‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 26 sur 64 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

OMb les fiBcdmilra.— Uv lilieice.

On a dit souvent que la législation actuelle était impuissante pour accomplir en Corse l'œuvre de la etTÎlisation , et qti*il fallait recourir à des mesures extraordinaires "pour kau ver le pays. Je^pense, au contraire , que Thomnie , surtout en Corse , manque plus souvent A la loi que la loi ne manque â Phomme. Quant aux remèdes pris en*dehors de la constitution, je les repoussé comme un auxiliaire funeste. L'expérience du despotisrpe est faîte depuis long-temps pour le» Corses. Il n'a enfanté que misère et abrutissement datas le peuple , vices odieux et dégradation dans les classes élevées; car il est de sa nature d'avilir autant le mattre que Tesclave.

n ne suffit pas de doter un pays de belles institutions, de lui envoyer des millions pour ouvrir des routes et feirenakre l'industrie', si ceux qu'on appelle à l'administrer ne sont pas à la hauteur de leur mission , s'ils ne savent pas teiiir d'une main intelligente et ferme les rênes du commandemenlé U y a une action mutuelle d^s institutions sur les individus et des individus sur les institutions, or N'est-ce pas un vrai abus, honte ou moquerie, disait le chancelier de l'Hospital , de faire de bonnes et équitables lois , si quand et quand vous n'avez de bons magistrats

246 SCR l'histoire et les HGBUIS

pour les faire exécuter 7 > D^ailleurs on joge le poavotr par ses délégués ; les mauvais choix font plus de mal que les mauvaises lois. Les bons choix , au oobtraire, facilitent les progrès des institutions ^ et pbn tard , par une providentielle récompense do biea , les institutions perfectionnent les individus et kl masses. Un homme d'un talent médiocre ne stonit bien diriger les affaires de la Corse ; trop d'écuob et d'embarras s'attachent là â l'exercice de Pautoriféi on sait qu'il est plus facile de vouloir du bien âc8 pays que de lui eu faire; quiconque vent navigMT sûrement dans des mers orageuses, cherche unpiioto habile et qui les ait souvent traversées. La tm de Sampiero et de Paoli élève les forts , met en léd toute leur valeur, mais elle est mortelle pour h faibles. Au reste , les peuples se laissent mener (i les grands caractères , non par les âmes attiédio* Quelqu'éminent que soit un poste , celui qui Vaecope doit se montrer encore supérieur. L'importance d'osé fonction sert d'aiguillon à un esprit d'élite et Vu fût jeter un plus vif éclat , tandis qu'elle écrase un hoBHse vulgaire et met à nu toute son insuffisance ; Tadti l'a dit : excttari quosdam magnitudine rerum, hebactt altos.

Que les hauts fonctionnaires de la Corse soient éoK choisis avec un soin particulier ; puis , qu'ils se dévouent tout entiers , tète et cœur , à i'accompiiisèment de leurs devoirs ; qu'ils réclament le coucoui de toutes les forces vives du pays, mais qu'ils M prémunissent contre les insinuations de certaiiMi gens qui travailleront à découvrir en eux C[uelqii6

faiblesse, viendront attaquer leur cœur parTendroît le moins défendu , et les assiéger de toutes parts pour s'emparer ensuite de sa place ; qu'ils se gardent de juget les personnes avec légèreté , sur la foi d'un ennemi , avant d'avoir eu le temps de les connaître ; d'écouter les rapporteurs , nation basse et maligne qai trafique des paroles d'autrui, qui' se nourrit de venin , qui empoisonne les choses innocentes , qui Jiprossit les petites , qui invente le mal plutôt que de cesser de nuire. L'homme public , sujet à se laisser prévenir , ressemble à un muet qui s'est chargé d'une harangue , à un sourd qui veut apprécier une symphonie. Accoutumé ainsi à penser par procuration , il se destitue lui-môme, et déconsidère le pouvoir ; sans doute, il ne peut voir seul avec cent yeux, agir avec mille bras , être présent partout; prétendre d'ailleurs tout exavniner par soi-même , c'est défiance , c'est petitesse; avec un génie borné au détail , on n'est propre qu'à exécuter sous autrui. Celui qui a tant d'inquiétudes , de soupçons et de craintes , qui s'agite QfMDime un enfant ^ui a perdu la lumière .. a l'air d'un acteur qui est embarrassé à jouer son rôle ; mais on peut disposer des forces qui nous sont confiées ; on a des yeux, des bras qu'on peut diriger ; on se multiplie par ses subordonnés , en les remplis^ sant de son esprit et de son activité.

Il est très-important que chaque atteinte à la loi soit sévèrement punie; car plus les mœurs d'un peuple sont irritables, plus il a besoin de légalité. Les chefs de service sont tenus de prêcher d'exemple ; la leçon toute seule est froide et peu persuasive ;

248 SUR L'HISTOIRK KT lis aOBUKS

Tiiidividu le plus spirituel a encore plus d'yem ipi'il n'a d'«^rii , il voit mieux qu'il n'eolend; il Eattt Ici non uoe volonté qui parle , mais une yoIooU qui améliore , et lire des difficultés mêmes uoe énergie nouvelle Que signifient les pensées qui travuamt Tesprit de Thomne , comme Taigle traverse le ciel| si ces pensées ne doivent pas retomber sur tl terre ?

Il est fâcheux que , lorsqu*il s'agit daller en Conei les places , ailleurs si recherchées , si attbitionnéeii soient acceptées avec la condition , au moins tacite, qu'on n'j restera pas long-temps. On s'y croit datt une espèce d'exil., et le fonctionnaire s*y répand cesse en doléances amères (i).

ikï finit par le rappeler sur le continent ; quelles traces de son administration aura-t4 laissées 7 Quel bien aura-t-il opéré . sous Tempère de ses tristes préoccupations 7 Se sera-t-il ïntbmê seulement des besoins de celte terre Wemli Et (|oe lui importent les intérêts d'un départMMAi qu'il n'affectionne pas, qu'il brûle de quitter, oè A n'est qu'un passant . el comme en hôtel garni 1 Supposons qu'esclave du devoir , il prenne ses fonction au sérieux , à peine son initiation dans le secret è» mœurs, des nécessités du pays commence-C -elle , i

(!) Il faut lire k cet égard dans la Revue de la Gorat de 18 1833, le spirituel et judicieux article de mon collégnifi et «oii M» Capelle, actuellement conseiller à la Cour de Montpellier, quli long-4emps occupé àvet une grande distinction le même postée ta Cour de Bâstla.

DK LA GOISE. ^49

peÎBe a-t*il liit quelques pas dam là Toie des amé- HoratioBs , qu'il eat interrompu dans son œurre ; il pari; arrive un successeur qui veut nécessairement innaver ; et au milieu de tous ces novîcials , de cette parpéluelle inslabilité , de ce péle-niéle d'instructioM q«i aa heurtent , se contredisent , les subalternes ne savane plus quelle ligne de conduite tenir , la chaîne des traditions se brise sans cesse , et la Corse est toaroMstèe d'essais eu tous genres qui ne font qu'aigrir 86â bleisores.

Aûn de couper court à une mobilité aussi contraire aa bien du service, qu'on ne choisisse que des hommes da valeur, dont Tincorruptible probité égale le talent, des hommes qui ne se croient pas expatriés parce qu'ils sont à quelques kilomètres du continent, qui ne se cruîeat pas maltraités parci* qu'ils sont chargés de la plus noble tAche, de faire nattre Tordre et la prospérité dans une contrée si digne d'intérêt , si riche en immortels souvenirs , et d'ajouter réellement à la ftanee un département de plus.

Il n'est pas moins désirable qu'un grand discernement préside au choix des petits fonctionnaiires. A quoi sert , en effet, que l'autorité soit forte en haut, si •Ile est faible , inerte en bas? Ses agents snbatteriies ■e peuvent-ils pas se dire , en un sens , les véritables fonctionnaires 7 Eux seuls , presque , ils font , ils réalisent; les autres et surtout les plus élevés commandent uniquement de faire. Ainsi le juge de paix , le maire, le curé, le matire d'école, voilà la commune , par conséquent , le pays , le monde. Noos en parlerons successivement.

25o SUR L*HlSTOIEE ET LES MOEURS

Un bon juge de paii , homme ferme , de conscience, possédant bien l'esprit de ses fonctions , rend des services immenses. Sans doute, le cercle de sa juridiction se restreint aux limites de son canton ; mais sa puissance comme arbitre volontaire, est de Unis les temps, de tous les lieux. Miséricordieusement institué a« sein de chaque foyer rustique « vivant au milieu dn peuple, dans un contact journalier avec lui, eo échange des premières confidences, il donne les premiers conseils. Il voit naître les difficultés, les procès ; il peut les prévenir par sa vigilance , les étouffer par ses sages avis. Il protège la petite propriété, il tranche incontinent, et sur place, cet misérables querelles qui deviennent ruineuses qaai' elles passent du canton dans Tarroudisseroent. Soi tribunal est Fautel de la concorde; et si, quelqnefoiit dans ses mains brille le glaive de la justice, plus souvent on y verra Tolive de la paix. Son rMa, en efifôt, est une mission d'ordre et de moralité publique. C'est un père au milieu de ses enfants , qui bit de nobles efforts pour les convaincre qu'on n*est henreox que par la paix , qu'on n'est fort que par l'union. Ya-til rien de plus utile et de plus doux sur la terre , ijv l'accord des volontés et des intelligences? Le patriarche Joseph , renvoyant ses frères au vieux Jacob, se borna à leur dire : a Ne vous disputez pas dans le chemin. »

En Corse, surtout, une telle magistrature bien comprise pourrait tarir la source d'une foule de crimes. Il faudrait qu'à l'instant où s'élève une-contestation entre deux habitants d'un même village, le

DE LA COESE. aSi

juge intervint en qualité de médiateur , et s'attachât à fixer les droits des parties , à les éclairer sur leurs ilériiables intérêts. Que de passions naissantes se briseraient à ses pieds! Que de haines terribles, prèles ^ édore, il assoupirait sans retour ! Le succès de ces mesures dépend du caractère particulier du juge,» de ses manières persuasives, de la confiance qtt*il a su inspirer; si la force des lois vient de ce qu'on les redoute, l'influence d'un conciliateur vient de CQ qu'on l'aime. Malheureusement , en Corse , quelques juges de paix sont engagés eux-mêmes dans les inimitiés; on n*a pas foi dans leur impartialité , et ils n'ont plus aucune prise sur leurs justiciables. Qui le eroirait7 0n a vu un de ces magistrats réduit plusieurs aimées i venir à son tribunal , armé de toutes pièces oomme pour un combat , et juger avec ses pistolets déposés sur le bureau de paix! Il est difficile à un liomme de parler utilement de conciliation , quand il est sous l'empire de semblables terreurs , et que tout respire la guerre autour de lui.

. D'un autre côté, ces fonctionnaires n'ont pas, en général , assez de consistance sociale dans le pays. Il convient que la qualité de propriétaire appuie celle de magistrat. Une position élevée , une existence indépendante donnent plus d'ascendant sur les populations , dévouent plus complètement à l'office , et font taire le soupçon , si fatal à la confiance et à la réputation.

De nos jours , certes , il n'existe pas de ces juges guêtres dont parle Lojseau , qui convertissent leurs justices en mamgeries, qu'il faut saouler avec leur

252 SUR l'hISTOIUK ET LKS MQEUIIS

greflSer, et qui vuio^irr lks causes a l'atantage m CKLCi QUI PAi£ l'scot; Hiais n'j a-l«il plus de ees SAMOftUES UE tillage quî grugent Pierre et Pami, ée ces* défenseurs officieux qui, sous prétexte ttun peu ée roMùfte qufils ont apprise étant recors de sergent ou eleree de procureurs , s^ ingèrent à postuler pour les parties , et gui 9 guand ils ont un riche client en main, savent bien allonger pratique et faire durer la cause autant qtie son argent 7 « Non missura cutem , nisi plena cruoHs Atrudù. p Hélas l elle n'e&l pas éleiRte cetle race de praticiens obscurs, cette espèce do flihnstiere d^affaires , doat les iastiucts processifs soufflent pariant la discorde et désolent les campagnes. Noire Gade de procédure , qui n'est guère qu'une contrefaçon . et parfois peu intelligente, de Tordonnaoce de 1667 , ma leur vient que trop en aide; oa y respire encore en plein chàtelet. Les formalités y sont multipliéea à i'trifini., el ressemblent souvent à des faux bourgs fui seraieiit plus longs que la ville; on a fait d'un procès une matière imposable, et les frais de justice devieaiieni Kune des charges les plus lourdes qui pèsent sur le peuple. Qui est (dit en son langage aaïf el énergique le vieil auteur déjà cilé, qu'on pourrait appeler le Montaigne des jurisconsultes), le pauvre paysam qui, plaidant de ses brebis ou de sesmehes, n'aime mieux les abandonner qu'être contraint de passer par tant de degrés de juridiction , avant d'avoir un arrêt? Et s'il se résout de plaider jusqu'au 6011e, y cht-il brebis ni vache qui puisse tant vivreh. Qui est le mineur qui ne devienne vieux avant d*a»oir son bien , si son tuteur veut plaider jusqu'à ta fin?,. I^oà il s'ensuà»

DB LA CORSE. aS3

puisque le but dt la justice est de faire rendre à ehaean ce qui lui appartient^ qi^il n'y a rien de pUts centraire à la justice que certaines justices de village. »

Un juge de paix , vraiment di^e de ce nom , écarte les parasites , les intermédiaires entre loi et la partie; il simplifie la marche des affaires ^ et arrange presque tous les procès. Il a moins besoin d*ins1ructioti que de cette nature affectueuse qui attire , invite à d^ mutuels sacrifices, que de cette droiture de sens et de jugement , qui fait distinguer tout d^abord le vrai d*avec le faux. Une poignée de naturel sert plus que deux mains pleines de science. Les têtes chargées de savoir ne sont pas toujours les mieux faites. 11 n'en est point de l'esprit comme d'un vase; il ne faut pas le remplir jusqu'aux bords. Cependant, le juge de pai^x doit être r(*commandable non- seulement par sa probité , mais par sa capacité morale , c'est-à-dire par son émulation du bien , par le zèle de ses fonctions. Si tout son mérite, d'ailleurs, consistait dans sa ceinture , sa robe et sa toque , et qu'on pût justement lui appliquer ce mot :

J*6te à ce par? enu la robe qui le pare ,

Et je découvre un sot caché sous la simarre ,

il n'inspirerait pas assez de respect , et ses décisions, empreintes souvent d'un cachet bizarre, rappelleraient trop les sentences du gouverneur de l'Ile de Bara* taria. L'intelligence de nos codes et la juridiction cantonnale, telle qu'on l'a organisée , demandent plus que des intentions droites et de la bonne volonté, il

254 SUA l'histoire et les moeurs

est nécessaire que ce magistrat possède des ccDBaissances; autrement, ses efforts comme concîlîatear, auraient moins de succès; dès qu il s*agit d'inléréts douteux , ce sont autant les lumières que les qualités morales du juge , qui impriment de l'autorité à ses paroles , et de Tefficacité à ses conseils. La réunion de ces avantages en fait la providence du pays; et sa puissance est d'autant plus utile qu'elle s'exerce sans éclat.

Le maire n'a pas une action moindre sur la société. Qui ne connaît les vastes attributions de ce fonctionnaire? Dans toutes les circonstances importantes de la vie, on se trouve sous la main ou le patronage inévitable du chef de la commune. Il décide quelquefois par ses recommandations , par des certificats, des plus hautes prérogatives. La loi a beau être complète , elle ne Test jamais assez pour Tignorance et la mauvaise foi. Les cas pour l'ami (ainsi appelaîHes cas douteux un célèbre et spirituel magistrat] soot toujours nombreux. Le maire jouit enfin dans la famille d'une omnipotence que les rois , nous le savons, n'ont pas toujours dans l'Etat Le vieux seigneur de village n'avait comparativement qu'un pouvoir bien restreint.

Mais tout ce pouvoir ne lui est remis que pour travailler activement à la prospérité de sa commune. Il doit bonne justice à ses administrés, il doit lexemple à tous. Il est bien qu^il se montre religieux en action, qu'il fête le dimanche , le jour du ciel sur la terre , et qui pour cela peut-être , a dit Newton, est plus ordinairement doté des faveurs du soleil. Un maire qui

ne viendrait jamais s'asseoir au banc de l'œuvre . fierait preuve d'une indifférence fâcheuse, qui pourrait devenir contagieuse dans le village; plus l'exemple pari de haut, plus il est dangereux ; et qu'est le peuple sans religion? Une béte féroce , parce qu'il n'a aucun frein d'éducation ni de respect humain.

H €^si donc convenable que le premier magistrat de la commune assiste aux solennités de l'église. D'ailleurs , l'appareil qui les environne , émeut , agrandit l'ame , et semble nous rapprocher de Dieu , qui doit moins se prouver qu'il ne doit se sentir. Ces fêtes diréliennes ont inspiré parfois un saint enthousiasme. Diderot a dit quelque part : u J'ai connu un peintre prolestant qui avait fait un long séjour à Rome, et qui avouait qu'il n'avait jamais vu le souverain pontife officier dans St -Pierre, au milieu des cardinaux et de la prélature romaine , sans devenir catholique. »

Il existe des hommes dont le cœur ne bat pour Dieu f|u'aux accents d'une musique harmonieuse, qui ne s'humilient devant la majesté céleste que les yeux éblouis par toutes les magnificences du culte. D'autres n'aiment pas tant de bruit dans leurs pensées religieuses ; ils préfèrent à tout le prestige d^s arts , à tout cet éclat, à toutes ces pyramides de lumières, l'aspect d'une vieille église, le jour sombre qui Tèclaire et ses vitraux gothiques.

J.-J. Rousseau faisait avec Rernardin de St. Pierre, chez des religieux , de petits pèlerinages que celui-ci raconte en ces termes : a Nous arrivâmes pendant qu'ils étaient à l'église; J.-J. me proposa d'y entrer

256 SUE l'hISTOIRB KT LB8 HOBums

et d^y faire no*re prière Les emaîtes rédtiient alon les litanies de la Providence , qui sent fort bdies. Après que nous eômes prié Dieu dans one petUe chapelle , il nie dit avec attendrissement s MamteBairt j'éprouve ce qui est dit dans TEvangila : 9 QmbI plusieurs d'entre vous seront rassemUés en nMm MM, je me trouverai au milieu d'eux. » Il y a ici an iMti' ment de paix et de bonheur qui pénètre rame.-^lt lui répondis : Si Fénélon vivait , vous seriez catho* lique. — Il me répartit , hors de lui et les larmea aax yeux : Ah ! si Fénélon vivait , je chercherais i élra son laquais , pour mériter d'être son valet èè chambre. •

Des organes irrécusables de la philosophie du di^ nier siècle ont reconnu que la messe était le fin beau , le plus divin des sacrifices.

Dans y Esprit deM.de Neeker, onXii : « Bolin|^rakef qui n'avait jamais entendu la messe , fut teNeoM»! transporté de la beauté de cette cérémonie , qu'au moment oà l'archevêque éleva l'hostie , et oà UtoX W peuple tomba à genoux , il dit tout haut à son voiiia: • Si j'étais roi , je ne remettrais jamais cette fonctitf à un autre, b

A la sortie d'une solennité é Breslavr , où le etr« dinal de Kinderdorff avait officié pontificalement , Il roi Frédéric que Voltaire, l'un des premiers, *Pf^ le Grand , s'écria an milieu de ses courtisans : c QûA* ques uns traitent Dieu comme leur serviteur, d'autres comme leur égal , les catholiques le traitent •■ Dieu •

Un maire pénétré de ses devoirs, voudra être

UH LA CQII6I. 257

on ppéseUce d*UD minislre des autels. Il ne montera {MW sur le lîl nuptial sans Tavoir fait bénir. Si la fdiigioo est appelée à se nièler* , sans difficulté , d^nne cbose , c*est de celle-là. Camille DesmouHns , (ftini maria dans un moment où il n j avait plus le BBarîage que le rit municipal de la repu- (i7'9a) , exigea quon suivit le ril romain; •I ses lèmoiiis , complices de cette magnifique inconséquence , furent Saint-Just et Robespierre.

Cependant « les pratiques du culte ne portent nncun fruit , si elles n'accompagnent le seatiment retiginux. Aussi , tout en les observant avec régularité, les maires, en Corse, oublient trop souvent le caractère de leur mission et leurs phis impérieux devoirs. Il ne s'agit pas ici de les envelopper tous dans la même réprobation* La majorité est saine et à peu près irréprochable. Je parle seulement des vilhiges oà ces dépositaires de Tautorité se font chefs de parti , transforment leurs communes en autant éb foyers de discorde et de camps ennemis ; que da divisions funestes n'allument pas les élections flumicipales , signalées tant de fois par de si cruels excès ! L'administration est Fart de gouverner les bénîmes , en leur |»rocurant le plus de bonheur possîMa. La meilleure politique est uuq bonne administration , car le peuple qui est heureux aime son gou- Ternenient ^ administrer , c'est conserver , anié- Horer , créer. Mais dans des villages divisés en deux partis et animés l'un contre l'autre, comment établir une administration ? où trouver un maire juste et knpariial pour tous ?

258 SDK l'histoire et les mœurs

Je me bornerai à dire , pour le moment , que dans un pays où fermentent déjà tant d'élémenls de trouble, ces fonctionnaires devraient ne faire entendre que des paroles de paix et de conciliation , et ne pas donner eux-mêmes Texemple de l'intrigue et de la tarbulenee, spectacle qui démoralise profondément l'Ile dont on éternise ainsi les dissensions et le malaise. Je reviendrai sur les devoirs des maires et des juges de paix.

La Corse est un pays éminemment catholique. li, les croyances religieuses ont toujours résisté à Fiavasion des mauvais principes ; on aime tout ce qoi tient à l'église et à ses dogmes fondamentaux. En gB, lorsque sur la terre de France , les échafauds avaieit remplacé tous les cultes , la Corse rejeta de S3S rivages cette écume révolutionnaire ^ les temples ror tèrent ouverts aux fidèles, et la religion n'essuja aucun de ces outrages dont ailleurs elle était abreuvée au nom de la raison et de la liberté.

Comment donc se fait- il que la coutume la plus directement opposée aux lois du christianisme , subsiste depuis long-temps au sein du pays ? Ëst-îl possible que chacun se jouât aussi brutalement de soi existence et de celle de ses semblables , s'il avait présentes à l'esprit la dignité de l'homme , son origine céleste ef son immortelle destinée? Ëstil croyable qu'on osât affronter de sang- froid le terrible avqpir qui nous attend au sortir de la vie . si l'on songeait à cet Cdil invisible qui scrute et pénètre toutes les iniquités , à cette justice formidable qui , un jour , les châtiera inévitablement ? Le mal ne vient-il pas de ce que les

cœurs sont vides de ces hautes pensées , de ce que le peuple s'est plus attaché aux pi*atiques de la religion , qu'à sa partie essentielle , à sa morale sublime i|ui a retiré le monde de la barbarie ( car le christianinne et la civilisation ne sont qu'une seule et même chose ) 7 La religion enseigne avant tout le pardon des offenses, la fraternité, sentiment généreux qui fait sortir Thomme de lui-même , de ses intérêts, de ses passions, et lui inspire la grande idée de dévouement et de sacrifices. Il faut que les liens de la charité soient étrangement relâchés dans une sèciété chrétienne , où éclatent tant de meurtres et de violences.

Avouons-le , si tous les ministres de TËvangile remplissaient avec zèle et intelligence les devoirs de leur état, s'ils prêchaient souvent Toubli des injures, s'ils s'efforçaient de rétablir la paix entre les familles divisées^ combien de stylets , qu'on aiguisait déjà , retomberaient dans le fourreau ! combien de vieilles haines , qui peuplent les maquis , s'éteindraient pour toujours ! Combien d'heureuses réformes ne peuvent ae faire qu'avec eux et par eux! L'autorité ne saurait atteindre jusqu'au fond des campagnes , pour détruire les préjugés et imprimer aux idées une direction meilleure. La force seule tient les peuples dans la défiance; c'est un ressort qui se détend bien vite, dès qu'il n'est plus comprimé. Les lois elles-mêmes ne sont qu'un frein , non un encouragement. Elles s'occupent des actes extérieurs , et n'ont aucune prise sur la volonté. Cependant, n'est-ce pas la volonté qu'il faut diriger, toutes les fois qu'on veut changer

26o SUR l'iiistoihc et lb6 moeurs

l«8 opinions et les habitudes d'un peuple ? Qoelta influence plus puissante et plus douce que ceHe d'un pRsteur que la religion établit pour dépositaire de 11 confiance publique , qui n'est lié à son troupeau que par la charité et Vexercice de toutes les vertus qn^eUa inspire, qui ^ n'ayant point de forcé pour naire , ne trouve de crédit qu'autant qu'il sait bien Caire! Ministre du Très-Haut, il semble l'interprète de ses volontés^ et donne une sanction divine à tous les devoirs qu'il recommande.

Prêtres de la Corse y soyes donc tout eÉtiert a l'oeuvre sainte de votre ministère; protestes de toute la force de vos convictions contre des excès qui révoltent la nature ; combattez sans relâche les préjugés sauvages qui font tous les malheurs du pays; rompes ce détestable pacte domestique qui précipitt les Êimilles dans l'inimitié, dès qu'un seul de lenlv membres y est entré; montrez que le pardon des offenses est le partage des hommes forts et généreoi, une source de joie et de bonheur; que la vengeanoe, au contraire , est une passion vile et vulgaire , k te portée des âmes les plus basses, dont les jouissances passent aussi vite que le coup de hache qui abat ime tète; que cet éclair de satisfaction cruelle est suivi de regrets poignants et éternels, souvent de» flétrissures de la justice ; rappelez-vous sans cesse le beai triomphe que l'évéque d'Hippone remporta sur les habitants de Césarée. Ils se séparaient une fois chaque année en deux classes, frères contre frères, pères contre enfants ,et se lapidaient mutuellement pour se dresser aux combats. La vue de ce carnage étnent

DE IiA GOIISB. a6i

saint Augitf tiA. U parle , on se Técoule pas $ il parle uBcorci , on &'arréte ; îl insiste avec une nouvelle force, ié^ tânMs eottltnl ; il en appelle d'un usage aboni- Mhiklà la charité chrétienne, les armes tombent des mma» ei des luttes barbares n'etisanglantèrent phis \m nâe de Gésarée. Enfin » que Ton sente toujours dans vift paroles , dans vos actes» une foi vive» un ardent anour 4e rhumanilé» cette première sève de christÎMisnie dont parle Bossuet , et le Corse des montagnes assis aujourd'hui dans Y{»nbre de la vufrtf nènaltra à la vie i et dira comme l'enfant des Saintes- Ecritures I c Sutgam, je me lèverai et f irai vers mon fère. >

N'est-ce pas une noble mission , pour un prêtre , d'être choisi par la Providence, afin de ramener dans> led TOÎes de la modération et de la justice une population égtfée par des dissensions intestines? Il doit se considérer comme l'ange de la charité, chargé d'apporter du eiel le bienfait de la paix et de la concorde. Mais si la sagesse dans lexercice du ministère évan< flfique est toujours nécessaire , combien plus ne l'estaUe pas dans les contrées où les passions et l'intérêt #iiaeat profcwidément les esprits, troublent l'har- «MMiie des familles et des cités , et font ^ pour ainsi dire » deux peuples d'un même peuple I De quelle tigilanee n'a pas alors besoin le prêtre , pour conserver sur tous les fidèles l'ascendant et l'autorité de son caractère « pour ne pas donner de l'ombrage aux uns, en paraissant embrasser le parti des autres, peqr mettre son nânistère à l'abri des préventions qui en détruiraient le fruit 7 De quelle mesure ne

202 SUR l'histoire ET LES MOBUMS

doil-îl pas accompagner tous ses mouYemenU , de peur de trahir une préférence entre des hommes jaloux qui épient à l'envi ses démarches , étudient ses affections les plus secrètes , et cherchent à l'entraîner chacun sous sa bannière ? De quelle résenre ne doit-il pas s'entourer , obligé de traiter ayec tons les habitants , sans blesser personne , de compatir aux infirmités de tous , sans en flatter aucun , de les voir , de les accueillir , sans qu'une parole , on geste ou un signe de sa part , révèle en lui un pochant plus marqué pour les uns que pour les autres? Lui , il ne faut pas qu'il l'oublie, est l'homme de toos, il est de la famille de tout le monde. Malheur w prêtre , surtout en Corse, s*il arbore une couleor, s'il épouse une querelle ! Sa mission est manqnée» il ne peut plus que traverser Tœuvre de Dieu. Qrï n'intervienne jamais dans la sphère des choses temporelles , que pour rapprocher les esprits et réunir leê cœurs ! qu'il laisse aux enfants du siècle les soins et les disputes du monde , et retienne bien' ce conseil de l'Apôtre : « Que quiconque s'est enrôlé dans la mîHee de Dieu , ne s'embarrasse plus dans les soUicitudei de la terre : Nemo militans Deo^ implicet se negùA secularibus, s Que gagnerait-il à descendre dans l'arène brûlante des luttes politiques 7 Comment approcherait-il de l'autel du sacrifice , le cœur tout agité de craintes et d'espérances 7 II n'appartient qu'a des hommes purs, comme Aaron, de communiquer avec le ciel par la voie des holocaustes.

Jusqu'à ce jour, en Corse, i^influencedu clergé sur les esprits a été tros-faible; son peu de crédit sur

DK LA CORSE. 203

Its populations vient de diverses causes : il n*est pâs. toujours resté assez en -dehors des partis ; le nom de qpielques prêtres s'est tristement mêlé aux dissensions du pays. D'un autre côté , le nombre des ec» désiisliques est peut-être trop considérable. On n'a pas besoin de beaucoup de prêtres, « dit saint François de Sales , mais de bons prêtres^ » Plusieurs se trouvent sans emploi , et vivent dans iin état 4jb complet désœuvrement. Le. motif qui multiplie tant les prêtres , est d'abord le respect qu'on porte à leur profession , du moins dans le sein de leur famille dont ils sont regardés comme les chefs. Autrefoii|||^ on cherchait par là à se soustraire aux périls de la guerre. Puis, dans les villages , les familles sont ordinairement nombreuses , et la fortune des particuliers est très-bornée. Celle-ci se réduirait bientôt à rien par la loi qui admet tous les enfants à un partage égal , par l'usage qui ne permet guère à personne de vivre dans le célibat , et par le défaut d'industrie qui ôte presque tous moyens d'augmenter son patrimoine. La prêtrise tient lieu des ressources que les autres pays offrent pour le soutien des familles. Il faut toutefois s'appliquer à réduire le nombre des prêtres , et le restreindre , autant que possible , aux yrais besoins du peuple. Dans un pays si inculte et si dépeuplé , il vaut mieux que Ton compte quelques prêtres de moins et quelques laboureurs de plus.

D'un autre côté, les prêtres corses ne sont pis généralement instruits. Déjà, au XVI'. siècle , Filippîni , archidiacre de Mariana (Corse ] , se plaignait de

Page 1