‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 27 sur 64 · S^" L*HISTOIRE ET LES MOBUBS · texte numérisé non relu

S^" L*HISTOIRE ET LES MOBUBS

rignorance da clergé. Dans son histoire , il prétend qu'il y en a tout au plus une douzaine dans l'Ile qui aient quelque teinture des lettres» cke abbim franuttica- Jaussin leur adressait le même reproche au milieu du XVIII«. siècle. I/abbé Gandin qui écrivait peu d'années avant la révolution française, signalait aussi ce défaut de lumières.

Sans doute ^ il existé aujourd'hui dans les Tilles et dans plusieurs communes, des prétrfts d'un vrai mérite et qui offrent l'exemple des plus rares vertas. Mais on trouve encore peu de pasteurs éclairés dans les villages. tt«st juste de dire qu'en i835, la Cône n'avait , depuis 44 ^"^ * P^^ ^^^ seule école ecdésiastique. Les études de théologie étaient tomUs dans un extrême abaissement- L'insignifiance ài épreuves avait inondé le pays de jermes lévites n» vocation réelle » plus souvent un sujet de trouble et de scandale que d'édification. Un prêtre qui n'a pas l'esprit de son état et qui ne veut pas faire le bien, doit nécessairement faire un très-grand mal.

Depuis II ans, on a institué deux séminaires; de toutes parts ) en Corse, on rivalise d'ardeur posr réformer les mœurs et accroître l'instruction à clergé. L'habile prélat qui dirige actuellement le discèse, et dont le haut mérite égale le zèle infatigable, comprend que l'église ne peut reconquérir, là comme ailleurs , une influence légitime et durable , ressaiiir l'empire des intelligences que par le savoir et par la discussion. La foi ne se sépare jamais impunément de la science. L'homme n'est vraiment grand , puissant, qu'autant qu'il sait, et, quand il sait, il peut

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tout ; la sdence et le travail sont aujourd'hui les maîtres du monde.

D'ailleurs, comment instruire les autres , si l'en n'est biflB instruit soi-même 7 La parole a converti lunivetiy elle a répandu la vie dans les veines d'une société réduite presque à l'état de cadavre. Maintenant la parole y c'est-à-dire une prédication qui répondrait à tout ce qui se remue de besoins et d'ardeurs au fond des âmes , exercerait encore une action immense sur les croyances et sur les mœurs. Il faudrait lire révangile du jour , bonnement , simplement , avec intelligence des nécessités présentes y non artstmelico wkoré , sed piscatorio. Quelle autorité n'aurait pas un homme qui , ayant fait une sérieuse et profdnde méditation des écritures , se bornerait à suivre , à commenter les pensées et les paroles de Dieu même ! On pourrait retracer quelques scènes du passé , pour l'instruction du moment , donner quelque explication d'un usage , d'un symbole , d'une cérémonie. Ainsi procédaient saint Paul en préchant la Horale, saint Augustin en s'appuyant sur la philosophie , saint Ambroîse en expliquant les allégories chrétiennes. La société a soif d'ordre et d'instruction ; elle demande qu'on organise le bien , qu'on restaure les ruines , que l'on comble le vide des intelligences. Elle dit , à la vérité , comme autrefois les Apôtres au Sauveur : a Manifestez*vous. » S'il aspire à être le conducteur des peuples, le clergé doit retremper sa foi aux sources du savoir, de nouveau s'armer de la croix , appelée justement croix civilisatrice , et il

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dominera eDcore le monde de son humilité et de ses vertus.

Auprès du ministre des autels se trouTe toujours un autre homme , qui est son auxiliaire et son bras droit , l'instituteur de Tenfance. L'éducation desjutiu enfants (l'éducation , dot par excellence , car cdielà est insaisissable ) n'est-ce pas la prunelle de Pai du représentant du divin Maître qui les appelait i lui avec un intérêt si tendre , sans doute , parce ipe la jeunesse est Tàge le plus porté à Tamour do Um, le plus près de la vertu ? Le plus jeune des discipbs du Sauv( ur fut le seul dont la fidélité ne se déoMitit pas. Mais qu'elle est épineuse la tâche de rinstitativ qui prépare le champ à ensemencer , et y àtfm les premiers grains ! Il est plus difficile de défriehr les esprits que la terre , quelque rude et pierrew qu'elle soit; Tart des arts est la conduite des intelligences. Elle a pour but de donner à chacao toute sa valeur, de lui apprendre à vivre heureux , à vivre utile, de préparer la solution du problème le plus ardu peut-être : la meilleure distribution des hommes. On doit considérer la société comme un vaste atelier; il ne suffit pas que tous y travaillent , il est Déon* saire que tous y soient à leur place le plus possible; sans quoi , il y a opposition de forces , au lieo ài concours qui les multiplie. La plus grande des économies , puisqu'il s'agit de l'économie des hommes ,, consiste donc à les mettre dans leur véritable po* sition.

Tout se résout aussi dans le choix des instituteurs. L'instruction primaire sera ce qu'ils la feront. Il faut

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qu'ils embrassent lear état avec plaisir , non dans des vues exclusives d'intérêt ; qu'ils remplissent leur de- Totr en conscience , non point seulement parce qu'ils sont payés , mais parce qu'ils auront un compte à rendre à Dieu. Leur mission est grave et a d'immenses conséquences. L'instituteur est appelé par le père de fiimille au partage de son autorité naturelle. Il doit Texercer avec la même vigilance et presque avec la même tendresse. Les anciens avaient reconnu cette espèce de paternité intellectuelle. Magispater est qui editeàt y quatn qui suscepit ( Phèdre ). Instruire , c'est aimer ^ mot charmant qu'on dirait dérobé à l'aiie tendre du bon Rollin, et qui appartient k M. Boyer, auteur d'un poëme sur l'édacation dont a fait ressortir le mérite avec éclat, M. Edom, recteur de l'Academie de Grenoble, si profoildém en t initié dans tous les secrets de l'art d'enseigner.

Quel bien ou quel mal ne peut pas faire Tinstituteur? Il tient dans ses mains le sort du jeune âge; et la patrie, n'est-ce pas la jeunesse, surtout la jeunesse des campagnes , la jeunesse pauvre des villes, celle qui fait sa force dans l'agricuTturc , dans l'industrie , dans les camps , celle aussi qui fait son malheur et sa peine dans les prisons et dans les bagnes ? Donnez nous l'éducation de la première enfance , ont dit successivement Bacon en Angleterre, Leibnitz en Allemagne, Fénélon et J.-J. Rousseau en France , et nous réformerons la société. L'éducation est une maîtresse douce et insinuante , ses leçons finissent par devenir une seconde nature , et font auprès de l'homme la fonction d'un législateur

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toujours préseiil qui, dans chaque occasion, loi montre son devoir et le lui fait pratiquer.

L'homme vraiment utile dans une commune tft donc rinstituteur , s'il se pénètre bien de toute rimportance morale de ses fonctions , s*il se montre chrétien dans la forte et Tenlière acception du mot. L'instruction sans éducation religieuse devient souYent un fléau ; la religion est l'aromate qui empêche le savoir de se corrompre , et l'ignorance vaudrait oh core mieux que la mauvaise science. L'on peut oomparer aujourd'hui l'instruction à un fleuve qui dâioidi^ faisons en sorte que cette inondation générale nh semble à celle du Nil qui assainit et fertilise, b société loin d'être assise est debout , ou plutôt eb ofire l'image d'une échelle où chacun monte, se prc«| se pousse et renverse celui qui le gène. Notre Ml naît de trop de mouvement » d'agitation. Nous soaunei haletans , épuisés de fatigue. Il faut qu'une main amie nous prenne et nous conduise aux sources dTean» vive ; il faut faire reverdir avec la rosée d'en haut ce monde qui est desséché par la soif de l'or , par ose personnalité effrénée (i). L'amour passionné de l'utii semble tout matérialiser, étouffer tous les autres timents ; il jette la lave aride et brûlante de prosaïsme sur notre siècle, et menace de changée It

(1) Malheur à vous, dit TEcrilure, « qui Joignez raaiioo i maiiOD, terre h terre Jusqu^à ce qu'enfin le lieu toqs manque ( iMle ) I » Toutefois, convenons que si la fortune ne donne pat le bonheur , elle ôte bien des pierres du chemin , et qu'il eet dUBeile de reiaeinbler au sage d*Borace , qui regarde l*or oeuio irretorto.

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société moderne en une vaste machine qui aura des rouages au lieu de vertus, un levier au lieu de princi^ea , et dont la vapeur sera Tunique dieu.

^instituteur ne peut oublier qu'il doit apprendre aux populations autre chose qu'à lire ; il doit surtout km enseigner à obéir y à se soumettre , à honorer Dkn et la vertu. Les factions auront de puissants âindliaires de moins , la cité restera paisible , parce qae la croix aura été plantée au milieu d'elle. <r Jetez, a dit un habile écrivain, jetez dans le lot du pauvre, dans le plateau des misères, la certitude d'un avenir cèFeste , jetez Faspiration au bonheur éternel , jetez le Paradis , contrepoids magnifique, vous rétablissez l'équilibre ; la part du pauvre est alors aussi noble que la part du riche; il sera tranquille, il sera patient; la patience est faite d'espérances. » Nul Etat , déclare J.-J. Rousseau , ne fut fondé que la religion ne lui servit de base, d Tout bon gouvernement est, en effet , on navire mystérieux qui a ses ancres dans la voAte eâeste.

Sclairer et moraliser les esprits , telle est la double fiche de l'instituteur ; tel est le grand ressort à l'aide duquel on agira , en Corse , puissamment sur les âmes, on inspirera l'amour de la paix , le mépris pour l'oisiveté, l'estime pour tout ce qui est juste et généreux. Si Ton désire mettre les corps en action , il faut commencer par échauffer les cœurs. Imbu de notions meilleures sur le bien et sur le mal , le peuple ne iroudra plus de Thorrible justice du poignard ; car , pour lui surtout , il est vrai que a le crime est un faux jugement. »

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Lei Corses ont toujours demandé des écoles ; qu'on étudie leur histoire, non pour en exhumer de pénibles souvenirs , mais pour j puiser d'utiles enseignements, on verra que le premier de leurs griefs contre le sénat de Gènes était tiré du défaut d'instruction. Ib sentaient bien que les arls adoucissent les mœurs et les passions furieuses des hommes , que les lumières du méchant sont encore moins à craindre que sa brutale ignorance , parce qu'elles le rendent plus circonspect sur le mal qu'il pourrait faire aux autres, par la connaissance de celui qu'il en recevrait luimême. Dans tout état civilisé l'éducation est un besoin de première nécessité, Tinstruction est le paio de l'esprit.

Pénétré de ces idées , Paoli ne négligea rien fStf répandre l'instruction au sein du pays. Avant Ui, la tète du Maure qui floltait sur les bannières delà Corse*, portait un bandeau sur les yeux; il trooya un tel emblème humiliant , il le releva sur le front. ( On sait que les armes de Tile étaient une tète de Maure ayant les yeux couverts d'un bandeau ]• En 9770, les états de Corse dédièrent à Louis XV une médaille où l'on représentait la France arrachantes bandeau que Paoli avait à peine soulevé. A Corte au centre de l'ile , pour éclairer toutes les parties de l'intérieur , Paoli institua , en 1764 , l'Université, d'où sortirent en peu d'années des hommes remarquables. Vaincue par le charme des études , la jeunesse corse avait presque renoncé à ses habitudes de violence et d'oisiveté , lorsque la défaite de Paoli à Ponte-Naovo éteiguit complètement ce foyer de lumières.

Pour ranimer le goût des lettres et rouvrir devant ses concitoyens la carrière où ils s'étaient jetés avec tant d'ardeur , Paoli , dont la mémoire sera toujours si chère aux Corses , voulut en mourant , le 4 février 1807 , consacrer les épargnes de Texil à la fondation d'une nouvelle Université. Il laissa un capital destiné à l'établissement d'une école à Morosaglia , et de quatre chaires d'enseignement à Corte , sa ville de prédilection. Ces quatre chaires devaient être divisées en autant de cours : évidence naturelle du chrùtùi'nisme, mofcde et droit des gens , sciences physiques et mathématiques. Le département en a ajouté deux autres de littérature française et de dessin linéaire; ce n'est que le 12 décembre 1887 que les cours de l'institut Paoli ont commencé. L'école de Morosaglia a été ouverte le 12 mars i833.

Ces sources d'instruction supérieure , créées par Paoli , n'ont rien de commun avec l'enseignement primaire pour lequel une école normale a été établie à Ajaccio. Elle servira à former de bons maîtres pour la Corse qui en a un si grand besoin. Le nombre des communes pourvues d'école y est proportionnellement plus étendu que sur le continent français. Mais la plupart des instituteurs devraient commencer par se réformer eux-mêmes ; ils sont imbus de tous les préjugés du pays. Leur parole n'éclaire guère l'intelli* gence des élèves , parce qu'elle ne vient pas d'une intelligence bien éclairée ; elle ne va pas au cœur , parce qu'elle ne sort pas du cœur ; il y a quelquefois dans les leçons du désordre et de la confusion y parce que tout cela est dans la tête du maître. La valeur

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