‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 22 sur 64 · SUR L HISTOIRE ET LES MGBUHS · texte numérisé non relu

SUR L HISTOIRE ET LES MGBUHS

m'abstenir de tonte espèce de nourrilare. Dans Te: cution de ce singulier et extraordinaire projet , souffre d'indicibles tourments et des tortures inouL< Mon courage et mon innocence me donnent la foanc^ de tout surmonter.

Je pardonne à ces juges qui m'ont condamné p» conviction ; mais je jure une baine étemelle , ane haine implacable ; une baine de mort qui sera transmise à mes neveux les plus éloignés , à Tinique , i l'infôme, au sanguinaire B. , qui a voulu consomnier la ruine d'une honnête famille.

lo. — A huit heures du matin, régularité dans le pouls, soif ardente jusqu'à six, considérablement diminuée les deux suivantes. — Après cfuelques instasto de sommeil , tournoiements de tête, grande faiblene dans le pouls. — S'il est vrai que dans les Champs- Elysées on conserve le souvenir des choses d'ici-bas^ j'aurai toujours présente l'image du protecteur de rinnocence et de la vérité, du respectable conseiller A. ; puissent toutes les faveurs de la terre et du cidse répandre sur lui et sur sa postérité ! Tels sont les vœux que je fais avec effusion de cœur, el avec les sentiments de la plus sincère reconnaissance. — • A midi y tête en bon état, vue claire, ouïe fine. Je prends toujours avec plaisir du tabac À dix heures i soif incessante , pouls régulier , quoique un peu accéléré. J'ai plus d'une fois , après midi , éprouvé un Yif désir de manger.

II.—- Six heures du matin : hier au soir , après dix heures , pouls régulier , et avant minuit , faim très-grande , soif cruelle ; le pouls s'est seo-

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ribleaient afiaibti , annonçant que la fin de mot jours est proche $ j'ai entrepris el exécuté un projet , peutêtre le plus étrange et le plus extraordinaire qui soit entré dans la tête d'un homme. Je Tai accompli en essuyant d'incroyables el atroces douleurs, pour sauver ma famille et mes amis de l'ignominie , pour ne pas donnei' à mes ennemis la satisfaction de voir tomber ma tôte sous le fer de la guillotine , et aussi pour montrer à l'horrible , à Tindigne , à l'infâme B. , quelle est la trempe de caractère des braves Corses. Lorsqu'il apprendra de quelle manière je suis mort , il devra pâlir et trembler qu'un autre, enthousiaste de mon courage , ne cherche à venger l'innocence que ses intrigues et ses iniquités ont fait périr. A six heures du soir , la faim a entièrement cessé , la soif est supportable. A dix heures, la soif redouble, pas de £Biim , pouls faible ; tout mon être , au physique et au moral , est d'ailleurs dans un état satisfaisant.

Deus in namtne tuo salvum me foc » et in vïrtute tua libéra me. Dans ces quelques paroles latines sont renfermés tous mes principes religieux. Dès l'âge de 1 7 ans y j'ai toujours cru en un Dieu rémunérateur et vengeur ; depuis lors , je n'ai jamais eu foi dans les hommes.

la. — Neuf heures du matin: une heure après minuit , tombé en léthargie; je suis resté dans cet état jusqu'à quatre heures et demie. Ensuite , les mouvements du pouls , l'agitation de tout mon corps n'offraient que des présages funestes et des symptêmes de mort. Tous mes sens étaient bouleversés. J'ai vécu ainsi pendant plus d'une heure. Vers six heures du

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matin , je suis ressuscité. Dans ce moment, la soif est quelque peu diminuée. — A six heures 4a soir » nulle envie de manger , soif très -vive , facahés intellectuelles parfaitement saines. — A dix heures , loif brûlante , pouls très-faible , cessation depuis oiie heure de la systole et de la diastole du cœur , bngueur générale, ennui extraordinaire, lumière imof' portable.

. i3. — Dix heures du matin: vers minuit ^ soif 4e plus en plus ardente, prostration complète de foroei; dans cet état , la raison m*a abandonné , et sans le concours de ma volonté, pressé par une soif intolérable , j'ai porté la main sur un vase d'eau , et f en ai bu une gorgée ; ce qui , en un instant , m'occasionna un froid glacial dans toutes les parties du corps. Survenu dans ces moments , où je n'avais plus mon bon sens , le médecin me fit prendre , en outre, quatre cuillerées de vin qui rétablirent mes forées et me rendirent à la vie. Après cela , je bus encore une assez grande quantité d'eau fraîche. Maintenant, je me trouve à peu près comme hier matin. La soif a beaucoup diminué , et je la supporte sans en être incommodé. A deux heures après midi , soif horrible , nul besoin de manger ; à six heures , le cœur a tout-à-fait cessé de battre , pouls faible , soif non absolument intolérable , pas de faim , tète libre i vue claire , intelligence vive. — Dix heures du soir : après une demi heure de sommeil paisible , léger froid dans tout le corps , pulsations presque im perceptibles ? soif supportable. — (Ce dernier article a été écrit et signé par moi, concierge des prisons, parce que leçon*

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damni qui me Ta dicté , a déclaré que les symp* tèmes , précurseurs de la mort , lui ôtaient la force nécessaire.

i4- — A une heure après minuit , sommeil de trois heures sans interruption , accompagné de songes agréables. A mon réveil , battements de pouls trèsftiJUes, ceux du cœur entièrement insensibles , Tesprit en pleine rigueur. J'écris tout de ma main, la vue me sert bien* — A sept heures du soir : une heure après midi , la soif s'est accrue démesurément , le pouls lanlAt fort , tantôt très-faible.

Tout le monde m'a abandonné ; mais je garde et je garderai , tant que je vivrai, le meilleur de mes Mens , ma constance. Je suis privé de toutes sortes de cdOBolations $ point de nouvelles de ma famille ; k ceux de mes parents qui se trouvent à Bastia , on a interdit l'accès de ces prisons. Sept militaires inexofaUes épient , le jour et la nuit , avec une rigueur Ipquisitoriale , le moindre de mes mouvements , sans doute pour rendre compte de tous mes gestes et de toutes mes paroles. Une surveillance aussi cruelle , anasi inusitée , semble plutôt appartenir aux prisons d'un sérail ^ou d'un pacha de St.-Jean-d'Acre, qu'à «n gouvernement humain comme celui de la France. On voudrait m'eropécher de mourir , mais je lasserai , par mon courage , tous les efforts , et je rendrai inuliiea tous les moyens qu^n met en œuvre pour ne «le laisser d'autres issues qu'un échafaud.

Lundi soir , lo de ce mois , je me sentis si violem-

«feeat pressé par la soif , que, m'étant rempli la bouche

d'eau pour raffraichir mon gosier , je ne pus résister

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au désir de l'avaler. Dans mes convulsions du 12 , en présence du médecin , je bus moins d'un verre d'eau, et, dans celle du i3, un peu plus d'un demi-verre. Le tout n'allait pas à un demi-litre , et cela dans Tespace de douze jours et demi.

i5. — Dix heures du matin : hier au soir depuis les dix heures jusqu'à trois heures du matin , chaleur IKbrile , soif brûlante , puis sommeil paisible jusqu'à six heures , évanouissement d'une demi-heure.

16» — Depuis les dix heures du matin jusqu'à quatre heures après midi, soif dévorante. Le pouls devient de plus en plus faible , tout m'annonce que je touche au terme de ma vie et de mes souffrances. Ce journal sera remis après ma mort à mon neveu

G et il aura soin d'en envoyer une copie à MM. les

présidents M... P... S...

17. — Je passai la journée d'hier paisiblement ; y ûke trouve aujourd'hui dans le même état ; je avec un cœur pur et le calme de l'innocence, et y finis mes jours avec la même tranquillité que U Socrate , les Sénèque et les Pétrone.

18. — Onze heures : je suis au moment de mourii avec la sérénité du juste. La faim ne me tourment^^^ plus , et la soif a entièrement cessé ; la tête a perdi sa lourdeur , ma vue est nette et claire ; enfin ui calme parfait règne dans mon cœur, dans ma coi science , dans tout mon être. Les courts instants qi me restent à vivre s'écoulent doucement , de 1— même manière que l'eau d'un limpide ruisseau une riante plaine. La lampe va s'éteindre , fiiu^fc^ d'huile pour l'alimenter

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A^itterbi lertnine là son journal. Il expira le même Mr, quelques heures après aroir écrit ces dernières ixoles*

Qaelle puissance de résolution dans ce condamné ! nelle ténacité dans son entreprise! Il est vrai que en de foible et de craintif ne pénétra jamais dans Bspiit d'un Corse (i). 11 est capable , au degré le las élevé , de toutes les actions qui exigent de la rœ et de la constance ; dès qu'il a projeté une MMe 9 il l'exécute ; il marche inflexiblement vers m but , sans détourner la tète. Les obstacles granflsent son courage au lieu de Tafiaiblir ; il reste kébraohible> tel que les rochers que bat quelquelis une mer en furie. Il se montre , en petit , l'image o l'homme immortel , qui fit trembler tous les i^nes , remua le monde , et dont on peut dire : f^igia semper adora. On a écrit, avec raison, que, i la nature voulait créer un être qui eût quelque BBsemblance avec Napoléon , elle irait le chercher en *orse, ou elle lui donnerait Tame d*un Corse.

Nouveau Tantale ( avec cet te différence, néanmoins, [ue le patient de l'enfer voyait Teau se retirer toutes es fois qu'il voulait en boire, la branche de fruits ('éloigner , quand il avançait la main ) , le condamné Corse endura les plus cruelles privations sans y être astreint , et alors que des carafes d'eau limpide et les mets appétissants se pressaient autour de son grabat. 11 ne redoutait pas la mort , mais la publicité du supplice. La joie insultante de ses ennemis

(t) Corsi meritano la furca , e la sanno soflTrire (Proverbe

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pouvait se mêler , lors du momenl sopréme , aux larmes et aux sAniçlots de ses parents. |>e toutes les manières d*eii finir avec la vie , il ne lai reitoit plus que rînanîtîon. Elle est sans contredit la plos affreuse* N'importe! son courage se trouvée l'épreuve de toutes les souffrances. 11 sait très-bien que les tyrans n'inventèrent jamais un supplice dont rhcMrreur approche de celui-là'. Ah ! si une main secourable Tesait lui apporter du fer ou du poison ! Des gardas veillent à toutes les issues par où il aurait pu s'échapper fefs le tombeau. Le flambeau de ses jours ne pourra donc s'éteindre qu'au milieu des tortures de la £aim et de la soif! Un instant, il sent son cœur défaillir ;;. mais l'image de l'échafaud se dresse devant lui , ses bm» renaissent ; non , dit-il , on n'aura pas la puiasanee de me traîner à la guillotine ! et il se plaisait à répéter ces paroles d'un poète : un bel numrnoia lémt» anoral

Ce qui n'étonne pas moins que son courage i^'est Timperturbable tranquillité deson esprit, c'est l'énergie et l'élévation de sa ponsée à c6té de l'affaiblissement de son corps. Les vers qu'il composa dans ses courts intervalles de repos , et que ne désavouerait pas le poète le plus distingué , attestent assez la viguetf de son esprit ; les voici :

Avea dei béni ; or consumato é luUo; 10 laacio setle flgiie e la consorte , AUlitle ed abbatiale dalla aorte :

E per relagglo mio , lor lascio il lullo.

Piangon le figlle sopra il caso mio ; Piangoo sul innocente œndannalo »

Piaagon sal fralelto svenluralo , E folla tomba deirestinto zio.

Âcato sirale mi traflgge il core ; Le viscère mi straccia aspro cordoglio . Pianger non deto , e piangere non vogllo Mi vbUoo al ^linto ioro , il roio dolore.

' . Le fils 4e Vitlerbi, son co-accu$é d'assassinat , condinfié i morl par contumace , se réfugia à Naples. Sans ressources , il se fit porte-faix. 11 imagina un siagalier raflBnement de haine à défaut d'une ven- IpHince sanglante : il adopta le nom de Moschetli , celui de la famille ennemie de la sienne , tout exprès poar l'avilir. Il commit plusieurs délits pour se bire mettre en prison et au carcan. Il recherchait le mépris des habitants de la ville; il jouissait de la peaiée que Naples entière le regardait comme un infânie brigand. Chacun des outrages auxquels il était ea butte , était une diffamation pour les Moschetti ; il poursuivit ce rôle jusqu'à la fin , et mourut à l'hôpMal. P6ur prolonger sa vengeance au-delà du tom- J^u , il avait fait imprimer , en 90 pages , sa biographie ; il l'avait fait crier dans les rues de Naples , et l'avait envoyée en Corse. Incurable affront pour la famille de son ennemi ! Apprendre que son nom a été déshonoré , dégradé par un parent ou un faussaire , qu'un véritable ou un faux Moschetli a été l^rte-faix, mendiant, escroc, attaché au pilori , hué par la populace! Cette pensée charma Vitterbi jusqu'à son dernier soupir.

Une si haute énergie de caractère , cette faculté do

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vouloir avec persévérance qui font , suivant leur emploi , les grands criminels ou les héros , pourquoi les Corses , dans quelques localités , les épuisent-îls à des œuvres de destruclion , à des acte^ perpétuels de révolte contre la loi 7 Le matin , pleins de force et de vie ; le même jour, ils sont emportés tout sanglants dans leur domicile ; il n'est là ni soir ni lendemain assurés pour personne , et on voit se réaliser la parole du Psalmiste : a Ils descendront tout vivants dans Tablme. b

Tandis que , sur tous les points de TËurope , les immenses progrès du christianisme et de la philan» thropie universelle qui en est la conséquence nécessaire, éteignent les guerres générales et les vengeances particulières, tandis que Tesprit d'association et de fraternité ravive partout les sympathies humaines , et étend au loin ses conquêtes pacifiques , serions-nous condamnés à voir dans ces contrées tant de vivacité d'intelligence , tant de force de volonté se consumer toujours en misères intestines, en guerres interminables, en malheurs privés dont la funeste réunion constitue le plus terrible de tous les malheurs publics? Ne trouverat-on jamais un terme à tous ces combats sans gloire , à ces massacres sans profil , et un si beau soleil ne cessera -t-il enfin d'éclairer tant d'infortunes?

Toutefois, n'exagérons rien , n'imitons pas les voyageurs qui , parlant d'une idée toute faite, craindraient de passer pour de mauvais observateurs , s'ils ne peignaient la Corse comme un théâtre de carnage en per-

tnanence, el ses habilants comme des espèces de bêles sauvages. Non , la Corse tout entière n*est pas aussi loîre sur la carie de la civilisation qu'on ledit souvent. D'abord le nombre des bandits dangereux diminue de our en jour, et on est à peu près parvenu à museler les ilus terribles. Il est positif qu'on ne parcourt nul pays tvecplusde sûreté, quand on est sans inimitié particuière;jainais la malveillance n'a pu citer un seul attentat oinmîs par les indigènes sur des Français du conti* lent, voyageant dans l'intérieur de Tile. On ne doit MUS juger d'une contrée par quelques scélérats, et néconnaltre tout ce qu'elle a de bon et d'bonnéte , s'est-à-dire Timmense majorité. On ne songe pas assez combien de retenlissement ont quelques crimes, et combien de vies paisibles el irréprochables reaient ignorées. 11 n'y a que les méchants de célèbres. Les bons, hélas l sont oubliés, ou trop souvent tournés en ridicule. La Corse est loin d'être sur tous les points en proie aux fureurs de la vendetta. Ainsi, le cap Corse, Bonifacio, Porlovecchio , leFiumorbo, l'arrondissement de Caivi) Baslia, cité vraiment digne d'être française , toutes les communes placées sur le littoral de nie, et bien d'autres, n'ont rien à envier au continent, sous le rapport de la douceur des mœurs et de la sécurité. Qu'on se rappelle donc toujours que les tableaux que nous avons tracés s'appliquent uniquement à certaines localités , où régnent encore de funestes et opiniâlr(<s préjugés, et où le meurtre appelle trop souvent le meurtre.

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