‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 30 sur 64 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Etit 4k la pro|rttté,ÉK i*afrkittire et ék lliÉatili.

On a vu qu'en Corse , un mauvais jug^ de psii pouvait faire la ruine d'un canton ; qu'autant de mauvais maires, autant de villages voués à la discorde; que le clergé pendant long-temps n'y avait pas bien compris peut être toute la grandeur de sa bmssion. Sans doute, je le répète, il n'y a rten de da« rable que ce qui s'appuie sur la religion. Cette hante maxime a été souvent proclamée par nos saints oracles : a Si le Seigneur ( a dit le Propbàte-Boi ) n'est le premier architecte d'une maison» en vain se tourmenteront ceux qui s'efforcent de la bâtir. » D est on autre adage divin, non moins vrai : « Sî Oien ne {[;arde lui-même la cité , inutilement veillera celui qui est préposé pour la garder» n Aussi Finstinct religieux est un immortel besoin de l'ame ; tout ce qui appartient à la terre est ai décevant , es qui est fini est si court ! Il faut , je l'aï dit , que hs

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ministrea de Dieu soient tels que TEcriture le oominende , te set et la lumière du vMmdel Maig c*esl au prêtre doul la parole tombe de »î haut sur les inlelligenceB et sur les ciBurs , c*est k Tinitiluteur , rhomme par excellence des enfants , c'est k eux qu'appartiennent surloul le gouvernement des esprits et Tûvenir des générations ; car ils forment Tavant* garde de la loi i en combattant les vices d'où sortent tous les crimes.

Toutefois 9 il est deux d^auts essentiels dans renseignement, défauts bien anciens, dont Tun a été signalé par Montaigne , dans les termes suivants : c Le scun et la dépense de nos pères ne visent qu'à nous meubler la tôte de science ; mais de jugement ei de vertu , peu de nouvelles. » On devrait toujours •e rappder les paroles du Christ à ses disciples : « . Recherchez d'abord la sagesse , le reste vous sera dcmné par-dessus. » En second lieu , on oublie trop que l'instruction nécessaire aux classes pauvres « ii*eet pas Téducalion qui stimule la vanité , éloigne dés travaux manuels, et pousse à de folies ambitions; je veux pour elles un ensemble de connaissances et de talents qui les mettent eu état de pourvoir à leur aubsistance , leur inspirent des habitudes d'ordre , d^écoaomie . cet esprit de prévoyance qui Csit servir le présent de garantie contre les chances de Târvenir. La condition première de tout enseignement, pour le peuple , n'est*ce pas de lui fournir le moyen de gagner sa vie de chaque jour , et d'assurer le bien** Aire de sa famille ? L'homme est surtout un animal qui aiange du pain , quoiqu'il ne vive pas seulement

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de cela. Le tort de rinstruetîoB actadle et de h •ociété qui sera peot-étre dévorée » oonoie l'akUmiste , par les monstres de sa fabriqoe , est de ▼erser à ilôts sur le pavé des villes . des ImUnistef , c'est-a-dire des solliciteurs.

Il faudrait diriger les classes populaires vers hi arts mécaniques, leur apprendre un peu de chimiSi de géométrie , leur donner . en un mot , une édocttion professionnelle. Chacun de nos înstitDteun devrait, une fois par semaine, faire ob cours élimentaire d'agriculture. Cela se pratique déjà avec succès dans le duché de Nassau et dans le rojanne de Naples. Une telle institution préparerait les esprits des villageois à l'association , pourrait développer d'excellents germes, et conduire peut-être à la plis heureuse transformation morale. L'association est le pAle auquel il faut tendre , si on veut remédier aux vices de la culture morcelée , à l'éparpillement dei forces individuelles , et aux sacrifices que nécessite une concurrence sauvage. Qui ne sait , d'aîlleors, que l'homme isolé est faible , et perd la plus riche moitié de son être , l'intelligence 7

En plaçant l'homme â cété de l'homme , les générations à côté des générations , on arrive â toutes les merveilles de l'industrie et des arts 7 — De YeBr prit d'association sont nées les caisses d'épargne, qui font descendre le sentiment de la propriété dans les classes les plus mal aisées , el créent , en Caveor de l'ouvrier , une réserve pour les moments oà il quitte le travail , et pour les occasions où le travail vient à lui manquer. Connue en France , depuis

1818 , celle institution n'existe pas eu Corse (i) ; il n'y a pas non plus de comice agricole.

Sachons qu'à la bonne administration dans les communes est attaché le bien général. Les forces et les richesses d^un pays ne sont que les forces et les richesses mêmes éparses dans tout le territoire du royaume. En améliorant Tétat du plus petit hameau de France, OB contribue à la félicité publique. Pour l'immense majorité , le siège des intérêts , le centre de toutes les relations , le dép6t de nos plus précieux souvenirs ) se trouvent dans la commune, type réduit, mais à peu près complet de l'unité nationale.

Napoléon dictait un jour la note suivante à son frère Lucien , alors ministre de l'intérieur : a Si la guerre ne m'était nécessaire , je commencerais la prospérité de la France par les communes ; il est de beaucoup plus simple , pour le reconstructeur d'une nation, de s'occuper de mille de ses habitants, que de poursuivre le roman du bien-être individuel de chacun. Henri IV entendait agir ainsi lorsqu'il parlait de la poule au pot ; autrement , il n'eût dit qu'une sottise »

Il y a là des limites précises de nombre et de lieu ; la patrie , l'humanité , sont choses trop abstraites , trop vastes pour nos travaux , trop éloigoées pour nos sentiments; il faut, à nos faibles

(1) Il e«l vrai de dire toutefois que. le ai novembre tS46 y uoe ordoniiAnee a aalorisé à Bastia rétablisKemont d'une caisse d'épargne.

aSB SUR l'histoire bt lbs iiOBums

sens , uo certain horizon que nos yeux nMSurail , ane certaine étendue que noa pieds fouleot , que wm maina fécondent^ un cerlaîB nombre d*boaiiiiea qee iious apprenions à connaître ^ i aimer.

Mais |>our qu'une commune , de même qu'un état» fleurissent , il est nécessaire de garantir ioviolaWament i chacun le droit de vivre et de jooir daa firaili de son travail. Sûreté et propriété, disent les Angiaiii quand ils veulent caractériser la liberté civile oa personnelle, principe de toute société. H s*est renooalri des publicistes qui ont osé jeter un cri d'aiiatbéma contre la propriété. Beccaria pense qu^elle est aa droit terrible et peut-être non indispensable. Ce droit a vaincu pourtant l'aversion naturelle éa travail, a donné à l'homme Teropire de la terre» M fait cesser la vie errante des peuples. Jouir vite et sans peine , tel est le désir universel ; voilà le désir qui est terrible, parce qu'il armerait tous oem qui n'ont rien contre ceux qui ont quelque chose. Le droit qui restreint ce désir est le plus beau triomphe de l'humanîté sur elle-même.

En vain, Platon dans sa république imaginaires Thomas Morus. dans son lie d'Utopie, qui a donné son nom à tous les rêves identiques , veulent-'ila qu'on ra* tranche du commerce de la vie jusqu'au mot de propriété. Ils supposent des hommes parfaits pour arrivar i un monde idéal; ils font de la société une sorte de machine organisée géométriquement , et passent sur tous le plus lourd et le plus désolant niveau D'autres novateurs^ avec quelques variantes, ont reproduit les mêmes théories ; car la grande famille des Ulopiatas

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se diversifie, mai» ne s'interrompt pas (1). Cesnuyrîers turbulents de la pensée n'ont jamais failli au nionde , le monde seul leur a £ail défaut. Sans doute, il n'est pas destiné à pivoter éternellement sur lui* niéme , le dernier mot du progrès n*est certes pas dît. Toi\jours est^il que ce serait revenir à la barbarie » et non s'avancer dans les voies de la civiliaation , que d*anéantir le droit de propriété qui est la loi fondamentale des nations, une des plus saintes légitimités de la terre.

Eh bien! en Corse (on Le sait déjà) non-seulement la sûreté des personnes n'est point garantie; mais, sous plusieurs rapports, la propriété individuelle n'j esûale presque pas. A l'exception de quelques terrains rapprochés des villages et devenus domaines particuliers, le territoire dans l'intérieur de l'ile est pres- (|u'en entier exploité communalement. Tout s'^ est maintenu comme dans les premiers âges. La loi du 10 jain 1793^ qui autorisait le partage des bieas communaux» n'y a reçu aucune exécution.

(1) V. BaboBufy dans sa république deségaui; Robert Owen, dans son système ralionei ; Saint Siroon , dans son nouveau cbrislfanfsme. Que de rêveurs célèbres ont imaginé aussi de nouvelle!* Ininditions de vie et d*éqtillibre pour déplacer notre mllieci aiDcial et déAraYer tous les déisfrs humains I Canpanella , dans m Ctté du soleil ; Harrington » dans gon Oceana ; Bacon , dan» sa Nova A nantis; Hall, dans son Mundus aller; Fénéloo , dans son Téléroaque (sa Salente); Tabbé de St. -Pierre, avec son idée de pali perpétuelle ; Rlorelly , avec sa Basillade ; Rettf de la Brelénnc», »vec sa découverte australe ; Pourler'. avec son phalaaMèrt »elc. ^etc.

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