‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 29 sur 64 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Salles 4*asfle. — CoBditiOB da fennes.

Je dois signaler deux lacunes funestes au milieu de tant de réformes , de tant de pas faits vers un meilleur avenir.

Combien de fois , en voyant de jeunes en£snts exposés dans leurs jeux à tous les accidents , au choc

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des voitures » à la brutalité des passants, aux propos des carrefours, aux habitudes d'une vie oisive, n'avonsnous pas cherché des jeux une mère qui remplaçât près d'eux celle qui les délaisse pendant le jour, pour leor rapporter le soir un morceau de pain , chèrement acquis par son travail ? Eh bien ! cette mère s'est rencontrée ; la charité a passé par là , die a dit aux petits enfants : Venez à moi , vous ne serei pas orphelins. Elle les a retirés loin des exemples du vice et des dangers qui les menacent ; et ce sanctuaire du jeune âge, des enfants de deux à sept ans, elle l'a appelé salle d'asile. Ainsi , elle a préparé i la patrie le trésor inépuisable d'une jeunesse phs saine , plus morale , plus vigoureuse pour la paix e( pour la guerre ; elle a substitué pour les classes «vrières à l'éducation de la famille, une éducaliia collective bien supérieure du point de vue de i'iostruction , et non moins préférable sous le rapport de la moralité. Dieu sait quels exemples beancomp de parents nécessiteux donnent à leurs enfants l Ia création des salles d'asile est un bienfait immense répandu sur les classes laborieuses. La première salle d'asile fut fondée à Paris en 1801 par M"^**. la marquise de Pastoret , veuve de l'illustre chancelier de France. Ce fut cette femme pieuse qui , dans sa maternelle sollicitude pour les enfants des pauvres, imagina ces institutions. Ainsi , il est faux qu'elles aient pris naissance outre-mer. La France a donné i l'Angleterre, par M™^. de Pastoret, ses salles d'asile; comme elle a donné à la Russie et aux Etats-Unis, par les abbés de Lépée et Sicard , leurs écoles de

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sourds-muets; comme elle a donné à TAutriche , à la Hollande, aux Deux-Siciles , par Yalentin Haûy, leurs écoles de jeunes aveugles ; comme elle a donné i la Prusse, par nos savants et nos littérateurs, ses premières académies ; comme elle a donné par nos tacticiens à la Russie sa marine , son artillerie , ses écoles supérieures ; comme elle a donné à la diplomatie sa langue loyale et précise. Mais entre tous ces dons , celui qui nous occupe et certainement le plus fécond et le plus précieux parce qu*il s*applique aux masses , est le plus étendu , le plus illimité.

On ne vit les salles d*asile se propager qu'après 1822, et prendre dans l'opinion un rang conforme à leur importance.

La Corse ne jouit pas d'une institution qu'on pourrait nommer cependant la pierre fondamentale du temple d'humanité ; pas une salle d'asile où les enfants trouvent les premières leçons d'ordre et même de travail qui façonnent insensiblement aux devoirs de la vie. Les germes déposés alors dans l'ame , bons ou mauvais, s'impriment à tout jamais. Quand on grave des traits sur l'écorce des chênes, le chêne grandit, mais le trail reste. L'enfant ressemble parfaitement à l'arbre , il demeure , à peu d'exceptions près , tel qu'il est sorti des mains de son guide primitif. Puis , le cœur de la première enfance est un Sol où tout croît en si^reté , où tout prospère , parce qu'il n'est point encore dévasté par Tivraie. Principiis obsta , voilà une règle fondamentale de la médecine ; telle doit être aussi la base de la médecine morale ; nul ne comprit si bien la réforme des prisons

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que le premier qui fonda une salle d'asile pour l'eilance. Il ne faut pas laisser se former le vice , s'eiraciner les mauvaises habitudes. Quand le mal «t devenu robuste et vivacc , il est bien tard pour k combattre. Corriger, importe; mais prévenir est certei encore plus. Qu'on n'oublie jamais que réducatÎM du peuple est le fondement nécessaire de tout boa régime des prisons.

Une autre plaie afflige la société en Corse : k défaut presque absolu d'écoles pour les filles. Il régie là une extrême indifférence en ce qui touche l'édacation des femmes. Elles sont du reste, dans rintériflor, asservies à un état humiliant de dépendance. Unaot suffirait pour caractériser leur position. Elles appelU leur mari : il mio padrone ( mon maître ). Il n*est ftf à craindre que le pouvoir tombe eu quenouille te les ménages corses. Les femmes jouent en Corse le rôle le plus subalterne, et passent dans les villafespoor être au-dessous de Thomme , qui aussi ne s'tbtisie guère à leur faire la cour. De sorte que , dansV\a\èriour , il arrive assez souvent que les parents eumémes de la jeune fille , se croient astreints à toaltf les avances et demandent le mari.

Chez les Sardes , leurs voisins, les choses, dit-eSt se passent plus gracieusement. Les jours de fêle, dans les lieux de réunion, on voit un vieoi^ pâUe cherchant au sein de la foule joyeuse une fiancée pour son fils , et répétant tout bas la formule usitée pour les demandes en mariage : a Vous possèdes , compère , une génisse blanche , et d'une beauté parfaite i je viens la chercher , car elle serait le

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gloire de moiv troupeau et la consolation de mes vieux ans. » Le père de la jeune fille se lève et , «menant successivement ses filles: Est-ce là ce que vous désirez 7 dit-il , et il a soin de n'introduire que It dernière , celle dont son hôte est venu solliciter la main.

Au reste , sur ce point » chaque pays a ses usages. Si le lecteur voulait se transporter avec nous dans la nouvelle Calédonie ( c'est un peu loin , mais l'imagination est une excellente chaise de poste , elle va plus vite que les chemins de fer), on verrait comment MM. les Calédoniens s'y prennent pour demander une demoiselle en mariage ; les jeunes filles du pays ont l'habitude d aller puiser de l'eau à une rivière. Si un jeune homme survient ( et le hasard veut qu'il arrive toujours ) , il les examine toutes d*un œil attentif, se glisse doucement derrière celle qu'il préfère, et la Jette dans le fleuve. Ensuite il se précipite après elle , la rattrape par les cheveux et la porte en triomphe dans ses bras jusqu'à la maison paternelle. Le père la lui donne aussitôt en mariage L'époux a montré qu'il avait un poignet ferme et qu'il était bon nageur. Cela suffit pour la validité du contrat. Plus tard la femme dit avec bonheur à son mari : a Te rappelles-tu le jour où tu m'as jeté dans Teau? » n parait que ces femmes ainsi jetées à la rivière sont ttès-heureuses.

En Corse , dans plusieurs localités , le mariage est peu en honneur ; le concubinage en a pris la place , surtout au Fiumorbo. Il y a a5 ans » ce canton formait une espèce de peuple-^ part , une république

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d'hommes sans frein , ennemis du travail , rivant dt rapines , entièrement rebelles au joug de la loi , refusant de payer les impôts et de reconnaître Paatorité. Tyrans anarchiques de cetle partie do pays , les Fiumorbais passaient pour les bas-bretons de la Corse. Aujourd'hui les crimes y sont plus rares qu'ailleurs. De vastes établissements agricoles y ont été créés , entr'autres le domaine du Migliacciaro , moins riche encore par ses vastes dépendances que par II fertilité de son sol et la variété de culture dont il &l susceptible. Mais le pays a conservé un reste des primitives coutumes ; la plupart se marient sans recourir ni au maire ni au curé; ils allèguent pour excuse fW dans les villages peu populeux , les habitants 0^ presque tous parents; par exemple, ailleurs, danihrondissement de Calvi,sur 23,000 âmes, il n*eflte que 499 "oms patronymiques , c'est-à-dire 499 ^' milles. Il faudrait des dispenses coûteuses ; de ploii chacun redoute les frais qu'entraînent toujours ki fêtes du mariage.

On voit aussi , dans diverses communes , les fincailles converties en une sorte d'essai matrimoait^ qui permet aux deux amants de se voir sans entrainte et de vivre maritalement. Après qoekptt mois de co-habi talion , la femme est parfois délaissée et renvoyée de la maison. A ce sujet , une pensée de saint François de Sales vient involontairement i l'esprit : a Le mariage, dit-il , est un certain ordre (À il faut faire la profession avant le noviciat; et, s'il y avait un an de probation comme dans les cloîtres, il y aurait peu de profès. »

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Sans égard pour noire Code civil , on est dans l'usage d^exclure les filles à peu près de tout partage; on leur assigne une dot très-modeste , et elles ne réclament jamais rien au-delà Le nombre de leurs cousins entre pour beaucoup dansi la valeur de la dot; tout le patrimoine de la famille, passe comme autrefois chez nous , sur la tête du fils premier né. Dans plusieurs de nos provinces , en effet , les filles n'avaient rien à prétendre ; elles recevaient un simple chapel iie roses, par exemple, à Tours , à Loudun , etc. ; souvent elles avaient moins encore , une noix (Coutumes d'Anjou et du Maine). On procédait à Poitiers de la manière la plus incivile , la plus discourtoise : les parents qui venaient de marier la dernière de leurs filles , suivaient la noce avec un balai armé de rubans , pour ' indiquer leur joie d'avoir enfin balayé la maison. — On conçoit que certains peuples aient pu re^ fuser toute succession à la femme. Ce ne fut pas toujours dureté , mépris de la faiblesse , mais peutêtre un noble instinct , une vue plus haute du mariage , plus désintéressée , plus idéale. Ils voulurent que la femme passât aux mains de l'homme , sans autre dot que sa blanche robe , sou voile blanc , son chapel de roses ; qu'en elle , il fût bien sûr de n'avoir aimé qu'elle-même, qu'il travaillât pour elle , qu'il la nourrit. Là est la beauté, la gravité du ma rîage , que l'homme soit la providence de sa femme et de ses enfants

En Corse , les deux sexes vivent très-séparés l'un de l'autre; point de ces assemblées, de ces réjouissances , de ces fêtes champêtres , si communes dans

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quelques-unes de nos provinces , el aaxquettes devraient convier Pâlirait naturel et la douceur dn climat. Le dimanche , les hommes passent tout leur temps à jouer aux cartes . ou à conférer tristement ensemble , et presque toujours sur des sujets politiques ou militaires , tandis que les femmes sont renfermées dans leurs maisons , ou se tiennent sor leur porte dans la même inaction. Leur présence manque aui repas, sauf dans les villes et dans quelques communes. Elles se montrent à peine un instant lorsque le festin est terminé . pour recueillir les suffrages qu'on donne avec plaisir à l'honnêteté de leurs manières, et quelquefois à leurs gr&ces naïves ; après ces compliments , on les voit disparaître pour rentrer dans leur gynécée ; elles sont remplies d'ordre et d'économie , et , en général , très -laborieuses ; cels ne peut être autrement , parce que dans toute société, quelque bornés que soient les besoins , il j a toujours un travail indispensable qui les procure , et lorsqu'un sexe s'exonère de sa tâche , le surplus du fardeau retombe nécessairement sur l'autre. Les femmes , dans plusieurs villages , suppléent en grande partie à ce que font parmi nous les animaux domestiques; cependant, elles ont des charmes qui résistent à tout , de beaux yeux , de beaux cheveux , de belles dents, qui semblent des productions du climat, à peu près comme les citrons el les oranges. Soumises à leurs maris de même qu elles le furent à leurs pères , elles ne savent guère qu'obéir. L'usage les retient presque partout dans une éternelle minorité ! Façonnées au joug par une longue habitude , elles

oe songent pas à s'en plaindre, et le contenlement «ipparail sur leure vidages autant qu'il peut s'allier avec l'ennui. Il ne faut pas s'étonner si , en général , la femme corse n'eat point Tobjet des hommages et des attentions délicates de son mari« Dans l'enfiinee des sociétés , la force physique étant le premier attribut de Tbomme^ celui-ci a toujours un plaisir naturel à rabaisser le sexe faible , déftourvu de ce qui constitue réellement la majesté et le pouvoir de rhomme. Elevées dans l'ignorance de toutes choses , loin d'e&ercer une action bienfaisante sur les mœurs souvent grossières et sauvages de leurs familles, elles sont quelquefois plus vindicatives que les bommes miémes. On a vu ici des femmes rappeler ces farouches laoédémoniennes ^ qui disaient à leurs fils en leur tendant un boodier: « Reviens dessus ou dessous^ a s'irriter contre leurs enfants de ce qu'ils tardaient à accomplir une vengeance , leur mettre an stylet dans les mains et désigner le cœur de la yictiine 1 Le sens moral est , sous ce rapport , dans quelques localités , perverti en elles.

Si on songeait plus sérieusement à lenr éducation, si on s'appliquait â cultiver leur esprit et leur aipe, elles deviendraient meilleures ; elles sentiraient leur dignité , la hauteur des devoirs que la Providence leur assigne ; elles exerceraient dans la famille une influence qui tournerait tout entière au profit de Tordre et de la civilisation ; par la petite patrie qui est la famille , le coeur s'attache à la grande ; le boa fils , le bon mari / le bon père , constituent le bon citoyen. On a dit depuis long*temps que si les hommes

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font les lois , les femmes font les mœurs. Nous serons toujours ce qu'il plaira aux femmes. On M conçoit pas comment Duclos a pu écrire on volume de considérations sur les mœurs, et prononcer i peine le mot de femme. Fatigué de haïr et fatigué d'être bai , haletant des coups qu'il a portés et de ceux qu'il a reçus , tout homme ( en Corse surtout où les passions sont si vives et les plaies si cuisantes) soupire pour un intérieur où il poisie déposer sa colère , inspirer la confiance , trouver le repos , l'amitié , un affectueux sourire sur des lèvres aimées. Eteindre les animosités » écarter do toit conjugal tout aliment impur, le rendre inaccessible à toute idée de meurtre , de sang et de vengeance , quel saint et noble r6le pour la femme , ange gardien de la famille ! On ne sent pas asseï quels avantages naîtraient d'une meilleure éduration donnée à cette moitié du genre humain , qui , placée en-dehors des intérêts politiques et de la carrière de l'ambition , gouverne l'opinion en tout ce qui tient à l'humanité , à la générosité , à la dflica tesse. Ce sont les mères qui moulent et pétrissent l'ame des enfants. La force de l'homme inspire la crainte , mais ne dompte pas. La femme est la reine du foyer domestique , la puissance dirigeante. On a remarqué que presque tous les grands hommes ont eu pour mères de grandes et nobles fentmes. C'est ainsi que la belle ame de saint Louis sort de la reine Blanche , comme une douce et radieuse fleur d'une tige odorante et bénie. La mère de Bossuet avait l'ame grande , l'esprit élevé , les mœurs sus-

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tères. Celle de Fénélon portait en elle un trésor Inépuisable de douceur et de miséricorde. Napoléon demandait à M*"'. Campan ce qui manquait à l'éducation des enfants. De bonnes mères, dit-elle. — Un ambassadeur de Perse questionnant la femme de Léonidas sur le motif qui portait à tant honorer les femmes â Sparte, « C'est qu'elles seules, répondit la lacédémonienne , savent faire des hommes. »

On ne s'explique pas comment il peut se trouver des gens qui interdisent aux femmes toute espèce d'instruction; quoi ! la connaissance des devoirs , cette morale usuelle et sublime, développée par nos orateurs chrétiens , et définie par Marmontel : la science de la vie en vue de Téternité; quoi! Thistoire qui étend nos idées et forme notre jugement , la poésie qui nous élève l'ame ; enfin , les écrits dont le but est de nous rendre meilleurs et plus heureux , seraient inutiles à la femme ? Inutiles ! lorsque, destinée à devenir la compagne assidue de nos jours , les agréments de son esprit y pourront jeter tant de charmes , et les lumières de sa raison éclairer si souvent la nôtre ! lorsque , appelée à former le cœur d'un enfant , d'un homme en espérance , et à le préparer à toutes les vertus , elle y déposera les premières semences que rien jamais ne pourra remplacer ! Loin de négliger leur esprit , sachons le cultiver et le préserver à la fois du lourd far deau des sciences stériles et des frivolités qui naissent parmi nous sous leurs pas ; élevons-les à tous les devoirs de leur sexe , ainsi que le veut Fénélon , et qu'une instruction solide et une religion éclairée

aâ4 SUR l'histoire et liss mobubs

achèvent d*eii faire des femmeft (je dU dea fémmm fortes ] i si nous voulons avoir des hommes.

Il importe donc de réhabiliter, en Corse , un feu qui nous honore quand nous ne l'avons pas avili » et peut devenir , quand nous avons cultivé son esprit, un instituteur inimitable pour la famille.

Le donne son venufe in eccellenza

Di ciascun arte ove hanno posto cura. (Arioft*)

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