‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 34 sur 64 · SUR L*HISTOIBE ET LES MOEURS · texte numérisé non relu

SUR L*HISTOIBE ET LES MOEURS

les Corses à des dispositions meilleures» il £auL donc travailler les mœurs en même temps que le sol , chasser tout ce cortège de traditions» de préjugés violents et opiniâtres qui enveloppent les habitants de leur souffle empoisonné , comme on épure , comme on renouvdle Talmosphère où vit un être souffrant, pour h&ter sa guérison.

Si on persistait à dire qu'il £aut demander compte au climat des larmes des familles, du vide des populations et de la solitude des villages, je désirerais savoir de quel climat on entend parler , car il y a trois climats bien distincts en Corse. Le premier est celui de toute la plage maritime ; il est chaud comme les côtes parallèles de Tltalie et de l'Espagne ; il n'offre que deux saisons, le printems et Tété, le soleil , même en hiver , se montre ardent , si le vent ne le tempère. Aussi les arbres et arbustes sont généralement des espèces à feuilles dures et coriaces , qui résistent à la sécheresse , tels que le laurier- cerise» le myrte y le cyste , le lentisque , Tolivier sauvage , dont la verdure vivace tapisse en tout temps les pentes, et contraste d'une manière vraiment pittoresque avec les blocs de granit , de marbre , de jaspe roux et gris , que la nature a semés libéralement en Corse.

Le second climat ( c'est-à-dire la région moyenne des montagnes) ressemble sous plusieurs rapports à notre climat de France , particulièrement à celui de la Bourgogne et de la Bretagne ; là demeure la majeure partie de la population des campagnes.

Le troisième climat , celui de la haute cime des

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montagnes, est le sfége des frimafs et des ouragans. Les deinc seuls lieux habités sont le Niolo et les deux forts de Yivario et de Bocognâno. Au-dessus des forts], l'œil n'aperçoit plus de végétaux , que quelques sapins suspendus à des rochers grisâtres , séjour sauvage , d'un puissant fnlérét pour le contemplateur de la nature, puisque c'est là qu'elle établit par leâ amas de neiges et de glaces lesr provisions d'eau , des sources et des rivières pour toute l'année. Jadis les cimes étant plus élevées encore et plus couvertes d'arbres , il n'est pas douteux que les lïéiges n'y fussent plus abondantes et plus durables ; mais , à mesure que les rocs s'écroulent et se dépouillent, ces utiles provisions diminuent, lé pays est moins abreuvé et moins salubre ; rintenrpérie commence et finit précisément avec la disparition et le retour des neiges. L'on ne bbnge pas assez à l'importance des bois sur les montagnes.

La Corse peut être considérée comme une massé pyramidale divisée en trois branches d'air horizontales , dont l'inférieure est chaude et humide , la Supérieure froide et sèche , et là moyenne pai^ticiparit de ces qualités. Les diverses couches d*air dofit nous piarlons, expliquent bieti pourqUoMa température èii Corse éprouve des vicissitudes rapides , pourquoi éii été le vent qui tombe dès montagnes est brûlant' comme leurs rochers^ tandis qu'en hiver Te même vent est glacial comme la liéige qui les couvi^e, pourquoi, dans un même lieu etdans ufi métne instant, l'on sent tour-à-tour des courants d'air chaud éi d'air frais qui passent tels que des nuages. Ëh géiiéfal y

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il n'existe jamais pour la Corse un même venl , on même courant d'air ^ quoique l'atmosphère de la Méditerranée s'ébranle dans une seule direction , ce grand fleuve d'air produit dans Tile des tournoiements , des conlre-reflux , des déviations semblables à ce qu'on remarque dans les fleuves , aux piles des ponts et aux rochers.

Les caractères de la côte d'est sont une plage basse , marécageuse et dépourvue de ports , un air pesant et humide , un sol plus égal et plus gras* Dans lacôte d'ouest, au con traire I existe un air vif , ventilé, un terrain sabloneux , abrupte , creusé de golfes , plein d'enfoncements , parsemé d'ilôts et d'écueiis de toute espèce. Il en est qui croient que cette partie du littoral corse a été détachée du continent. La côte du nord jouit d'un air plus salubre et plus tempéré. Celle de l'est présente un massif peu ondulé, parce qu'elle est en face de l'Italie , dont la mer encaissée et stagnante protège les atlérissements , tandis que celle d'ouest montre une plage dentelée, taillée à pic , parce que la mer d'Espagne et des vents violents déploient une action rongeante.

La différence la plus remarquable entre ces régions consiste dans la nature même du sol qui, dans la partie d'est, depuis le cap Corse jusqu'au Tavignano, se trouve généralement calcaire, tandis que dans celle d'ouest et du nord il est purement graniteux, à l'exception de trois ou quatre points calcaires , tels que Bonifacio, St. -Florent et un des sommets de Yenaco.

Ainsi , nature du terrain , configuration du sol ,

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température, rien ne se ressemble dans les trois climats ; pour pénétrer jusqu'à la racine des haines et des vengeances y dans toute la profondeur des plaies delà Corse, il fautdoncchercher ailleurs que dans le climat. Comment, en général, aurait-il pu agir d'une manière malfaisante sur l'état du pajs 7 Il semble , au contraire » que, par sa position géographique , si favorable au développement du commerce 9 par la fertilité de ses terres et la variété de ces produits , la Corse renferme toutes les conditions de vie et de progrès sous lesquelles la civilisation a toujours fleuri. Des circonstances funestes que j'ai signalées, Font retenue, il est vrai , jusqu'ici d^nsTenfance des arts et deTindustrie ; mais aujourd'hui que l'espèce hu* maine déploie en tous lieux une immense activité, que chaque lendemain la retrouve , pour ainsi dire , plus policée que la veille , la Corse ne peut rester plus long-temps étrangère à cet universel élan de régénération.

On croira aisément qu'un peuple en proie â tant de maux et de discordes, privé si long- temps de communications et d'aisance , qu'un peuple où les deux sexes vivent presque toujours séparés dans leurs occupations comme dansleurs amusements, ait uncarac^ . tère sombre et peu enclin à la gaîté. Les villageois sortent rarement, se promènent peu; chacun demeure pensif devant sa porte , et aux aguets , pour ainsi dire , comme un faucon sur son nid , selon l'expression de l'auteur de Colomba, On n'entend guère rire et chanter; cependant autrefois , d'après un ancien usage , fort bizarre^ qui avait bien son cdté moral, le soir du

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Les Cônes oat peu de chansoBs. Il firt m teaps oè toot se taisait eo France , sooes la aaia de la Terresr, seole époque de notre Usioire oi II wfj ah pas eo de chansons , car on ne peot appeler dece nom les hTancs terribles qvi donuafest le signal des insurrections dans la cité et des Tictoîres à la frontière. La chanson est Texpressioa des sentiments populaires ; ao§^ , en Corse , œ sont de longoes cantHénes plaintires. des chants funèbres, quelquefois cependant des chansons d*anioor. En Toid une des montagnes do Ifiolo, remplie de grâce naïve et d'originalité ; tous les pays ont leurs pnrrinces chansonnières : pour l'Angleterre , c'est TEeosse ; pour lltalie, Venise, do moins autrefois; pour la Corse, si die en possède, c'est le Niolo :

Joie de moD cœor, je t'ai loojours appelée ;

Et, à fbree de t'aimer , Je siib detfoo loiint et niwt;

Je Moffre plas qee ne waJiÊÊn mm Jaiué.

Ingrate maltreiae, poarqooi t'étre jouée de uMii t

Ne Taat-il pas mieax être amaol sans élre aimé, que d*é(re

amant aimé, puis trahi 7 Joie de mon cœur , tu m'as réduit au poiot

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Que je vais è la meaae et ne nié où je fuis ;

Je n'écoute plus parole d*évaDgile , et ne sais plus répéter :

^i'e Maria, J*al été me con'îesser , 6 ma déesse ; Sais-Cn ce que m*a dft le eonfessear ? Il dit que Je doia t'oublier.

Que , si J*jf pense . Je me consume et meurs. * Le malade désire sa guérison , Le prisonnier désire quitter sa prison , Le marin délire le beau temps , Kt moi ce que je désire , c*est de pouvoir b*iser Ta Jolie bouche et ensuite mourir* L*oiseau énamouré tourne sans cesse, En volant à travers bois et campagnes ; Il chante , \\ regarde de (oa« côtés Pour tronver sa douce compagne ; Et quand it ne la retrouve pas , il s'attriste Et gémit , dans son langage plaintif.

Ainsi je te porte écrite dans le cœur , Tant , que tu ne me sors pas de la penser. Si ta veux savoir combien est ee tant, Et combien est ce eœur qui est dans noa sein : Si J'entrais dans le paradis, saint, saint, El que je ne t'y trouvasse pas , j'en sortirais !

S'intrassi Ui paradisu santiiy santu , E nun travacci atia , mi n'escerial

D'autres poètes onl préféré Tenfer avec la feoune aimée , p)ut6t qu'un paradia aans elle. Le berger eevse» n'eftt pas paasfonné jusqu'au blasphème; il se borne à dire : « Si je ne te Irouvais pas^ en paradis , feû sora tirais! m Le berger poète élait Francesco Valeri. -!- Inter arma silent leggs (les bis se taisent au milieu de» armes) est une ancienne obsevvaiion qu'on peut , à juste titre » appliquer auasii aux muses, et qui fait comprendre la rareté , en Corse ^ des moouroenl» Ktiérures; CepettAaiit louAici n'a:4^tl .|hmi> un latigffge

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pour Pimagination et pour le cœur de i'homme 7 audessus de sa tête, ce ciel si pur, magique [pavillon de cette lie, et ce soleil si brillant qui Téclaire! autour de lui , ces monts couronnés de verdore et cette mer aux flots azurés , où semblent se mirer les oliviers de ses rivages ! tant de lieux qui ont retenti si long- temps de cris de liberté, et qui furent le théâtre de combats glorieux pour la défense du territoire ! Taire d'où prit son vol, cet aigle qui, enlevant la France dans ses serres , a plané i5 ans avec elle, et 1 5 ans Ta tenue suspendue sur le monde étonné !

Le Niolo , dont je parlais tout-à-l'heure , ressemble encore uu peu à ce qu'il était il y a deux siècles; j'ai trouvé , à cet égard , un passage curieux dans la vie de saint Vincent-de-Paul , par Louis Abelly, tome !•'. , page 296.

En i652, des babitantsde la Corse demandèrent i saint Vincent' de-Paul quelques prêtres de sa congrégation. Quatre missions, en conséquence, eurent lieu , Tune à Campo Loro, la seconde dans un lieu , qu'il appelle Cotone» la troisième à Corte et la dernière au Niolo. Le supérieur de la mission raconte ainsi ce qui se passa dans le Niolo : « On n'y découvre a aucun vestige de foi ; demander s'il y a un Dieu , ou tt s'il y en a plusieurs , et laquelle des trois personnes <x s'est faite homme pour nous, c'était leur parler arabe. <x Le vice y passait pour vertu, et la vengeance y avait tt un tel cours, que les enfants n'apprenaient pas plutôt i « marcher et à parler qu'on leur montrait à se venger, u quand on leur faisait la moindre oflense. Dans une « vallée de 2,000 habitants , nous y avons bien trouvé u six vingt concttbinaires , desquels 80 environ étaient

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a aussi incestueux. Nous employ&mes trois semaines cr à instruire ce pauvre peuple , des choses nécessaires « à son salut; maïs le plus fort de notre travail fut « notre emploi pour les réconciliations, et je puis « dire que hocopus, hic labor est, parce que la plus « grande partie de ce peuple vit dans Tinimitié. Nous <f fâmes quinze jours sans j pouvoir rien gagner, a sinon qu'un jeune homme pardonna à un autre <f qui lui avait donné un coup de pistolet dans la téte« <r Tous les autres demeurèrent inflexibles dans leurs « mauvaises dispositions. Tous les hommes venaient « armés à la prédication , Tépée au côté et le fusil a sur Tépaule, ce qui est leur équipage ordinaire. V Mais plusieurs, lorsqu'on leur parlait du pardon vt des injures, quittaient la prédication. Enfin, la veille a de la communion générale, comme j*adievais la prédicr cation , Dieu m'inspira de prendre en mainlecrncia fix queje portais sur moi, et de leur dire que ceux qui « voudraient pardonner vinssent le baiser. A ces paie rôles ils commencèrent h s'entre-regarder ; mais a comme je vis que personne ne venait, je fis semblant <« de me vouloir retirer et je laissai le crucifix, meplai- <r gnant de la dureté de leurs cœurs. Sur cela , un « religieux , de la réforme de saint François , s'étant <r levé j commença de crier : « 6 Niolo, 0 Niolo, tu veux « donc être maudit de Dieu ? tu ne veux donc pas tt recevoir la grâce qu'il t'envoie, par le moyen de y^ ces missionnaires qui sont venus de si loin pour ton « salut 7 D

« Pendant que ce bon religieux proférait ces paroles ff et d'autres semblables , voilà qu'un curé de qui le er neveu avait été tué (et le meurtrier était présent à

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