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eet état de dioses , destructif de tout progrès, de toute amélioraimi. Lei Corses sont encore bien arriérés dans les arts industriels. U y a quelque chose ^ chez les peuples , qui résiste loug-temps à l'ascendant des lumières et des exemples venus de dehors ; ce sont les goûts, les sentiments , les habitudes qu'ils tiennent du passé. On ne leur impose pas Tindustrie comme on leur impose une taxe. Sans doute la multiplicité des cours d'eau qui existent en Corse , favorise singulièrement rétablissement des manufactures ; puis , les travaux de la culture , moins pénibles et moins assidus que dans les contrées du Nord , laissent au laboureur tout le temps d'y joindre d'autres occupations i Thabitant de la Castagniccia , n'a presque rien à faire que la récolte de ses châtaignes^ , et nul labeur ne vient mettre en action ses bras condamnés à un éternel repos ; l'oisiveté datis des âmes passionnées conseille toujours maK Les longues heures de la journée , à quel objet les habitants les consacrent-ils ? au jeu pour l'ordinaire , d'où naissent trop souvent de sanglantes disputes.
11 n'y a de marché public que dans les villes; réloignemenl de plusieurs villages fait que les habitants ne s'y rendent que pour cbercber les objets d'une extrême nécessité. Si on établissait mi lieu de marché qui se tiendrait régulièrement dans chaque canton^ le débit, plus facile des denrées y ferait oaltre l'industrie; on j^rendrait insensiblement du ^oût pour les commodités de la vie, en voyant qu'on peut se les procurer plus aisément. £n se ri^prochant , les Corses perdraient peu à peu leur rudesse,
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et plus ils se civiliseraient , plus on aurait de moyeas pour les contenir. On pourrait joindre aux denrées indispensables, celles que Thabitant des caoïpagiiei est forcé d'acheter dans les villes, des pÀtes de Gènes, du poisson salé , et quelques étoffes communes de France et d'Italie.
Aux causes dont j'ai parlé, qui avaient retenu Tiadustrie dans l'état de langueur où elle est restée» long-temps , j'ajouterai les suivantes , plus puissantes que toutes les autres :
Pauvreté et barbarie , de même que richesse et civilisation, seront toujours synonymes dans la vie des peuples et des individus. Les crimes ne furent jamais plus nombreux qu'au moyen-Age où la détresse était à son comble , et il n'appartient qu'au poëtes de représenter la fortune comme la source de tous les forfaits. Eh bien ! par où espérait-on faire passer en Corse la civilisation? Par des sentiers étroits, hérissés de pierres et de rochers où deux hommes n'auraient pu marcher de front? On ignorait que c'est un être délicat qui ne voyage que par les grandes routes, et la Corse, jusqu'en 1837, ^^^^ sans moyens de communication et un pays vraiment impraticable; elle n'avait de chemins que sur le papier. Les routes sont certainement le moyen le plus actif et le plus sur de développer le travail et l'industrie, et de modifier les mœurs d'un peuple. Quels heureux résultats n'a-t-on pas obtenus dans l'ouest par les chemins qu'on a tracés au milieu de ces contrées où n'avait point encore pénétré l'esprit de nos institutions? Un des instruments les plus puissants de nos
progrès en France depuis un demi siècle, n'est-ce pas le perfeetiounement successif de nos voies de communication? Améliorer les chemins, c'est travailler même à la liberté, et â la liberté réelle, positive et pratique, c'est faire de l'égalité et de la démocratie. Là où le riche ne voyage qu'avec une pompeuse escorte , tandis que le pauvre qui va de son village à un village voisin , se traîne solitairement au milieu de la boue , des sables et des rochers, le mot d'égalité est un mensonge. Les routes, en un mot, sont les artères de la vie sociale , ouvrent seules des débouchés et donnent du prix aux denrées.
La Corse est entrée enfin dans cette voie de progrès. Depuis i83o, douze millions ont été affectés à la construction de ses routes et au dessèchement de ses marais , œuvre vraiment libérale , et bon placement pour les fonds du trésor. Des chemins vont sillonner la Corse dans tous les sens; une vaste route ceindra l'ile entière ; elle est destinée à relier entr'eux tous les points maritimes. Aujourd'hui, la Corse se trouve , sous le rapport des routes royales, la plus favorisée , puisque celles dont elle a été dotée forment un espace de 19a lieues , chiffre qui n'est atteint par aucun autre département.
Une circonstance des plus favorables , la navigation , par le moyen de la vapeur , dont Tlle jouissait depuis trois mois avant la révolution de i83o , a servi puissamment les efforts du gouvernement en rapprochant la Corse des rivages du continent. On a dit autrefois qu'il n'y avait plus de Pyrénées entre la France et l'Espagne; on peut dire aussi que , dès
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le jour de rélablisftemeot de ces paquebots rapAet, la Méditerranée a cessé d'être une barrière entre li Corse et la France. Avant i83o, chacun n'y voyait qu'un abîme, que les orages d'une longue traversée; on n'affrontait ces périls que dans des cas extréaMB. Des mois entiers s'écoulaient sans journaux , saw nouvelles. Nul étranger ne venait visiter l'Ue. L'étroite ceinture des flots de la mer Tyrrhénîenne avait tm plus de distance entre la Corse et le continent eurspéen , que l'immensité de l'Océan n'en met «^|oe^ d'hui entre l'Australie et la Grande-Bretagne.
Maintenant les passagers les plus timides se jetteiU gaiement sur les bateaux à vapeur » et font » eo quelques heures, la traversée , sans presque s'en apercevoir. Tous les Corses veulent aller en France ; oa est honteux de n'être pas sorti de ses foyers. Les paquebots , dans leur course infatigable, transvasait sans cesse les populations d'une rive A l'autre , et lee assimilent en les mêlant. De nombreux voyageurs arrivent en Corse ; ne renfrrmât-elle que le berceau de Napoléon , qui ne serait curieux de voir la modesl^ maison de celui qui devait habiter ta demeure des rois, et éblouir le monde de sa glpire?
Mais il ne suffît pas. pour qu'un pays prospère, qu'il ait des bateaux à vapeur , et un réseau de eomniunications digne des peuples les plus avancés. Il bot qu'il sache mettre à profit ce magnifique bienfait| et y rattacher les chemins secondaires vicinaux et départementaux. Elles sont bien moins utiles, les grandes lignes de routes royales , les grandes artères , i défrat des petites veines qui , seules , transmettent la vie s
toutes les parties de l'inférieur. Sans les chemins Tieînaux, point de crroolation rapide des productions du sol; point de relations possibles de commune à commune ; point d^ échanges réguliers entre le producteur et le consommateur. On peut comparer , sous quelques rapports , les chemins de fer ( constructions grandioses, destinées à multiplier la valeur du temps et à annuler les distances] , aux modestes communications qui tendent à changer les mœurs d'une portion considérable de la grande démocratie française, à transformer avantageusement les conditions matérielles et sociales de l'agriculture. Le paysan peut alors visiter sa terre à tous moments , poursuivre de sa personne ^'amélioration de ses propriétés , créer du travail et du bien-être autour de lui à son profit personnel. Un publiciste a établi et démontré arithmétiqnement que^ si les chemins vicinaux se trouvaient en meilleur état, les propriétaires ruraux économiseraient , sur les frais de transport , une somme presqu 'égale au montant de leurs contributions foncières.
Malheureusement, en Corse, les routes départemen* taies se réduisent à vingt-quatre kilomètres. Des chemins vicinaux, elle n^en possède presque pas. Il est clair pourtant, je le répète, que,faute de chemins qui relient les villages aux grandes routes , les exportations sont d'une extrême difficulté. La Corse doit songer qu'il est des choses que TEtat ne fera jamais, ne pourra jamais faire, c'est-à-dire,construire des chemins vicinaux. On ne saurait trop souvent, sur ce point, stimuler le lèle et le dévouement des bons citoyens. La cause du mal est aussi dans la loi du 21 mars 1 836, qui a déplorablement
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restreint racUon du pouvoir central. Sob vioe tombr mental git dans l'absence de toute mesure orgamiiiis propre à assurer un sage emploi des ressources. EDe n'a prescrit aucune condition relative au tracé deschs' mins; l'exécution des travaux est sans oontrMe sérieux. On les commence partout et rien ne s'adiève, souvent tout est à refaire. A la moindre ondée, les ponts s'abîment , les murs s'écroulait ; l'herbe croit où l'on ne devrait voir que les empreintes des rooei, et n'entendre que le pied des chevaux. On ponrraît soutenir, peut-être , qu'il n'existe qu'un seul chemii vicinal mené à perfection , celui qui s'étend de la mtt jusqu'au fond de la vallée de Luri (an cap Corse), dans un parcours de lo kilomètres. Sur les limites de cette vallée , l'une des plus pittoresques du département f s'élève sur un rocher aigu , décharné , de forme conique j et dominant Taréte de la montagne . la fameuse lour de Sénèque.
La route est l'ouvrage d'un simple particulier j de M. Ëstela. Ce que font les particuliers , pourquoi l'administration ne saurait-elle le faire? — Parce qu'elle s*est contentée jusqu'ici de prendre des arrêtés sans trop se soucier de leur mise à exécution^ Les chemiDS vicinaux sont ouverts sans tracé, sans étude préalable; tout est livré au caprice des maires. Jusqu'à ces dernières années , ils ont été exécutés sans surveillants. Pendant vingt-cinq ans, on y a travaillé sans leconcours des agents-voyers qui, sur le continent, sont préposés i la confection de tous les travaux de voirie vicinale II eût été naturel cependant quoidans un pays où presque toutes les routes sont encore à faire^et où les habitants
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sont si peu accootamés i en voir , i) eût été naturel , dîsje, qu'il fût doté d'un personnel ferme, éclairé, instruit. Au reste » des idées , chacun en a ; mais l'application des idé«s jugées utiles > constitue la tâche essentielle de tous ceux qui n ont été revêtus de l'autorité publique , que pour mettre précisément les bonnes choses à exécution.
L'absence de chemins vicinaux ^ capables de rece voir Tattelage d'une charrette, né paralyse pas seule l'essor de l'agriculture et de l'industrie En effet , malgré l'appareil de misère qui se présente dans les villages , leurs habitants sont réellement moins malheureux que la plupart de nos paysans ; ils ont , en général , plus d'instruction , parce qu'il n*en est aucun qui ne sache lire et écrire. On voit peu de mendiants; il n'est presque personne qui ne puisse vivre des revenus de son petit domaine. C'est bien moins le particulier, que le pays qui est pauvre. Tout le monde, en Corse , est propriétaire ; il suit de là que la main • d'œuvre est excessivement chère ; il manque une classe d'habitants non propriétaires ; la classe des journaliers n^existe pas. Dans un tel état , le cercle des besoins se resserre extraordinairement ; chacun se borne à travailler pour soi ou pour sa famille , et nul n'a de superflu. Or, que devient le commerce qui ne vit que des échanges du superflu? Il en résulte aussi que le numéraire est très-rare; et qui ne comprend que, sans l'argent nécessaire à l'achat des instruments aratoires , des bestiaux , des charrues nouvelles, l'bcHnme des champs s'épuise en eflbrts inutiles ?
D'un autre côté , les bras manquent pour cultivei^
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les terres. La Corse qui égale presque , en supeificie, les deux départements réunis de Yaocluse et du NonI qui renferment environ i,4oo»ooo âmes, n'att^t pas elle-même le nombre de 23o,ooo! L'on n'essaie rien pour l'augmenter. Nos populations aventureuses des Pyrénées émigrent ; elles vont en des pays lointains , sous des gouvernements précaires et soavent spoliateurs , au Mexique , dans la Plata , dans l'Océan pacifique ; et Ton n'apprend pas à ces populations , qu'à leurs portes , sous le même climat que leur terre natale, il est une autre terre française, aussi féconde et aussi spacieuse , où des centaines de mille hommes laborieux trouveraient à vivre , en doublant, en triplant, en quadruplant la richesse d'un sol national et d'un littoral protégé par notre pavillon ! Chose déplorable, la Corse voit même un grand nombre de ses propres enfants , cédant à l'idée de ne ponvoir trouver sur le sol de la patrie des avantages convenables, qui vont ailleurs, surtout en Amérique, et plus encore aujourd'hui en Algérie 5 pour tenter la fortune.
Pourquoi ne faire aucun effort pour retenir les émigrants , dont le départ cause un vide funeste dans un département aussi peu populeux que la Corse? pourquoi ne pas chercher en même temps à attirer du dehors des agriculteurs , des ouvriers , des spéculateurs , sur cette terre qui offre des richesses bien plus certaines que tant de contrées lointaines que peuple le trop plein de l'Europe ? Les concessions, les primes, les encouragements , voilà les moyens connus et simples; que ne les emploie-t-on 7
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Dans un rapport relatif au budget de la marine y M. Charles Dupin disait : a II y a bientôt 80 ans que la « France a pris possession de la Corse ; combien nous a sommes loin d'avoir mis à profit ce long espace de « temps , pour tirer de cette possession tout l'avantage a qu'elle offre au commerce et è la marine ! Le déve- « loppement des côtes de la Corse est égal à 13o lieues; a il fait plus que tiercer l'étendue du littoral del'ana cienne France snr la Méditerranée Les contours a profondément découpés de cette lie présentent une a infinité de ports, de rades et de mouillages. Nos c états de douanes y dénombrent 20 ports de com-^ « merce; cependant quoi de plus faible que la navia gation de la Corse ? Avec 220 lieues de côte sur la c Méditerranée nous produisons un mouvement de c cabotage de 957,771 tonneaux; avec i3o lieues de « littoral de la Corse, nous ne produisons pas un a mouvement égal à 90,000 tonneaux ! Dans la Médi-* a terranée , deux rochers , Malte et Gibraltar, ont avec a l'Angleterre une navigation qui surpasse 95,000 a tonneaux , c'est-à-dire une navigation qui surpasse «< la navigation entre la France et cette grande ile de « Corse. Considérons le parti que les Anglais savent a tirer des petits ilôts de Jersey, deGuernesey, d'Aidera ney et de Man. Là , nous trouvons qu'il se fait entre i( 1 00,000 habitants de ces lies et l'Angleterre un caboa tage de 236,000 tonneaux, tandis qu'il ne se fait entre 0 100,000 Corses et la France qu'un misérable caboa tage inférieur à '4o,ooo tonneaux. Pourquoi les a navigateurs Corses ne* sont-ils pas appelés à lutter i< d'activité , d'économie et d'esprit d'entreprise , par
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a toute la Méditerranée , avec les Catalans , les Génois , c les Napolitains et les Grecs ? Ils ne aool inférieun it à pas un de ces peuples , par leurs moyens naturels ; « il leur manque l'impulsion , donnons«la. La Corse a devrait être le bien naturel etTintennédiaire , sons a beaucoup de rapports maritimes , entre la France et a TAlgérie. »