bt confiée à une autorité spéciale. Le chef de l'Etat ni^ménie , qui est la phi s haute personnification de la ouTcraineté, peut faire grâce, non infliger des peines ; omment un simple citoyen viendrait-il s'arroger le Iroit de punir? La justice, d'ailleurs, quand elle châtie, I une marche tout autre que celle des vengeances Brivées. L'esprit vindicatif n'entre pour rien dans le 3ode pénal. De pareilles idées sont indignes de la onajesté du législateur. Il applique ses soins non à létruire, mais à conserver, et il ne détruit jamais que pour prévenir de nouveaux crimes. La justice ne frappe le coupable qu'après Tavoir écouté , et s'être livré â un examen consciencieux et approfondi de tous les faits. Souvent le meurtrier ne veut entendre l'autre voix que le cri de la passion qui Tagite, et I immole sa victime sans délais , avec l'impétuosité le la colère. La justice mesure avec un soin relipeux la peine à la gravité du délit; on voit le meur- :rier se venger quelquefois , par la mort , de l'offense la >lus légère. Les châtiments juridiques laissent une impression salutaire dans l'esprit des masses. Les vengeances personnelles alarment la société, et troublent profondément la sécurité publique. En un mol , rbomme qui se venge se replace dans Tétai do na lure , semble jeter un défi à la loi et lui dire : u Je suis plus fort que toi , et je puis me passer de ton «ppui. »
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Mail dans les étaU imparfaiU de miliiatk», oa ^ comprend guère cet héroïque ouUî des inpirtf; <^ attache môme une idée de force et de grandeor i ^ eoDitance du retaentinient, A la perpétuité de la baî»^ et de la vengeance. Voyez les mœurs des anciens Germains, et, de nos jours, le caractère de l'Arabe ^^ du montagnard Ecossais.
Il n*est que trop vrai que ce préjugé de Tenfai*^ des sociétés , exerce de funestes ravages en Corse 1 dont une destinée fatale semble ralentir la mar^"^^ dans la roule des améliorations. En quelques par^^^ ] reculées de Ttle , vivent plusieurs familles qu'on ii^^ marquées du sceau du malheur , et condamnées ^ ^^ haïr éternellement. Ce nest qu'en présence d*^^^ impérieuse nécessité, que la loi ordonne la mort (S ^ homme ; ce n'est qu'en frémissant, qu'elle s'arma ^ toute s«'i sévérité , et laisse consommer le terrible ^^ cri6ce ; dans les contrées dont je parle , pour ^ mot , pour un geste , pour un regard ^^ on ne cr^ ^^ pas de ravir à son semblable le bien suprême de l'e^^ teuce , et de verser le sang d'un concitoyen avt <? même facilité, quelquefois, que l'on ferait couler ce? '*' d'un ennemi sur le champ de bataille. Chaque victin^^^ ' en mourant , lègue , comme un pieux devoir , à ^ ^ parents , le soin de la venger , d'arracher la vie? l'offenseur , et ce legs effroyable du désespoir , €** souvent religieusement acquitté.
De là un enchaînement de calamités sans fin et sa mesure ; de là le sentiment farouche qui transforn^^ en vertu , dans quelques localités , le meurtre d' ennemi ( car aussitôt que Ton a commis une mai^
DE LA COHSE. I7I
yaîfle action , on ne tarde pas à se faire une mauvaise maxime ). Placer Thonneur dans la vengeance , et l'opprobre dans l'oubli des injures , quel renversement dans les idées morales ! Composée d'un désir de justice et d'un mouvement de colère , la vengeance sans doute est , jusqu'à un certain point, un sentiflnnit naturel A rbomnlie; mais elle est autre chose dans diverses parties de Ttle ; c'est une espèce de religion. Elle est fondée sur une idée de devoir: le Corse des montagnes se venge , non parce qu'il est sons Tempire de la colère , mais parce qu'à ses yeux la tèngieatat^e dëtile 'pMt écarter de «a tête le poids d'infamie qui la menace , parce que l'affront qu'il a sabi le sépare de ses égaux, et le rend impur comme une excommunication sociale ; il se \engej parce que, d'après les principes qu'il a reçus dès l'enfance , il n'y a qu'une Sime basse qui puisse pardonner les injures; et il nourrit sa rancune, parce que, s'il la sentait s'éleindre , il croirait , avec elle , avoir perdu une vertu.
Ecoutez les discours suivants : a Un père voyant tomber son fils d'un 4". étage , s'écriait : « Que je suis malbeureux ! perdre mon enfant , et n'avoir pas la consolation de le venger! du moins, si on l'eût tué ! jo Un individu mourut à Bocognano ; ses amis vinrent l'embrasser , suivant la coutume de ce village , et Tnn d'eux lui adressa ces paroles : Che tu fossx mono délia mala martel t'avremmo vindiccuo (Que n'es-tu mort de la mauvaise mort ( d'une main ennemie ) ! nous t'aurions vengé. » «Est-ce qu'on pleure des frères assassinés 7 disait une mère à deux de ses fils , on
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les venge ! » Une autre : a Quand lu auras puni k meurtrier de ton père, tu pourras songer à te marier. 1 Après avoir suspenllu au plancher de sa chambre lei vêtements ensanglantés du fils qu'il avait perdu ei 1834 » un habitant de Tallano exhalait devant Tun d( ses enfants sa douleur en ces termes : a Tu ne EhJi le brave qu'avec moi , et tu laisses en paix l'assasaii de ton frère , dont tu vois tous les jours les pantaloni teints de sang ! d Pour dire qu*un homme en a tu^ un autre , on se sert souvent, dans l'intérieur di rile , d'une expression consacrée et pleine de bienveillance : tt Povero gtovonCf pover uomo, ebbe colpo d sangue ( Pauvre jeune homme , pauvre homme , il ^ eu un coup de sang). x> Peu à peu les bons sentimenli s'altèrent quand on entend parler ainsi des mauvais; et c'est trop tenter Tinfinnité humaine que de mettre toujours à sa portée une excuse , que dis-je 1 presque un éloge préparé pour chaque faute. Oo peut appliquer à quelques habitants de l'ile ce mol de St -Paul : a Non seulement ils font le mal , mais ils approuvent ceux qui le font. »
Certains Corses des montagnes semblent avoir prin pour devise ces deux vers d'Atrce :
Un ennemi qui peut pardonner une offense .
Ou manque de courage , ou manque de puissance.
Ensuite ils ne s'en prennent pas au meurtrier seul . ils étendent quelquefois leurs massacres sur tous leâ siens. Quand une famille a de pareilles vengeances ài exercer envers une autre j on dit qu'il y a du sang eutr' elles. Cette vengeance indirecte ou transversale -
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qai £iit planer la terreur et la mort , non pas sur le BOfupable uniquement , mais sur toute sa parenté , une assemblée générale du pays , sous Paoli , la déclara inâme ; l'auteur d'une telle vendetta était , dans tous les cas, condamné à mort, et la sentence, grayée sur une colonne érigée devant son domicile , avait pour but de flétrir à jamais sa mémoire.
La position des individus engagés dans les inimitiés eat vraiment déplorable. On a vu des villages où le poignard de la haine et de la vengeance a peuplé les cimetières autant que les morts naturelles. Le glaive ennemi , dans ses plus grandes fureurs , est moins redoutable. Plus de repos et de sécurité pour ces familles; elles sont sans cesse assiégées par la crainte qui leur fait de la vie un long supplice ( la souffrance , hélas! n'est pas une affection qu'on épuise avec la même vitesse que le plaisir ! ) ; leur toit domestique ne leur offre pas un asile inviolable. Leurs maisons deviennent des places de guerre ; elles sont crénelées, les fenêtres en partie murées , toutes les issues par où l'œil pourrait plonger dans leurs sombres demeures, soigneusement fermées; on n'y reçoit le jour que par des meurtrières , moyen d'exploration et de défense. Les hommes se tiennent renfermés dans ces espèces de citadelles ; ils ne quittent plus leur habitation , comme si l'air qui l'environne avait quelque chose de mortel à leur existence. C'est bien en Corse que Ton peut dire que la vie est un combat ; on croirait que es habitants l'ont aliénée en naissant , et qu'ils doi • vent toujours lutter pour en ressaisir la possession. Les femmes seules peuvent sortir et pourvoir aux
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bescmis de la famille. Lorsqu'à de rares intervallea j un voyage ou des travaux indispensables appellent ao-^ dehors le chef de la maison dit U tintinnaio (porte cio* chettes) ou Tun des siens, six ou sept parents, munii de tontes sortes d*armes , raccompagnent. Pendant k trajet, ils exercent la plus rigoureuse surveillance-; ib ne s'avancent qu'après avoir sondé chaque pli el repli du chemin ; ils marchent en tirailleurs , dispersés les uns derrière les autres , de peur de tomber tous à. la fois dans une même embuscade ; ils ne communiques! plus avec leurs adversaires qu'^â coups de fusîî, et le» rencontres sont des batailles acharnées 11 arrive aussi qu'on se poste dans d'épais maquià pour attendre sa victime, sur laquelle on fait feu , commeon tire sur une béte fauve. Pour ne pas juger un pareil acte avec une inflexible rigueur , il faut se rappeler que les Corses se croient, de bonne foi, en état de guerre; quMmporte alors la ruse ou le courage contre un ennemi qu'il faut détruire? Autrefois même, pour donner tout-à-fail à ces luttes Tapparence et les honneurs de la guerre , les Corses faisaient précéder les hostilités d'avis.formds; ils accumulaient les avertissements , 'et portaient sur le visage la preuve visible de leurs intentions sinistres ; ils laissaient croître la barbe ; ils prenaient tous \tè sombres dehors de la tristesse , parce qu!ils se croyaient malheureux , jusqu'à ce qiiMls eussent 6té la vie à leur adversaire, La vengeance^n'était pas une àffoîre d'entratnement ; des usages , une procédure particulière en réglaient sévèrement TeKercice. Chacun pensait alors avoir accompli toutes les lois qui se rattachent à ce droit terrible.
De telles habitudes de yiolences font revivre tous 9s périls , toutes les misères de Tétat de nature. La fvilisalion recule nécessairement devant cette usuration de la force brutale sur la loi , les terres restent ins culture , le commerce languit et s'éteint ; comleni songer à améliorer son existence , quand on 'est pas 8Ûr de la conserver ? Les esprits tombent ans un marasme funeste , et Thomme devient un bjet d-épouvante pour Tbomme trop souvent réduit
disputer sa tête au fer d'un ennemi. Miseri quorum amdia erimen habentl ( Gailus ).
L*a Tengeance corse s'exerce , non seulement d'inividu à individu ,. mais de famille à famille , parfois adme de village k village. Elle a quelque cbose du luel| quelque chose de la guerre civile; on y trouve es défis , les embuscades , les trêves. L(>s Corses ont ine parenté étendue. Au jour du danger , chaque 'amille en inimitié sonne l'alarme, convoque les siens, le groupe dans un intérêt de parti ou de conservalioD. Nul ne manque k l'appel. Il faut avouer que se patronage a un beau côté ; il resserre les liens lomestiques ; il rapproche le riche du pauvre , et iS6ure au faible l'appui de l'homme puissant.
Dans les communes ravagées par les inimitiés, tout est matière à débat , et on y professe la maxime :
Qui se venge à demi , nous porte à l'offenser. La vengeance trop faible adiré un second crime.
D*affreux événements naissent parfois des causes les plus frivoles : un coq survint et voilà ta guerre aliumée. Un coq avait été volé à un individu. B. , in-
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culpé de ce délit, fut condamné à trois mois de prison. U attribua les poursuites de la justice aux manoeuvres des T. , ses adversaires. Il s'adresse à Ricciardi , son parent , et ils commencent tous les deux par donner la mort au frère aîné des T. — B. , arrêté et jugé, porte sa tête sur l'échafaud. Ricciardi , resté seul , n'en est pas moins redoutable Le père des T. tombe bientôt sous ses coups. Leur domestique ne larde pas à suivre son maître. Un malheureux huissier que Ricciardi croit attaché à cette famille y est encore immolé Le propriétaire du coq subit le même sorl^ Un maréchal-des-logis de gendarmerie et plusieurs autres personnes viennent clore cette liste de victimes , page sanglante dans Thistoire de Ricciardi , qui travailla pendant trois ans à acquérir une si triste célébrité.
Une autre fois , en 1837 , au sujet d'une vache capturée par un habitant de Taglio et réclamée par ui homme dlsolaccio , on vit s'ébranler deux popula tiens entières. Chacun réunit les siens ; les parent! se pressent autour des parents , les amis entouren leurs amis. C'est un tout irritable , une espèce di chaîne électrique , dont oit ne peut toucher un< partie sans exciter une agitation générale. Des fusils des stylets brillent de toutes parts ; des coups de fei ( archibugiate ) sont tirés , l'effervescence est ai comble. On appréhende une attaque entre les deu: villages de Taglio et d'isolaccio. Dans ces circon stances , des hommes d'un caractère conciliant y dit Paeeri ou Parolantt, interviennent pour conjurer le malheurs qui menacent leur pays. Ils se rendent suc
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essivemenl au camp des deux partis quMIs trouvent 0U8 les armes , rangés déjà en ordre de bataille , 1 prêts à fondre les uns sur les autres. Il leur allai six heures d'exhortations et d^incrojables eforiB , pour rétablir la paix et prévenir un horrible nassacre*
Ce qu'on appelle les ritnbeccki pousse souvent les torses â des actes de violence. Le rimbecco est un -eproche offensant et public adressé au fils , au frère y lu parent qui n'est pas vengé. C'est une mise en lemeure pour l'individu qui n'a pas encore lavé une injure dans le sang. On lui prodigue les appellations les plus irritantes ; il en est une des plus poi- ^antes qui le jette hors de lui-même : Siete un lueche»e 1 ( Vous êtes un lucquois ) un lucchese ! Ce mot qu'on prononce avec un air de dédain surnaturel , est intraduisible. Il a un sens particulier dans la langue corse. Un lucquois est moins qu'un homme ; on dit quelquefois dans l'intérieur : nous étions quatre hommes et un lucquois ! On nomme ainsi les ouvriers des duchés de Piombino , de Parme , de Lucques et de la côte d'Italie , qui , au nombre de 7 ou 8000 , viennent tous les ans eu Corse vers le i5 novembre , pour exécuter une partie des travaux de l'agriculture. Ces travailleurs repartent dans le courant d'avril ; ils ne vivent guère en Corse ( à l'exception des diman. ches) que d'eau et de polenta composée de farine de maïs. ou de châtaignes Bion que très-actifs et trèslaborieux , ils sont regardés dans le pays comme des êtres insignifiants , complètement nuls , parce que leur nature douce et inoffensive ressemble à de la
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pusillanimité', et qu'au!c yeux des Corses, la foiblesse de caractère et Tabsence de courage tiennent lieu de tous les autres défauts.
En Corse , lorsqu'on a un ennemi , le proverbe chez les montagnards , dit qu'on doit choisir entn les trois S, schiopetto (fusil ] , stiletto ( stylet ) , stradi ( rue) (fuite). On entend les insulaires jen état d< vendetta s'écrier quelquefois , comme annonce de leu^ projets sinistres , comme l'éclair précède la foudre ff On verra bientôt de la chair fraîche dans tel endroit. 1 Aussi loin que la balle peut atteindre, ils se croieai souverains ; ils appellent leur fusil porte-respect Commettent-ils un attentat contre la vie de leur semblables , ils cherchent à quitter leT village ; ih s'enfuient , et s'exilent dans les bois ; ils gardent h campaçne;\\i sont bandits (ce mot vient de bandito qui signifie banni , proscrit , par cequ 'autrefois la sentence de contumace entraînait toujours la peinf du bannissement. )
Lafamille du bandit veille sur lui et il veille sur elle. Les Corses, je l'ai déjà dit , sont rich( s de parents; il est des individus qui comptent jusqu'à i3o cousins. Les habitants suivent toujours de l'œil leun alliés les plus éloignés , et , avec le même soin que lei Arabes , conservent la généalogie de leurs chevaux ; la puissance de chacun , dans les villages , ne S€ calculé pas tant, en effet, sur la fortune qu'il possède, sulr l'étendue de son mérite personnel , que sur le nombre de bras dont il dispose , sur la longueur de sa parenté. Les membres de la famille , tous étroitement unis , forment comme une armée autour dn
bandit , qai trouve dans cet appui , danç Teffroi qu'il inspire , une espèce d*état et de position sociale.
Il en est qui se font aux maquis un certain renom de bravoure et d'audace. Alors ils prennent des titres ponipeux ou menaçants y tels que commandante di cotfipagnta (seigneur de la campagne), /'m/èrno (l'enfer). Le peuple avait nommé l'un d'eux Mala-Noîte, pour moriti^ peut-être que ses crimes n'avaient pour témoins que les ténèbres de la nuit. A peine entrés dans cetie carrière de meurtres et de vengeances, tout dans ta aoèiété leur' parait hostile et oppressif; ils voient à la braver une sorte d'héroïsme ; ils la mettent hors lé loi , quand elle les j a mis à cause de leurs forfaits ; ils sont doués particulièrement de cette intrépidité qui s'accroît par l'effet qu'elle produit sur les autres , de ce courage de vanité qui aspire à l'extraordinaire ; pour attirer les regards et laisser un long soovenir dans la mémoire des hommes ; ils aiment à poser devant leurs concitoyens , et lorsqu'ils meurent les armes à la main , dans une lutte contre 1& force publique , ils' croient avoir fini de la mort des braves et conquis l'immortalité. Il y a du Fiescki dans la plupart de ces grands malfaiteurs $ leur vie errante faite souvent , il faut le dire , un intérêt romanesque , et II' un caractère plus original qu'en tout autre pays , satfé en excepter la terre classique du genre . l'Italie et les Abbruzzes. il est probable que du temps de nos aïeux ^ moins prosaïques que nous, leur nom aurait passé à la postérité , tout comme celui de tant de vaillants châtelains qui ne surpassaient nos bandits ni en courage ni en mépris des lois.
l8o SUR L*niSTOIRE ET LES MOEimS
Eux aussi, se constituent parfois les protecteurs du faible , de la veuve et de l'orphelin ; informé que des malfaiteurs s'étaient emparés des effets mobiliers d'un individu resté sans appui au décès de ses père et mère , Théodore Poli , bandit des plus fameux , les contraignit à restituer ce qu'ils avaient pris.
Une autre fois , un jnune homme vint se réunir à lui dans les bois; a Quel motif t'amène ici? dit Théodore?» — « J'ai séduit une jeune fille et Ton veut m*obliger à l'épouser, y» — c Retourne , retourne répliqua fièrerement le preux bandit , restitue l'honneur â qui tu Tas ravi ; dans six jours tu mourras , si tu n'as obéi* >
Des bergers avaient déclaré aux officiers d'une corvette française , que Théodore les épiait , pour enlever leurs fusils lorsqu'ils iraient à la chasse. I^ officiers , sans nulle crainte , battaient un jour les maquis de la vallée du Liamone , quand le célèbre bandit les approche familièrement et leur demande si le gibier est abondant. Alors un des chasseurs lui déclare qu'il savait , de bonne part , que son intention était de prendre leurs fusils. A ces mots Théodore rugit de colère , en branlant sa carabine , et veut connaître le nom de l'infâme calomniateur. Le même homme qui ne peut contenir ses transports d'indignation , lorsqu'on lui adresse de pareils reproches , avoue avec calme et impassibilité, qu'il a exterminé plusieurs gendarmes , et que' sa vengeance est loin d'être assouvie. Chose inouie chez un scélérat ! Théodore portait un cœur aimant et sensible. Son plus cruel tourment , dans sa solitude, était d'avoir délaissé une vierge du ciel , comme il le disait lui-
DE LA COBSE. l8l
môme ; dans ses moments de remords et au sein des Doits, il l'appelle en soupirant et lui donne les noms Ic^ pins tendres.
Ces rois des maquis et des montagnes ne s'en prennent pas seulement â des individus isolés. Ils attaquent encore des populations entières et font des coups-d'état. Il apparut un jour , en i832, sur la porte des églises de St. -André et de Ghiliacce, un manifeste , une proclamation où les bandits Nicolaï y Finidori et Tamboni , menaçaient de mort tous les habitants de ces communes, si l'un d'eux allait travailler 8ur les terres d'un certain Yaleri , dont ils avaient ▼ivement à se plaindre.
Leur audace est incroyable et ne connaît pas de bornes. Un soir , Pierre Toussaint Battini , de la commune de Marignane , entend frapper â sa porte ; il s'empresse d'ouvrir. Un homme armé de pied en cap s'offre à ses regards ; il reconnaît le bandit Antonini , qui , le fusil en joue , lui commande de le /«aivre. Battini terrifié n'oppose aucune résistance et est entraîné hors de la maison. Les parents de ce dernier arrivent bientôt , mais sans armes , et se précipitent sur les traces du bandit y qui , en les voyant 9 menace de tuer le premier qui s'avancera sur lui. S'adressant ensuite à sa victime , il fait entendre ces paroles *.(< Aîmcs-tu mieux mourir que de me donner ta sœur 7 — Je préfère mourir. — Non , répond alors une voix , tu ne mourras pas ; s'il faut le sacrifice de mon honneur pour sauver tes jours, me voici !» A l'Instant une jeune fille se présente au bandit; ;'était Toussaintc Battini , âgée do i8 ans. Aidé
i82 SUR l'hi«toire et les moeurs
par deux autres individus , Antonini , coutumax des*^ plus redoutables , emporte sa proie dans les maquis-^ au milieu desquels il disparait.
On a vu quelquefois ces espèces ^e dieux infernaux— du pays , tourner au mysticisme , et passer aux yeuiE du peuple pour de véritabLs marabouts. En 1833,^ TuQ d'eux , dit Franceschino , sous le poids de siis accusations capitales , parcourait les environs de Sar — téne; il s'était fait prédicateur: on lui attribuail \^ don des prophéties. Tout retentissait de ses mirade^, il désira meftlre le comble à sa renommée y et il aïknonça qu'il ressusciterait un mort. Attirée par Iji rareté du cas , l'autorité se transporta sur le lieu indiqué avec un détachement de troupes. Il fut convenii avec la bande de paysans qui escortait toujours Franceschino, que, s'il réalisait ses promesses, on lui décernerait les plus grands honneurs ^ mais que, s'il ne réussissait pas , il serait livré à la justice* Le salai personnage ne jugea pas à propos de tenter l'épreuve, et ne se trouva pas au rendez-vous. 11 abandonna la Corse, et il partit pour Rome, où il est mort capucin en i836.
On le sait , de tels hommes ne commettent pas de vols ; ils ne souffrent même point qu'on leur impute des faits de cette nature ; un jour, Gallocchio, bandit terrible , vit un lucquois qui fondait en larmes. Qu'as-tu , lui dit-il? — Gallocchio vient de m'enlever i2ofr. , fruit de mes sueurs et de mes économies. — Gallocchio? malédiction ! 8ais-tu quel est Gallocchio?
— Non , mais le voleur a déclaré qu'il était ce bandit.
— Le reconnaîtrais- lu , s'il reparaissait devant toi?
»B LA CORSB. l83
- Ooî. — Par où a-t-il tourné ses pas? — Vers celte lonlagoe, devant nous. •— Suis-moi. — Subjugué par al air d'autorité irrésistible , le lucquois slupéfail iMchc avec son compagnon. Ils atteignent bientôt le laraudeur qui, à la vue de Gallocchio, se sent tremler de tous se» membres ; il croit lire sa dernière heure ans le» yeux du bandit qui le couche aussitôt en joue, n lui intimant Tordre de se mettre à genoux et de réiter son acte dé contrition. Gallocchio le laissa long^^ Bmpa dans cette attitude suppliante et la pâleur de la Dort sur le veage;' ensuite relevant tout-â-coup son imM, il s'écrie» après lui avoir fait restituer l'argent pi*îl a pris : a Misérable, je te fais grâce de la vie pour isette fois; tu ne vaux pas la charge que j^ai dans mon fusil; » et il lui donna pour adieux de violent» coops de crosse sur les épaules, en disant quece n'était là qu'un à-compte sur ce qu'il recevrait , s'il lui arrivait de se servir encore du nom de Gallocchio pour sommettre d'aussi basses actions.
Un laboureur tua ce bandit d'un coup de serpe; m le trouva couvert d!amulet(es et d'écrits remplis le prières ; il étail dit à la fin de ces oraisons , qu^en es gardant toujoura , on. était sôr d'échapper à la oslice et de' ne pas mourir sans confession. Voici en Miire la Iraduotimi de quelques papiers ts*ouvés sur j^lecebio :: a On< remarque dans le nid du traquet oiseau de. passage en Corse) , une certaine pierre le diverses couleurs qui rend- invisibles ceux qui la portent. — Pour se faire aimer d'une personne qoeloonque , onr se frottera les mains avec du suc* de irarviaine, et puis on touchera celui dont on voudra
iB4 SDR l'histoibk et lbs moeurs
être aimé. — Avant d'entreprendre un voyage , il stiffira , pour ne pas se faliguer , de se munir de l'herbe dile Arf A^t5^. — Vent -on obtenir l'objet de tous ses vœux , qu'on arrache la langue d'un vautour , sans couteau , ni instrument , qu*on Tenveloppe dans du linge neuf, et qu'on le mette à son cou. » . Le crime est superstitieux. Un autre bandit, Canino, communia un jour , et, au lieu d'avaler l'hostie , il la conserva ; puis , s'étant retiré chez lui , il fit une incision dans sa main gauche au-dessous du pouce, et introduisit sous la peau l'hostie consacrée. Dans une telle action, il n'apportait aucune pensée sacrilège. C'était Hue protection qu'il voulait se donner. Il jng^ait qae les balles devaient respecter ce signe , et , par conséquent , celui qui le portait.
Parmi ces transfuges de la société , il en est qui , pour assouvir une vengeance , arriver au cœur de leur ennemi, bravent tout et s'élèvent jusqu'au sublime de la scélératesse. Le bandit Luciani reprochait au^B' ■( vicaire Jacques André Susini , de vouloir le faire^^^ arrêter. Le 24 août i838, Luciani vint dans Ten— — * œÎAte d'une église , au village de Moca , dresser embûches à ce ministre de l'Evangile. Armé d'un fusi à double canon , il se cache dans le baptistère , situ près de la porte , et lorsque l'abbé Susini , revêtu d ses ornements sacrés, célébrait les redoutables «ays tères , le bandit fait feu sur ce malheureux prêtre e l'immole entre les bras de Dieu.
De la puissance de destruction qu'exercent tro souvent ces criminels , de leur vie aventureuse , libr ^ du joug des lois et de l'opinion, on aurait tort &^^
DE LA CORSE. l85
»ndure qu'ils sont les domînatears du pays , el que nr condition est heureuse. Non , la plus affreuse jpendance est le partage de Thonime des maquis. iclave de tous leç besoins , de tous les éléments , il t en proie à toutes les misères physiques et morales. ne faut pas oublier que, s'il compte des protecteursi a aussi contre lui les parents de ses victimes, et les [Cnts de la force publique, qui lui font sans relâche
guerre Pour déguiser la trace et le bruit de ses ftS » il est contraint de chercher les lieux les plus oisés et de Taccès le plus difficile » de donner tous » Jours â sa marche une direction contraire , de ourir à travers les ronces et sur la grève tranchante es torrents. Sa vie se consume à errer furtivement e la montagne à la plage , et de la plage à la monagne, itinéraire sans terme comme sans repos. Il passe arement deux nuits dans un môme endroit, et le peu de onimeil qu'il goûte est inquiet et agité. L'hiver, il faut lu'il couche sur les roches et les montagnes couvertes le neige. Les plus vils animaux ont un lit meilleur )t reposent plus sûrement ; Tabsence de vivres le conlanine quelquefois à toutes les angoisses de la faim , à les dièU*s cruelles de plusieurs jours (ce que les bandits ippellent gaiement , dans leurs moments de trêve et le bieo-étre , le Carême du Diable ). Voyez-le sans 2esse la main sur la détente de son fusil , dans l'attitude de la défiance et de la menace , promener partout des regards soucieux et troublés ; on le croirait dans un camp ennemi. Il serait difficile d'avoir une idée juste et complète de la situation d'un homme, qui
tratne ainsi dans la solitude des bois , toujours en
l86 SUR L'UISTOllt« ET LES MOtrRS
compagnie des bêles fauves , une vie où se snocèdenli éternelleaient tanl d'éiuotions diverses. Qui pourroitp retracer tous les tourments , toutes les terreurs , «^ les malédictions attachées à celte infemale existence?
Qu'on ne pense point, au surplus , que les t^odils soient tous. également altérés du sang de leurs enneims. Le plus grand nombre , au contraire, se montre inoffensif , et aspire seulement à ne pas tomber entre 11» mains de la justice. Mais il en est qui semblent défier toutes les forces réunies de la société, et contribue^ à tenir la Corse dans un état de profond malaise.
Sous, tous les régimes , on a cherché à atteindra les bandits ou à les expulser du pay^. La répubiiqiie de Géues, oMiUresse de Tile , leur délivrait, lorsqu'ils voulaient s'embarquer, des passeports, véritobles lettres d abolition ; il y a plus , munis de celte pièce , ils étaient reçus avec empressement à son service* Le glaive de la loi n'était plus qu'une arm^ destinée à protéger le crime et l'assassinat. Aussi , A l'époque où la Corse secoua le joug oppresseur diee Génois , elle' plaça au rang de ses premiers gridTà, l'usage où ils étaient d'accorder de si ignomiiii«iiX' sauf-conduits. Que résultait-il de là 7 Soit attache»ment au sol de la patrie , soit crainte de meiti)» iinprudemroent leurs> ftimjlles à la discrétion d*1ra<» plajoables ennemis , soit mépris pour radminisiratio» qui faisait Taveu de sa propre faiblesse , une foule de contumax- nfiusaient de> quitter l'Ile.
Paoii ,,qai. voulait en finir av^c les: bandits , dkéddir» leurs pi^rçnts responsables ; en isolant les. prévenus d« leurs itriDjcipauj^. appuis, eu les frappant dans ee qu'tb
DK La doitsE. 'i'Ô7
avaient dé plus cber^ il rendit leur arrestation ptés- ^inévitable. Il institua dans cet objet des juntes de guerre , tribunaux d'élite investis d'une sorte de difclâture, qui parcouraient Ttle avec des forces im- -poaantes , pour saisir et châtier les coupables.
Looîs XV et Louis XYI suivirent la ligne de condoîle adoptée par ce grand citoyen , qui aima tant mbn pays et qui le connaissait si bien. Ils ordonnèrent «n. outre que l'on brûlât , dans toute l'étendue de th Corse , les maquis qui servaient de refuge aux bandits. En cela, ils furent mal inspirés , parce que la rendre de ces végétaux est une sorte d'engrais qui 'M&vok'ise promptement la reproduction.
Un arrêté ded consuls , de Tan XI , prescrivit le flèsamement de toutes les familles de contumax.
En 1619 et 1820, on revint au fatal et honteux Mpédtcfnt des passeports , qu'on pourrait appeler des %f*eyets d'assassin. A la vue d'un gouvernement qui «abaissait jusqu'à entrer en négociation avec eux , ieà bandits, alors au nombre de 4 ou 5oo , devinrent pluê fiers et plus intraitables $ dans l'espace de 3 ans , ib blessèrent 34 gendarmes et en tuèrent 32.
Leur force et leur audace avaient pris un effrayant aecroisfliement ; l'un d'eux, Gallocchio, s'était érigé «n àfrtritre de tous les différents. Le fameux Théodore «n faisait autant au-delà des monts. Décimée par des ^eanemrs invisibles et toujours renaissants , la gendal^erie, malgré son zèle infatigable , et l'énergie de son brave commandant, le colonel Bigame, ne poufart «aisir ces malfaiteurs, et tombait dans le décôutBgement. Pour atteindre un contumaï corse, il iiaiut
i88 SUR l'histoire et les moeurs
ayoir ses habitudes, la persévérance qui le caractérise, le roéme pouvoir que lui de braver dans les rochers ui soleil ardent , de se contenter de mauvais aliment (tels que le pain de châtaigne, le laitage de chèvre )- , et de coucher pendant des mois entiers dans les bois. ^^ Très-courageux dans Faction , excellent pour les ^s détails de service et do police ordinaires dans les lieuv^^ découverts et accessibles , le gendarme qui n'a f d'ailleurs , la connaissance ni des localités ni de 1^ a langue du pays j est nécessairement inhabile à combats de guérillas.
Des indigènes seuls pouvaient dompter leurs coi patriotes en hostilité ouverte avec la force publiqu^^^^ On se souvint que c'était avec des compagnies que le comte de Marbœuf , et ensuite le génér Morand , étaient parvenus à vaincre les bandits, créa donc, par ordonnance du 22 novembre 1812, bataillon des voltigeurs corses , recrutés paroii I gens du pays , en rapport intime avec la population» tireurs adroits, traqueurs d'hommes et de gibier ind.v/ féremment, poussés dans cette carrière ou par Tappid/ d'une solde élevée, ou par le désir de venger le meurliv d'un parent , quelquefois par le besoin de racheteri au service de la société , des antécédents peu favorables. Equippés à la légère , ils pouvaient lutter d'agilité 1 7 avec les bandits dans ces guerres d'embuscades et de I surprises , où la mort est le prix de la plus simple distraction , du premier coup de fusil manqué » oA le courage est la moindre des facultés , où la subtilité des sens et les stratagèmes employés de part et d'autre offrent plutôt l'idée d'un combat entre des
Indiens sauvages, qu'entre des Européens civilisés. FoorsaÎTÎs de retraite en retraite , forcés dans leurs repaires par des homiDes familiarisés aussi bien qu'eux avec les sentiers des montagnes et les profondeurs des bois , les bandits essuyèrent de grandes défaites. L'institution du corps des voltigeurs fut sans doute un grand bienfait pour le pays ; toutefois , les maquis presque impénétrables, qui couvrent une partie de la Corse, et dans lesquels le malfaiteur peut se glisser inaperçu comme un serpent , les montagnes souvent inaccessibles qui les environnent , les puissants secours qui sont donnés aux prévenus par leurs parents , ou arrachés par la terreur , opposeront toujours de sérieux obstacles aux arrestations. La fikcililé de fuir naît encore du voisinage de l'Italie et surtout de la Sardatgne, qui n'est séparée de la Corse qoe par une heure de traversée. Je le répète , le bataillon des voltigeurs rendit , dans les 4 années qui suivirent sa création , d'inappréciables services. Mais les circonstances ne sont plus les mêmes , et les vices inhérents à la composition de ce corps , sont devenus intolérables. L'exubérance d^énergie que des hommes de cette trempe employaient autrefois dans des luttes eontîpueltes au plus grand bien de fa société, ils la dépensent aujourd'hui dans une oisiveté remuante et querelleuse. Il y a là une activité à laquelle le champ nMinque désormais. Puis, ils ne contractent aucune espèce d'engagement:, quant à la durée du service. Il n'est pas rare de fes voir quitter l'uniforme |>eu de mois après qu'ils l'ont revêtu ; il en résulte une sorte de va-et'vient , aussi contraire au bon ordre qu'à
190 SUR l'histoire £T LES MOEURS
U moralilé du corps tout entier. Hs sorlent du liataiUoo quand ils veulent, et cependant ils exemptent Jaur frère putné de la conscription. Il faudrait au «loins un engagement à terme. Quelle discipline peutil j avoir dans un bataillon où chacun peut dire : « Si vnMja n'êtes pas content , je rentre obez moi. » Il est un .mitre inconvénient très-grave : \èê voltigeurs corses n'ont pas de rapports obligés avec rauterité judiciaire ; ils ne correspondent pas avec elle. Du nioins leurs relations ne sont pas clairement réglées. Ji conviendrait donc, selon mm, d'organiser ce bataillon d'une manière plus conforme aux besoioa du service, et aux principes d'une police régulière.
Je proposerais une mesure plus utile encore 4 il serait bien d'envoyer dans Ttle des agents chargés apécialement des arrestations , et de metljre à lemr disposition des sooimps sssieiL considérables d'argent. A Taide de ce moyen et d'un ^secret inviolable « on ixbttendralt des renseignements posiliis sur lea démarches et sur la retraite des bandits , quç plusieurs personnes dans les caiKons connaissent ordinaire^ ment. La force pujt^lique ne serait appeiée iqp«e pour rçotécutioo. Il est nécessaire , en ^n mot, d'établir ( ce qui n'a jamais existé en Corse ] ww foUce fîtes jnaquis. Qu'on ne dise pas que l'argent n'^ .auci|iw prfise sur les habitants ; il est notoire que lesbaiydiiU les plus redoutés n'ont guère été arrêtés ou djéfariiîl# que de cette manière. Que ne pourrait -4Ui paa «es-t pérer , si les opératîoins étaient conduites babilament sur une vaste échelle , par des bommes luiiq^iemeBl ooeupés 4^ cette braiiçb^ c^ital^ di^ «eryioe ?
i^nelqiuifiMft 9 «Btre les parties belKgéranles, tlin-
^ênîenÊi tfes imiiés ée paix par lesquels les accusés
&gilîfs soot cbli^ de se coaslituer eux mêmes pri-
■iDnnieni dans un délai déteraiiné. Le système des
mtmdme rappeUe les guerres privées du moyen -ige,
alfint de chaque famille uac puissance indépendante $
m les voit négler leurs rapports comme les nations
eotr'elles Des ptéfiipolentiaires sont cèioisis des deax
flMéi, et des mariages souvent stipulés par des articles
Morels de la convention. Ainsi, en i834, un général
qui fut toujours Tami du malheur dans le cours de
«a «oble vie , M. te baron Lallemand , investi du
commandement militaire en Corse , se transporta
dam phnieurs communes dévastées par le fléau des
iaimitiés, et y ranima la paix et la confiance avec
le eoDOOurs puissant d'un homme de bien et de talent,
IL de Figarelli , avocat et docteur en droit. La ville
da Sartène aurtout , qui était en proie k toutes les
horreurs des discordes civiles , ne donna plus , grâce
ktft pacte de réconciliation , le spectacle des scènes
de eamage qui avaient si souvent ensanglanté le
pavé de ses rues. Voilà du véritable patriotisme ; il
eat , pour un général , de la g4oîre à acquérir ailleurs
qae sur un champ de bataille ; la paix a ses la«nriers
comme la guerre.
Lea traités qui ont pour but d^arrêter le cours éea venf^anees et d'enlever les prévenus aux maqnis, se Tédtgeot par écrit devant notaire . et souvent on jwe i Véglise même , en présence des autels , d'cB observer les dispositions. Jadis t'infractesr de eaa «ngagenienls sacrés , de ce qu'on appelait la
192 suB l'histoire et les mœurs
parola, élaîl maudit de tons. I^s parolanti ou médiateurs, se portaient avec des hommes armés dans le lieu où la partie s'était rendue coupable ; et là, exerçant contrNUe tous les actes de la souveraineté , ils détruisaient sa maison , dévastaient ses propriétés ; ils avaient même le droit de faire périr celui qui avait rompu la trêve. Aujourd'hui , la violation des traités est destituée de toute sanction pénale. Aussi , la flétrissure morale qui attend les parjures , ne suffît-elle pas toujours pour faire respecter ces contrats ; en voici la preuve :
Dans le village de Bocognano vivaient deux officiers de santé, Charles Vizzavona et César Mannei , qu'un sentiment d'implacable jalousie divisait depuis longtemps. Un coup de feu dirigé sur Vizzavona , fracassa le bras de son beau-frère qui marchait à ses côtés. Ce crime fut attribué à Mannei que , peu de jours après , on trouva sur le seuil de sa porte , étendu sans vie et criblé de blessures. 11 avait péri la nuit. Les parents de la victime éclatèrent aussitôt en menaces contre Vizzavona, qu'ils accusaient du meurtre de Mannei. Us épiaient tous ses pas , toutes ses dé* marches pour l'immoler; ce malheureux dut renoncer à son état et s'ensevelir dans ^a demeure , devenue pour lui une espèce de tombeau. Mais , pour l'arracher à cet;asileoà ils ne pouvaient l'atteindre, et lui inspirer une entière sécurité , ses ennemis imaginent de lui proposer l'oubli du passé , et ils signent tous solennellement la paix. Sachant bien que Tait de dissimuler est l'art de la vengeance , les Mannei len^ tourent alors Vizzavona de soins affectueux et 4e
prévenances de tout genre ; ils ne l'abordent plus que le sourire sur les lèvres y et ils sèment trailreuseménl de fleurs le chemin qui doil le conduire à la mort.
Quelques mois après , Vizzavona causait tranquillement en plein jour à Afa , avec divers habitants de ce hameau , lorsque Jean-Dominique Mannei et Ciamborrani , son cousin , viennent le saluer , lui louchent la main , échangent quelques mots, et entrent dans une maison voisine. Presqu'aussitôt , ces deux individus en sortent armés d'un fusil ; ils iTavancent à pas lents vers Vizzavona. Leur approche o'excite en lui ni émotion ni défiance; cependant , il touche k sa dernière heure. Arrivé près de lui , l'un d'eux le couche en joue ; Vizzavona qui s'en aperçoit, s'écrie : O per dio ! L'arme part , Vizzavona a le corps traversé par une balle ; il ne tombait pas encore; l'autre lui fait sauter la cervelle d'un coup de fusil , en disant avec la joie horrible de la haine assouvie: «Prends cela pour tous les actes d'hypocrisie que tu nous as fait commettre. »
Ces derniers mots rappellent le trait historique suivant : « Un Silicien fut assassiné ; le père du mort jura de le venger ; le meurtrier prit la fuite. Son ennemi commença dès-lors à se rendre assidu aux églises ; on le vit communier tous les mois , toutes les semaines , tous les jours. On eût dit qu'il ne pensait plus qu'à faire son salut. Rassuré par ces dehors de piété , par cette vie exemplaire , l'homme revient dans la ville ; le perfide ne l'a pas plutôt vu et reconnu » qu'il fond sur lui : « Traître , lui dit-il ,
ig4 SUR L* HISTOIRE «T ISS MOEURS
voîià penr tous mes sacrilèges $ Cu m'as iail avaler un baîsaeau d'hosties ! » et 11 le poignarda.
Antre paix violée. ^ Il existe peu 4e ^oonMdiiiiei'an Corse qui aient été le théâtre de forfaits aussi multipliés et aussi monstrueux que le canton de Ste.-Lucie. Il ae tronve livré , depuis des siècles , à d'affireuseb dissensions. Là , les Poli^ anis aux Giocanti et à une fraction de Quilîchini , disputent la suprématie dana ces villages aux Giacomoni et aux Santa^Lucia. En fitit d'orgueil , tous les habitants de ces pays soM rois. Sans remonter dans la nuit des temps et dé«rooler toutes les pages funèhres de leur histoire , je dirai seulement qu*en i83o un des Giol^anti fut grièvement blessé; le 7 octobi*e i83i , Jean Poli reçtfl la «ort dans sa vigne ; un an après , Jean-Baptiste Qiliiichini tombe sous le plomb de ses ennemis ; le 18 janvier i834 9 Paul-Noël Poli a les cuisses percées pat une balle , et deux membres de la famille Giaoomoni aoccombent à leur tour. Le deuil des veuves et rabattement peint sur toutes les figures , jetaient la couleur la plus sombre sur cette conirée, dont les avenaiis «étaient aussi tristes que les abords d^un cimetièra.
La guerre continuait ; après de longs protocoles , un traité de paix fut signé. On chanta une grand*^ messe et un Te Deum à Ste. -Lucie , pour mettre le aceau do la religion à crtte réroncillation publique.
La tranquillité paraissait à jamais rétablie dans le <»inten. Les Poli avaient accneilli la pait <^emme l'événement le plus heureux de le«it vie. assesseurs de terres considérables, presque toujours victimes dans ces sanglantes inimitiés , ils avaient un immense in*'
Ijfrél A l'affenniB^eotieRi d'ua éial de choses qui leur penwltaii de. cultiver leurs champs , et leur procumik enfin le bie» inestimable de la sûreté person- Bette. Ils- iristlaient chaque jour les Giacomoni et les liiMiti Inrii » et les assistaient généceusemeni dans l0as leurs besoins- Il savaieat que le Dieu du mal a UMi|auffs ses droits a réclamer dans le monde , et ils EaûaMt spentMiément les plus grands sacrifices pour nearor le maintiea d'une paix si utile pour tous, le;iiiéiiie qu'autrefois, au fort de la féBcité , on s'im- (Msail. un malheur volontaire pour conjurer les dîr vinjtéft envieuses^
Levrs anciens adversaires s'étaient associés en appniKNiee aux transports de l'allégresse générale ; mais leorecBur n'avait pas ratifié le serment de pardoa et d^onUJ que leur bouche avait prononcé.
Le ii^. avril 1839, vers midi, Pierre Poli et Jacques Qufljidiûii» %és de 19 ans, se rendaient au hameau de Ltmit. La veille » jour de Pâques , le premier avait T9çm la. bénédiction nuptiale , et épousé la demoiselle, ârloli , sceuc d'ua ancien avocai général. Marié éga** lement depuis peu.de jours ^.Quilichini allait chercher à Levia sa jeune feniQie , qui appartenait à la famille Itoo^seriia t. Tune dés plus distinguées du pays. Tous les» â0m. à cheval , seuls, sans armes , dans l-abandon. de^ la confiance , se trouvaient sur le chemin public » lo)Rsqu!uii^ explosion terrible , suivie de plusieurs autres ,. se fiait entendre tout-â-coiip. Poli et' Quilih cUni tembent mortellement blessés. Leurs assassins éisient ceux-là même qui naguère leur avaient serré la maia ea signe d'ami ti é.
ig6 SUE l'histoire kt les moeurs
Cet acte înf&me de scélératesse et de perfidie fit au canton de Ste.-Lucie un mal immense. Depuis lors , le sentiment de la sécurité a disparu de toutes les âmes. Comment rapprocher des esprits si profondément ulcérés ? Comment se fier désormais aux serments des habitants de Ste.-Lucie? On sait qu'ils cachent des embûches de mort , et que leurs embrassements étouffent et assassinent. Un pareil attentat , qui ne tend à rien moins qu'à détruire toute bonne foi , toute confiance parmi les hommes , eut le plus funeste retentissement dans la Corse entière. Là , où les partis avaient déposé leurs vieilles haines sur l'autel de la concorde, tous tressaillirent d'effroi , à la nouvelle de la grande trahison de Ste.-Lucie. Chacun croyait être sur une mine toujours prête à sauter , et entrevoir en abordant ses nouveaux amis , un poignard caché sous leurs vêtements pour lui percer le cœur. Les familles rivales qui ailleurs étaient à la veille d'abjurer leurs ressentiments , repoussèrent avec horreur tout pacte de réconciliation , préférant la vie orageuse et terrible des inimitiés > à une paix menteuse , à de perfides amis.
Tels sont quelquefois les désastres et les effets que produisent les traités de paix. Il est certain aussi qu'ils deviennent trop souvent une sorte d'armistice avec la loi. Les accusés fugitifs qui , pour obéir aux traités, se constituent prisonniers, sont généralement acquittés ou condamnés à des peines légères. Les jurés se croient obligés de voiler dans ces affaires la statue de la justice. Ils craindraient autrement de détruire l'ouvrage des gens de bien , et de
'^^uvrir Tablnie de la guerre civile. Mais demandez à ^seiie veuve désolée » pourquoi elle mêlait de sourds gémissements aux éclats de joie des parenls de l'accusé , pourquoi elle a répondu à l'ordonnance d'acquittement par un appel à la vengeance divine ? Le crime lui avait enlevé le père de ses enfants , et en souscrivant à la paix , elle avait espéré que la justice garderait son glaive. De telles absolutions , véritable jubilé judiciaire, loin de cimenter la paix , ravivent des haines mal éteintes et font de nouvelles victimes. Les partis courent une seconde fois aux armes , et les hostilités ne cessent que lorsque l'une des deux factionSy vaincue , a subi une entière extermination.
Dans l'esprit des montagnards , les sentiments d*amour et de haine offrent souvent la même fixité que les rochers dont le pays est hérissé. Il y a de l'étoffe en de pareils caractères , et plus de res» source, sans contredit, pour le bien et pour le mal , que dans un sang tiède et appauvri ; on découvre sous cette rouille un acier bien trempé (i).
Un de ces hommes , à Tame de granit , qui prévalent ou qui meurent, Vitterbi, condamné à la peine capitale, pour assassinat , à la suite d'une vendetta « imagina de tenir un journal de ses derniers moments. Il se laissa mourir de faim pour éviter la honte du supplice. Son agonie dura dix-sept jours ; le progrès
(I) Le marqois d*Argens (Lettres Juives) applique à la Corse les fteoi vers de Crébillon dans Rhadarnisle :
La nature marâtre en ces aflTreux climau ,
Ne produit , au lieu d*or , que du fer , des soldatsi
r98 SUR l'histome et lbs moeurs
lent de ses^ souffraoce» , le sang Croid stoïque i^«e kscfttel il les analyse et le» raconle , la fof«e d'ama qife'il porte daoë cette espèce d'autopsier morale , la haine implacable et terrible qui semble le souleaifi ai l'animer , à défaut de nourriture , tool cela cat peini avec dea couleurs d'une affreuse vérité.
Dans le journal que je vais traduire , ou verra que les douleurs de la faim ont toujours été giéBéralemeni supportables y et souvent nulles, tandis que celles de la soif passent toute description et même touto idée. Ce re§^iatre d'ou^e-tomhe commence aîasi.:
Dimaonhe 2 décembre* i8a4. — Aujourd'hui j'ai mangé avec appétit , ji'ai pas^à une nuit tranc^uiUei